8Or il arriva, lorsqu’il accomplissait devant Dieu les fonctions du sacerdoce selon le rang de sa classe, 9qu’il lui échut par le sort, d’après la coutume établie entre les prêtres, d’entrer dans le temple du Seigneur pour y offrir l’encens. 10Et toute la multitude du peuple était dehors, en prière, à l’heure de l’encens. 11Et un ange du Seigneur lui apparut, se tenant debout à droite de l’autel de l’encens. 12Zacharie fut troublé en le voyant, et la frayeur le saisit. 13Mais l’ange lui dit : Ne crains pas, Zacharie, car ta prière a été exaucée, et ta femme Elisabeth t’enfantera un fils, auquel tu donneras le nom de Jean. 14Il sera pour toi un sujet de joie et d’allégresse, et beaucoup se réjouiront de sa naissance, 15car il sera grand devant le Seigneur. Il ne boira pas de vin ni de liqueur enivrante, et il sera rempli du Saint-Esprit dès le sein de sa mère ; 16et il convertira un grand nombre des enfants d’Israël au Seigneur leur Dieu. 17Et il marchera devant lui dans l’esprit et la vertu d’Elie, pour ramener les cœurs des pères vers les enfants, et les incrédules à la prudence des justes, de manière à préparer au Seigneur un peuple parfait. 18Zacharie dit à l’ange : A quoi connaîtrai-je cela ? car je suis vieux, et ma femme est avancée en âge. 19Et l’ange lui répondit : Je suis Gabriel, qui me tiens devant Dieu ; et j’ai été envoyé pour te parler, et pour t’annoncer cette bonne nouvelle. 20Et voici que tu seras muet, et que tu ne pourras plus parler, jusqu’au jour où ces choses arriveront, parce que tu n’as pas cru à mes paroles, qui s’accompliront en leur temps. 21Cependant le peuple attendait Zacharie, et on s’étonnait qu’il s’attardât dans le temple. 22Mais, étant sorti, il ne pouvait leur parler ; et ils comprirent qu’il avait eu une vision dans le temple. Et lui, il leur faisait des signes, et il demeura muet.
Luc chap. 1 verset 08. - Or il arriva, lorsqu’il accomplissait devant Dieu les fonctions du sacerdoce selon le rang de sa classe - Après cette courte entrée en matière (vv. 5-7), nous arrivons au fait qu'elle devait préparer : un fils est miraculeusement promis à Zacharie et à Elisabeth, vv. 8-22 ; puis il est bientôt miraculeusement conçu, vv. 23-25. - Lorsqu'il accomplissait… les fonctions du sacerdoce. Zacharie est donc de service dans le temple avec la classe d'Abia. C'est là, dans le lieu saint qui était comme le palais royal habité par Jéhovah, que l'attendent les bienfaits célestes. Sur la note simplement accidentelle « selon le rang de sa classe », divers exégètes, en particulier Scaliger, Limbrun, van Till, Bengel, et de nos jours Wieseler, ont échafaudé tout un système chronologique. D'une part le premier livre des Macchabées, 4, 38 et ss., raconte que Judas Machabée restaura et réorganisa le culte du temple ; d'autre part, le talmud mentionne expressément que c'était la première des classes sacerdotales qui était en fonction au mois de Ab (août) quand le temple fut détruit par les Romains. Partant de là, ces auteurs ont essayé de fixer la date exacte de la nativité du Précurseur, tantôt en redescendant, tantôt en remontant le cours des années, jusqu'à ce qu'ils rencontrassent le tour de la classe d'Abia six mois avant la naissance de Jésus-Christ. Mais leurs calculs sont plus ingénieux que solides, comme le montre la variété de leurs appréciations. On en trouvera un bon exposé dans Wieseler, Chron. Synops., pp. 140-145.
