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1. Annonciation de Zacharie et conception miraculeuse de Jean-Baptiste, 1, 5-25.

Zacharie et Elisabeth (vv. 5-7).

5Il y avait, aux jours d’Hérode, roi de Judée, un prêtre nommé Zacharie, de la classe d’Abia ; et sa femme était d’entre les filles d’Aaron, et s’appelait Elisabeth. 6Ils étaient tous deux justes devant Dieu, marchant sans reproche dans tous les commandements et tous les préceptes du Seigneur. 7Et ils n’avaient pas d’enfant, parce qu’Elisabeth était stérile, et qu’ils étaient tous deux avancés en âge.

En annonçant à Zacharie la conception miraculeuse de celui qui devait être le précurseur du Messie, l'ange Gabriel emploie, dans le texte latin, v. 19, le mot evangelizare, « annoncer la bonne nouvelle » ; preuve que cet événement faisait en réalité partie de l'histoire évangélique. Il était donc bien naturel que S. Luc commençât par ce beau prélude le récit du grand drame qui expose la vie et la mort du Christ. S. Jean-Baptiste est ainsi le lien qui unit les deux Testaments ; il ouvre l'Évangile de même qu'il clôt les Prophéties (Cfr. Mal. 4, 5 et 6).

Luc chap. 1 verset 05. - Il y avait, aux jours d’Hérode, roi de Judée, un prêtre nommé Zacharie, de la classe d’Abia ; et sa femme était d’entre les filles d’Aaron, et s’appelait Elisabeth. - Le style de S. Luc, si classique dans les vv. 1-4, se transforme tout à coup au début du cinquième. Au lieu de belles périodes admirablement cadencées, nous ne trouvons plus, pendant quelque temps, que les phrases courtes et simples de la prose hébraïque, rattachées sans art les unes aux autres par des conjonctions, et chargées d'aramaïsmes. Ce contraste provient sans nul doute des documents hébreux dont S. Luc se servit pour cette partie de sa narration, et qu'il y inséra même dans une large mesure, se contentant de les traduire et de les abréger. - Il y avait, aux jours… Voilà déjà de l'hébreu très pur. Les récits orientaux commencement ordinairement par c'était au temps de, nous en avons plusieurs exemples dans la Bible. Comp. Ruth, 1, 1 ; Esth. 1, 1, etc. Quant au mot jours, il indique la date de l'incident que l'évangéliste se propose d'exposer tout d'abord. Sur cette date assez vague (714-750 de Rome fondée) et sur Hérode-le-Grand, voyez l'Évangile selon S. Matth., p. 49. - Roi de Judée. Il s'agit ici de la Judée dans le sens large, c'est-à-dire de la Palestine entière, puisque tel était le territoire gouverné par Hérode. Plus loin, 3, 1, il ne sera question que d'une Judée notablement restreinte. - Un prêtre nommé Zacharie. L'Évangile, le livre le plus universel, le plus catholique qui ait jamais existé, débute par un épisode dont une simple famille juive est le théâtre ! Voici d'abord, dans les vv. 5-7, quelques détails intéressants sur les deux héros de l'épisode, Zacharie et Elisabeth. Le premier, dont le nom signifie « Jéhovah se souvient », n'était pas le grand-prêtre d'alors, comme on l'a souvent redit à la suite de S. Augustin, mais un simple prêtre, ainsi qu'il ressort de plusieurs circonstances du récit. L'expression « un prêtre » ne saurait désigner qu'un prêtre ordinaire. De plus, le souverain Pontife du judaïsme n'appartenait à aucune classe spéciale, tandis que Zacharie, nous allons le voir, faisait partie de celle d'Abia. Enfin le grand-prêtre n'était jamais « de semaine », et n'avait pas besoin de tirer au sort pour savoir quelles seraient ses fonctions. Tout au plus pourrait-on dire avec Wouters, Dilucid. Select. S. Scripturae, 1792, t. 2, p. 151, que Zacharie était grand-prêtre par alternance, et encore n'est-ce là qu'une simple hypothèse qui présente peu de garanties. - De la classe d'Abia. D'après le grec, de l'éphémérie d'Abia, c'est-à-dire l'une des familles sacerdotales telles qu'elles se trouvaient organisées soit à l'époque de David, soit après le retour de la captivité Babylonienne. Voyez Bretschneider, Lexic. Man. 2è éd. t. 1, p. 441. S. Luc lui donne ici la même signification. Sous David, les descendants d'Aaron formaient vingt-quatre familles, qui portaient le nom de leurs chefs respectifs ; celle d'Abia était la huitième, 1 Par. 24, 10. Le saint roi décida qu'elles serviraient dans le temple à tour de rôle pendant une semaine, du samedi au samedi : ce qui faisait deux semaines seulement chaque année (indépendamment des grandes solennités, pour lesquelles les besoins du culte exigeaient le concours de la plupart des prêtres). Après l'exil, il ne revint en Palestine que quatre familles sacerdotales (comp. Esdr. 2, 37-39) ; mais on les partagea en vingt-quatre classes, auxquelles on donna les anciens noms pour garder le souvenir du passé. Voyez Josèphe, Antiq. 7, 15, 7 ; Lightfoot, Hor. hebr. in Evang. Lucae, h. l. ; T. Robinson, the Evangelists and the Mishna, Londr. 1859, p. 190 et suiv. C'est donc à la huitième de ces classes qu'appartenait Zacharie. - Et sa femme était d'entre les filles d'Aaron. Les prêtres avaient le droit de se marier dans n'importe quelle tribu d'Israël (comp. Lev. 21, 7 ; Ezech. 44, 22) ; mais la femme que Zacharie s'était choisie faisait partie comme lui de la race sacerdotale. L'évangéliste n'a pas relevé ce détail sans une intention particulière : il voulait évidemment mettre en relief la noble origine de Jean-Baptiste, en montrant qu'il se rattachait et par son père et par sa mère à l'illustre famille d'Aaron, la plus glorieuse qui existât alors après celle de David, dont devait naître le Messie. Voyez dans Josèphe, Vita, 1, combien l'origine sacerdotale passait alors pour glorieuse. - Elisabeth : en hébreu, « le serment de Dieu », nom qui n'est pas moins significatif que celui de Zacharie. La femme d'Aaron l'avait déjà porté, Ex. 6, 23, et l'on conçoit qu'il ait été souvent donné aux filles des prêtres en l'honneur et en souvenir de leur aïeule.

