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16. Deux journées consécutives de Jésus. 8, 4-56

1° Parabole du semeur et son explication. 8, 4-15. Parall. Matth. 13, 1-23 ; Marc, 4, 1-20.

4Or, comme une grande foule s’était assemblée, et qu’on accourait des villes auprès de lui, il dit en parabole : 5Celui qui sème alla semer sa semence. Et tandis qu’il semait, une partie tomba le long du chemin ; et elle fut foulée aux pieds, et les oiseaux du ciel la mangèrent. 6Une autre partie tomba sur la pierre ; et ayant levé, elle sécha, parce qu’elle n’avait pas d’humidité. 7Une autre tomba au milieu des épines ; et les épines, croissant avec elle, l’étouffèrent. 8Une autre partie tomba dans une bonne terre, et, ayant levé, elle porta du fruit au centuple. En disant cela, il criait : Que celui-là entende, qui a des oreilles pour entendre. 9Ses disciples lui demandèrent ensuite ce que signifiait cette parabole. 10Il leur dit : A vous il a été donné de connaître le mystère du royaume de Dieu ; mais aux autres il n’est proposé qu’en paraboles, afin que, regardant, ils ne voient pas, et qu’entendant, ils ne comprennent pas. 11Voici le sens de cette parabole. La semence, c’est la parole de Dieu. 12Ceux qui sont le long du chemin sont ceux qui écoutent ; ensuite le diable vient, et enlève de leur cœur la parole, de peur qu’ils ne croient et ne soient sauvés. 13Ceux qui sont sur la pierre sont ceux qui, entendant la parole, la reçoivent avec joie ; mais ils n’ont pas de racines : ils croient pour un temps, et au moment de la tentation ils se retirent. 14Ce qui tombe parmi les épines, ce sont ceux qui ont écouté la parole, et qui s’en vont et sont étouffés par les sollicitudes, les richesses et les plaisirs de la vie, et ils ne portent pas de fruit. 15Ce qui tombe dans la bonne terre, ce sont ceux qui, ayant écouté la parole avec un cœur bon et excellent, la retiennent, et portent du fruit par la patience.

S. Luc est encore moins complet que S. Marc relativement aux paraboles dites du royaume des cieux. Il se borne à en rapporter trois, celle du semeur, celle du grain de sénevé et celle du levain. Ces deux dernières ne viendront même que beaucoup plus loin dans sa narration, 13, 18-21. C'est donc au premier évangéliste qu'appartient le mérite d'avoir le mieux exposé le premier groupe des paraboles de Jésus.

Luc chap. 8 verset 4. - Or, comme une grande foule s’était assemblée, et qu’on accourait des villes auprès de lui, il dit en parabole. - Comme les deux autres synoptiques, S. Luc relève d'abord le prodigieux concours de peuple en face duquel fut prononcée la première parabole du royaume des cieux. De chacune des villes traversées par Jésus on se précipitait sur ses pas, afin de le voir et de l'entendre encore : c'était un contingent qui grossissait toujours, jusqu'à ce qu'on arrivât aux bords du lac de Tibériade ; car tel fut, d'après S. Matthieu et S. Marc, le théâtre du présent épisode. - Il dit en parabole : Sur cette forme d'enseignement qui dissimule à demi les choses célestes sous un vêtement humain, et qui correspond par conséquent si bien à l'Incarnation du Verbe, voyez l'Evang. selon S. Matth. , p. 257 et ss.

Luc chap. 8 versets 5-8. - Celui qui sème alla semer sa semence. Et tandis qu’il semait, une partie tomba le long du chemin ; et elle fut foulée aux pieds, et les oiseaux du ciel la mangèrent. 6Une autre partie tomba sur la pierre ; et ayant levé, elle sécha, parce qu’elle n’avait pas d’humidité. 7Une autre tomba au milieu des épines ; et les épines, croissant avec elle, l’étouffèrent. 8Une autre partie tomba dans une bonne terre, et, ayant levé, elle porta du fruit au centuple. - Assis sur une barque, et ayant en face de lui son nombreux auditoire rassemblé sur le rivage (Matth. 13, 2 ; Marc. 4, 1), Jésus donne à son Église une grave leçon. Il indique quels sont les principaux obstacles que rencontre dans chaque âme la prédication de la divine parole, cette précieuse semence dont le grain jeté en terre par l'agriculteur est un parfait emblème. Le grain matériel tombe sur quatre sortes de terrains et a, par suite, quatre destinées très distinctes. 1° Il y a le terrain durci par les pieds des passants, v. 5 ; la semence n'y pénètre même pas, mais elle est perdue toute entière lorsqu'elle y tombe, soit qu'elle soit bientôt écrasée (trait propre à S. Luc), soit qu'elle serve de pâture aux oiseaux du ciel. Pour elle il ne saurait donc être question de germination ; aussi le verbe lever, répété dans les vv. 6, 7 et 8, ne paraît-il pas au v. 5. 2° Il y a le terrain sans profondeur, à base de rocher, car tel est le sens de « sur la pierre » : la graine y germe d'abord promptement, mais elle périt ensuite faute d'humidité (nouveau trait spécial ; toutefois S. Matthieu et S. Marc distinguent mieux les deux causes de ruine, l'aridité d'en bas et la chaleur d'en haut). 3° Il y a le terrain déjà occupé par d'autres semences envahissantes (au milieu des épines est une particularité de S. Luc : les autres synoptiques disent simplement « sur les épines » : les grains bons et mauvais croissent ensemble ; mais les bonnes herbes ne tardent pas à être étouffées par les mauvaises. Ovide, Métam., 5, 483 et ss., énumérant les divers obstacles qui désappointent les espérances du semeur, a plus d'un trait commun avec notre parabole :

