Un voyage apostolique de Jésus (vv. 1-3). - Parabole du semeur et son explication (vv. 4-15). - Nécessité d'écouter attentivement la divine parole (vv. 16-18). - La vraie famille de Jésus (vv. 19-21). - La tempête miraculeusement apaisée (vv. 22-25). - Le possédé de Gadara (vv. 26-39). - L'hémorrhoïsse et la fille de Jaïre (vv. 40-56).
Il arriva ensuite que Jésus parcourait les villes et les villages, prêchant et annonçant l’évangile du royaume de Dieu. Et les douze étaient avec lui, 2comme aussi quelques femmes, qui avaient été guéries d’esprits malins et de maladies : Marie, appelée Madeleine, de laquelle sept démons étaient sortis ; 3Jeanne, femme de Chusa, intendant d’Hérode, et Suzanne, et beaucoup d’autres, qui l’assistaient de leurs biens.
Esquisse touchante et pittoresque, qui résume la seconde mission donnée par le Sauveur aux habitants de la Galilée. Voyez l'Evang. selon S. Matthieu, pp. 93 et 189. S. Luc nous a seul conservé ces détails intéressants, grâce auxquels la divine physionomie de Jésus missionnaire se dresse toute vivante devant nous, au milieu de l'entourage qui lui servait de cadre.
Luc chap. 8 verset 1. Il arriva. Date générale pour introduire une nouvelle période de la vie de Jésus, période de grande activité, de succès rapides et de joies intimes. - Il allait de ci de là à travers la contrée, évangélisant tour à tour les grandes et les petites localités, selon qu'elles se présentaient sur son passage. L'imparfait marque un fait habituel, constamment renouvelé durant la période dont S. Luc nous donne ici un résumé rapide. - Prêchant, évangélisant. Le premier de ces participes exprime une notion plus générale ; le second est plus particulier, et ajoute l'idée d'une grâce précieuse attachée à la prédication. - Et les douze… De Jésus, l'évangéliste passe à son saint entourage. Les Douze en composaient naturellement la partie principale : le sacré collège, constitué depuis un certain temps d'une manière définitive, accompagne désormais Jésus en tous lieux, à part de rares exceptions, se formant à sa divine école.
Luc chap. 8 versets 2 et 3. - Trait complètement nouveau, qui a bien lieu de nous frapper. Il y a quelques mots à peine (cfr. Joan. 4, 27), les disciples s'étonnaient de voir leur Maître s'entretenir en public avec une femme, et voici maintenant que plusieurs femmes l'accompagnent fréquemment dans ses voyages ! S. Jérôme rapporte, il est vrai (in Matth. 27, 56), que, d'après une coutume appuyée sur une ancienne tradition, les femmes juives aimaient à fournir aux Rabbins des vêtements et tout ce qui était nécessaire à leur entretien ; et, en réalité, le Talmud encourage fort ces pieuses pratiques : « Quiconque, dit-il, reçoit chez lui un disciple des sages, le nourrit, l'abreuve, et lui donne de son bien, fait la même chose que s'il offrait un sacrifice quotidien », Neveh Schalom, f. 156. Mais on ne voit nulle part que des femmes les aient suivis dans leurs courses. Notre-Seigneur Jésus-Christ innove donc sous ce rapport, et lui seul pouvait le faire en un point si délicat. Il rompt de sa main divine le cercle étroit que l'Orient avait tracé autour de la femme ; il l'émancipe d'après le sens le plus noble de cette expression, et lui ouvre le large champ des bonne œuvres dans l'Église chrétienne. - Qui avaient été guéries… Ces mots nous révèlent le motif principal qui avait attaché ces saintes femmes à la personne du Sauveur : elles le suivaient par reconnaissance, car elles avaient reçu de lui de grandes faveurs, soit qu'il les eût délivrées du malin esprit qui les tenait en son pouvoir, soit qu'il leur eût accordé la guérison de quelque grave infirmité. Trois d'entre elles sont mentionnées à part : 1° Marie, appelée Madeleine. Ce surnom de Madeleine a été différemment interprété. Origène, Tract. in Matth. 35, y voit une allusion prophétique à la grandeur morale dont Marie devait jouir en servant Notre-Seigneur Jésus-Christ. D'autres (en particulier Lightfoot, Hor. Hebr. in Matth. 