Luc chap. 1 verset 09. - Qu’il lui échut par le sort, d’après la coutume établie entre les prêtres, d’entrer dans le temple du Seigneur pour y offrir l’encens. - Le sort jouait un très grand rôle chez tous les peuples anciens, qui lui attribuaient généralement un caractère religieux, parce qu'ils voyaient en lui l'expression d'une volonté supérieure, des indications toutes providentielles. Comp. Jon. 1, 7 ; Act. 1, 24 et ss. C'est pourquoi, à Jérusalem, lorsque les prêtres de semaine avaient à se partager les différentes fonctions qu'ils devaient remplir dans le temple, au lieu de faire cette distribution d'une manière arbitraire, ils l'opéraient en recourant au sort. Les Rabbins nous ont conservé sur ce point des détails que le lecteur verra sans doute avec intérêt. Voici d'abord les cérémonies quotidiennes qui étaient réservées aux prêtres, et l'ordre d'après lequel il fallait les accomplir : « L’autel majeur (celui du sacrifice) l’emporte sur l’autel mineur. L’autel mineur l’emporte sur les deux morceaux de bois fixés sur l’autel majeur. Ces deux morceaux de bois l’emportent sur l’enlèvement des cendres de l’autel intérieur. L’enlèvement des cendres de l’autel intérieur l’emporte sur l’entretien des cinq lampes. L’entretien des cinq lampes l’emporte sur l’aspersion du sang du sacrifice perpétuel. L’aspersion du sang du sacrifice perpétuel l’emporte sur l’entretien des deux lampes restantes. L’entretien des deux lampes restantes l’emporte sur brûler de l’encens ou des victimes. Brûler des victimes l’emporte sur placer les parties du sacrifice sur l’autel. Placer les parties du sacrifice sur l’autel l’emporte le sacrifice non sanglant. Le sacrifice non sanglant l’emporte sur les deux pains du souverain pontife. Les deux pains du souverain pontife l’emportent sur la libation. La libation l’emporte sur les sacrifices ajoutés. ». Gloss. In Tamid, c. 6. Au moment de faire le partage, les prêtres se réunissaient dans le Gazzith ou salle des pierres taillées (voyez l'Evang. selon S. Matth., p. 492). Le Talmud nous montre le maître des cérémonies convoquant ses collègues pour cette opération : « Le préfet leur dit : Venez et jetez les sorts pour choisir celui qui immolera la victime, qui répandra le sang, qui enlèvera les cendres de l’autel intérieur, qui nettoiera le cierge, qui apportera à l’autel élevé les parties, la tête, une patte, les deux épaules, la queue de l’épine dorsale, l’autre patte, la poitrine, le cou, les deux côtés, les viscères, la farine, les deux pains, et le vin. Voilà quelle est la tâche de celui qui a été choisi par le sort. ». Tamid, cap. 3, hal. 1. Ailleurs, Ioma, fol. 25, 1, on nous apprend la manière dont se faisait le tirage au sort : c'était d'après une méthode analogue à celle que les enfants suivent encore aujourd'hui dans leurs jeux. « Les prêtres l’entourèrent en cercle, et le préfet s’approchant enleva le chapeau de la tête de l’un ou de l’autre. Ils connurent par là qu’il leur avait enlevé le sortilège. » La glose ajoute, f. 22, 1 : « Les prêtres se tinrent debout en cercle. S’approchant, le préfet enleva un chapeau de la tête de l’un d’entre eux, et il commença par lui à compter les sortilèges. Chacun élève son doigt à l’énoncé du chiffre. Le préfet dit : « Là où se termine le chiffre, à celui-là est assignée une fonction par le sort. Il compte de la même façon, par exemple cent ou soixante, selon le nombre des prêtres présents. Il commence à compter par celui à qui il a enlevé le chapeau, et il fait le tour jusqu’à ce qu’il ait atteint le chiffre fixé. A chaque personne où il arrête de compter, c’est à elle qu’est communiqué le pouvoir d’où vient le sortilège. Il en est ainsi pour tous les sortilèges. ». Voyez Lightfoot, Horae hebr. in Evang. Lucae, h. l. - Pour y offrir l'encens. Tel fut le rôle qui échut à Zacharie : il était regardé comme le plus honorable de tous ceux qui étaient exercés par les simples prêtres. Celui auquel il incombait entrait deux fois chaque jour, le matin et le soir, dans la partie du temple nommée le Saint et y encensait l'autel des parfums. Ici encore, grâce au Talmud, nous pouvons fournir d'intéressant détails sur cette fonction, telle qu'elle se pratiquait au temps de Notre-Seigneur. Le prêtre qui en était chargé était accompagné de trois auxiliaires : le premier nettoyait l'autel, adorait et sortait ; le second apportait sur l'autel quelques charbons ardents extraits du brasier des holocaustes, adorait et sortait ; le troisième recueillait les grains d'encens tombés à terre, et ne cessait de rappeler à l'officiant qu'il devait user d'une grande vigilance, puis il adorait et sortait. Enfin le célébrant, demeuré seul dans le Saint, versait sur les charbons de l'autel une quantité déterminée d'encens, et, à son tour, il adorait et se retirait. Voyez Lightfoot et T. Robinson, ubi supra.
