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3. La visitation et le « Magnificat », 1, 39-56.

39En ces jours-là, Marie, se levant, s’en alla en grande hâte vers les montagnes, dans une ville de Juda ; 40et elle entra dans la maison de Zacharie, et salua Elisabeth. 41Et il arriva, aussitôt qu’Elisabeth eut entendu la salutation de Marie, que l’enfant tressaillit dans son sein ; et Elisabeth fut remplie du Saint-Esprit. 42Et elle s’écria d’une voix forte : Vous êtes bénie entre les femmes, et le fruit de votre sein est béni. 43Et d’où m’est-il accordé que la mère de mon Seigneur vienne à moi ? 44Car voici, dès que votre voix a frappé mon oreille, quand vous m’avez saluée, l’enfant a tressailli de joie dans mon sein. 45Et vous êtes bienheureuse d’avoir cru ; car ce qui vous a été dit de la part du Seigneur s’accomplira. 46Et Marie dit : Mon âme glorifie le Seigneur, 47et mon esprit a tressailli d’allégresse en Dieu mon Sauveur, 48parce qu’il a jeté les yeux sur la bassesse de sa servante. Car voici que, désormais, toutes les générations me diront bienheureuse, 49parce que celui qui est puissant a fait en moi de grandes choses, et son nom est saint ; 50et sa miséricorde se répand d’âge en âge sur ceux qui le craignent. 51Il a déployé la force de son bras, il a dispersé ceux qui s’enorgueillissaient dans les pensées de leur cœur. 52Il a renversé les puissants de leur trône, et il a élevé les humbles. 53Il a rempli de biens les affamés, et il a renvoyé les riches les mains vides. 54Il a relevé Israël, son serviteur, se souvenant de sa miséricorde : 55selon ce qu’il avait dit à nos pères, à Abraham et à sa race pour toujours. 56Marie demeura environ trois mois avec Elisabeth ; puis elle s’en retourna dans sa maison.

On a justement regardé ce récit comme la synthèse des deux précédents. Il nous présente en effet, réunies dans une sainte entrevue, les mères bénies autour desquelles tout s'était groupé jusqu'ici dans la narration de S. Luc. « O Marie, ô Elisabeth, ô Jean, que vous nous montrez aujourd'hui de grandes choses ! Mais, ô Jésus, Dieu caché, qui sans paraître faites tout dans cette sainte journée, je vous adore dans ce mystère ». Bossuet, Élévat. sur les mystères, 14è sem., 3è Élévat.

