Les épis et le jour du sabbat(vv. 1-5). Guérison d'une main desséchée (vv. 6-11). - Choix des Apôtres (vv. 12-16). - Foules nombreuses autour de Jésus (vv. 17-19). - Discours sur la montagne (vv. 20-49)
Or, un jour de sabbat appelé second-premier, il arriva que, comme il passait le long des blés, ses disciples arrachaient des épis, et les mangeaient, après les avoir froissés dans leurs mains. 2Et quelques-uns des pharisiens leur disaient : Pourquoi faites-vous ce qui n’est pas permis aux jours de sabbat ? 3Et Jésus leur répondit : N’avez-vous pas lu ce que fit David, lorsqu’il eut faim lui et ceux qui l’accompagnaient ; 4comment il entra dans la maison de Dieu, et prit les pains de proposition, en mangea, et en donna à ceux qui étaient avec lui, quoiqu’il ne soit permis qu’aux seuls prêtres d’en manger ? 5Et il leur disait : Le Fils de l’homme est maître même du sabbat.
Les événements antérieurs (cfr. 5, 21, 30 et ss.) ont dévoilé une opposition secrète des Pharisiens contre Jésus et nous ont fait pressentir un conflit. Voici que la lutte éclate maintenant au grand jour. Sur les discussions de Notre-Seigneur avec les Juifs à propos du sabbat, voyez Wiseman, Mélanges, p. 205 et ss.
Luc chap. 6 verset 1 – Or, un jour de sabbat appelé second-premier, il arriva que, comme il passait le long des blés, ses disciples arrachaient des épis, et les mangeaient, après les avoir froissés dans leurs mains. - Un jour de sabbat appelé second-premier. Notre évangéliste a seul mentionné cette date, qui est demeurée très mystérieuse, malgré les efforts des commentateurs pour l'éclaircir. Cette expression ne se rencontre en effet nulle part ailleurs dans la littérature profane ou sacrée : à défaut d'analogies, on en est donc réduit, à son sujet, à des conjectures plus ou moins vraisemblables. Qu'il suffise de signaler les principales. 1° D'après S. Jean Chrysostome (Hom. 40 in Math.), Paulus, Olshausen, etc. il s'agirait d'une fête chômée succédant sans interruption à la solennité du sabbat. 2° S. Isidore de Péluse (ep. 3, 110), Euthymius, etc., supposent que S. Luc a ainsi désigné le premier jour des pains azymes, qui se trouvait être d'une certaine manière le second de la fête pascale. 3° Louis Cappell, Lampe et plusieurs autres voient dans cet épithète une allusion à la double année des Juifs, l'année civile, qui commençait au mois de Tischri (vers l'automne), et l'année ecclésiastique, qui s'ouvrait le 1er Nisan (vers le printemps) : il y aurait eu ainsi deux premiers sabbats, le premier-premier en Tischri, et le second-premier en Nisan. 4° D'après Maldonat et Grotius, les Juifs distinguaient par des noms particuliers les trois grands sabbats qui tombaient dans les octaves de Pâque, de la Pentecôte et des Encénies. 5° Wetstein, Storr, etc., se décident en faveur du premier sabbat du second mois de l'année ecclésiastique. 6° Comme il existait chez les Juifs, en vertu d'une prescription divine (cfr. Ex. 23, 10 et ss. ; Lev. 25, 2 et ss.), des années dites sabbatiques, qui revenaient tous les sept ans, Wieseler, Chron. Synopse, pp. 226-237, van Oosterzee et d'autres exégètes ont assez ingénieusement conclu de cette institution que le jour désigné par l'expression obscure de S. Luc était le premier sabbat de la seconde des sept années qui formaient un cycle sabbatique. 7° Le sentiment le plus communément admis est celui de Scaliger, de Emendat. Tempor. l. 6, suivant lequel il faudrait comprendre « le premier sabbat qui suivait le second jour de la Pâque ». La loi ordonnait en effet qu'à partir de ce jour, célèbre entre les autres dans l'octave pascale parce qu'on y offrait à Dieu, au milieu de grandes réjouissances, les premiers épis mûrs, on comptât sept sabbats jusqu'à la Pentecôte ; or, à leur numéro d'ordre aurait été ajouté, pour les distinguer des autres sabbats de l'année, un mot qui indiquait leur point de départ. Quoiqu'il en soit d'ailleurs de toutes ces hypothèses, l'époque de l'année où eut lieu l'incident raconté par S. Luc est clairement marquée par le contexte : c'était peu de temps avant la moisson. - Après les avoir froissés dans leurs mains est un trait pittoresque, spécial au troisième Évangile. Les Apôtres usèrent en cette occasion du privilège accordé aux indigents par la loi mosaïque, Deut. 23, 25.
Luc chap. 6 verset 2. - Et quelques-uns des pharisiens leur disaient : Pourquoi faites-vous ce qui n’est pas permis aux jours de sabbat ? - Quelques uns des Pharisiens : expression plus précise que le « les Pharisiens » des deux autres évangélistes. Le frugal repas des disciples fut donc bientôt interrompu par la malignité pharisaïque. Vous violez le sabbat, leur crièrent rudement ces puritains du Judaïsme. Les amis de Jésus arrachaient des épis, puis ils les frottaient entre leurs mains : c'étaient là deux violations énormes du repos sabbatique, le premier acte étant, au dire des Rabbins, analogue à celui des moissonneurs, le second identique au battage du blé ! Voyez l'Evang. selon S. Matth., p. 236 et ss. Il est à noter que, d'après S. Luc, les Pharisiens s'adressent directement aux disciples, tandis que, suivant S. Matthieu et S. Marc, ils auraient interpellé le Sauveur lui-même. Le Vén. Bède indiquait déjà le vrai moyen de concilier les récits. « Les uns (Matthieu et Marc) disent que c’est au Seigneur lui-même que ces objections ont été faites, mais par des personnes différentes. C’est autant au Seigneur qu’aux disciples que des objections ont pu être faites ».
Luc chap. 6 versets 3 et 4. - Et Jésus leur répondit : N’avez-vous pas lu ce que fit David, lorsqu’il eut faim lui et ceux qui l’accompagnaient ; 4comment il entra dans la maison de Dieu, et prit les pains de proposition, en mangea, et en donna à ceux qui étaient avec lui, quoiqu’il ne soit permis qu’aux seuls prêtres d’en manger ? - Ces deux versets contiennent la première partie de l'apologie du Sauveur. L'exemple de David est admirablement allégué pour prouver qu'il est des cas, et tel était celui des apôtres, où la loi positive doit le céder à la loi naturelle. Voyez, 13, 11 et ss., un raisonnement du même genre, mais plus pressant encore car tendant à mettre l'adversaire face à une contradiction entre ses actes et ses paroles. Les trois narrations diffèrent à peine ici l'une de l'autre par quelques nuances insignifiantes.
Luc chap. 6 verset 5. - Et il leur disait : Le Fils de l’homme est maître même du sabbat. - Seconde partie de l'apologie. Non seulement la conduite des disciples pouvait être justifiée au moyen d'exemples célèbres, mais le Fils de l'homme, c'est-à-dire le Messie, leur Maître, avait eu le droit de l'autoriser, en sa qualité de Législateur souverain. Si le service du temple, comme l'admettaient les Rabbins eux-mêmes, l'emportait de beaucoup sur le repos du sabbat, à plus forte raison la volonté du Messie.