Luc chap. 5 verset 33. - Alors ils lui dirent : Pourquoi les disciples de Jean font-ils souvent des jeûnes et des prières, de même ceux des pharisiens, tandis que les vôtres mangent et boivent ? - D'après la narration de S. Marc, qui est ici la plus complète et par conséquent la plus exacte, ce ne furent pas tout à fait les mêmes interlocuteurs qui adressèrent à Jésus cette seconde question : elle lui fut posée conjointement par les Pharisiens et par les disciples du Précurseur. - Pourquoi est omis par les témoins les plus autorisés. Dans ce cas, il n'y aurait pas eu d'interrogation proprement dite : les adversaires de Notre-Seigneur se seraient contentés de signaler le fait. Cette leçon rendrait peut-être plus frappant encore le contraste établi entre les jeûnes austères des Joannites et les bons repas reprochés à Jésus. - Des prières : ces mots, qu'on trouve seulement dans le troisième Évangile, représentent des prières spéciales et prolongées, qui ont toujours été associées au jeûne pour le rendre plus méritoire.
Luc chap. 5 versets 34 et 35. - Il leur répondit : Pouvez-vous faire jeûner les amis de l’époux, pendant que l’époux est avec eux ? 35Mais viendront des jours où l’époux leur sera enlevé, et alors ils jeûneront en ces jours-là. - La réplique faite par le divin Maître à cette nouvelle objection est divisée en deux parties dans la rédaction de S. Luc. La première partie, vv. 34 et 35, tend simplement à prouver qu'il ne conviendrait pas de faire jeûner pour le moment les disciples de Jésus ; la seconde, vv. 36-39, démontre qu'ils ne sont pas capables de jeûner. Auriez-vous bien le cœur de condamner au jeûne ceux qui célèbrent joyeusement une fête nuptiale ? De la sorte, l'inconvenance du jeûne est mise en relief. - Les amis de l'époux, ou, plutôt, d'après le grec, les fils de l'appartement nuptial : expression hébraïque pour indiquer les amis les plus intimes du fiancé. Par cette charmante métaphore, empruntée du reste au langage même de Jean-Baptiste (cfr. Joan. 3, 29), Jésus compare sa présence au milieu de ses disciples aux gaies cérémonies qui accompagnaient, huit jours durant, les noces juives. Toutefois, ajoute-t-il d'un ton empreint d'une gravité solennelle, je ne resterai pas toujours parmi les miens, et alors ils pourront jeûner sans inconvénient.
Luc chap. 5 verset 36. - Il leur proposa aussi cette comparaison : Personne ne met une pièce d’un vêtement neuf à un vieux vêtement ; autrement on déchire le neuf, et la pièce du vêtement neuf ne convient pas au vieux vêtement. - Il leur proposa aussi… Cette formule sert d'introduction à la seconde partie de la réplique. Les deux nouvelles images employées par N. S. montrent fort bien l'incompatibilité qui existait entre les prescriptions sévères du Pharisaïsme et la formation encore imparfaite des disciples de Jésus, ou mieux, pour prendre les choses de plus haut, l'incompatibilité de la Loi ancienne et de la religion du Christ. - Personne ne met … En rapprochant la rédaction de S. Luc de celle des autres synoptiques, le lecteur remarquera ici une nuance d'expressions qui n'est pas sans intérêt. S. Matthieu et S. Marc parlent d'un vieil habit raccommodé simplement à l'aide d'une pièce neuve : le troisième Évangile suppose deux vêtements dont l'un, entièrement neuf, est mis en morceaux par un tailleur insensé pour rapiéceter l'autre, déjà mûr et vieilli, ce qui fait deux habits gâtés. La figure acquiert ainsi une plus grande force, car un habit neuf a plus de valeur qu'une pièce d'étoffe neuve : il y a en sus la main d’œuvre, qui est parfois considérable.
Luc chap. 5 versets 37 et 38. - Et personne ne met du vin nouveau dans de vieilles outres ; autrement le vin nouveau rompra les outres, et il se répandra, et les outres seront perdues. 38Mais il faut mettre le vin nouveau dans des outres neuves, et ainsi les deux se conservent. - Autre figure, pour dire qu'au point de vue moral et religieux, de même que sous le rapport matériel, le vieux et le neuf ne vont pas ensemble, et qu'on les gâterait l'un et l'autre en voulant les joindre d'une manière inconsidérée. Le vin jeune et généreux de l'Évangile ferait éclater, par sa force d'expansion, les vieilles outres pharisaïques.
Luc chap. 5 verset 39. - Et personne, buvant du vin vieux, n’en veut aussitôt du nouveau ; car il dit : Le vieux est meilleur. - Cette nouvelle comparaison, qui n'est pas moins pittoresque que les précédentes, est une particularité de S. Luc. Elle semble également empruntée à la situation : on était à la fin du repas et le vin circulait dans les coupes. Rien de plus clair que son sens direct. Quel est l'homme qui, après avoir bu du vin vieux pendant un certain temps, aura la pensée d'en demander tout à coup du nouveau ? Il se dit au contraire, et habituellement avec raison : le vieux est meilleur, car le vin vieux est en général plus doux et plus savoureux au palais. Au moral cela signifie que tous les changements sont pénibles, que l'on ne s'accoutume pas en un instant à un genre de vie ou d'idées totalement nouveau, notre esprit prenant peu à peu, sous l'influence des vieilles habitudes, un pli qu'il lui est ensuite bien difficile d'abandonner. Or, voilà précisément ce que Jésus voulait indiquer par cette image. Le vin vieux dont il parle représente en effet l'antique religion mosaïque sous la forme rigide que lui avaient donnée les Pharisiens ; le vin nouveau symbolise la religion chrétienne. Eût-il été naturel que les Juifs renonçassent tout à coup à des idées, à des préjugés, dont ils étaient depuis longtemps imbus, pour faire un parfait accueil à l'enseignement du Sauveur ? C'est donc, on le voit, une excuse aimable de leur conduite et de leur incrédulité qui est contenue dans ce verset. Laissez faire nos accusateurs, semblait dire Jésus à ses disciples : leur résistance est naturelle. Mais ils finiront par s'habituer au vin nouveau de l'Évangile, qui, du reste, ne manquera pas lui-même de vieillir. - Les Rabbins emploient aussi quelquefois au figuré cette comparaison du vin vieux et du vin nouveau. Par exemple, Pirké Aboth, 4, 20 : « Celui qui a des hommes âgés pour professeurs, à quoi ressemble-t-il ? Il ressemble à un homme qui mange des grappes mûres et qui boit du vin vieux. Et celui qui a des jeunes gens pour instructeurs, à quoi ressemble-t-il ? A un homme qui mange des raisins verts et qui boit du verjus ».