11Il arriva ensuite que Jésus allait dans une ville appelée Naïm ; et ses disciples allaient avec lui, ainsi qu’une foule nombreuse. 12Et comme il approchait de la porte de la ville, voici qu’on emportait un mort, fils unique de sa mère, et celle-ci était veuve ; et il y avait avec elle beaucoup de personnes de la ville. 13Lorsque le Seigneur l’eut vue, touché de compassion pour elle, il lui dit : Ne pleure pas. 14Puis il s’approcha, et toucha le cercueil. Ceux qui le portaient s’arrêtèrent. Et il dit : Jeune homme, je te l’ordonne, lève-toi. 15Et le mort se mit sur son séant, et commença à parler. Et Jésus le rendit à sa mère. 16Tous furent saisis de crainte, et ils glorifiaient Dieu, en disant : Un grand prophète a surgi parmi nous, et Dieu a visité son peuple. 17Et le bruit de ce miracle se répandit dans toute la Judée, et dans tout le pays d’alentour.
Cette narration, qui est une des plus touchantes de l'histoire évangélique, appartient en propre à S. Luc. Il est seul du reste à attribuer plusieurs miracles de résurrection à Notre-Seigneur Jésus-Christ. S. Matthieu et S. Marc ne parlent que de la fille de Jaïre ; S. Jean ne parle que de Lazare : pour lui il nous montre successivement deux morts sortant du tombeau sur un mot de Jésus, le fils de la veuve de Naïm et la fille de Jaïre.
Luc chap. 7 verset 11. - Il arriva ensuite que Jésus allait dans une ville appelée Naïm ; et ses disciples allaient avec lui, ainsi qu’une foule nombreuse. - Cette formule générale fait passer le lecteur d'un prodige éclatant à un autre prodige plus éclatant encore. De nouveau, la date et la localité sont indiquées. Cfr. v. 1. La date est un peu vague, du moins dans la Vulgate et dans les manuscrits grecs. Mais peut-être faut-il lire « le jour d'après », avec d'autres témoins graves et nombreux (notamment les manuscrits C, D, K, M, S, II, Sin., les versions syr., Ital., etc.). Dans ce cas l'époque serait très nettement indiquée. - Une ville appelée Naïm. Le nom grec correspond identiquement à l'appellation arabe encore en usage de nos jours, Naïn ou Néïn. Ce nom signifie en hébreu « la belle », et il était justifié à merveille par la situation gracieuse de la cité. Celle-ci s'étalait en effet sur le versant septentrional du petit Hermon, et, de l'éminence qui lui servait de trône, elle contemplait, à ses pieds, la vaste et fertile plaine d'Esdrelon ; en face, les belles collines boisées de Galilée, que surmontent les pics neigeux du Liban et du grand Hermon. Aujourd'hui la perspective est la même ; mais la cité galiléenne a fait place à un misérable hameau qu'habitent des musulmans fanatiques. Voyez V. Ancessi, Atlas biblique, pl. 16 ; R. Riess, Atlas de la Bible, pl. 4 ; Stanley, Sinaï and Palestine, p. 357 ; Porter, Handbook of Syria a. Palestine, 2è édit. p. 349 ; Sepp, Jerusalem und das h. Land, t. 2, p. 66 et ss. Il n'est pas fait d'autre mention de Naïm dans la Bible. La distance qui la sépare de Capharnaüm est d'environ une journée de marche. - Et une foule nombreuse. A cette heureuse période de sa vie publique, Notre-Seigneur, partout où il allait, était habituellement accompagné de foules amies, avides de le voir et de l'entendre. A côté de cette multitude qui suivait Jésus, nous allons bientôt avoir une autre foule, également nombreuse, qui formait le convoi funèbre. Dieu permit qu'il en fut ainsi dans la circonstance présente, afin de multiplier les témoins, du prodige, selon la remarque judicieuse du V. Bède.
