Dans cette dernière partie, les pensées ne se suivent pas avec un enchaînement aussi visible que dans les autres ; la liaison est même parfois obscure. Nous n'en serons pas étonnés, puisque S. Luc abrège et résume. Il s'est donc contenté en plusieurs endroits de placer simplement les unes à côté des autres des idées qui s'enchaînent d'après un ordre parfait dans la rédaction de S. Matthieu. Divers exégètes, il est vrai, ont tenté d'établir une connexion rigoureuse entre chacune des maximes contenues dans ce passage ; mais leur embarras manifeste et leur prodigieux désaccord nous enlèvent toute confiance et nous empêchent de les suivre.
Luc chap. 6 verset 39. - Il leur proposait aussi cette comparaison : Est-ce qu’un aveugle peut conduire un aveugle ? Ne tomberont-ils pas tous deux dans la fosse ? - Il leur disait… formule de transition, comme au v. 27. Le pronom leur représente la masse des auditeurs et plus spécialement les disciples. Cfr. v. 20. - Cette comparaison. Ce proverbe n'apparaît pas dans le premier Évangile ; mais S. Matthieu le cite plus tard, 15, 14, à propos des Pharisiens, que Jésus compare à des aveugles conduisant d'autres aveugles. Preuve que Notre-Seigneur le proféra en différentes circonstances. Il exprime d'une manière pittoresque cette vérité générale, que quiconque se charge de diriger autrui doit commencer par être lui-même très éclairé : c'est donc une excellente règle de sagesse.
Luc chap. 6 verset 40. - Le disciple n’est pas au-dessus du maître ; mais tout disciple sera parfait, s’il est comme son maître. - Nouveau proverbe, destiné à fortifier le précédent. S. Matthieu le mentionne aussi en un autre endroit, 10, 24, 25, légèrement modifié, pour annoncer les oppositions et les persécutions qui attendaient les chrétiens dans le monde. Ici, il signifie que le disciple, reconnaissant la supériorité de son maître, le prend naturellement pour modèle ; mais, si le maître est aveugle, que deviendra le pauvre disciple ? Le disciple mettra toute son âme, tous ses efforts, à devenir bien semblable à son maître.
Luc chap. 6 versets 41 et 42. - Pourquoi vois-tu le fétu dans l’œil de ton frère, sans apercevoir la poutre qui est dans ton œil ? 42Ou comment peux-tu dire à ton frère : Frère, laisse-moi ôter le fétu qui est dans ton œil, toi qui ne vois pas la poutre qui est dans le tien ? Hypocrite, ôte d’abord la poutre qui est dans ton œil, et ensuite tu verras comment tu pourras ôter le fétu de l’œil de ton frère. - Comp. Matth. 7, 3-5 et le commentaire. Les deux rédactions coïncident presque littéralement en cet endroit, surtout dans le texte grec. - Pourquoi vois-tu... ? Dans le grec, vois suppose un regard attentif et prolongé ; sans apercevoir... : s'emploie surtout au moral pour désigner un retour de l'âme sur elle-même ; tu verras comment... : ici, le sens est voir clairement, distinguer nettement d'un bout à l'autre, complètement. Ces trois verbes font image et sont d'un bel effet dans ce petit drame ironique, admirablement décrit. Jésus ne pouvait inculquer avec plus de force la règle de sagesse pratique qui se dégage si clairement des vv. 41 et 42.