27, 56 et in Luc. 8, 3), impressionnés par une anecdote talmudique où il est question d'une femme de mauvaise vie, également nommée Miriam ou Marie, qui est ensuite qualifiée de « plieuse de cheveux féminins », identifient cette coiffeuse à Madeleine, et font dériver « Magdeleine » du mot hébreu qui désignait son occupation antérieure. Mais on s'accorde généralement aujourd'hui à chercher l'étymologie de Magdeleine dans Magdala, nom d'une petite ville située sur le rivage occidental du lac de Tibériade (voyez l'Evang. selon S. Matth. p. 315). Marie avait donc été surnommée Magdeleine parce qu'elle était originaire de Magdala. Rien de plus simple et de plus naturel. S. Jérôme, jouant sur ce nom de Magdala ou Migdol, qui signifie tour, écrivait : « Elle a été appelée correctement Madeleine, mot qui signifie munie d’une tour, à cause de la constance de sa foi et de son amour ». - Le détail qui suit, de laquelle sept démons étaient sortis, a semblablement divisé les exégètes. Deux explications existent à son sujet, l'une littérale, l'autre symbolique. S. Ambroise, et beaucoup d'autres à sa suite, croient que Marie avait été réellement possédée par plusieurs esprits mauvais (sept est un nombre rond pour désigner la pluralité, selon la mode hébraïque), en châtiment de sa conduite immorale ; S. Grégoire (Hom. 33 in Evang.), le Vén. Bède et un grand nombre d'auteurs modernes voient dans ces mots un symbole de la conversion de Marie. Il est en effet assez conforme au langage figuré des Juifs de traiter les vices comme des démons incarnés dans les âmes. « Le mal a été disposé par Satan », disaient-ils ; ou encore : « l'ébriété… est un démon ». Voyez Lightfoot, h. l. Mais, d'un autre côté, l'évangéliste a dit expressément que plusieurs des femmes qui accompagnaient Jésus avaient été guéries « d'esprits immondes », circonstance qui nous paraît rendre la première interprétation plus vraisemblable. Le fait que signale S. Luc est aussi mentionné dans le second Évangile, 16, 9, où l'action directe du Sauveur est mieux mise en relief : « dont il avait expulsé sept démons ». - 2° Jeanne. Le mari de cette sainte femme, Chusa, intendant d'Hérode, est identifié par quelques commentateurs avec l'officier royal dont Jésus avait guéri le fils d'après S. Jean, 4, 46 et ss. C'est là toutefois une simple conjoncture. Comp. Bretschneider, Lex. Man., s. v. Nous retrouverons plus tard saint Jeanne avec Marie Madeleine auprès du sépulcre de Jésus ressuscité, 24, 10. 3° Suzanne. Nom célèbre dans l'Ancien Testament : il signifie lis ; mais la sainte amie de Jésus qui le portait nous est tout à fait inconnue. - Et beaucoup d'autres. La suite de la vie de Notre-Seigneur nous apprendra à en connaître quelques autres, par exemple, Salomé. L'évangéliste ne veut pas dire qu'elles aient constamment et toutes ensemble accompagné le Sauveur : les circonstances ne l'auraient pas toujours permis. C'étaient du moins tantôt celles-ci, tantôt celles-là, qui se joignaient à lui, et qui pourvoyaient pieusement à tous ses besoins et à ceux de ses disciples : elles l'assistaient de leurs biens. Sur ce sens spécial de assistaient, voyez Rom. 15, 25 ; 2 Cor. 8, 19, 20. Le Fils de Dieu, qui daigne manger le pain de la charité ! - Arrêtons-nous un instant pour voir passer devant nous la troupe sacrée dont nous venons de signaler les membres principaux. Jésus est au milieu des Douze, qui l'entourent avec affection et respect. Les uns sont en avant, les autres à ses côtés, le reste par derrière, mais tous aussi près de lui que possible, afin de ne rien perdre de ses célestes leçons. Le plus souvent c'est lui qui parle ; toutefois, il permet volontiers à ses apôtres de l'interroger familièrement. A quelque distance, marchent plusieurs femmes voilées. Elles sont munies de paniers à provisions, et conversent modestement entre elles. Les regards qu'elles jettent de temps en temps dans la direction de Jésus montrent qu'il est vraiment leur centre. C'est pareillement sur lui que nous fixons nos yeux. Il est de taille moyenne ; sa physionomie est grave, mais resplendissante d'une céleste beauté. Sa tête n'est pas nue, l'usage ne le permettait pas ; contrairement aux représentations habituelles des peintres, elle est couverte d'un soudar (le koufieh des Arabes), c'est-à-dire d'un mouchoir attaché sous le menton et flottant sur le cou et sur les épaules. Son vêtement principal consiste en une longue tunique, qui recouvre tout le corps, ne laissant à découvert que les mains et les pieds. Elle est de couleur grisâtre striée de rouge. Par-dessus cette tunique Jésus porte un tallith (manteau) bleu, dont les amples replis permettent à peine d'entrevoir par instants la kouttoneth (tunique), et la ceinture qui la relève vers la taille. Enfin ses pieds nus sont chaussés de sandales. Telle était la figure humaine du Verbe divin. Voyez le charmant opuscule de F. Delitzsch, Sehet welch ein Mensch, Leipzig, 1872, p. 3 et ss.