Luc chap. 7 verset 12. - Et comme il approchait de la porte de la ville, voici qu’on emportait un mort, fils unique de sa mère, et celle-ci était veuve ; et il y avait avec elle beaucoup de personnes de la ville. - Les villes anciennes étaient presque toujours fortifiées. D'ailleurs, les localités de l'Orient ont habituellement des portes, alors même qu'elles ne possèdent aucune enceinte de remparts. Au moment donc où le Prince de la vie allait franchir avec son escorte le portail massif par où l'on pénétrait dans Naïm, tout à coup une victime de la mort le franchit en sens contraire, avec le cortège accoutumé qui la conduisait au tombeau.Les Juifs avaient coutume d'enterrer toujours les morts en dehors des villes. - Par quelques traits fort simples, mais délicatement choisis, l'évangéliste dépeint de la façon la plus touchante la désolation particulière qui s'attachait à cette scène commune en soi. La mort n'avait pas seulement frappé un jeune homme à la fleur de l'âge ; ce jeune homme était fils unique, ou plus exactement d'après le grec, un unique enfant, et la pauvre mère était veuve ! Elle restait donc seule, sans espoir, sans appui, sans joie. Ces deux afflictions incomparables, celle du veuvage, et plus encore celle que cause la perte d'un fils unique, étaient devenues proverbiales chez les Juifs. Cfr. Jer. 6, 26 ; Zach. 12, 10 ; Am. 8, 10 ; Ruth, 1, 20 et 21 ; Job. 24, 3, etc. Par sympathie pour une douleur aussi navrante, un grand nombre des habitants de la ville avaient voulu assister aux funérailles du jeune homme. - Les voyageurs et les géographes signalent tout auprès de Naïm l'existence de plusieurs sépulcres taillés dans le roc : ils sont précisément à l'Est, près de la rampe escarpée par laquelle arrivait Notre-Seigneur. Cfr. Kitto, Cyclopaedia of bibl. Literature, s. v. Naïm ; Thomson, The Land and the Book, 2è éd., p. 445.
Luc chap. 7 verset 13. - Lorsque le Seigneur l’eut vue, touché de compassion pour elle, il lui dit : Ne pleure pas. - Le titre de Seigneur, que S. Luc applique d'ailleurs fréquemment à Jésus (cfr. 7, 31 ; 11, 39 ; 12, 42 ; 17, 5, 6 ; 18, 6 ; 22, 31, 61, etc.) a ici une emphase spéciale, car le divin Maître va vraiment se manifester comme le Seigneur par excellence. - Touché de compassion. Le cœur si compatissant de Jésus nous est révélé tout entier dans cette ligne. A la vue de cette veuve désolée qui conduisait son fils au tombeau, il fut violemment « déchiré ». L'écrivain sacré appuie visiblement sur les pronoms (l'eût, pour elle, il lui), pour montrer que le désir de consoler la mère du défunt fut le mobile direct du prodige. Au moment où elle passait auprès de lui, Ne pleure pas, lui dit-il avec bonté. Les hommes aussi adressent cette parole à ceux qui pleurent. Mais qu'elle a peu de force sur leurs lèvres ! Car la plupart du temps ils sont incapables de fournir la consolation qui étanche les larmes. Mais celui qui la prononce actuellement est le Dieu Paraclet, assez puissant pour faire cesser à tout jamais les pleurs dans le ciel (Apoc. 21, 4).
Luc chap. 7 verset 14. - Puis il s’approcha, et toucha le cercueil. Ceux qui le portaient s’arrêtèrent. Et il dit : Jeune homme, je te l’ordonne, lève-toi. - Scène toute graphique, non moins bien racontée que la précédente. Le « cercueil » des Hébreux ne désigne pas un cercueil fermé à la façon des nôtres, mais une de ces bières ouvertes dans lesquelles les morts, recouverts de leur linceul et d'un drap mortuaire, sont aujourd'hui encore portés au sépulcre à Constantinople et en diverses parties de l'Orient. - Lorsque, sans prononcer une seule parole, Jésus eût touché l'extrémité de la civière, les porteurs, comprenant sa pensée, ou plutôt frappés de la majesté qui brillait sur son visage, s'arrêtèrent soudain. Quelque remarquable que soit ce s'arrêtèrent, nous ne nous croyons pas autorisé à voir en lui, à la suite de plusieurs exégètes, le résultat d'un premier miracle. La voix qui avait dit précédemment avec émotion ne pleure pas, s'écrie maintenant sur un ton d'irrésistible autorité, au milieu du silence et de l'attention universels : Jeune homme, je te l'ordonne, lève-toi ! Les deux autres résurrections que raconte l'Évangile furent produites par des paroles de puissance analogue à celles-ci. Cfr. 8, 54 et Joan. 11, 43. Que c'est grand ! Mais que c'est simple ! « Nul n'éveille aussi facilement un homme dans son lit, que le Christ ne tire un mort du tombeau. », S. August. Serm. 98, 2. « Elie ressuscite des morts, il est vrai ; mais il est obligé de se coucher plusieurs fois sur le corps de l'enfant qu'il ressuscite : il souffle, il se rétrécit, il s'agite ; on voit bien qu'il invoque une puissance étrangère, qu'il rappelle de l'empire de la mort une âme qui n'est pas soumise à sa voix, et qu'il n'est pas lui-même le maître de la mort et de la vie. Jésus-Christ ressuscite les morts comme il fait les actions les plus communes ; il parle en maître à ceux qui dorment d'un sommeil éternel, et l'on sent bien qu'il est le Dieu des morts comme des vivants, jamais plus tranquille que lorsqu'il opère les plus grandes choses ». Massillon, Disc. sur la divinité de Jésus-Christ.