Luc chap. 1 verset 06. - Ils étaient tous deux justes devant Dieu, marchant sans reproche dans tous les commandements et tous les préceptes du Seigneur. - Zacharie et Elisabeth avaient encore une autre noblesse plus précieuse que celle du sang ; c'était la noblesse de la vertu. L'Évangéliste se hâte de nous l'apprendre en traçant leur portrait moral. - Ils étaient tous deux justes. « Juste » représente toute la perfection dont on était capable sous le régime de l'ancienne Alliance. Éloge bien significatif durant ce triste règne d'Hérode, où il régnait, soit dans le peuple juif en général, soit en particulier dans le corps des prêtres, une si profonde corruption. S. Joseph, Matth. 1, 19, et le vieillard Siméon, Luc, 2, 25, ont également mérité de le recevoir dans l'Évangile. Les mots « devant Dieu » indiquent, ainsi que l'ont noté fréquemment les saints Pères, la sincérité, la vérité de cette justice qui brillait dans les deux saints époux. « La vie d’un grand nombre qui, vue de l’extérieur, plaît au monde déplaît souvent à Dieu.  Allez-y prudemment avec les louanges !...L’évangéliste dit au sujet de Zacharie et d’Elizabeth : ils étaient justes tous les deux devant Dieu.  Apparaître juste aux yeux des hommes ne mérite pas de vraie louange. » St. Grégoire, Moral. l. 35, c. 5. La suite de la phrase, marchant sans reproche…, explique encore, en la paraphrasant, cette belle épithète de « justes ». D'après cette manière de parler, les commandements divins sont pour ainsi dire une voie royale sur laquelle s'avancent les justes et les saints. - Dans tous les commandements… est emphatique : tous les préceptes de Dieu sans exception. Faut-il, avec la plupart des exégètes modernes, voir dans les commandements l'indication des préceptes moraux, et dans les préceptes celle des préceptes cérémoniaux ? On le peut ; mais nos deux substantifs n'indiquent pas par eux-mêmes cette différence. Au fond ils sont à peu près synonymes. D'après l'étymologie, le premier désigne les lois divines en tant qu'elles sont l'expression d'un ordre imposé par le Souverain Maître, le second ces mêmes lois en tant que leur accomplissement parfait est pour l'homme une source de justification. - Sans reproche... complète l'éloge. Aussi pouvons-nous dire avec Maldonat : « L’évangéliste ne pouvait pas déclarer leur sainteté avec des mots plus louangeurs,   plus glorieux et plus honorables ».

Luc chap. 1 verset 07. - Et ils n’avaient pas d’enfant, parce qu’Elisabeth était stérile, et qu’ils étaient tous deux avancés en âge. - Malgré le bonheur qu'ils trouvaient dans l'accomplissement de la loi de Dieu, Zacharie et Elisabeth avaient cependant un grand chagrin domestique : ils n'avaient pas d'enfant. L'évangéliste fait connaître le motif de cette douloureuse privation : Elisabeth était stérile ; et, si tel avait été le passé, l'avenir n'offrait plus aucune espérance au point de vue humain, attendu qu'ils étaient tous deux avancés en âge. Ces détails donnés par S. Luc ont pour but manifeste de mieux faire ressortir l'étendu du miracle qu'il va bientôt raconter. Comme l'a dit le poète Juvencus :

« Ce ne fut pas pour eux un fils, car avec le déclin des années,

c’était plutôt un don fait à des parents qui avaient perdu l’espoir d’avoir un rejeton ».

Jean-Baptiste sera un enfant de prodige, comme autrefois Isaac et Samuel. « Quand Dieu ferme l’utérus de quelqu’un, il le fait dans le but de l’ouvrir de nouveau d’une façon plus admirable;  et pour qu’on sache que ce qui naît ne vient pas de la concupiscence mais est un don divin. » Évangile apocryphe de la Nativité de Marie, ap. Thilo, Cod. apocryph. t. 1, p. 332. Ce fut certainement le cas pour Elisabeth.

 

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