Luc chap. 1 verset 10. - Et toute la multitude du peuple était dehors, en prière, à l’heure de l’encens. - Les heures de l'encensement coïncidaient avec celles du sacrifice perpétuel immolé le matin (9h.) et le soir (3h.), et ces deux cérémonies étaient les plus solennelles du culte quotidien : aussi les personnes pieuses y accouraient-elles en grand nombre. De là cette multitude mentionnée par l'Évangile. Il n'est donc pas besoin, pour expliquer une pareille affluence, de supposer avec divers auteurs que l'annonciation de Zacharie eut lieu en un jour de fête ou de Sabbat. La foule n'entrait pas dans le temple proprement dit ; elle restait dans les cours qui l'entouraient (voyez l'Atlas archéolog. de V. Ancessi, pl. X), unissant ses prières à celles du prêtre, de sorte que les deux parfums, le parfum matériel et le parfum mystique, s'élevaient ensemble, l'un comme un type, l'autre comme une réalité, vers le trône de Jéhovah. Une clochette indiquait aux assistants le moment précis où le prêtre répandait l'encens sur l'autel, car le voile qui séparait le Saint du parvis les empêchait de voir cette cérémonie.
Luc chap. 1 verset 11. - Et un ange du Seigneur lui apparut, se tenant debout à droite de l’autel de l’encens. - Après ces détails préliminaires, vv. 8-10, l'historien sacré arrive à l'apparition de l'ange Gabriel, et il note en passant l'impression qu'elle produisit sur Zacharie, vv. 11 et 12. Le phénomène décrit au v. 11 ne consista pas en une vision extatique ; ce fut une apparition extérieure, réelle, qui tomba sous les sens du saint prêtre. L'autel de l'encensement ou des parfums, qu'il ne faut pas confondre avec celui des holocaustes, était en bois de sittim (sorte d'acacia) revu d'or. Il se dressait vers le milieu du Saint, un peu du côté de l'Orient. Au nord se trouvait la table des pains de proposition, au sud le chandelier à sept branches : c'est donc auprès de ce candélabre, situé à droite de l'autel, que se tenait l'Archange lorsque Zacharie l'aperçut tout à coup. Des renseignements aussi positifs prouvent le caractère tout à fait historique de l'incident. Telle fut la première des apparitions angéliques qui se rattachent à l'Enfance de Jésus. Les Évangiles en racontent plusieurs autres : v. 26 ; 2, 9 ; Matth. 1, 20 ; 2, 13 et 19. Remarquons que c'est dans le sanctuaire de Jéhovah que la naissance prochaine du Précurseur sera prophétisée. Il convenait que ce lieu, si souvent témoin des manifestations divines, fût en ce moment le centre d'où s'échapperaient les premiers rayons lumineux qui devaient former bientôt le soleil évangélique.
Luc chap. 1 verset 12. - Zacharie fut troublé en le voyant, et la frayeur le saisit. - L'homme est toujours saisi d'effroi à la vue du surnaturel quand il se présente sous cette forme. La Bible nous en fournit de nombreuses preuves. Comp. Ex. 15, 16 ; Judith, 15, 2 ; Dan. 8, 17 et 18 ; 10, 7-9 ; Act. 10, 4 ; 19, 17 etc. - Et la frayeur le saisit. Répétition emphatique de la même idée avec des expressions plus fortes, à la manière du style hébraïque (Cf. Gen. 15, 12) pour mieux décrire la terreur de Zacharie.
