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2. Jésus à Nazareth. 4, 16-30

16Il vint à Nazareth, où il avait été élevé ; et il entra selon sa coutume, le jour du sabbat, dans la synagogue, et il se leva pour lire. 17On lui donna le livre du prophète Isaïe. Et ayant déroulé le livre, il trouva l’endroit où il était écrit : 18L’Esprit du Seigneur est sur moi ; c’est pourquoi il m’a sacré par son onction ; il m’a envoyé évangéliser les pauvres, guérir ceux qui ont le cœur broyé, 19annoncer aux captifs la délivrance, et aux aveugles le recouvrement de la vue, mettre en liberté ceux qui sont brisés sous les fers, publier l’année favorable du Seigneur et le jour de la rétribution. 20Ayant replié le livre, il le rendit au ministre, et s’assit. Et tous, dans la synagogue, avaient les yeux fixés sur lui. 21Et il commença à leur dire : Aujourd’hui, cette parole de l’Ecriture que vous venez d’entendre est accomplie. 22Et tous lui rendaient témoignage, et ils admiraient les paroles de grâce qui sortaient de sa bouche, et ils disaient : N’est-ce pas là le fils de Joseph ? 23Alors il leur dit : Sans doute, vous m’appliquerez ce proverbe : Médecin, guéris-toi toi-même ; les grandes choses faites à Capharnaüm, dont nous avons entendu parler, faites-les également ici, dans votre pays. 24Et il ajouta : En vérité, je vous le dis, aucun prophète n’est bien reçu dans sa patrie. 25En vérité, je vous le dis, il y avait beaucoup de veuves en Israël au temps d’Elie, lorsque le ciel fut fermé pendant trois ans et six mois, et qu’il y eut une grande famine dans tout le pays ; 26et cependant, Elie ne fut envoyé à aucune d’elles, mais à une femme veuve de Sarepta, dans le pays de Sidon. 27Il y avait aussi beaucoup de lépreux en Israël au temps du prophète Elisée ; et aucun d’eux ne fut guéri, si ce n’est Naaman, le Syrien. 28Ils furent tous remplis de colère, dans la synagogue, en entendant ces paroles. 29Et se levant, ils le chassèrent hors de la ville, et ils le menèrent jusqu’au sommet de la montagne sur laquelle leur ville était bâtie, pour le précipiter en bas. 30Mais lui, passant au milieu d’eux, s’en alla.

Récit dramatique et vivant, que S. Luc tenait sans doute de quelque témoin oculaire. Nous avons exposé dans notre commentaire sur S. Matthieu, p. 282 et ss., la difficulté d'harmonie qu'il occasionne. Maintenant comme alors, malgré la similitude des faits, nous croyons à l'existence d'une double visite faite par Notre-Seigneur Jésus-Christ à ses concitoyens de Nazareth. Voyez Wieseler, Chronol. Synopse, p. 284 et s. ; Tischendorf, Synopsis Evangel., p. 32, § 54. S. Luc relate la première ; S. Matthieu et S. Marc racontent la seconde. De part et d'autre la chronologie est trop bien marquée pour qu'on puisse identifier les faits.

Luc chap. 4 verset 16. - Il vint à Nazareth, où il avait été élevé ; et il entra selon sa coutume, le jour du sabbat, dans la synagogue, et il se leva pour lire. - Il vint à Nazareth. Sur cette localité non moins gracieuse que célèbre, voyez l'Evang. selon S. Matth. p. 63. C'est là que Jésus avait été élevé ; nous avons vu en effet (2, 39-52 ; comp. Matth. 2, 23) que la plus grande partie de son enfance et toute sa jeunesse s'étaient passées à Nazareth. - Il entra selon sa coutume… Précieux détail sur la vie religieuse de l'Homme-Dieu durant sa longue retraite de trente ans. Car nous ne pensons pas que la coutume mentionnée par l'évangéliste se rapporte seulement aux débuts du ministère public de Jésus (v. 15). Le contexte exige un temps plus considérable. Les enfants étaient du reste astreints à la fréquentation des synagogues à partir de leur treizième année. - Le jour du sabbat. Sur ce jour et sur ce local spécialement consacrés au culte juif, voyez l'Evang. selon S. Matthieu, p. 94, Buxtorf, de Synag. Judaeor. c. 10 ; Jahn, Archaeolog. §§ 344 et 397. Dans l'humble bourg de Nazareth il n'y avait qu'une synagogue, comme l'indique l'article du texte grec. - Il se leva pour lire. Non seulement tout est graphique dans la description de S. Luc, mais tout y est aussi de la plus parfaite exactitude, comme nous le prouvent les renseignements archéologiques parvenus jusqu'à nous. Assis tout d'abord parmi les assistants, Jésus se lève pour faire la lecture de la Bible, qui a toujours formé le fond du culte des synagogues. On se tenait en effet debout pendant cette lecture, par respect pour la parole inspirée. Cfr. Neh. 8, 4 et 5. Le président de la synagogue l'avait-il invité ce jour-là d'une manière expresse à remplir les fonctions de lecteur, selon la pratique habituelle ? Ou bien s'offrait-il de lui-même, ainsi que le pouvait tout Israélite honorable ? Cette seconde hypothèse nous paraît plus conforme aux expressions de S. Luc. Dans l'un ou l'autre cas, voilà que Notre-Seigneur gravit les degrés de la tribune située auprès du petit sanctuaire de la synagogue.

