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2. L'annonciation de Marie et l'Incarnation du Verbe. 1, 26-38

26Or, au sixième mois, l’ange Gabriel fut envoyé de Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth, 27auprès d’une vierge fiancée à un homme de la maison de David, nommé Joseph ; et le nom de la vierge était Marie. 28L’ange, étant entré auprès d’elle, lui dit : Je vous salue, pleine de grâce ; le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre les femmes. 29Elle, l’ayant entendu, fut troublée de ses paroles, et elle se demandait quelle pouvait être cette salutation. 30Et l’ange lui dit : Ne craignez pas, Marie, car vous avez trouvé grâce devant Dieu. 31Voici que vous concevrez dans votre sein, et vous enfanterez un fils, et vous lui donnerez le nom de Jésus. 32Il sera grand, et sera appelé le Fils du Très-Haut ; et le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père, et il régnera éternellement sur la maison de Jacob, 33et son règne n’aura pas de fin. 34Alors Marie dit à l’ange : Comment cela se fera-t-il ? car je ne connais pas d’homme. 35L’ange lui répondit : L’Esprit-Saint surviendra en vous, et la vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre ; c’est pourquoi le fruit saint qui naîtra de vous sera appelé le Fils de Dieu. 36Et voici qu’Elisabeth, votre parente, a conçu, elle aussi, un fils dans sa vieillesse, et ce mois est le sixième de celle qui est appelée stérile ; 37car il n’y a rien d’impossible à Dieu. 38Et Marie dit : Voici la servante du Seigneur ; qu’il me soit fait selon votre parole. Et l’ange s’éloigna d’elle.

Il y a deux manières de raconter les grandes choses. La première consiste à s'élever autant que possible à leur hauteur, à prendre un genre imposant et sublime. La seconde, qui est souvent la meilleure lorsqu'il s'agit des divins mystères, se content d'un exposé très simple des événements, auxquels elle laisse le soin de se faire valoir par eux-mêmes. S. Luc a adopté ici cette dernière méthode. Rien de plus simple, mais aussi rien de plus frais, de plus virginal que son récit de l'Incarnation du Verbe. Nous le lirons avec foi et avec amour. 

Luc chap. 1 versets 26 et 27. - Or, au sixième mois, l’ange Gabriel fut envoyé de Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth, 27auprès d’une vierge fiancée à un homme de la maison de David, nommé Joseph ; et le nom de la vierge était Marie.  - L'évangéliste commence par donner quelques précieuses indications de temps, de lieu et de personnes. - 1° Le temps : au sixième mois. Non pas le sixième mois d'une manière absolue, c'est-à-dire le sixième mois de l'année juive, mais, comme il ressort clairement de tout le contexte, et spécialement du v. 24, le sixième mois de la grossesse d'Elisabeth. Comparez le v. 36. S. Jean-Baptiste aura donc six mois de plus que Notre-Seigneur Jésus-Christ. - 2° Le lieu : Une ville de Galilée appelée Nazareth. Sur cette ville privilégiée et sur la province de Galilée, voyez l'Évangile selon S. Matthieu, pp. 63 et 94. Comparez aussi Schubert, Reise in das Morgenland, t. 3, p. 170 et ss.; Baedeker, Palaestina und Syrien, pp. 373 et ss. - 3° Les personnes sont Gabriel, Marie et Joseph. Les semaines prédites à Daniel sont maintenant écoulées, et Gabriel, après avoir préludé, vers la fin de l'Ancien Testament et sur le seuil du Nouveau, à sa belle mission d'aujourd'hui, est enfin d'une manière complète l'ange de la Rédemption. Cfr. Honor. Niquetus, S. J. , de Angelo Gabriele, Lyon 1653, et Faber Bethlehem, Londr. 1860, p. 73. Marie est l'héroïne du récit. Sans donner aucun détail sur la vie antérieure de celle qui va devenir bientôt la mère du Christ, S. Luc se borne à dire qu'au moment où elle reçut le message de l'ange elle était vierge, bien qu'elle eût été fiancée quelque temps auparavant à S. Joseph. Sur cette signification du participe fiancée, voyez notre commentaire sur s. Matthieu, 1, 18 et ss. De l'homme qui devait jouer un rôle si important durant les premières années du Verbe incarné, notre évangéliste dit simplement qu'il était de la maison de David, par conséquent de race royale. S. Matthieu complète cet éloge en ajoutant au nom de Joseph l'épithète significative de « juste ». Les mots « de la maison de David » ne retombent pas sur Marie (S. Jean Chrysost., Wieseler, etc.), ni tout à la fois sur Marie et Joseph (Théophylacte, Euthymius, Bengel, Patrizi, etc), mais seulement sur S. Joseph, comme l'admettent la plupart des interprètes d'après la construction même de la phrase. Il est certain néanmoins que Marie appartenait aussi à la famille de David. Comparez les vv. 32 et 69.