Luc chap. 1 verset 13. - Mais l’ange lui dit : Ne crains pas, Zacharie, car ta prière a été exaucée, et ta femme Elisabeth t’enfantera un fils, auquel tu donneras le nom de Jean. - C'est la parole amie, rassurante, adressée habituellement par les anges en pareil cas. Comp. v. 30 ; 2, 10 ; Apoc. 1, 17. « Comme c’est le propre de la fragilité humaine d’être troublé par la vision d’une créature spirituelle, c’est le propre de la courtoisie angélique de consoler par des gentillesses les mortels qui tremblent à la vue des anges. » Vén. Bède, h. l. La première parole céleste qui retentit dans le Nouveau Testament est ainsi une parole d'encouragement et de consolation. Elle est immédiatement suivie de la grande nouvelle qui était le motif de l'apparition. - Ta prière a été exaucée… Mais quelle était cette prière à laquelle l'ange fait tout d'abord allusion ? Il s'est formé sur ce point deux sentiments contradictoires. Maldonat, Bengel, Olshausen, Meyer, MM. Bisping, Schegg, Godet, etc. pensent que Zacharie, en offrant l'encens au Seigneur, venait de formuler avec une ardeur nouvelle la prière que pendant longtemps il avait adressée à Dieu chaque jour : Donnez-nous un fils ! Et, au premier regard, le contexte paraît favoriser cette opinion, puisque l'ange ajoute aussitôt : « Tu auras un fils », semblant établir ainsi une connexion très étroite entre la prière de Zacharie et la promesse qui va suivre. Néanmoins, en étudiant le texte de plus près, on est frappé de plusieurs difficultés sérieuses qui vont à l'encontre de cette interprétation. L'évangéliste n'a-t-il pas dit , v. 7, que Zacharie et Elisabeth avaient perdu moralement tout espoir d'avoir un fils ? Bien plus, dans un instant, quand l'ange aura achevé son message, Zacharie ne sera-t-il pas saisi d'étonnement, et n'objectera-t-il pas sa vieillesse et celle d'Elisabeth ? Aussi les SS. Pères (notamment S. Augustin, S. Jean Chrysostome, le Vén. Bède), et après eux la plupart des exégètes, ont-ils cru que la prière de Zacharie avait un autre objet, plus relevé, plus général, plus sacerdotal : Il avait prié pour l'avènement du Messie. « Il faut ici un peu de perspicacité. Car il n’est pas vraisemblable que celui qui offre un sacrifice pour les péchés du peuple, pour le salut et la rédemption du genre humain, ait pu prier pour avoir des enfants, après avoir mis de côté les besoins et les aspirations de tous, lui, un homme âgé ayant une épouse décrépite. Surtout qu’aucune personne ne désespère obtenir ce qu’il demandait instamment dans ses prières. En conséquence, ce qui lui a été dit : ta prière a été exaucée, se rapporte à la prière qu’il adressait à Dieu pour le peuple, à savoir que le salut, la rédemption du peuple et l’abolition des péchés se feraient par le Christ. On annonce en plus à Zacharie qu’un fils lui naîtrait, qui serait le précurseur du Christ. » St Augustin, De quaestion. Evangel., l. 2, q. 1. Cette dernière réflexion du saint Docteur montre la liaison qui existe entre les premières paroles de l'ange, ta prière a été exaucée, et les suivantes : Elisabeth t'enfantera un fils. A la joyeuse promesse, l'ange associe un ordre : tu donneras le nom de Jean… Comme Isaac dans l'Ancien Testament, comme Notre-Seigneur Jésus-Christ dans le Nouveau, S. Jean reçoit son nom directement du ciel ; et quel beau nom ! Joannes signifie « Jéhovah est propice, Jéhovah a fait grâce », et exprime de la façon la plus claire les intentions bienveillantes du Seigneur à l'égard de son peuple. L'idée de la Rédemption y est contenue toute entière. Il est vrai qu'il avait été souvent porté à des époques antérieures (comp. 4 Reg. 25, 23 ; 2 Par. 17, 15 ; 23, 1 ; 28, 23 ; Nehm. 6, 18 ; 12, 13) ; mais alors c'étaient des hommes qui l'avaient imposé, et jamais sa signification n'avait été réalisée.
Luc chap. 1 verset 14. - Il sera pour toi un sujet de joie et d’allégresse, et beaucoup se réjouiront de sa naissance - Un sujet de joie et d'allégresse. Deux substantifs pour mieux indiquer la vivacité de la joie des parents du Précurseur. Mais ce n'est pas seulement dans le cercle intime d'une famille juive que cette merveilleuse naissance répandra le bonheur : elle réjouira un grand nombre d'hommes, pour les motifs qui seront développés dans les vv. 16 et 17. Et en effet, l'Église entière ne célèbre-t-elle pas chaque année joyeusement la Nativité de S. Jean Baptiste ? Des païens mêmes, au dire des anciens, n'ont-ils pas fêté régulièrement cet anniversaire par des réjouissances publiques ? Voyez D. Calmet, Comment. Littér. sur S. Luc, p. 174.
