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Luc chap. 1 verset 46. - Et Marie dit : Mon âme glorifie le Seigneur - Telles furent les félicitations que Marie reçut d'Elisabeth. Pour toute réponse, transformée par l'Esprit-Saint en une lyre harmonieuse, elle entonne son admirable cantique : Mon âme glorifie le Seigneur ! Elle répond aux louanges de sa cousine par la louange de Dieu. Les grandes merveilles accomplies par Jéhovah avaient inspiré plusieurs fois déjà des cantiques à des femmes d'Israël. Les plus célèbres étaient ceux de la sœur de Moïse, Ex. 15, 21, de Débora, Jud. 5, d'Anne, mère de Samuel, 1 Reg. 2. Il était réservé à Marie de chanter la merveille des merveilles, l’œuvre de la Rédemption, dans un hymne qui est le couronnement de tous les cantiques de l'ancienne Alliance, le prélude de tous les cantiques du Nouveau Testament. Hymne sublime en effet dans sa simplicité ; chant magnifique d'action de grâces, dont l'Église se sert chaque jour pour remercier Dieu de ses bienfaits. Au point de vue de la forme, le « Magnificat » a tous les caractères que la poésie revêtait chez les Hébreux : on y trouve le rythme, et surtout le parallélisme des membres. Il ressemble aux Psaumes eucharistiques de David. Ce beau poème s'échappa spontanément du cœur de Marie, sous l'inspiration divine, à l'occasion des paroles d'Elisabeth : c'est donc une véritable improvisation, l'effusion jusque-là comprimée d'une âme profondément émue par les grâces du ciel, mais qui n'avait pas encore trouvé l'occasion de s'épancher au dehors. - Et Marie dit. Divers manuscrits de l'Itala, S. Irénée et Origène lisent « Elisabeth » au lieu de « Marie » ; mais c'est une erreur énorme. Le Magnificat est l’œuvre de Marie, et non d'Elisabeth. Les exégètes, rapprochant ces simples mots « Marie dit » de la formule « Elle s'écria d'une voix forte » (v. 42) qui avait introduit l'allocution de la mère de S. Jean, aiment à faire ressortir la profonde quiétude qui règne dans le cantique de Marie. C'est là en réalité un caractère frappant du Magnificat, dont le lyrisme respire un calme vraiment divin. - Mon âme glorifie le Seigneur… La plupart des poèmes hébreux peuvent se diviser en strophes, qui sont plus ou moins bien marquées par la « direction »nouvelle donnée aux pensées. Les exégètes modernes, appliquant ce principe au cantique de Marie, ont essayé de le partager en stances à peu près égales, qui correspondent à autant d'idées nouvelles. Mais l'accord ne règne pas entre eux, les divisions de ce genre ayant toujours quelque chose de subjectif. Ewald, von Burger, Godet, etc., admettent quatre strophes : vv. 46-48a, 48b-50, 51-53, 54-55. Les Drs Schegg et Reischl n'en admettent que deux : vv. 46-49, louange à Dieu pour la part personnelle qu'il a faite à Marie dans le mystère de la Rédemption ; vv. 50-55, louange à Dieu pour les bienfaits qu'il n'a cessé d'accorder soit aux petits en général, soit spécialement à Israël. M. L. Abbott en distingue trois : vv. 46-49, 50-53, 54 et 55. Nous adoptons cette division qui nous semble la plus logique. - Première strophe. Marie témoigne au Seigneur la plus vive reconnaissance pour sa maternité divine. La pensée contenue dans les premiers mots du cantique, Mon âme glorifie le Seigneur, retentit à travers le Magnificat tout entier et « l'on pourrait, dit M. Schegg, la répéter comme un refrain après chaque verset ». Elle est pour ainsi dire le thème que Marie se propose de développer : toutes les idées qui suivent en seront de simples variations.

Luc chap. 1 verset 47. - Et mon esprit a tressailli d’allégresse en Dieu mon Sauveur. - Les paroles mon esprit a tressailli d'allégresse en Dieu mon Sauveur correspondent, en vertu du parallélisme, à Mon âme glorifie le Seigneur. Mon esprit tressaille d'allégresse, mon âme glorifie, sont des hébraïsmes bien connus pour : je tressaille, je glorifie. L'âme dont il est ici question tient comme le milieu entre l'esprit et le corps : elle est inférieure à l'esprit : celui-ci au contraire comprend les puissances les plus relevées de notre être intérieur. Ce sont donc toutes les parties de l'âme de Marie qui sont doucement et saintement agitées. C'est le salut messianique, promis depuis si longtemps, et sur le point d'être accordé au monde par son intermédiaire, qui excite la joie la plus vive dans le cœur de Marie.