Luc chap. 1 verset 28. - L’ange, étant entré auprès d’elle, lui dit : Je vous salue, pleine de grâce ; le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre les femmes. - L'ange « entra » : preuve qu'au moment où elle reçut la visite du célèbre paranymphe, Marie était dans l'intérieur de sa chambre, comme plusieurs Pères l'ont affirmé. Gabriel salue celle qui sera dans quelques instants sa Reine et la reine de tout l'univers. De même que les rois de la terre envoient solennellement leurs plus fidèles ministres proposer à quelque glorieuse princesse une union vivement désirée, de même Dieu l'a choisi pour porter à Marie des propositions toutes célestes, et pour contracter avec elle, au nom du ciel, un engagement incomparable : « Gabriel a été envoyé pour fiancer la créature au Créateur », S. Grég. le Thaumaturge . Dans les premières paroles de l'ange (v. 38), complétées par l'Église de manière à devenir l' »Ave Maria » cher à tous les cœurs catholiques, et commentées souvent d'une manière exquise par des compositeurs célèbres (Cherubini, Vittoria, Mozart, Mendelsohn, Niedermayer, Guilmant, Saint-Saëns, etc.), plusieurs commentateurs distinguent à bon droit quatre parties : la salutation et les trois grâces de la Très Sainte Vierge. - 1. La salutation : Chez les anciens peuples, les formules de salutation étaient plus caractéristiques qu'aujourd'hui. Chaque nation employait un mot distinct, parfaitement approprié à ses mœurs et à sa vie. Le Romain belliqueux souhaitait la force et la santé ; le Grec ami du plaisir disait, le sourire sur les lèvres : sois heureux ! Chez les vieilles tribus de l'Orient qui, dans le principe, menaient une vie nomade exposée à mille dangers imprévus, à mille rencontres fâcheuses, on se saluait par ces mots : « La paix soit avec vous ! ». Et, tel était au temps de Notre-Seigneur Jésus-Christ, tel est encore actuellement le mode de salutation usité dans toute la Palestine. C'est donc de la formule Schalôm lâk que l'ange dût se servir pour saluer la Vierge Marie. Serarius blesse grièvement la vérité étymologique lorsqu'il fait dériver le mot latin « Ave » de l'hébreu Havvah, « vive ! », et que, partant de là, il met dans la pensée de l'ange une allusion au nom de la première femme et le raisonnement que voici : « Ève ne fut pas Mère de la vie, mais de la mort. Toi en vérité, o Marie, tu es vraiment l'Ève, Mère de la vie, de la gloire et de la grâce ». Toutefois, l'idée qui accompagne l'erreur de Serarius est assurément pleine d'à propos. On la retrouve souvent chez les Pères d'occident, auxquels elle a inspiré d'ingénieuses comparaisons entre Ève et Marie. Dès les premiers siècles, on avait découvert qu'en lisant au rebours les lettres du mot « Ave », on obtient « Eva », le nom de la première femme. Or, Jésus étant le second Adam, on fut amené à appeler Marie une seconde Ève, tout aussi différente de son type que Jésus le sera lui-même du premier homme. C'est pour cela que l'Église chante dans l' « Ave Maris stella » la strophe suivante :