Luc chap. 1 verset 15. - Car il sera grand devant le Seigneur. Il ne boira pas de vin ni de liqueur enivrante, et il sera rempli du Saint-Esprit dès le sein de sa mère - Comme le montre la particule car, l'ange va maintenant indiquer les causes de cette joie universelle. Il le fait à trois points de vue : 1° par rapport à la nature intime, au caractère moral de l'enfant de bénédiction qui vient d'être promis à Zacharie, 2° par rapport à l'influence qu'il exercera sur les autres hommes, 3° par rapport à son emploi en tant que Précurseur du Messie. 1° Nature morale de l'enfant, v. 15. S. Jean sera grand ; mais, ce qui vaut mieux, il sera grand devant le Seigneur, c'est-à-dire qu'il possédera la véritable grandeur. « Est ici signifiée la singularité de la grandeur : que le Seigneur le rendra grand » Luc de Bruges. En effet, être grand devant Dieu, ce n'est pas jouir des honneurs terrestres, mais c'est posséder la vertu, la sainteté à un degré éminent, et nous savons combien Jean-Baptiste a été grand sous ce rapport. L'accomplissement de cette prédiction de l'ange peut se résumer dans les paroles prononcées plus tard par Notre-Seigneur Jésus-Christ, Matth. 11, 11 : « parmi ceux qui sont nés de femmes, il n'en a pas paru de plus grand que Jean-Baptiste ». La grandeur spirituelle de l'enfant sera manifestée par deux signes, l'un extérieur, l'autre intérieur. Extérieurement, il mènera la vie parfaite, qui consiste toujours, chez tous les peuples et à toutes les époques, dans la mortification des sens, dans un régime austère ; il sera donc jusqu'à un certain point un Nazir perpétuel (par opposition au Nazaréat temporaire. Voyez le mot Naziraeus dans Otho, Lexic. Rabbin.), à la façon de Samson, Jud. 13, 4, de Samuel, 1 Reg. 1, 11, et des Réchabites, Jer. 35, 6 et ss. Le mot cervoise désigne toutes les liqueurs enivrantes autres que le vin, la bière par exemple, l'hydromel et plusieurs espèces de cidre ou de boissons fermentées dont les Orientaux ont toujours fait leurs délices. Cfr. Pline, Hist. Nat. 14, 19. S. Jérôme, Epist. ad Nepot., donne aussi d'intéressants détails à ce sujet : « Sicera, dans la langue hébraïque, signifie toute potion qui peut enivrer, qu’elle soit faite avec du blé, avec du sucre de pomme, des rayons de miel cuit, une potion barbare, ou les fruits des palmiers réduits en liqueur, ou formant un liquide épais et coloré après cuisson. ». - Intérieurement, S. Jean aura une marque bien plus excellente encore de sa grandeur : il recevra dans leur plénitude les dons de l'Esprit divin, car telle est la force de cette formule toutes les fois qu'elle est employée dans les écrits bibliques. Les mots suivants, « dès le sein de sa mère », indiquent le moment auquel commencera cette effusion merveilleuse de l'Esprit Saint : elle aura lieu dès avant la naissance du Précurseur, dans la circonstance racontée plus bas, v. 41, et se continuera durant toute sa vie. Cf. S. Ambr. Expos. in Luc. 1, 33 ; Orig. Hom. 4 in Luc.
Luc chap. 1 verset 16. - Et il convertira un grand nombre des enfants d’Israël au Seigneur leur Dieu. - 2° L'enfant annoncé à Zacharie exercera sur ses semblables une puissante influence religieuse. Il les détournera du mal, il les conduira vers Dieu, en un mot il les convertira. Toutefois cette influence sera bornée dans ses limites : elle s'étendra aux seuls Juifs, et encore, hélas ! Ne les atteindra-t-elle pas tous ; un grand nombre du moins consentiront à la subir. Nous verrons le Précurseur accomplir admirablement ce beau rôle durant son ministère public, prêchant la fuite du péché, la connaissance du Christ, et ramenant ainsi les fils d'Israël à Jéhovah qui, en vertu de l'alliance du Sinaï, est justement appelé par l'évangéliste leur Dieu spécial. Ramener les âmes au Seigneur, c'est aussi la fonction principale du prêtre.