Luc chap. 4 verset 17. - On lui donna le livre du prophète Isaïe. Et ayant déroulé le livre, il trouva l’endroit où il était écrit... - Chaque samedi on lisait, et on lit encore chez les Juifs, deux passages de la Bible : le premier se nommait Paraschah ; le second, extrait des Prophètes, était appelé Haphtarah. Puisqu'on présente à Jésus le livre des prophéties d'Isaïe, c'est donc que la Paraschah avait été lue, et qu'on était alors arrivé à la dernière partie de la cérémonie, qui se concluait en effet par l'Haphtarah (littér. acte de congédier). Ayant reçu le livre des mains du sacristain de la synagogue, Jésus l'ouvrit, ou mieux il le déroula, car les livres liturgiques chez les Juifs ont toujours consisté en membranes de parchemin cousues bout à bout et roulées autour d'un ou deux bâtons plus ou moins ornés. C'est pour cela qu'on les appelait Meghillah, rouleau. Telle est d'ailleurs la forme primitive des livres, quoique les « livres » proprement dits, composés de feuilles carrées ou rectangulaires placées l'une sur l'autre (codices, tabulae) fussent connus dès avant l'époque de Notre-Seigneur. Les rouleaux bibliques sont parfois énormes, et par conséquent très incommodes. M. Schegg, dans une note intéressante (Evang. Nach Lukas, t. 1, p. 214), en décrit un, contenant les Parasches, qui n'a pas moins de 138 pieds de long sur 2 de large, et qui pèse 11 livres 1/2. Pour obvier aux inconvénients d'un tel poids et de telles dimensions, on divisait souvent les « volumes » en plusieurs tomes, qui contenaient chacun une partie distincte. C'est ainsi que Jésus reçut une Meghillah spécialement réservée à Isaïe : d'où il suit que l'Haphtarah de ce jour devait être prise dans les oracles du fils d'Amos. - Il trouva l'endroit… Le divin Maître choisit-il de lui-même ce passage ? Ou bien était-il fixé pour la lecture du jour ? Comme les Juifs le lisent actuellement pour la fête du « Iôm Kippour » ou de l'expiation, divers auteurs ont supposé qu'on célébrait alors cette solennité. Mais il est aisé de leur démontrer que l'ordre actuel des Haphtarah est loin de remonter au temps de Jésus (comp. Zunz, Gottestdienstl. Vortraege der Juden, p. 6). Revenant à la question proposée, il nous semble plus naturel de conclure que l'expression employée par S. Luc, « il trouva », que Jésus, en déroulant le volume, tomba providentiellement sur une colonne consacrée au chapitre 61ème, et s'y arrêta pour en lire les premières lignes. Rien ne pouvait être mieux approprié à la circonstance, car si un passage relatif à la descente royale du Messie, à ses prérogatives judiciaires, à sa puissance irrésistible, eût été peu en rapport avec les préjugés de l'assemblée, un texte qui développe son rôle pacifique et humble, sa condescendance et sa douceur, convenait au contraire admirablement ; or, dans celui que trouva Jésus, le Christ consolateur est peint au vif avec toutes ses divines amabilités, avec sa prédilection pour les petits et les affligés, en même temps qu'avec les grâces qu'il a reçues du ciel pour apporter le bonheur à tous. S. Luc cite ces paroles d'Isaïe d'après la traduction des Septante, mais avec quelques variantes remarquables, ainsi qu'il arrive presque toujours quand un fragment de l'Ancien Testament est inséré dans les écrits du Nouveau. Jésus les lut en hébreu, et l'interprète en donna probablement la traduction en araméen, l’idiome parlé alors dans toute la Palestine.