Luc chap. 1 verset 48. - Parce qu’il a jeté les yeux sur la bassesse de sa servante. Car voici que, désormais, toutes les générations me diront bienheureuse. - Si les paroles qui précèdent étaient un cri de reconnaissance jeté vers le ciel, celles-ci expriment la plus parfaite humilité. De nouveau (comparez le v. 38) Marie se nomme l'humble servante du Très-Haut. Elle parle de sa petitesse, de sa bassesse : elle est pourtant fille de rois, elle est même la plus pure et la plus sainte des créatures ; mais qu'est-ce que tout cela devant la grandeur et la sainteté de Dieu : Aussi, pour représenter la bonté du Seigneur à son égard, emploie-t-elle encore le verbe pittoresque « a jeté les yeux », qui désigne un regard défavorable, mais jeté de haut en bas, par conséquent, un regard de grande condescendance. Comp. Gen. 31, 42 ; 1 Reg. 1, 11 ; 4 Reg. 14, 26, etc. De l'expression de son indignité, Marie, divinement éclairée, rapproche celle de sa gloire future : Car voici que …. Elle sait que son nom sera désormais inséparable du nom du Messie-Dieu ; elle voit, dans la suite des siècles, les hommages publics et privés qu'elle recevra sur toute la terre, de la part de toutes les générations. Elisabeth vient d'être (vv. 42 et 45) le premier anneau ce cette chaîne glorieuse ; mais depuis lors les chants de louange et d'amour n'ont jamais cessé de retentir dans l'Église catholique en l'honneur de Marie. Que les protestants nous accusent, s'ils le veulent, d'adorer la Vierge de Nazareth ; ils savent tout aussi bien que nous que nous n'adorons que Dieu. Mais nous vénérons d'un culte spécial la Mère de Notre-Seigneur Jésus-Christ et aimons en elle notre propre mère. Ceux-là seuls refusent de s'associer à nos hommages, qui ne comprennent pas le sens de ces deux titres.

Luc chap. 1 verset 49. - Parce que celui qui est puissant a fait en moi de grandes choses, et son nom est saint.  - Motif pour lequel chaque génération s'inclinera devant Marie et s'écriera : Bienheureuse ! Dieu a fait en elle de grandes choses. Combien de merveilles le Seigneur n'avait pas opérées en la Très Sainte Vierge ! Elles se résumaient toutes dans sa maternité divine. Mais seul le Tout-Puissant avait pu réaliser de telles merveilles ; aussi Marie rappelle-t-elle le pouvoir infini de celui qu'elle loue. - Et son nom est saint. Marie vient de prononcer l'un des noms de Dieu. Or les Orientaux unissent presque toujours aux noms divins une épithète de louange (Dieu, qu'il soit béni, etc.) Les Hébreux, à qui le Seigneur avait donné tant de marques de sa sainteté, louaient de préférence cette perfection, et divers passages des saintes Lettres (comp. Is. 6, 3 ; 57, 15 ; Ps. 98, 3 ; 110, 9, etc.) prouvent qu'ils donnaient surtout à Dieu l'épithète de Saint quand ils avaient récemment parlé de sa puissance. Marie se conforme à ce pieux usage. Le signe et la chose signifiée se confondant en Dieu, dire que « son nom » est saint c'est affirmer la parfaite sainteté de son essence.