Recevant cette salutation

de la bouche de l’ange, 

établis-nous dans la paix

en changeant le nom d’Ève

-2. La triple grâce de la Très Sainte Vierge. -a. Pleine de grâce : c'est de la grâce considérée par rapport à Marie elle-même. Le texte grec signifie proprement « qui a reçu la grâce, ornée de la grâce ». La traduction latine n'est donc pas d'une littéralité parfaite ; néanmoins elle rend fort bien la signification du texte primitif. En effet, depuis longtemps déjà Dieu s'était complu à enrichir des grâces les plus singulières celle qu'il destinait à être la Mère de son Fils, et, entre les mains de la Vierge fidèle, ces trésors s'étaient multipliés chaque jour. Marie était donc véritablement pleine de grâces au moment de la visite de l'Archange, comme le font remarquer à l'envi les saints Pères (voyez leurs paroles dans Luc de Bruges, Cornelius a Lap., etc., et les théologiens. Aussi la bulle « Ineffabilis » a-t-elle tiré du mot grâce un argument en faveur de l'Immaculée conception de Marie. - b. La grâce de la Sainte Vierge par rapport à Dieu. Parfois, les anciens Juifs employaient cette même formule pour se saluer. Cfr. Ruth, 2, 4, etc. Mais alors elle avait seulement la valeur d'un souhait, d'une prière. Prononcée par l'ange Gabriel, elle exprima quelque chose de plus qu'un désir (Que le Seigneur soit avec vous!) ou qu'une promesse (le Seigneur sera avec vous) ; elle affirme un fait qui existait déjà depuis longtemps : Le Seigneur EST avec vous. - c. La grâce de Marie par rapport au genre humain : Tu es bénie entre les femmes. Ces mots, qui manquent dans plusieurs manuscrits importants (B, L, divers minuscules) et dans quelques versions anciennes (l'arménienne, la copte, la syrienne, etc.), sont rejetés par beaucoup de critiques, comme un emprunt fait au v. 42. Mais rien n'empêche qu'un tel éloge n'ait été adressé deux fois à Marie. Il place à bon droit la Sainte Vierge au-dessus de toutes les femmes sans exception, puisqu'elle les dépasse toutes par sa sainteté incomparable et par ses glorieux privilèges. Elle est la femme idéale, de même que son divin fils est l'homme idéal.

Luc chap. 1 verset 29. - Elle, l’ayant entendu, fut troublée de ses paroles, et elle se demandait quelle pouvait être cette salutation. - L'ayant entendu. Effet produit sur la vierge de Nazareth par l'apparition de l'ange et par son langage élogieux. Dans le texte grec, nous lisons ayant vu. D'après cette leçon, dont l'authenticité est suffisamment garantie bien que les manuscrits B, D, L, X, Sinaït. et plusieurs versions portent simplement elle fut troublée par ses paroles, le premier motif du trouble qui s'empara de Marie fut donc la vue de l'ange, et il n'y a en cela rien que de très naturel. Mais ce trouble avait, dans les paroles mêmes du divin message, une cause encore plus sérieuse : elle était troublée par son discours. C'est pourquoi l'évangéliste, devenu psychologue, ajoute que l'humble et pure jeune fille cherchait en elle-même quels pouvaient bien être le sens et le but d'une telle salutation.

Luc chap. 1 verset 30. - Et l’ange lui dit : Ne craignez pas, Marie, car vous avez trouvé grâce devant Dieu. - L'archange se hâte de rassurer Marie, en lui exposant le rôle sublime qu'elle était appelée à jouer dans l’œuvre de la Rédemption, vv. 30-33. Les mots vous avez trouvé grâce devant Dieu servent d'introduction à la grande nouvelle. « Trouver grâce devant quelqu'un » est une phrase familière à la langue hébraïque, pour signifier qu'on possède la faveur de la personne en question. La dignité incomparable qui va être offerte à Marie montre jusqu'à quel point elle avait trouvé grâce devant Dieu.

