Ressources Catholiques Missel Romain

6. Guérison d'un paralytique 5, 17-26. Parall. Matth. 9, 5-8 ; Marc. 2, 1-12.

17Il arriva qu’un jour il était assis et enseignait. Et des pharisiens et des docteurs de la loi, qui étaient venus de tous les villages de la Galilée, et de la Judée, et de Jérusalem, étaient assis auprès de lui ; et la puissance du Seigneur agissait pour opérer des guérisons. 18Et voici que des gens, portant sur un lit un homme qui était paralytique, cherchaient à le faire entrer et à le déposer devant Jésus. 19Mais, ne trouvant pas par où le faire entrer, à cause de la foule, ils montèrent sur le toit, et, par les tuiles, ils le descendirent avec le lit au milieu de l’assemblée, devant Jésus. 20Dès qu’il vit leur foi, il dit : Homme, tes péchés te sont remis. 21Alors, les scribes et les pharisiens se mirent à penser et à dire en eux-mêmes : Quel est celui-ci, qui profère des blasphèmes ? Qui peut remettre les péchés, si ce n’est Dieu seul ? 22Mais Jésus, connaissant leurs pensées, prit la parole et leur dit : Que pensez-vous dans vos cœurs ? 23Lequel est le plus facile, de dire : Tes péchés te sont remis ; ou de dire : Lève-toi et marche ? 24Or, afin que vous sachiez que le Fils de l’homme a sur la terre le pouvoir de remettre les péchés : Je te l’ordonne, dit-il au paralytique ; lève-toi, prends ton lit et va dans ta maison. 25Et aussitôt, se levant devant eux, il prit le lit sur lequel il était couché, et s’en alla dans sa maison, glorifiant Dieu. 26Et la stupeur les saisit tous, et ils glorifiaient Dieu. Et ils furent remplis de crainte, et ils disaient : Nous avons vu aujourd’hui des choses prodigieuses.

Sur la vraie place de cet incident remarquable, voyez l'Évangile selon Matth. , p. 171 et ss., et l'Harmonie évangélique. La narration de S. Luc a ici une très grande ressemblance avec celle de S. Marc : S. Matthieu ne donne qu'un sommaire.

Luc chap. 5 verset 17. - Il arriva qu’un jour il était assis et enseignait. Et des pharisiens et des docteurs de la loi, qui étaient venus de tous les villages de la Galilée, et de la Judée, et de Jérusalem, étaient assis auprès de lui ; et la puissance du Seigneur agissait pour opérer des guérisons. - Un jour (trait spécial) est une date bien vague, dont la formule est empruntée à la langue hébraïque. - Il était assis et enseignait. Détail pittoresque, encore propre à S. Luc. Nous savons par les deux autres synoptiques que la scène se passait à Capharnaüm, la nouvelle patrie de Jésus, dans une maison qui était probablement celle de S. Pierre. En face de Jésus l'évangéliste-peintre nous montre, également assis, des Pharisiens et des docteurs de la loi (S. Matthieu et S. Marc ne mentionnent que ces derniers), accourus, ajoute-t-il avec emphase, de tous les villages de Galilée et de Judée, et même de la cité sainte. La présence de ces personnages influents prouve que le Sauveur jouissait déjà d'une immense considération : ce n'est pas pour un Rabbi ordinaire que ce monde officiel, qui dirigeait le Judaïsme d'alors, aurait daigné se déranger. Toutefois ces nouveaux auditeurs n'ont rien de bienveillant pour Jésus : ils sont venus au contraire dans le but exprès de surveiller ses actes, de voir si sa doctrine est conforme à leurs traditions ; voilà pourquoi nous les trouvons au premier rang parmi l'assistance énorme qui s'était groupée ce jour-là autour de Notre-Seigneur. Cfr. Marc. 2, 2. Ceux d'entre eux qui avaient fait à cette intention le voyage de Jérusalem à Capharnaüm étaient selon toute vraisemblance des délégués du Sanhédrin. - La puissance du Seigneur agissait … « Seigneur » désigne ici Jéhovah, dont la toute-puissance, communiquée à son Christ, l'aidait à accomplir en cet instant des guérisons aussi nombreuses qu'étonnantes.