Luc chap. 1 verset 50. - Et sa miséricorde se répand d’âge en âge sur ceux qui le craignent. - Deuxième strophe, vv. 50-53. La mère du Christ généralise maintenant sa pensée : elle loue la bonté divine s'exerçant d'une manière universelle envers les humbles et les petits. Elle ne parle donc plus directement d'elle-même et des faveurs spéciales dont elle a été l'objet. Néanmoins, tout ce qu'elle va dire lui convient encore à un degré suréminent. Quelle pauvre a été plus enrichi ? Quelle âme humble plus élevée ? Le v. 50 émet l'idée principale, qui est ensuite développée par des exemples dans les trois suivants. - Sa miséricorde … sur ceux qui le craignent. La crainte de Dieu était, sous l'Ancien Testament, une vertu des plus étendues, qui comprenait, de même que la justice, des devoirs très multiples, et l'accomplissement parfait des volontés célestes. Voilà pourquoi on promet une si magnifique récompense à ceux qui la pratiquent. La locution d'âge en âge est empruntée à l'hébreu et signifie : constamment ; d'une génération à la suivante, sans qu'il y ait jamais de trêve.

Luc chap. 1 verset 51. - Il a déployé la force de son bras, il a dispersé ceux qui s’enorgueillissaient dans les pensées de leur cœur.  - Les exégètes se demandent à propos des vv. 51-53 si, en les prononçant, Marie avait à l'esprit le passé, le présent ou l'avenir. Dans le premiers cas, elle aurait décrit à grands traits l'histoire juive, où l'on voit à chaque instant le bras tout-puissant de Jéhovah délivrer et soutenir son peuple, renverser les trônes chananéens, etc. Dans le second cas, elle eût peint sous des couleurs poétiques la conduite habituelle de Dieu à l'égard des justes qui le craignent et des impies qui le méprisent. Dans la troisième hypothèse, elle tracerait un tableau prophétique du règne futur du Messie. « Maintenant, dit Meyer qui adopte cette dernière opinion (Comment. h. l. ; de même Jansénius, Kistemaker, de Wette, Olshausen, etc.), Marie contemple la catastrophe messianique que son Fils doit produire, et, à la façon des Prophètes, elle l'annonce comme un fait accompli, tant elle est sûre de sa réalisation ». Mais les paroles de Marie nous paraissent bien générales pour convenir d'une manière exclusive aux temps messianiques. Peut-être sont-elles bien générales aussi pour désigner des faits particuliers de l'histoire sainte, et nous serions tentés de dire avec Maldonat, h. l. : « Je suis, moi, Bède le vénérable qui pense qu’on ne peut noter ou désigner aucun exemple du passé ou du futur qui soit fait parce qu’il devait être fait, mais parce que Dieu peut et a coutume de le faire ». Les faits signalés par Marie ont lieu indistinctement à tous les âges et dans tous les pays : ce sont des actes habituels de la Providence. Toutefois, nous préférons adopter la première opinion (avec Luc de Bruges, Noël Alexandre, Sylveira, Massi, etc.), parce que l'aoriste n'a jamais le sens du présent dans les écrits du Nouveau Testament. Voyez Winer, Gramm. p. 248 ; Beelen, Gramm. p. 297. - Il a déployé la force de son bras. Bel anthropomorphisme, qu'on rencontre plusieurs fois dans les livres poétiques de la Bible. Cfr. Ps. 88 , vv. 9-14, etc. Le bras étant le siège de la vigueur, cette expression signifie que Dieu a pour ainsi dire ramassé toutes ses forces, comme un guerrier qui se prépare à lutter contre ses ennemis. Et, de ce bras auquel rien ne peut résister, il a dispersé ceux qui s'enorgueillissaient dans les pensées de leur cœur. Le verbe grec correspondant à dispersé est un mot des plus énergiques : Dieu a dispersé, balayé devant lui les impies « rends-les semblables au chaume qu'emporte le vent » (Ps. 82, 14). - Dans les pensées de leur cœur. L'expression est d'origine hébraïque pour le fond comme pour la forme. Nous l'expliquerons en rappelant au lecteur un principe de la psychologie des Hébreux. Dans les saints Livres, le cœur est habituellement envisagé comme le siège non-seulement des désirs, mais encore des pensées. Les anciens Hébreux avaient vu, en se repliant sur eux-mêmes, que le plus souvent les pensées dérivent du cœur comme de leur première source, et qu'elles ne passent dans l'intellect qu'après avoir pris naissance dans les inclinations de la volonté. C'est pour cela qu'ils parlaient d'hommes « orgueilleux dans les pensées, dans l'esprit de leur cœur ». L'orgueil affecte immédiatement l'esprit : mais cette estime déréglée de sa propre excellence provient toujours d'un amour immodéré de soi-même.