Luc chap. 7 verset 15. - Et le mort se mit sur son séant, et commença à parler. Et Jésus le rendit à sa mère. - Deux indices immédiats d'un complet retour à la vie : le mort se dresse sur son séant et se met à parler. Un récit légendaire se serait complu à signaler les premières paroles du ressuscité ; le récit inspiré les laisse dans l'oubli comme une chose tout à fait accessoire. - Il le rendit à sa mère. Il y a dans ce trait final « quelque chose d'ineffablement doux », Wiseman, Mélanges religieux, t. 2, Les Miracles du N.T., p. 127. C'était en vue de la mère affligée que Jésus avait opéré le prodige : il lui offre maintenant comme un don précieux son fils ressuscité. « Un vrai don fait à Jésus était celui qui ne pouvait être récupéré que par Jésus », Fr. Luc de Bruges. - Une tradition qui semble très peu sûre donne au jeune homme le nom de Maternus, et fait de lui le premier évêque de Cologne. Cfr. Sepp, Jerusalem u. das h. Land, l. c.
Luc chap. 7 verset 16. - Tous furent saisis de crainte, et ils glorifiaient Dieu, en disant : Un grand prophète a surgi parmi nous, et Dieu a visité son peuple. - Ce verset le le suivant décrivent l'effet produit par le miracle, d'abord à Naïm, puis dans toute la Palestine. Partout la sensation fut immense. Les témoins oculaires furent d'abord saisis d'une crainte religieuse fort naturelle en pareil cas ; mais il ne tardèrent pas à s'élever à un sentiment plus noble, celui d'une grande reconnaissance envers Dieu, excité par les magnifiques espérances qu'un prodige aussi éclatant avait fait naître dans leurs cœurs. Un grand prophète s'est levé parmi nous, se disaient-ils. En effet dans l'antiquité sacrée des Juifs, les prophètes seuls, et même uniquement les plus grands d'entre eux (cfr. 3 Reg. 17, 17-24 ; 4 Reg. 4, 11-27), avaient reçu de Dieu le pouvoir de ressusciter les morts. - La foule ajoutait encore : Dieu a visité son peuple.
Luc chap. 7 verset 17. - Et le bruit de ce miracle se répandit dans toute la Judée, et dans tout le pays d’alentour. - De Naïm et de ses alentours le bruit du miracle, franchissant la Samarie, gagna bientôt toute la province de Judée ; il se répandit ensuite dans tous les pays circonvoisins, tels que l'Idumée, la Décapole, la Phénicie, spécialement la Pérée où était emprisonné S. Jean. Cfr. v. 18. - M. Zeller, Apostel-gesch., p. 177, raille agréablement les rationalistes, qui osent soutenir que les morts rendus à la vie par Jésus et ses apôtres étaient simplement plongés dans un sommeil léthargique. « Pour admettre cette explication, dit-il, il faut trouver croyable que, durant la courte période de l'histoire évangélique et apostolique, on a vu se renouveler à cinq reprises consécutives, c'est-à-dire trois fois dans les Évangiles et deux fois dans les Actes, cette circonstance identique, ce même remarquable hasard d'une léthargie qui, restée inaperçue de toutes les personnes qui s'étaient occupées du mort, cède à la première parole de l'envoyé divin et donne lieu de penser à une résurrection véritable. »