Luc chap. 1 verset 39. - En ces jours-là, Marie, se levant, s’en alla en grande hâte vers les montagnes, dans une ville de Juda  - La joie que lui avait apportée la maternité divine et ses délicieux entretiens avec le Verbe incarné dans son sein ne firent pas oublier à Maire les dernières paroles de l'ange : « Et voici qu'Elisabeth... ». En les entendant, elle avait senti un mouvement intérieur de l'Esprit Saint qui la pressait d'aller visiter sa parente. Docile à la voix de Dieu, elle se mit bientôt en chemin pour se rendre auprès d'Elisabeth. « Quand Marie entendit cela, elle ne manifesta pas d’incrédulité  envers l’oracle, ni d’incertitude envers le messager, ni de doute au sujet de l’exemple donné. Avec grand empressement, elle se dirigea  toute joyeuse vers la montagne », S. Ambroise, h. l. Le Messie allait d'ailleurs se servir de cette rencontre des deux mères pour sanctifier son Précurseur. - Se levant... s 'en alla … entra… salua… : on reconnaît, dans cette accumulation rapide des détails, le style pittoresque de l'Orient. En ces jours-là, c'est-à-dire, très peu de temps après l'Annonciation. Cela ressort du participe se levant, employé ici à la façon hébraïque pour désigner une grande promptitude ; 2° d'un rapprochement entre les vv. 26, 56 et 57. Elisabeth est déjà au sixième mois de sa grossesse ; Marie demeure trois mois auprès d'elle et revient sinon avant, du moins peu de temps après la naissance de Jean-Baptiste : ces dates supposent que la mère du Christ ne différa pas son voyage au-delà de quelques jours. - Elle s'en alla vers les montagnes. Le nom de Juda, que nous trouvons à la ligne suivante, montre que, dans cette région montagneuse où se rendit Marie, il faut voir le massif de hauteurs qui forme au Sud de Jérusalem un plateau élevé dont l'altitude varie entre 1500 et 2500 pieds. Voyez l'Atlas biblique de R. Riess, pl. 7. Le lieu spécial vers lequel la Vierge de Nazareth se dirigeait avec un saint empressement est désigné par les mots dans une ville de Juda. La généralité de l'expression employée par l'évangéliste et, d'un autre côté, le désir bien naturel de connaître au juste la patrie de S. Jean-Baptiste, a fait naître des hypothèses assez nombreuses. Cfr. Caspari, Chron.-geogr. Einleitung in das Leben J. C., p. 48 et ss. Plusieurs anciens (entre autres S. Ambroise et le Vén. Bède) se sont déclarés en faveur de Jérusalem, quoiqu'il paraisse de prime abord bien difficile que la capitale juive ait été désignée par un nom aussi vague. D'autres ont pris parti pour Machéronte, ou pour Emmaüs (voyez Adrichomius, Descript. Terrae sanctae, p. 55). D'autres encore (en particulier le P. Patrizi, de Evang. Lib. 3, Dissert. 10, c. 1), identifient la ville de Zacharie et d'Elisabeth avec l'antique cité de Juta, mentionnée déjà dans le livre de Josué (15, 55 ; 21, 56) comme une ville sacerdotale, et sur l'emplacement de laquelle s'élève un village musulman également nommé Ioutta. Voyez Robinson, Palaestina, t. 2, p. 417. Mais aucun manuscrit ne favorise cette hypothèse. C'est Hébron qui a réuni de nos jours le plus grand nombre de suffrages. Le double caractère noté par S. Luc convient du reste parfaitement à cette localité célèbre, car elle s'élevait au milieu des montagnes les plus élevées de la Judée (comp. R. Riess. Atlas de la Bible, pl. 4 ; V. Ancessi, Atlas géogr. pl. 15), et c'était un des séjours attribués par Josué aux descendants d'Aaron dans la tribu de Juda. Cfr. Jos. 21, 11-13. Quoi qu'il en soit de toutes ces conjectures, la ville en question étant située au Sud et à quelque distance de Jérusalem, le voyage entrepris par Marie devait durer de quatre à cinq jours. Probablement assise sur une ânesse, d'après la coutume ancienne et moderne de la Palestine, couverte de l'habillement traditionnel et pittoresque de sa contrée (robe rouge et manteau bleu, ou robe bleue et manteau rouge, avec un grand voile blanc qui enveloppe tout le corps), accompagnée d'une servante ou jointe à quelques Galiléens qui se rendaient à Jérusalem, Marie franchit la plaine de Jesréel, les montagnes d'Ephraïm, la Samarie et une grande partie de la Judée avant d'arriver chez Elisabeth. Tout paraît prouver que S. Joseph ne vint pas avec elle. Il n'était alors que son fiancé ; l'évangéliste ne mentionne pas sa présence, et surtout, comment expliquer ses doutes ultérieurs relativement à la grossesse de Marie (Matth. 1, 19), s'il eût entendu les paroles que les deux mères prononcèrent en s'abordant (vv. 42 et ss.).

Luc chap. 1 versets 40-41. - et elle entra dans la maison de Zacharie, et salua Elisabeth. Et il arriva, aussitôt qu’Elisabeth eut entendu la salutation de Marie, que l’enfant tressaillit dans son sein ; et Elisabeth fut remplie du Saint-Esprit. - Arrivée au terme de son voyage, Marie se fit indiquer la maison de Zacharie, et, étant entrée, elle salue Elisabeth. « Elle lui souhaita la paix », dit la version syriaque, faisant allusion aux paroles dont la Sainte Vierge se servit suivant la coutume pour saluer sa cousine. L'évangéliste signale cette salutation à cause des merveilleux effets qu'elle produisit sur-le-champ. C'était le signal attendu par la grâce. A l'instant même, l'enfant d'Elisabeth reconnut à sa manière la présence de son Messie et de son Dieu : l'enfant tressaillit en son sein. Quoique toutes les mères sentent parfois leurs enfants s'agiter en leur sein, il est évident que S. Luc a voulu relater ici un fait extraordinaire, un tressaillement surnaturel, qui eut pour cause la proximité du Verbe incarné (« Divinement dans l’enfant, non humainement par l’enfant », S. Ambr.). Le Précurseur saluait ainsi le Rédempteur. « Celui qu’il n’a pas pu saluer de la langue et de la voix, dans l’exultation de son âme,  il l’a salué avec ses gestes ». Ludolph. Saxon. Vita J. C. p. 1, c. 6. Comp. Bossuet, l. c. 3è élév. Au même instant, Elisabeth fut remplie du Saint-Esprit, et ce divin Esprit lui révéla soudain tout ce qui s'était passé en Marie, comme nous allons le voir par les versets suivants.

Luc chap. 1 verset 42. - Et elle s’écria d’une voix forte : Vous êtes bénie entre les femmes, et le fruit de votre sein est béni. - Elle s'écria d'une voix forte. Expressions pleines d'emphase pour introduire l'allocution inspirée de sainte Elisabeth. Elles attestent la vive émotion, le saisissement qui s'empara de la mère de S. Jean sous l'influence de l'Esprit de Dieu. Elisabeth commence par louer Marie dans les mêmes termes que l'ange : Vous êtes bénie entre toutes les femmes, puis elle loue le fruit qu'elle porte dans son sein virginal : Le fruit de votre sein est béni. « Béni soit l’arbre, et béni soit le fruit de l’arbre.  Bénie la tige de la racine de Jessé.  Bénie aussi la fleur qui a poussé sur une telle racine ». Ludolph Saxon., ubi supra.

