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b. Discours sur la montagne. 6, 17-49. Parall. Matth. 5, 1-7, 29.

Ainsi que nous le disions dans notre commentaire sur le premier Évangile, p. 99, à la suite de la plupart des commentateurs, c'est bien un seul et même discours de Notre-Seigneur Jésus-Christ qui a été relaté par S. Matthieu et par S. Luc. Il y a trop d'analogies dans les deux rédactions, soit entre les principales circonstances extérieures, soit entre les idées émises, pour qu'on puisse raisonnablement admettre que les évangélistes ont eu en vue deux faits distincts. Les différences proviennent surtout de ce que S. Luc a notablement abrégé le Discours sur la montagne, tandis que S. Matthieu l'a transcrite au complet, d'après son admirable organisme. Et S. Luc abrège en vertu de son plan. Il retranche les détails plus strictement judaïques, qui n'auraient eu qu'une utilité médiocre pour ses lecteurs d'origine païenne, ou encore ceux qu'il se proposait de mentionner plus loin parce que Notre-Seigneur les avait répétés plusieurs fois. Voilà pourquoi sa rédaction a ici un cachet fragmentaire, qui contraste avec la belle unité que présente celle de S. Matthieu. Quelques phrases seulement lui appartiennent en propre : les malédictions opposées aux Béatitudes, vv. 24-26, et les sentences contenues dans les vv. 39 et 40. Au contraire il n'a pas, ou du moins il n'a pas en cet endroit, les passages suivants du premier Évangile : Matth. 5, 13-38, le chap. 6 tout entier, 7, 6-11, 13-15, 22 et 23. Quant aux portions communes aux deux écrivains sacrés, elles apparaissent souvent avec ces variantes de forme que nous aimons à noter comme une preuve de l'indépendance des biographes de Jésus, et comme une marque palpable de leur véracité. Ajoutons enfin que, dans le premier Évangile, le discours sur la montagne ressemble davantage à une promulgation judiciaire, officielle, tandis que dans le troisième il a plutôt l'aspect d'une exhortation adressée sur un ton paternel et familier : là, c'est un code de lois ; ici, une douce homélie.

1) La mise en scène. 6, 17-20a. Parall. Matth. 5, 1 et 2.

17Et descendant avec eux, il s’arrêta dans une plaine, avec la troupe de ses disciples et une grande multitude de peuple de toute la Judée, et de Jérusalem, et de la contrée maritime, et de Tyr, et de Sidon ; 18ils étaient venus pour l’entendre et pour être guéris de leurs maladies. Et ceux qui étaient tourmentés par des esprits impurs étaient guéris. 19Et toute la foule cherchait à le toucher, parce qu’une vertu sortait de lui et les guérissait tous. 20Et lui, levant les yeux sur ses disciples, disait

Luc chap. 6 verset 17. - Et descendant avec eux, il s’arrêta dans une plaine, avec la troupe de ses disciples et une grande multitude de peuple de toute la Judée, et de Jérusalem, et de la contrée maritime, et de Tyr, et de Sidon. - Avec les apôtres qu'il venait de se choisir, Jésus descend du sommet mentionné au v. 12 et il rejoint la foule pour lui donner la grande charte du royaume des cieux. C'est ainsi que Moïse était autrefois descendu de la cime du Sinaï, portant les tables de la loi. Ex. 34, 29. - Il s'arrêta dans une plaine. Il n'y a rien, dans ces expressions, qui contredise le récit de S. Matthieu. Plaine peut fort bien s'entendre d'un plateau situé, il est vrai, au-dessous du sommet élevé sur lequel Jésus avait passé la nuit, mais faisant encore partie de la montagne. Telle était déjà la pensée de S. Augustin, de Cons. Evang. 2, 47 : « on pourrait admettre encore que d'abord le Seigneur était seul avec ses disciples sur la partie la plus élevée de la montagne, quand parmi eux il choisit les douze Apôtres; qu'ensuite il descendit, non jusqu'au bas, mais dans un lieu qui est spacieux, c'est-à-dire une espèce de plaine qui se trouvait au flanc de cette montagne et qui pouvait contenir une foule nombreuse; qu'il s'arrêta là, y resta debout attendant que la multitude fût rassemblée autour de lui ; qu'enfin s'étant assis et les disciples s'étant approchés, il leur fit à eux et à toute la foule un seul et même discours: discours que saint Matthieu et saint Luc auront rapporté, non de la même manière, mais sans varier pour le fond des choses et des pensées reproduites par tous deux ». Voir dans l'explication du premier Évangile , p. 98, comment cette heureuse conjecture se trouve justifiée par la configuration du Kouroun-Hattîn, ou montagne des Béatitudes. - La troupe de ses disciples et une grande multitude… Autour de Jésus se forme donc comme une triple couronne d'auditeurs : les Douze, puis la foule déjà nombreuse des disciples, puis la masse du peuple. Les détails géographiques ajoutés par l'évangéliste montrent jusqu'où s'étendait alors la renommée du Sauveur. Au cœur de la Galilée, où se passe la présente scène, Jésus voyait à ses côtés des habitants de Jérusalem et de la Judée, de Tyr et de Sidon, même de l'Idumée et de la Pérée, ajoute S. Marc. , 3, 7 et 8 (voyez le commentaire). La contrée maritime représente tout le littoral palestinien de la Méditerranée. Néanmoins, l'omission de la conjonction et dans le texte grec entre ce mot et Tyr montre qu'il ne désigne directement ici que les côtes de la Phénicie.