Luc chap. 1 versets 31-33. - Voici que vous concevrez dans votre sein, et vous enfanterez un fils, et vous lui donnerez le nom de Jésus. Il sera grand, et sera appelé le Fils du Très-Haut ; et le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père, et il régnera éternellement sur la maison de Jacob, et son règne n’aura pas de fin.  - Pour une Juive familiarisée comme l'était Marie avec les oracles de l'Ancien Testament, les paroles contenus dans ces trois versets étaient aussi claires que le jour, car elles contenaient, comme le dit très bien M. Schegg, h. l., « une description populaire du Messie », un résumé des prophéties messianiques les plus célèbres. L'enfant que l'ange promet à Marie devait avoir tous les titres, remplir tous les ministères attribués par Dieu et par la voix publique au Libérateur impatiemment attendu. Ce portrait était d'une ressemblance trop frappante pour n'être pas aussitôt reconnu, et la Sainte Vierge n'eût certainement pas mieux compris si Gabriel se fût borné à lui dire : Vous êtes destinée par Dieu à devenir la mère du Messie. Dès les premiers mots, vous concevrez dans votre sein (pléonasme à la façon des Hébreux), l'ange fait une allusion évidente à la prédiction d'Isaïe, 7, 14 (comp. Matth. 1, 23 et le commentaire). A son Fils, Marie devra donner un nom, dans lequel sera exprimée en abrégé la grâce apportée par lui sur la terre. En effet, Jésus signifie Sauveur, ou plus complètement, Jéhovah sauve. Voyez l'Évang. Selon S. Matth. p. 44. Gabriel trace ensuite une description magnifique de l'avenir réservé à l'enfant de Marie. Il sera grand ; non seulement « grand devant Dieu », comme Jean-Baptiste (cfr. v. 15), mais grand par antonomase, le plus grand de tous les hommes. - Il sera appelé Fils du Très-Haut. Voyez S. Marc, 5, 7, et le commentaire. Les titres de Fils du Très-Haut, de Fils de Dieu (v. 35), ne désignent pas toujours nécessairement une filiation divine dans le sens strict. La Bible et les Rabbins les appliquent souvent aux Juifs en général, aux anges, aux hommes qui, par des fonctions élevées, représentent la divinité sur la terre, au Messie enfin, en tant qu'il devait être le juste par excellence et l'ami privilégié de Jéhovah. Mais le contexte prouve que nous devons les entendre ici d'une manière littérale et d'après toute leur valeur théologique. L'enfant de Marie sera véritablement Fils de Dieu, puisqu'il sera engendré par Dieu lui-même. - Dieu lui donnera… Doué de deux natures, l'une divine, l'autre humaine, Jésus aura comme deux pères distincts, l'un au ciel, l'autre ici-bas, dont Marie était la fille. Il héritera donc du trône de son père terrestre, et, le royaume juif étant théocratique, c'est le Seigneur lui-même qui l'installera sur ce trône. Tous les mots de l'ange ont donc leur portée, et tous ils correspondent à quelque prophétie de l'Ancien Testament. Comp. 2 Reg 7, 12-16 ; Mich. 4, 7, etc. - Il régnera éternellement sur la maison de Jacob. La « maison de Jacob », c'est d'abord la nation juive, issue de ce grand patriarche selon la chair, et héritière directe des promesses du ciel. Mais c'est aussi, comme le prouvera la vie de Notre-Seigneur Jésus-Christ, la postérité spirituelle d'Israël, composée, sans distinction de race, de tous ceux qui croiront au Messie ; c'est, en un mot, la sainte Église du Christ. On comprend maintenant que le royaume de Jésus doive durer à tout jamais, puisque l'Église a des promesses de vie éternelle, et qu'elle ne cessera d'exister sur la terre que pour arriver à sa glorieuse consommation dans le ciel. La répétition emphatique et son règne n'aura pas de fin, a pour but d'insister sur cette perpétuité, qui d'ailleurs avait été si formellement annoncée par les Prophètes : « Sa domination est une domination éternelle qui ne passera pas, et son règne ne sera jamais détruit », Dan. 7, 14. Comp. Is. 9, 7. Sur le royaume du Christ, voyez encore Jer. 33, 15-26 ; Ezech. 34, 23 et ss.;Os. 3, 5, etc.