Luc chap. 1 verset 17. - Et il marchera devant lui dans l’esprit et la vertu d’Elie, pour ramener les cœurs des pères vers les enfants, et les incrédules à la prudence des justes, de manière à préparer au Seigneur un peuple parfait. - 3° Au point de vue de sa vocation proprement dite, Jean-Baptiste sera le Précurseur du Messie. - Et il marchera devant lui… « lui » ne peut se rapporter qu'à Dieu, cf. v. 16, et pourtant, d'après l'idée, il est certain qu'il s'agit ici du Messie. La conclusion est manifeste : Donc le Messie est Dieu, le Messie est le Jéhovah de l'ancienne Alliance. Cf. Patrizi, de Evang. Lib. 3, Dissert. 4, 7 et 8. Du reste, ce n'est pas là une notion nouvelle, puisque les Prophètes décrivaient déjà l'avènement du royaume messianique sous la figure d'une entrée solennelle de Jéhovah parmi son peuple. Comp. is. 40, 3 ; Mal. 3, 1. L'ange fait tout à coup un rapprochement des plus élogieux pour Jean-Baptiste, quand il dit qu'il viendra dans l'esprit et la vertu d’Élie, car Elie est un des plus saints, un des plus grands personnages de l'Ancien Testament. Le Précurseur héritera donc, plus encore qu’Élisée, de l'esprit de ce réformateur célèbre ; il agira avec une vigueur et une autorité semblables à la vigueur et à l'autorité d’Élie. Plus tard, Notre-Seigneur Jésus-Christ fera lui-même un rapprochement identique, et il dira hautement que Jean-Baptiste était une copie parfaite du prophète Elie. Comp. Matth. 11, 14 et le commentaire ; 17, 10-12. - Pour ramener les cœurs des pères vers les enfants. Les paroles qui précèdent étaient une allusion évidente de l'oracle de Malachie, 3, 1, et 4, 5 ; mais voici que l'ange Gabriel cite maintenant d'une manière littérale, pour les appliquer à Jean-Baptiste, les dernières lignes de cette prophétie, 4, 6 : « Il ramènera le cœur des pères à leurs enfants, et le cœur des enfants à leurs pères ». Voyez Patrizi, l.c. Dissert. 5. La locution « ramener le cœur » signifie rendre favorable, bien disposer, concilier. La difficulté porte sur « les pères » et sur « les fils » dont S. Jean, le nouvel Elie, devait unir et pacifier les cœurs séparés. D'après Théophylacte, les pères représenteraient la nation juive, les fils seraient au contraire les apôtres de Jésus. Suivant Théodoret, Wordsworth, etc. les pères sont également la figure des Juifs, mais les fils symbolisent les païens. D'autres exégètes assez nombreux (Maldonat, Meyer, Bleek, etc.) prennent ces deux expressions à la lettre : l'ange annoncerait simplement que les liens de famille, alors brisés dans un grand nombre de maisons par les discordes politiques et religieuses qui avaient envahi la nation théocratique seraient renoués heureusement par le Christ et par son précurseur. A ces interprétations, nous préférons celle qu'admettent communément les anciens auteurs et la plupart de modernes. Les « pères » ne sont autres que les Abraham, les Isaac, les Jacob, et les autres patriarches, glorieux ancêtres du peuple choisi. Les « fils » représentent les Juifs contemporains de Notre-Seigneur et de S. Jean. Autant ceux-là étaient pleins de foi au Messie, autant ceux-ci étaient incrédules, malgré leur attente superstitieuse : de là une sorte d'animosité bien naturelle des premiers à l'égard de leurs descendants dégénérés. Or, en amenant les fils à la vraie croyance messianique, le Précurseur leur rendra les Patriarches propices ; il réunira ces cœurs longtemps séparés. On trouve une pensée analogue dans Isaïe, 29, 22 et ss. : « Jacob n'aura plus désormais à rougir, et son front désormais ne pâlira plus. Car, lorsqu'il verra, lui et ses enfants, l’œuvre de mes mains au milieu d'eux, ils sanctifieront mon nom, ils sanctifieront le Saint de Jacob, et ils révéreront le Dieu d'Israël. ». comp. Ibid. 63, 16 et ss. - Et les incrédules à la prudence des justes. Littéralement, il ramènera les rebelles au sentiment des justes. Les justes sont identiques aux pères, les rebelles identiques aux fils. - De manière à préparer au Seigneur… : But final de la sainte activité du Précurseur : ses exemples et sa prédication prépareront au Messie, parmi les Israélites, un noyau parfaitement disposé à le recevoir et à profiter des grâces qu'il apportera au monde. Ces paroles de l'ange, qu'on a trouvées « vagues et décolorées » (Reuss, Hist. Évangél. p. 123), ne pouvaient être au contraire ni plus nettes, ni plus précises. Elles expriment admirablement le caractère et la vie de Jean-Baptiste. Elles ouvrent de splendides horizons messianiques, dont nous constaterons bientôt la réalité.
