31Le Seigneur ajouta : A qui donc comparerai-je les hommes de cette génération, et à qui sont-ils semblables ? 32Ils sont semblables à des enfants assis sur la place publique, et qui, se parlant les uns aux autres, disent : Nous vous avons joué de la flûte, et vous n’avez pas dansé ; nous avons chanté des airs lugubres, et vous n’avez pas pleuré. 33Car Jean-Baptiste est venu, ne mangeant pas de pain, et ne buvant pas de vin ; et vous dites : Il est possédé du démon. 34Le Fils de l’homme est venu, mangeant et buvant ; et vous dites : Voici un homme de bonne chère et un buveur de vin, un ami des publicains et des pécheurs. 35Mais la sagesse a été justifiée par tous ses enfants.
Après avoir ainsi indiqué le résultat général du ministère de S. Jean, Notre-Seigneur, passant à une application encore plus directe et se mettant lui-même en scène, dépeint en termes saisissants la manière dont son Précurseur et Lui furent appréciés par la génération contemporaine, c'est-à-dire par leurs ennemis communs du parti pharisaïque.
Luc chap. 7 verset 31. - Le Seigneur ajouta : A qui donc comparerai-je les hommes de cette génération, et à qui sont-ils semblables ? - Le Seigneur ajouta. Ces mots, qu'omettent la plupart des anciens témoins, sont justement retranchés du texte par les meilleurs critiques. On admet communément qu'ils proviennent de quelque évangéliaire où ils inauguraient une leçon sacrée, à la façon de la formule encore existante « Dans ce temps a dit Jésus… ». - A qui comparerai-je… Cette répétition emphatique est spéciale à S. Luc. On a très bien observé qu'elle donne quelque chose de poignant à la question du Sauveur. Jésus semble chercher à quoi il pourra bien comparer une conduite aussi insensée, aussi triste que celle dont il est le témoin. Il trouve une image qui exprime délicatement sa pensée, et il la signale comme une réponse parfaite à la double question qu'il venait de poser.
Luc chap. 7 verset 32. - Ils sont semblables à des enfants assis sur la place publique, et qui, se parlant les uns aux autres, disent : Nous vous avons joué de la flûte, et vous n’avez pas dansé ; nous avons chanté des airs lugubres, et vous n’avez pas pleuré. - Voyez l'Evang. selon S. Matthieu, p. 225 et s. Les deux rédactions diffèrent à peine l'une de l'autre. - Il s'agit donc de deux groupes d'enfants réunis sur la place publique à l'heure de la récréation. Avec l'esprit d'imitation qui caractérise cet âge, ils essaient de mimer dans leurs jeux d'abord une scène de mariage, puis des funérailles. Du moins c'est ce que voudrait le premier groupe, qui s'est mis alternativement à chanter des airs gais et des airs lugubres : mais le second groupe, auquel on offrait ainsi le choix entre les jeux tristes ou joyeux, a refusé obstinément son concours, ce qui lui attire les reproches des autres enfants. Cfr. Vorstius, de Adag. N. T., c. 11. Avec quelle dignité Notre-Seigneur expose, et avec quelle grâce il relève ces détails empruntés à ce que la vie humaine a de plus familier ! L'Orient moderne en offre d'ailleurs chaque jour la réalisation. « Sur les places publiques du Levant, vous pourriez souvent voir quelque enfant jouant de la flûte, tandis que ses petits camarades dansent à ses côtés. Souvent aussi nous avons vu passer des convois funèbres où plusieurs personnes poussaient des cris lamentables, tandis que d'autres leur répondaient en mesure sur le même ton. » Prof. Jacobus, Notes on the Gospels, t. 2, p. 184.
Luc chap. 7 versets 33 et 34. - Car Jean-Baptiste est venu, ne mangeant pas de pain, et ne buvant pas de vin ; et vous dites : Il est possédé du démon. 34Le Fils de l’homme est venu, mangeant et buvant ; et vous dites : Voici un homme de bonne chère et un buveur de vin, un ami des publicains et des pécheurs. - « Saint Luc, par des additions spéciales, jeta une nouvelle lumière sur certains points généraux que Matthieu avait comme laissés dans l’ombre », S. Ambroise. Les mots pain et vin comptent en première ligne parmi ces heureuses additions : ils rectifient ce que la rédaction de S. Matthieu, « il ne mange pas, il ne boit pas » paraissait avoir d'exagéré et d'inexact. - Jésus applique maintenant sa comparaison, en prouvant par des faits incontestables que la génération juive contemporaine ressemblait au premier groupe des enfants mentionnés plus haut (voir dans l'Evang. selon S. Matth., p. 226, la manière dont on justifie cette application). C'est en vain que la Sagesse divine a recouru à tous les moyens pour convertir ces Juifs endurcis, essayant de les gagner tantôt par la prédication sévère et la vie mortifiée du Précurseur, tantôt par les doux appels et les exemples plus accessibles de Jésus. Ces âmes rebelles à la grâce n'ont jamais été satisfaites. Jean-Baptiste leur a paru trop austère, et Jésus trop semblable aux autres hommes. Elles se sont plaintes du premier parce qu'il n'a pas voulu mêler sa voix à leurs joyeuses mélodies, du second parce qu'il a refusé de prendre comme elles un ton lamentable et lugubre. Après tout, c'est à elles seules qu'elles devront s'en prendre lorsque viendront les châtiments divins, puisqu'elles ont rejeté successivement, sous les plus futiles prétextes, les divers ambassadeurs de Jéhova.
Luc chap. 7 verset 35. - Mais la sagesse a été justifiée par tous ses enfants. - Cependant, Jésus est heureux de l'ajouter, tous les yeux ne s'étaient pas fermés à la lumière, ni tous les cœurs à la grâce. Les « fils de la sagesse » (hébraïsme pour désigner ceux d'entre les Juifs qui s'étaient convertis à la voix du Précurseur ou du divin Maître) avaient reconnu leur mère soit sous les traits austères de Jean-Baptiste, soit sous l'extérieur si suave de Jésus, et ils l'avaient honorée de leur mieux par leurs actes, la vengeant ainsi des accusations que lançait contre elle un monde réprouvé.