Luc chap. 1 verset 34. - Alors Marie dit à l’ange : Comment cela se fera-t-il ? car je ne connais pas d’homme. -  D'après les idées juives de cette époque, être mère du Messie et devenir mère de Dieu n'était pas nécessairement une seule et même chose, car la divinité du Messie était à peine pressentie d'un petit nombre : la masse du peuple était dans le vague et l'incertitude touchant l'origine du Libérateur promis. Voyez Langen, Iudenthum in Palaestina zur Zeit Christi, pp. 433 et ss. Assurément Marie, si versée dans les Saintes Écritures, connaissait ce mystère, et elle avait compris, d'après les paroles de l'ange, que c'était la dignité de mère de Dieu qui lui était offerte. Pourquoi donc demande-t-elle : Comment cela se fera-t-il ? Hâtons nous de dire que cette question différait bien de celle de Zacharie (v. 18 ; voyez S. Ambroise, Expos. in Luc. 2, 15), et qu'elle n'était nullement le résultat d'un doute. « la Vierge Marie n’entra en aucune défiance de ce que l’ange lui annonçait, quand elle dit: « Comment cela se fera-t-il, car je ne connais pas d’homme ? » Elle ne doutait pas de la chose, mais elle s’informait de la manière », dit S.Augustin, De civit. Dei, lib. 16, c. 24. Et Marie avait une raison spéciale d'interroger l'ange sur ce point, comme elle l'indique en ajoutant : car je ne connais pas d'homme. Au premier regard, ces paroles peuvent sembler étonnantes, puisque S. Luc vient de dire, v. 27, que Marie était alors fiancée à S. Joseph. Mais il ne faut pas beaucoup de temps pour découvrir leur signification véritable. Pour quiconque les étudie sans idées préconçues, elles supposent de la manière la plus évidente qu'à une époque antérieure de sa vie Marie avait consacré à Dieu sa virginité par un engagement irrévocable. Autrement, elles n'auraient aucun sens. « Pourquoi demander avec étonnement comment elle deviendra mère, si elle entrait dans le mariage comme les autres, pour avoir des enfants ? » D. Calmet. in h. l. Ainsi donc, de concert avec S. Joseph, Marie avait promis au Seigneur de rester vierge. Dans cet état de choses, c'était pour elle plus qu'un droit de demander à l'envoyé du ciel des éclaircissements sur le « comment » de sa maternité. Ainsi l'a compris la tradition toute entière (S. Aug. Lib. de Virg. c. 4 ; S. Greg. Nyss. Orat de Christi nativ. ; S. Anselm. Lib de excell. Virgin ; S. Bernard. Serm. 4 de Assumpt. ; voir Petavius, Dogm. Theol. t. 6 de Incarnat. 14, c. 3, § 9 et ss.) ; ainsi l'admettent à l'envi tous les théologiens du moyen âge et tous les exégètes catholiques des temps modernes. Cette interprétation est même si naturelle et si obvie, que plusieurs écrivains protestants ne peuvent s'empêcher de la trouver acceptable. Le temps présent « connais » désigne aussi par sa généralité le passé et l'avenir. Sur le sens donné ici par Marie au verbe « connaître » voyez Bretschneider, Lex. Man., et Gesenius, Thesaurus. Cet emploi, très fréquent dans les langues arabe et syriaque, n'était pas inconnu des classiques grecs et latins.