Luc chap. 1 verset 18. - Zacharie dit à l’ange : A quoi connaîtrai-je cela ? car je suis vieux, et ma femme est avancée en âge. - Ce verset raconte l'accueil fait par Zacharie aux promesses de l'ange. A quel indice reconnaîtrai-je la vérité de votre prédiction ? Ainsi Zacharie demande un signe dont la réalisation immédiate lui prouvera que son interlocuteur est sincère et véridique. Il rappelle ensuite l'obstacle qui s'oppose à ce qu'il devienne père, comme on le luit promet : « car je suis vieux, et ma femme est avancée en âge » : les lois de la nature ne le permettraient pas. Les fonctions religieuses des Lévites cessant quand ils avaient atteint leur cinquantième année (comp. Num. 4, 3 ; 8, 24 et ss.), on a parfois prétendu que Zacharie n'avait pas encore cinquante ans lorsque l'ange Gabriel lui apparut, de sorte que le mot « vieux » ne désignerait pas ici un âge bien avancé. Mais cette observation manque tout à fait de justesse, attendu que l'ordonnance en question ne concernait pas les prêtres : le Talmud le dit formellement. Comp. Lightfoot, Hor. hebr. in Evang. Luc, h. l.
Luc chap. 1 verset 19. - Et l’ange lui répondit : Je suis Gabriel, qui me tiens devant Dieu ; et j’ai été envoyé pour te parler, et pour t’annoncer cette bonne nouvelle. - Au doute de Zacharie, le messager céleste répond de deux manières : il lui présente d'abord ses lettres de créance, v. 19, puis il lui accorde le signe qu'il désirait, v. 20. Ses lettres de créance consistent dans l'indication de son nom, de son titre, de sa mission. Son nom est Gabriel, nom célèbre qui rappela aussitôt à Zacharie deux des passages les plus importants de la prophétie de Daniel, 8, 16 ; 9, 21. Son titre est celui d'assistant au trône de Dieu : Gabriel était donc l'un des sept anges supérieurs (Dan. 10, 13 ; Tob. 12, 15) qui, à la manière des esclaves de l'Orient (comp. 3 Reg. 10, 8 ; 17, 1 ; 18, 15 ; Ps. 133, 1 ; 134, 2, etc.) se tiennent constamment debout devant leur auguste Maître, toujours prêts à exécuter ses ordres. Sa mission actuelle consistait précisément à porter la bonne nouvelle contenue dans les vv. 13-17, et il venait de s'en acquitter fidèlement. - Annoncer cette bonne nouvelle est une des expressions favorites de S. Luc, et qui a fait justement donner à l'archange Gabriel le surnom d'Évangéliste céleste. Comme tout se suit admirablement dans les plans divins ! Il y a environ cinq siècles, ce même ange annonçait à Daniel, au sein de la profane Babylone, le futur établissement du royaume du Messie, non sans fixer une date fameuse ; et voici qu'il annonce maintenant à Zacharie, dans l'enceinte du temple de Jérusalem, que les temps sont accomplis et que ses anciennes promesses vont enfin se réaliser !
