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Luc chap. 6 versets 43-45. - Car un arbre n’est pas bon, s’il produit de mauvais fruits, et un arbre n’est pas mauvais, s’il produit de bons fruits. 44Car chaque arbre se connaît à son fruit. On ne cueille pas de figues sur les épines, et on ne vendange pas le raisin sur des ronces. 45L’homme bon tire de bonnes choses du bon trésor de son cœur, et l’homme mauvais tire de mauvaises choses de son mauvais trésor ; car la bouche parle de l’abondance du cœur. - Comp. Matth. 7, 15-20, et 12, 33-35. Il y a, dit ici le divin Orateur, une frappante analogie entre les lois qui gouvernent le règne végétal et celles qui dirigent le royaume des âmes. La nature ou la valeur de l'arbre se reconnaît à son fruit. Bon fruit, bon arbre ; mauvais fruit, mauvais arbre : la figue sur le figuier et pas ailleurs, le raisin seulement sur la vigne ! De même au moral pour les hommes. L'homme bon a au fond de son cœur un bon trésor, duquel ne s'échappent que de bonnes choses ; au contraire, le trésor du mauvais homme est mauvais, et il en sort naturellement des choses mauvaises. Comparez ce trait rabbinique : « Rabbi Jochanan dit à ses disciples : allez et voyez quelle est la droite ligne de conduite à laquelle l'homme doit adhérer. R. Eliézer dit : C'est un bon œil (la libéralité). R. Josua dit : c'est d'être un bon compagnon. R. José dit : c'est d'être un bon voisin. R. Siméon dit : c'est de pourvoir à l'avenir. R. Eléazar dit : c'est un bon cœur. Il leur dit : Je préfère à vos paroles celle d'Eléazar fils d'Aruch, car vos paroles sont contenus dans la sienne. Il leur dit encore : Allez et voyez quelle est la voie mauvaise dont l'homme doit se garder. R. Eliézer dit : c'est un mauvais œil (l'avarice). R. Josua dit : c'est d'être un mauvais compagnon. R. José dit : c'est d'emprunter et de ne pas rendre. R. Eléazar dit : c'est un mauvais cœur. Il leur dit : Je préfère à vos paroles celle d'Eléazar, car vos paroles sont contenues dans la sienne. » Pirké Aboth, 2, 9. Or, ajoute Notre-Seigneur, c'est par la bouche que se manifeste l'état du cœur de l'homme. - Le raisin sur des ronces… S. Luc mentionne la ronce à la place des chardons ou herbes épineuses du premier Évangile.

Luc chap. 6 verset 46. - Pourquoi m’appelez-vous Seigneur ! Seigneur ! et ne faites-vous pas ce que je vous dis ? - La péroraison du discours commence en cet endroit. Le Sauveur proteste d'abord énergiquement contre ces hommes qui, à en croire les paroles pleines de dévouement qu'on entend à tout occasion sortir de leur bouches (Seigneur répété deux fois d'une manière emphatique), seraient ses disciples les plus fervents, mais qui démentent leurs belles paroles par leur conduite antichrétienne. « Le chemin du royaume de Dieu est l’obéissance et non la prononciation solennelle des vœux », Gloss. ord., ou, comme le dit S. Hilaire,  « Soyez des exécuteurs de la parole et non des auditeurs seulement ».  Jac. 1, 22. Cfr. Matth. 7, 21 et le commentaire.

Luc chap. 6 verset 47. - Quiconque vient à moi, et écoute mes paroles, et les met en pratique, je vous montrerai à qui il ressemble. - Après la protestation indignée qui précède, Jésus montre par deux tableaux pittoresques, vv. 47-49, à quoi ressemblent les deux catégories de personnes qui viennent écouter la prédication évangélique. Voyez S. Matthieu, 7, 24-27. L'introduction, formée par le v. 47, est plus complète et plus solennelle que dans le premier Évangile. Qui vient à moi et je vous montrerai à qui il ressemble sont des traits propres à S. Luc.

Luc chap. 6 verset 48. - Il ressemble à un homme qui, bâtissant une maison, a creusé bien avant, et a posé le fondement sur la pierre ; l’inondation étant survenue, le torrent s’est précipité sur cette maison et n’a pu l’ébranler, parce qu’elle était fondée sur la pierre. - Premier tableau, qui représente ceux qui observent la parole. L'auditeur sérieux de la divine parole bâtit sur des fondements inébranlables l'édifice de sa perfection : aussi n'a-t-il pas à redouter les orages que suscitent contre lui l'enfer, le monde et ses propres passions. S. Luc relève admirablement, par cette description dramatique qui lui est spéciale, le soin pris par le constructeur pour appuyer sa maison sur une base solide. Sans redouter sa peine, il a creusé dans le roc, puis il a creusé encore plus profond, comme le dit expressivement le texte grec. Tel est du reste aujourd'hui encore l'usage communément suivi en Palestine : certaines fondations vont chercher la roche dure jusqu'à trente pieds au-dessous du sol. Cfr. Robinson, Palaestina, t. 3, p. 248. - L'inondation étant survenue… S. Matthieu donne ici à son tour une peinture plus vivante. S. Luc emploie néanmoins plusieurs expressions particulières, qui sont tout ensemble élégantes et fortes, pour désigner l'inondation et le choc terrible des flots contre la maison. « N'a pu l'ébranler » montre peut-être mieux que le simple « n'a pas cédé » de S. Matthieu l'impuissance des vagues irritées. La conjecture d'après laquelle un orage survenu tout à coup vers la fin du Discours sur la montagne aurait suggéré à Notre-Seigneur les images de sa péroraison, est plus habile que vraie.

Luc chap. 6 verset 49. - Mais celui qui écoute et ne met pas en pratique, ressemble à un homme qui a bâti sa maison sur la terre, sans fondement ; le torrent s’est précipité sur elle, et aussitôt elle est tombée, et la ruine de cette maison a été grande. - Second tableau, pour représenter les auditeurs purement passifs, qui ne se donnent aucune peine pour pratiquer la parole divine. Eux aussi ils bâtissent un édifice ; mais leur paresse est cause qu'ils en assoient simplement les bases sur le sol : sans fondement, ajoute emphatiquement S. Luc afin de mieux marquer le contraste qui existe entre eux et les constructeurs du v. 48. Aussi, lorsque les eaux que la tempête a versées comme une trombe sur le pays se sont précipitées à la façon d'un fleuve irrésistible contre la pauvre maison, elle s'est écroulée au premier choc. - Aussitôt est une particularité de S. Luc. - « C'est en agissant, dit S. Augustin, que l'on confirme et consolide ce qu'on a entendu ».

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