Luc chap. 5 versets 18 et 19. - Et voici que des gens, portant sur un lit un homme qui était paralytique, cherchaient à le faire entrer et à le déposer devant Jésus. 19Mais, ne trouvant pas par où le faire entrer, à cause de la foule, ils montèrent sur le toit, et, par les tuiles, ils le descendirent avec le lit au milieu de l’assemblée, devant Jésus. - Voyez l'explication détaillée dans l'Evang. selon S. Marc., pp. 42 et 43. Quand le malade et les quatre amis qui le portaient virent qu'il leur était absolument impossible de pénétrer par les moyens ordinaires dans la maison qui contenait pour eux le salut, ils durent éprouver un mouvement pénible ; mais leur foi était plus forte que les obstacles naturels, et elle leur apprit à les surmonter. - Ils montèrent sur le toit : tel fut le premier acte. Il était d'une exécution facile, grâce à l'escalier extérieur dont sont généralement munies les habitations de l'Orient. Cfr. Matth. 24, 17. Le second acte des porteurs est contenu en abrégé dans les mots par les tuiles. Quelques tuiles enlevées au toit plat de la maison eurent bientôt laissé une ouverture assez large pour le passage du malade. Alors, ils le descendirent avec le lit, au moyen de cordes qu'ils purent aisément se procurer. Le texte grec évoque une pauvre couchette, ou, comme dit S. Marc, le grabat du malade.

Luc chap. 5 verset 20. - Dès qu’il vit leur foi, il dit : Homme, tes péchés te sont remis. - L'incrédulité seule déplaisait à Jésus : la foi des suppliants ne trouva jamais son cœur insensible ; or, l'histoire évangélique renferme peu d'exemples d'une foi aussi vive que celle du paralytique et de ses humbles amis. Bien loin donc de se plaindre d'avoir été interrompu au milieu d'un discours auquel les circonstances (cfr. v. 17) prêtaient une gravité exceptionnelle, le bon Maître oublia tout le reste pour ne s'occuper que du malade. Sans même lui laisser le temps de proférer sa demande, il lui dit avec un ton d'inexprimable mansuétude : tes péchés te sont remis. L'apostrophe plus douce encore qu'on lit dans S. Matthieu, confiance, fils, fut probablement celle dont Jésus se servit. Le Sauveur remet tout d'abord les péchés du paralytique, parce qu'il y avait entre eux et la maladie extérieure une connexion intime, que pénétrait son divin regard. Voyez l'Evang. selon S. Matth. p. 172.

Luc chap. 5 verset 21. - Alors, les scribes et les pharisiens se mirent à penser et à dire en eux-mêmes : Quel est celui-ci, qui profère des blasphèmes ? Qui peut remettre les péchés, si ce n’est Dieu seul ? - Cette formule d'absolution, qui arrivait d'une manière si inattendue, frappa vivement toute l'assistance : mais elle produisit aussitôt sur les Pharisiens et les Scribes mentionnés plus haut l'impression particulière d'un grand scandale. Le récit sacré nous fait lire ce sentiment au fond de leurs cœurs. Qu'est donc, se disaient-ils, cet homme qui s'attribue un pouvoir réservé à Dieu seul ? Peut-être quelques-uns d'entre eux se souvinrent-ils du texte 2 Reg. 12, 13, où Nathan, ce célèbre prophète, annonce simplement à David que le Seigneur lui avait remis sa faute. Et voici que les paroles de Jésus revenaient à dire : Je te remets tes péchés.