Luc chap. 1 verset 20. - Et voici que tu seras muet, et que tu ne pourras plus parler, jusqu’au jour où ces choses arriveront, parce que tu n’as pas cru à mes paroles, qui s’accompliront en leur temps. - Le signe accordé à Zacharie est en même temps une punition sévère : et voici que tu sera muet… L'ange ajoute aussitôt : et tu ne pourras plus parler. Zacharie ne demeurera silencieux que parce qu'il lui sera impossible de parler. Ces derniers mots ne sont donc pas une tautologie, comme on l'a prétendu sans raison. Le mutisme miraculeux de Zacharie durera jusqu'au jour où ces choses arriveront, c'est-à-dire, jusque vers l'époque de la naissance de l'enfant, plus exactement jusqu'au jour de sa circoncision. La cause du châtiment est ensuite clairement indiquée ; Zacharie n'est pas puni pour avoir demandé un signe : d'autres l'avaient fait avant lui, presque dans les mêmes termes (comp. Gen. 15, 8 ; Jud. 6, 47) sans que le Seigneur leur adressât le moindre reproche. Il est châtié, l'ange le dit, parce que sa foi a un moment défailli, parce que lui, prêtre du Très-Haut, a mis en doute la vérité des paroles d'un messager divin. Les premiers exégètes chrétiens aimaient déjà à montrer le rapport parfait qui existe entre la faute de Zacharie et sa punition : « Pour que celui qui a exprimé son incrédulité en parlant, apprenne à croire en se taisant. », Vén. Bède, h. l. - Gabriel, avant de se retirer, affirme que toutes ses paroles se réaliseront en leur temps, au temps d'ailleurs prochain, que la Providence de Dieu avait fixé de toute éternité.
Luc chap. 1 verset 21. - Cependant le peuple attendait Zacharie, et on s’étonnait qu’il s’attardât dans le temple. - Pendant que cette scène avait lieu dans l'intérieur du Saint, le peuple se demandait avec étonnement pourquoi la cérémonie de l'encensement durait si longtemps ce jour là. D'ordinaire, en effet, quelques instants suffisaient pour l'accomplir, et voici qu'on ne voyait pas sortir Zacharie ! Lui serait-il arrivé quelque malheur ? Un trait raconté par le Talmud montre combien facilement ces Juifs religieux s'inquiétaient en pareilles circonstances : « Le souverain pontife exprima une prière dans le saint des saints…Il ne prolongea pas sa prière pour ne pas susciter de crainte dans le peuple. L’histoire rapporte le cas d’un grand prêtre qui avait prié très longtemps. On était même prêt à entrer derrière lui. On dit que c’était Siméon le juste. Ils lui demandèrent : « Pourquoi t’est-tu si longtemps attardé ? » Il répondit : « J’ai prié pour le temple de votre Dieu, pour qu’il ne soit pas détruit. » Ils lui répondirent. « C’est bien. Mais tu ne dois quand même pas t’attarder si longtemps ». Babyl. Ioma, f. 43.
Luc chap. 1 verset 22. - Mais, étant sorti, il ne pouvait leur parler ; et ils comprirent qu’il avait eu une vision dans le temple. Et lui, il leur faisait des signes, et il demeura muet. - L'apparition de Zacharie fut loin de mettre fin à l'étonnement de la foule. A l'émotion qui se trahissait sur sa physionomie, on reconnut immédiatement qu'il avait été témoin de quelque événement extraordinaire ; en découvrant aussitôt après que l'usage de la parole lui était enlevé, on conjectura que cet événement avait dû être surnaturel, tant on était accoutumé, par la lecture de l'histoire nationale et sacrée, aux interventions divines, surtout dans le temple. Ainsi donc, concluant de l'effet à la cause, les assistants comprirent « qu'il avait eu une vision ». Vision désigne ici une apparition extérieure. Zacharie, par des gestes répétés, leur apprit que leur hypothèse était exacte ; mais il ne donna sans doute à personne la clé du mystère qui lui avait été révélé. - Il resta muet. Dans ce prêtre juif, devenu muet tandis qu'il exerçait ses fonctions sacerdotales au cœur même du temple, les Pères ont vu un profond symbole. Par là, disent-ils, était figuré le silence auquel la religion mosaïque allait être prochainement réduite par la propagation de l'Évangile. Voir en particulier Origène, Hom. 5 in Luc ; S. Ambroise, Enarr. in Luc, l. 1, 41 et 42.