Luc chap. 1 verset 35. - L’ange lui répondit : L’Esprit-Saint surviendra en vous, et la vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre ; c’est pourquoi le fruit saint qui naîtra de vous sera appelé le Fils de Dieu. -  Gabriel s'empresse de répondre à la demande si légitime de Marie. Qu'elle se tranquillise au sujet de la dignité maternelle qui lui a été proposée, car la chair et le sang n'y auront aucune part : c'est l'Esprit Saint qui produira divinement en elle le corps du Verbe incarné. Telle est la substance des explications qu'il lui donne. - L'Esprit-Saint surviendra en vous. Au commencement du monde, Gen. 1, l'Esprit de Dieu était descendu sur la nature encore informe, et l'avait prédisposée aux transformations admirables qu'elle devait ensuite subir : de même, le germe de vie déposé dans le sein de Marie devait être le fruit de son opération mystérieuse. - Et la vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre. « Nous remarquons dans la réponse de l'ange le parallélisme qui est toujours, chez les Hébreux, l'expression de l'exaltation du sentiment et le caractère du style poétique. L'ange aborde le plus saint des mystères ; sa parole devient un chant », Godet, h. l. La phrase exprime donc tout à fait la même idée que la précédente, il n'y a de différence que dans les termes. La « vertu » (l'énergie créatrice et toute puissante du Seigneur) équivaut à l'Esprit-Saint et représente la troisième personne de la Sainte Trinité. « Vous couvrira de son ombre » est synonyme de « surviendra en vous », mais avec une belle image en sus, pour fortifier la pensée. On a pourtant interprété de manières bien diverses cette ombre dont la Vertu du Très-Haut devait couvrir Marie pour la rendre mère du Christ : peut être, en comptant bien, trouverait-on plus de quinze explications différentes émises dans le cours des siècles. Voyez Cornelius à Lapide, hoc. Loco. Suivant l'opinion qui est très communément admise de nos jours, il y a dans la métaphore de l'ombre une allusion aux théophanies de l'Ancien Testament, c'est-à-dire aux manifestations de la substance divine sous la forme d'une nuée qui recouvrait l'arche d'alliance. En tout cas, le langage humain ne pouvait pas désigner en termes plus clairs et plus chastes le mystère admirable qui allait bientôt s'accomplir. Marie, comme le chante l'Église, réunira sur sa tête les deux plus belles couronnes de ce monde, la dignité d'une mère et la pureté d'une vierge.  - C’est pourquoi le fruit saint.. Conçu par l'opération du Saint Esprit, le fils de Marie sera nécessairement lui-même une chose sainte ; il sera nécessairement aussi le Fils de Dieu, et le monde entier le reconnaître comme tel (voyez le v. 32 et l'explication). Rien n'est plus rigoureux que cette double déduction de l'ange.

Luc chap. 1 verset 36. - Et voici qu’Elisabeth, votre parente, a conçu, elle aussi, un fils dans sa vieillesse, et ce mois est le sixième de celle qui est appelée stérile - Les Prophètes, quand ils prédisaient au nom du ciel un événement important, mais surhumain, annonçaient parfois un autre événement plus rapproché, dont la réalisation devait prouver la vérité de leurs paroles. Comme eux, le messager céleste donne à Marie un signe qui lui démontrera qu'elle n'a pas été trompée. La vierge de Nazareth obtient ainsi, sans le demander, ce que Zacharie n'avait reçu qu'en punition de son incrédulité. Ce signe miraculeux lui est notifié avec toutes ses circonstances : Et voici qu'Elisabeth… Quand on précise à ce point, on ne craint pas d'être démenti par les faits, et quiconque prophétise une chose si difficile, mérite qu'on lui ajoute foi, alors même qu'il en prédit une autre mille fois plus difficile encore. Si une femme stérile et âgée peut devenir mère, pourquoi une vierge n'enfanterait-elle pas ? - A propos des mots « votre parente », on s'est souvent demandé comment Marie et Elisabeth pouvaient être parentes, puisque celle-ci était de la tribu de Lévi, et celle-là de la tribu de Juda. Mais il n'existe sur ce point aucune difficulté réelle. Pour créer entre elles des liens de parenté il suffisait d'un mariage entre leurs familles. Par exemple, la mère de la Sainte Vierge était peut-être la fille d'Aaron, ou bien la mère de sainte Elisabeth pouvait appartenir à la race de David.