Luc chap. 4 versets 18 et 19. - L’Esprit du Seigneur est sur moi ; c’est pourquoi il m’a sacré par son onction ; il m’a envoyé évangéliser les pauvres, guérir ceux qui ont le cœur broyé, 19annoncer aux captifs la délivrance, et aux aveugles le recouvrement de la vue, mettre en liberté ceux qui sont brisés sous les fers, publier l’année favorable du Seigneur et le jour de la rétribution. - Dès ces premiers mots nous trouvons, comme aimaient à le dire les anciens auteurs, l'indication des trois personnes divines : le Père, marqué par Seigneur, le Fils « sur moi », qui ne diffère pas du Messie, et l'Esprit-Saint. Qui, mieux que Jésus, pouvait s'appliquer de telles choses ? Comp. Is. 11, 2 ; 42, 2. Voilà la quatrième fois, depuis le commencement de ce chapitre, qu'on nous le montre possédant la plénitude de l'Esprit de Dieu ! - C'est pourquoi… C'est au moral qu'il faut entendre cette onction du Messie : elle désigne une destination sainte, une consécration. Jésus venait de la recevoir au baptême. Comp. Act. 4, 27. La suite de la citation caractérise d'une manière sublime l’œuvre miséricordieuse du Christ, au moyen d'expressions à peu près synonymes, dont la répétition emphatique est du plus bel effet. Dieu a donc envoyé son Messie sur la terre pour annoncer la bonne nouvelle aux pauvres, généralement si délaissés ; pour guérir les cœurs brisés, et il y en a tant en ce monde, proposition authentique quoiqu'elle manque dans plusieurs documents importants, tels que les manuscrits B, D, L, Z, Sin. et les versions copte, armén., éthio., ital. ; pour crier aux captifs qu'ils sont libres, aux aveugles qu'ils voient (littéral., d'après l'hébreu, « aux enchaînés une ouverture » : les prisonniers longtemps plongés dans d'obscurs cachots, et enfin délivrés, sont assimilés par la traduction Alexandrine à des aveugles qui recouvrent subitement la vue) ; enfin pour prêcher une année favorable, l'année toute aimable de Jéhovah. Isaïe, par ces derniers mots, faisait allusion à l'année jubilaire, qui, en remettant toutes les dettes, et en rendant la liberté à tous les esclaves, faisait cesser tant de douleurs ! Voyez Lev. 25, 8 et ss. Le jubilé de l'Évangile est mille fois plus aimable, car il remet des dettes autrement écrasantes, il brise des chaînes autrement lourdes, les dettes et les chaînes du péché ! - Pour avoir pris trop à la lettre cette « douce année du Seigneur », divers écrivains ecclésiastiques de l'antiquité, tels que Clément d'Alexandrie, Strom. 1 ; Origène, de Princip. 4, 5 ; Tertullien, contr. Jud. 8 ; Lactance, Instit. Div. 4, 10 (comp. S. August. De Civ. Dei, 18, 54), et plusieurs sectes hérétiques (les Valentiniens et les Alogi ; voyez Hase, Leben Jesu, p. 21) ont cru à tort que le ministère public de Notre-Seigneur Jésus-Christ n'avait pas duré au-delà de un an. On réfute aisément cette opinion à l'aide de la tradition et des textes évangéliques. Voir le chapitre de notre Introduction générale relatif à la Chronologie des Saints Évangiles, et Winer, Bibl. Realwoerterbuch, t. 1, p. 568 de la 3è édit. La ligne mettre en liberté ceux qui sont brisés sous les fers ne fait pas partie du chap. 61è d'Isaïe ; mais on la trouve un peu plus haut, 58, 6. S. Luc, citant de mémoire, l'aura insérée ici à cause de la ressemblance des pensées. Quant aux mots et le jour de la rétribution, quoiqu'ils appartiennent au texte du prophète, il est probable qu'ils ont été ajoutés en cet endroit par suite d'une erreur des copistes, car 1° ils manquent dans le texte grec de S. Luc ainsi que dans plusieurs versions ; 2° comme ils expriment une idée terrible, annonçant les vengeances du Seigneur contre les impies, ils ne cadrent pas très bien, du moins dans la situation décrite par l'évangéliste avec le but que se proposait Notre-Seigneur. Jésus s'arrêta donc après « l'année favorable du Seigneur », de manière à n'avoir que des choses gracieuses à développer devant ses concitoyens de Nazareth. - Habituellement, il est vrai, le maphtir lisait 21 versets des prophètes ; mais il arrivait aussi qu'on se contentât d'en lire trois, cinq ou sept. Jésus profita de cette latitude.

Luc chap. 4 verset 20. - Ayant replié le livre, il le rendit au ministre, et s’assit. Et tous, dans la synagogue, avaient les yeux fixés sur lui. - Les détails de ce verset sont tous extrêmement pittoresques ; c'est un tableau vivant du peintre S. Luc. En avant, nous contemplons le héros de la scène, et tout autour les spectateurs. Chacun des gestes de Jésus est décrit : sa lecture achevée, 1° il roula la Meghillah ; 2° il la rendit au ministre qui la replaça aussitôt dans l'arche sainte située au fond du sanctuaire ; 3° il s'assit dans la chaire du lecteur, montrant ainsi qu'il allait prendre la parole pour expliquer le texte qu'il venait de lire. - L'auditoire est vivement impressionné, tous les regards sont fixés sur Jésus. Chacun des assistants se demande ce que pourra bien dire, sur un texte aussi remarquable, ce jeune homme qui n'a paru jusqu'alors dans le pays que comme un humble charpentier, mais qui s'est distingué aux alentours par sa prédication et par ses miracles.

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