Luc chap. 1 versets 52-53. - Il a renversé les puissants de leur trône, et il a élevé les humbles. Il a rempli de biens les affamés, et il a renvoyé les riches les mains vides. - Deux antithèses frappantes, qui confirment l'exemple précédent. Les superbes, ennemis de Dieu, sont d'ordinaire les favoris de la fortune, les puissants et les riches de ce monde. Leurs souvenir amène naturellement celui des petits et des pauvres, chez lesquels on trouve plus souvent la crainte du Seigneur et l'accomplissement de ses préceptes. Marie caractérise en termes pittoresques la conduite de Dieu à l'égard des uns et des autres. Les puissants, « les dynastes », comme le dit le texte grec, il les renverse de leurs trônes ; les riches, il les renvoie privés de tout. Au contraire, il exalte les humbles, il comble de biens les pauvres qui mouraient de faim. Les livres de l'Ancien Testament sont remplis de sentences analogues. Comp. Eccli. 10, 14 ; Ps. 17, 28 ; 34, 11, etc. Notons encore, avant de quitter cette strophe, le beau croisement des membres dans les antithèses qu'elle contient. « Dans le premier contraste (v. 51), les justes occupent la première place, les orgueilleux la seconde ; dans le second au contraire (v. 52), les puissants occupent la première, de manière à se rattacher immédiatement aux orgueilleux du v. 51, et les petits la seconde. Dans la troisième enfin (v. 53), les affamés viennent en premier lieu, se liant aux petits du v. 52, et les riches forment le second membre. L'esprit passe ainsi, comme par une sorte d'ondulation, du semblable au semblable, et le sentiment n'est pas heurté, comme il l'eût été par une symétrie qui eût présenté à chaque fois les membres homogènes du contraste dans le même ordre ». Godet.

Luc chap. 1 versets 54-55. - Il a relevé Israël, son serviteur, se souvenant de sa miséricorde : selon ce qu’il avait dit à nos pères, à Abraham et à sa race pour toujours.  - Ces deux versets forment la troisième strophe du Magnificat. Marie y exprime en termes emphatiques la part spéciale qu'aura le peuple juif au salut opéré par le Messie-Dieu qu'elle porte dans son sein. - Il a relevé Israël son serviteur. Par le mystère de l'Incarnation, Dieu a donc soulevé de terre, en lui tendant une main secourable, la nation théocratique, désignée ici comme en tant d'autres passages de la Bible par le nom mystique du patriarche Jacob. - Se souvenant de sa miséricorde. Belle expression. Dieu avait semblé oublier sa miséricorde à l'égard du peuple juif, auquel il avait infligé depuis tant d'années de si profondes humiliations, de si rudes souffrances. Mais voici qu'il se ressouvient enfin de sa bonté ! - Selon ce qu'il avait dit à nos pères. C'est une proposition incidente, une sorte de parenthèse, qui explique Dieu traitera maintenant Israël avec compassion. Ne s'y est-il pas engagé depuis longtemps par des promesses solennelles, réitérées vingt fois aux premiers pères du peuple juif ? Les mots Abraham et sa race indiquent l'objet de la miséricorde divine. Sans doute il y avait des siècles qu'Abraham n'était plus : Marie peut néanmoins affirmer que Dieu, en traitant avec tendresse la postérité de ce grand patriarche, usera par là-même de miséricorde envers lui, parce qu'un père est supposé, après sa mort comme de son vivant, prendre part au sort de ses enfants, se réjouir avec eux de leur bonheur. - Pour toujours. Cette formule, qui termine souvent les psaumes, sert aussi de conclusion au cantique de Marie. C'est un cri de vive confiance jeté à la fin du Magnificat. La race du père des croyants, race dilatée, il est vrai, et spiritualisée, durera jusqu'à la fin des temps. Pendant les siècles des siècles, Dieu se souviendra envers elle de ses miséricordes ! « Et toi Israël, mon serviteur, Jacob que j’ai élu, semence de mon ami Abraham, dans lequel je t’ai saisi et t’ai appelé de loin,  je t’ai dit : tu es mon serviteur. Je t’ai élu et ne t’ai pas rejeté. Ne crains pas, car je suis avec toi.  Ne t’éloigne pas, car je suis moi ton Dieu. Je t’ai fortifié et je te suis venu en aide, et la droite de mon juste te reçoit ». Is. 41, 8-10. - Tel est le cantique de la Très Sainte Vierge. Mais nous n'avons pas dit encore que, si on l'examine attentivement, on ne tarde pas à découvrir qu'il paraît être en grande partie un écho, et même une reproduction de divers pages de l'Ancien Testament. Presque toutes ses expressions ramènent à la pensée soit le cantique d'Anne, 1 Reg. 2, 1-10, soit certains psaumes, etc., comme le prouvera ce tableau