Luc chap. 1 verset 37. - Car il n’y a rien d’impossible à Dieu.  - Par ces paroles, l'ange rattache à un principe commun, qui est la toute puissance de Dieu, les deux naissances miraculeuses qu'il a prophétisées. Sans doute les choses annoncées par Gabriel dépassent les forces de la nature ; mais le Créateur est-il donc enchaîné par les lois qu'il a posées ? Plusieurs exégètes (Meyer, Olshausen, etc.) traduisent : Aucune parole divine ne saurait demeurer sans effet. Mais cette interprétation est peu naturelle.

Luc chap. 1 verset 38. - Et Marie dit : Voici la servante du Seigneur ; qu’il me soit fait selon votre parole. Et l’ange s’éloigna d’elle. - L'Archange a accompli sa mission. Il se tait, et attend respectueusement la réponse de Marie. Quel instant solennel ! « O bienheureuse Marie, le siècle captif au complet demande ton consentement… Ne tarde pas, Vierge ! Donne vite une réponse à l’envoyé, et reçois le fils » S. Augustin, Serm. 17, de tempore). Comp. S. Bern. Serm 4 sup. Missus, et Faber, Bethlehem, p. 74 et 75. Marie, sûre désormais de conserver la virginité qui lui est si chère, n'a aucun motif de refuser ce que le Seigneur lui demande. Aussi répond-elle, dans le double sentiment de son humilité et de son ardent désir : Voici la servante du Seigneur ! Il y a là une foi sublime. Heureux de cet assentiment, l'ange s'éloigna, et aussitôt, selon l'opinion commune des théologiens, eut lieu le mystère de l'Incarnation. Du sang le plus pur de Marie l'Esprit Saint forma le corps de Jésus, et l'unit à une âme humaine qu'il créa au même instant : le Verbe prit possession de ce corps et de cette âme, et le mystère fut accompli. « Et le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous. » - Après avoir adoré les anéantissements du Verbe, il faut admirer ici la beauté, la grandeur du caractère de Marie. Comme elle est bien, autant du moins que cela était compatible avec une nature créée, à la hauteur du rôle qui lui est offert ! Quel « type idéal de pureté, d'humilité, de candeur, de foi naïve et forte ! » Bougaud, Jésus-Christ, 2è éd. p. 147. Vraiment, dit un autre écrivain, « Marie apparaît sur le vieux tronc du judaïsme comme la fleur sur l'arbre, pour annoncer la saison de maturité ». Admirons aussi la narration de S. Luc, si sobre, si exquise, si délicate, si simplement sublime. Ce n'est pas ainsi que l'Annonciation est racontée dans les Évangiles apocryphes ! Voyez Thilo, Tischendorf et Brunet. Est-il surprenant qu'un tel épisode, où l'humain et le divin s'associent de la manière la plus étonnante, ait été fréquemment reproduit par l'art chrétien, à l'aide du pinceau ou du ciseau ? Voyez Rohault de Fleury, l'Évangile, études iconograph. et archéolog. t. 1 p. 11 et ss. ; Grimouard de S. Laurent, Guide de l'art chrétien, t. 4  pp. 101 et ss. Parmi ces nombreux chefs-d’œuvre nous préférons, à cause de leur grâce, de leur piété et de leur pureté, les tableaux de Fra Angelico, de Lorenzo di Credi, de Baroccio, du Guide, de Nic. Poussin, et les sculptures des cathédrales d'Amiens et de Reims. « La Anunciacion » a aussi inspiré un beau cantique à Moratin.

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