Luc chap. 5 verset 22. - Mais Jésus, connaissant leurs pensées, prit la parole et leur dit : Que pensez-vous dans vos cœurs ? - Jésus ne laissa pas à ses adversaires le temps de développer contre lui leurs accusations intérieures de blasphème. Les prenant directement à partie, il maintint victorieusement, d'abord à l'aide du raisonnement, puis par un éclatant prodige, son droit de parler comme il venait de le faire. - Que pensez-vous dans vos cœurs ? D'après la psychologie hébraïque, c'est le cœur, non la tête, qui est le laboratoire principal des pensées.

Luc chap. 5 verset 23. - Lequel est le plus facile, de dire : Tes péchés te sont remis ; ou de dire : Lève-toi et marche ? - Sur cette argumentation vigoureuse, soyez l'Evang. selon S. Matth., p. 173 et ss. Dire, deux fois répété, en est le mot capital. Un imposteur pourrait aisément se dire capable d'accorder la rémission des péchés ; mais qui oserait prétendre, à moins de se sentir investi d'un divin pouvoir, qu'il peut guérir les maladies du corps ?

Luc chap. 5 verset 24. - Or, afin que vous sachiez que le Fils de l’homme a sur la terre le pouvoir de remettre les péchés : Je te l’ordonne, dit-il au paralytique ; lève-toi, prends ton lit et va dans ta maison. - A la question que leur adressait Notre-Seigneur, les Pharisiens et les Scribes n'eurent rien à répondre. Il reprit donc après une courte pause : Afin que vous sachiez… Comme on l'a dit, un miracle ainsi annoncé prend la valeur d'une importante démonstration. « Il montrait assez par ce fait même et par ces paroles, que s'il accomplissait ces œuvres sur les corps, c'était afin d'amener les hommes à croire qu'il délivrait les âmes par la rémission des péchés ; en d'autres termes, il voulait par sa puissance visible inspirer la foi à sa puissance invisible », S. Aug., Exp ad Rom, §23. Sur le titre Fils de l'homme, voyez l'Évangile selon S. Matth., p. 161 et s. - Il dit au paralytique… Le récit devient aussi vivant que la scène même. Du reste, en cet endroit il varie à peine dans les trois synoptiques, preuve que la tradition avait conservé parfaitement le souvenir du prodige et de toutes ses circonstances.

Luc chap. 5 verset 25. - Et aussitôt, se levant devant eux, il prit le lit sur lequel il était couché, et s’en alla dans sa maison, glorifiant Dieu. - La guérison fut immédiate et toute l'assistance put la constater. - Détail touchant non moins que pittoresque : celui qui avait été l'objet du miracle, obéissant d'ailleurs à l'ordre de Jésus (v. 24), prit le lit sur lequel il était couché et s'en alla… « Le grabat avait pris l’homme; maintenant, c’est l’homme qui portait le grabat », dit un ancien auteur. La couche qui avait été autrefois le signe de son infirmité devenait tout à coup une preuve évidente de sa guérison. On est heureux d'apprendre que le paralytique à qui Jésus avait ainsi merveilleusement rendu la santé ne fut pas un ingrat, et qu'il s'en retourna chez lui glorifiant Dieu. Nous devons ce trait à S. Luc.

Luc chap. 5 verset 26. - Et la stupeur les saisit tous, et ils glorifiaient Dieu. Et ils furent remplis de crainte, et ils disaient : Nous avons vu aujourd’hui des choses prodigieuses. - L'impression produite sur les témoins du miracle fut immense. Elle consista en un mélange bien naturel d'admiration et de sainte frayeur, mentionné de concert par les trois synoptiques. 1° L'admiration est exprimée en termes énergiques (le grec parle d'extase). Elle eut pour résultat de mettre la louange de Dieu sur toutes les lèvres. 2° La frayeur fut grande aussi, et chacun la motivait en disant à ceux qui l'entouraient : nous avons vu aujourd'hui des choses prodigieuses. Le texte grec emploie ici un adjectif qui pris à la lettre signifierait « des choses étranges, paradoxales ». Mais les classiques s'en servent aussi pour désigner des événements merveilleux.

...suite