Luc chap. 1 verset 43. - Et elle s’écria d’une voix forte : Vous êtes bénie entre les femmes, et le fruit de votre sein est béni. - On l'a vu par le verset précédent, Elisabeth sait tout. On comprend donc que tout à coup elle s'interrompe afin d'exprimer son étonnement, sa reconnaissance, au sujet d'une visite si honorable pour elle. Comment ai-je mérité une pareille condescendance ? La mère de mon Seigneur chez moi ! Du reste, la façon entrecoupée dont parle Elisabeth est vraiment remarquable. Elle passe d'une idée à l'autre à chaque verset ; ses phrases ne se suivent pas parfaitement. Mais que cela est naturel et vrai : Tel est bien le langage de l'émotion, de la surprise et de l'enthousiasme. - « Parmi les paroles d'Elisabeth, dit Olshause, Biblischer Commentar, h. l., il faut remarquer la mère de mon Seigneur. Nous ne pourrons jamais expliquer ce titre de Seigneur appliqué à un enfant qu n'est pas encore né, à moins de supposer qu'Elisabeth, éclairée par l'Esprit-Saint, reconnut la nature divine du Messie, tandis qu'elle saluait Marie comme sa mère. Ce passage est donc parallèle au v. 17, et Seigneur y correspond à Jéhova. » Plusieurs autres commentateurs protestants (Brown, Alford, etc.) raisonnent, et bien justement, de la même manière. Il n'y a pas à douter en effet que cette expression ne signifie en cet endroit Mère de mon Dieu.

Luc chap. 1 verset 44. - Car voici, dès que votre voix a frappé mon oreille, quand vous m’avez saluée, l’enfant a tressailli de joie dans mon sein. - Elisabeth raconte maintenant à sa cousine le miracle qui avait eu lieu au moment où celle-ci lui disait en l'abordant : La paix soit avec vous ! Elle explique en même temps la manière dont elle a connu les prodiges opérés en Marie. Éclairée divinement par l'Esprit-Saint, elle a compris que le tressaillement surnaturel de son enfant était produit par la présence du Verbe incarné. Aux mots l'enfant a tressailli, Elisabeth ajoute une observation importante : c'est d'un mouvement de joie que Jean a tressailli dans le sein maternel. De ce trait, presque tous les anciens écrivains ecclésiastiques ont conclu que le Précurseur avait été en cet instant même doué de raison. « Irénée dit que le Seigneur en prit connaissance,  et qu’il le salua dans l’exultation. » Tertullien : « Il appelle l’enfant qui a reconnu son Dieu ». Et Origène enseigne la même chose en plus de mots. Saint Ambroise : « Il avait la capacité de comprendre celui qui avait la capacité d’exulter ». Jansenius, Comment in h. l. S. Augustin est à peu près seul à soutenir l'opinion contraire : « Cette exultation faite sans connaissance rationnelle ».  Il est possible que cette illumination intérieure ait été pour Jean-Baptiste aussi transitoire que brillante et soudaine : tel est du moins l'avis d'un certain nombre de Pères et de théologiens. Selon d'autres, elle aurait duré constamment depuis cette époque. En même temps qu'il jouissait de sa raison d'une manière anticipée, le future Précurseur était purifié de la tache originelle. Il n'existe pas le moindre doute à ce sujet, car telle a toujours été la croyance universelle de l'Église. 

Luc chap. 1 verset 45. - Et vous êtes bienheureuse d’avoir cru ; car ce qui vous a été dit de la part du Seigneur s’accomplira. - Elisabeth termine son allocution par un bel éloge de la foi si parfaite de Marie : Bienheureuse celle qui a cru. On voit encore par ce détail que la révélation faite à sainte Elisabeth n'avait pas moins été circonstanciée que rapide ; elle avait déroulé sous les yeux de la mère de S. Jean, comme un admirable panorama, tout ce qui s'était passé entre l'ange et Marie. D'après le texte grec, Elisabeth n'adresse pas directement à sa cousine les paroles de ce verset, mais elle parle à la troisième personne. Elle proclame par manière d'aphorisme une vérité générale (comp. Ps. 73, 13 ; 145, 7 ; Prov. 16, 20) qu'elle applique néanmoins à Marie. Comme on l'a dit, sa pensée semble se perdre dans une sorte de contemplation, et sa parole, cessant d'être une apostrophe à sa cousine, devient un hymne à la foi. Autre particularité du texte grec : le second hémistiche peut recevoir deux traductions différentes. La Vulgate a choisi le sens : Bienheureuse celle qui a cru, CAR les paroles de Dieu s'accompliront. D'assez nombreux commentateurs adoptent le second : Bienheureuse celle qui a cru QUE les promesses divines s'accompliraient. Ce n'est là qu'une nuance sans gravité.

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