De cette ressemblance manifeste, les rationalistes se sont hâtés de conclure que le Magnificat ne saurait être l’œuvre personnelle de Marie, qu'il est apocryphe par conséquent ; par conséquent aussi que les divers événements dont il est entouré dans le troisième Évangile sont de même l’œuvre d'un faussaire. Affirmations bien audacieuses, mais qu'une simple réflexion peut réduire à néant. Si ce principe était vrai, que toute œuvre littéraire doit avoir été contrefaite quand elle a une certaine analogie avec des écrits plus anciens, combien de livres cesseraient d'être authentiques ! Virgile imite parfois les discours ou les descriptions d'Homère : donc l'Énéide a été composée deux ou trois siècles après Virgile. Le cantique de Jonas et la prière d'Habacuc sont des compilations des psaumes, etc. : donc les prophéties de Jonas et d'Habacuc sont apocryphes : Sont-ce là des conclusions bien légitimes ? La vraie critique raisonne autrement. Elle se contentera de dire, mais en toute vérité : Donc Virgile connaissait les poèmes d'Homère, donc Jonas et Habacuc avaient lu les psaumes. En effet, une lecture sérieuse de la Bible prouve que les écrivains sacrés connaissaient à fond les parties de l'Écriture antérieures à leur époque et qu'ils aimaient, dans l'occasion, à en citer les paroles. Les réminiscences ou allusions que nous avons remarquées dans le Magnificat s'expliquent de la même manière. Marie avait lu et relu les saints Livres : au moment donc où elle ouvrait la bouche pour louer et remercier son Dieu, les textes inspirés se présentèrent en foule à sa mémoire. Se les appropriant, elle les employa parce qu'ils contenaient la parfaite expression de ses sentiments privés. Quoi de plus naturel ? Et en réalité tout, dans le Magnificat, est admirablement adapté à la situation de Marie, convient à merveille à la Vierge de Nazareth devenue Mère du Christ. Il est donc en ce sens une œuvre tout à fait originale. Ce n'est pas ainsi qu'on aurait inventé après coup, car on eût alors avidement recherché des idées et des formules neuves. - Il n'est peut-être pas de compositeur célèbre qui n'ait annoté le beau cantique de Marie : les œuvres les plus renommées sont celles d'Orlando di Lasso, de Palestrina, de Bach, de Mendelsohn, de Moralès, de Sheppard. On a du peintre Botticelli un incomparable chef-d’œuvre » (Rio) qui représente la Vierge écrivant le Magnificat.

Luc chap. 1 verset 56. - Marie demeura environ trois mois avec Elisabeth ; puis elle s’en retourna dans sa maison. - En terminant le récit de la Visitation, S. Luc nous apprend que la Sainte Vierge demeura « environ trois mois »auprès d'Elisabeth, et qu'ensuite « elle revint dans sa maison », c'est-à-dire à Nazareth. Le départ de Marie eut-il lieu avant ou après la naissance de Jean-Baptiste ? Le texte sacré ne le dit pas expressément. Toutefois, en le mentionnant avant de raconter la nativité du Précurseur, il semble indiquer assez clairement que Marie avait repris le chemin de la Galilée quand le temps d'Elisabeth fut accompli ». D'ailleurs, le but du voyage de la Mère de Dieu n'avait pas été précisément de soigner sa cousine : aucun motif de charité ne la retenait donc dans la maison de Zacharie. Un certain nombre de commentateurs anciens et modernes croient néanmoins que Marie demeura plus longtemps auprès d'Elisabeth : suivant eux, le v. 56 serait placé par anticipation avant la naissance de S. Jean. - Le mystère de la Visitation a inspiré de beaux tableaux à Raphaël, au Pinturicchio, à Ghirlandaio, à Jouvenet, etc.

 

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