Luc chap. 6 versets 18 et 19. - ils étaient venus pour l’entendre et pour être guéris de leurs maladies. Et ceux qui étaient tourmentés par des esprits impurs étaient guéris. 19Et toute la foule cherchait à le toucher, parce qu’une vertu sortait de lui et les guérissait tous. - Deux motifs avaient déterminé ces masses populaires à accourir ainsi auprès de Jésus. Elles étaient venues d'abord pour l'entendre, puis pour être guéris. Ces deux désirs vont être satisfaits ; le premier, placé en tête comme le principal, par le grand discours de Jésus ; le second par des guérisons immédiates, opérées en faveur de tous ceux qui en avaient besoin, quel que fût du reste le genre de leurs infirmités. - Remarquez les cinq formes verbales à l'imparfait, qui marquent des actes constamment réitérés. Jésus était, suivant la belle parole de Théophylacte, une source intarissable de miracles. La phrase toute la foule cherchait à le toucher forme à elle seule un vivant tableau. Quelle sainte agitation autour du Thaumaturge ! Tout à l'heure, au contraire, le plus profond silence régnera autour de l'Orateur. Sur l'expression une vertu sortait de lui, voyez Marc. 5, 30, et le commentaire. La chair sacrée du Sauveur, de même que la matière dans les sacrements, servait à transmettre les grâces.

Luc chap. 6 verset 20a. Et lui, levant les yeux sur ses disciples, disait. - Après avoir appuyé d'avance sur ces nombreux miracles l'autorité de sa parole, Jésus s'assoit à la façon des docteurs, Matth. 5, 1, et commence son discours. Toutefois, comme le note S. Luc (cfr. 22, 61) d'une manière non moins délicate que pittoresque, avant d'ouvrir la bouche il embrassa d'abord d'un regard plein d'amour le cercle intime des disciples rangés auprès de lui. C'est à eux en effet qu'il s'adressait plus immédiatement ; c'était par eux que ses mémorables paroles devaient être portées dans peu d'années à l'univers entier. Son auditoire mystique était donc aussi vaste que le monde. - De nos observations antérieures il résulte que, dans l'édition abrégée du discours sur la montagne, telle que nous l'offre le troisième Évangile, il n'existe pas un plan parfaitement accentué. On y découvre pourtant quelques points d'arrêt, quelques directions nouvelles données à la pensée, qui peuvent servir de divisions pour classer les préceptes de Jésus. Les Béatitudes et les malédictions qui leur correspondent, vv. 20b-26, forment une première partie que nous intitulerons avec M van Oosterzee « la salutation de l'amour », ou, avec Bleek, « la doctrine du bonheur ». Les vv. 27-38 exposent ensuite le grand précepte de la charité, qui est par excellence le commandement de la Loi nouvelle : c'est la seconde partie. Dans la troisième, vv. 39-49, introduite comme la seconde par une formule de transition, S. Luc a groupé diverses recommandations que l'on pourrait appeler « la doctrine de la sagesse », parce qu'elles fournissent à quiconque les pratiquerait fidèlement un moyen prompt et sûr de parvenir à la vraie sagesse.

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