« Les semences périssent en naissant, brûlées par les feux du soleil, ou inondées par des torrents de pluie. Les astres et les vents exercent de funestes influences. D'avides oiseaux dévorent les grains que l'on confie à la terre; et l'ivraie, le chardon, et l'herbe parasite, détruisent les moissons. »

4° Il y a enfin le terrain bien préparé, dans lequel la graine ne trouve aucun obstacle : elle croît donc à merveille et produit cent pour un. S. Luc est ici moins complet que S. Matthieu et que S. Marc, car il signale seulement un degré de production : il est vrai qu'il a choisi le plus favorable. - La formule que celui là entende … qui termine la parabole dans les trois rédactions, est introduite de façon emphatique : Le divin prédicateur attirait ainsi l'attention de la foule sur les paroles importantes qu'il venait de prononcer.

Luc chap. 8 verset 9. - Ses disciples lui demandèrent ensuite ce que signifiait cette parabole. - Familiarisés depuis notre plus tendre enfance avec les paraboles de Jésus, dont la signification nous a été mainte fois expliquée, nous sommes surpris d'abord de voir que les disciples n'aient pas immédiatement compris les mystères cachés sous le voile de la semence et de ses différentes destinées. Mais à leur place nous n'aurions pas été plus avancés qu'eux, et nous aussi nous eussions demandé au Sauveur de vouloir bien nous éclairer.

Luc chap. 8 verset 10. - Il leur dit : A vous il a été donné de connaître le mystère du royaume de Dieu ; mais aux autres il n’est proposé qu’en paraboles, afin que, regardant, ils ne voient pas, et qu’entendant, ils ne comprennent pas. - A la question particulière des disciples, Jésus rattache une explication générale, dont l'objet est d'indiquer le motif pour lequel le divin enseignement retentira désormais aux oreilles du peuple sous la forme obscure des paraboles. Notre-Seigneur distingue deux catégories d'hommes relativement à lui : les amis fidèles pour lesquels il n'y a pas de secret, puis « les autres », les ennemis ou les indifférents. A ceux-ci, ajoute-t-il, je parlerai en paraboles, et ce sera un châtiment : pour que regardant, ils ne voient pas… Voyez dans S. Matthieu, 13, 11-17, la pensée complète du Sauveur. S. Luc la donne, comme S. Marc, en termes très condensés.

Luc chap. 8 versets 11-15. - Voici le sens de cette parabole. La semence, c’est la parole de Dieu. 12Ceux qui sont le long du chemin sont ceux qui écoutent ; ensuite le diable vient, et enlève de leur cœur la parole, de peur qu’ils ne croient et ne soient sauvés. 13Ceux qui sont sur la pierre sont ceux qui, entendant la parole, la reçoivent avec joie ; mais ils n’ont pas de racines : ils croient pour un temps, et au moment de la tentation ils se retirent. 14Ce qui tombe parmi les épines, ce sont ceux qui ont écouté la parole, et qui s’en vont et sont étouffés par les sollicitudes, les richesses et les plaisirs de la vie, et ils ne portent pas de fruit. 15Ce qui tombe dans la bonne terre, ce sont ceux qui, ayant écouté la parole avec un cœur bon et excellent, la retiennent, et portent du fruit par la patience. - Voyez nos commentaires sur S. Matthieu, p. 266 et ss., et sur S. Marc, p. 67 et ss. Nous n'avons à relever qu'un petit nombre de particularités nouvelles . 1° Les expressions ceux qui sont le long du chemin, v. 12, et ceux qui sont sur la pierre, v. 13, sont au premier regard étranges et hardies ; mais elles sont très exactes, surtout au moral, la parole divine et le cœur qui doit la faire fructifier ne faisant qu'un. 2° Les noms divers donnés au démon par nos trois évangélistes, diable (S. Luc), mauvais (S. Matth.), Satan (S. Marc) sont une variante intéressante à noter. De peur qu'en croyant ils ne soient sauvés (v. 12), les plaisirs de la vie (v. 14), avec un cœur bon et excellent et par la patience (v. 15), sont des traits spéciaux à S. Luc. Sa rédaction contient en outre plusieurs locutions originales ; sans être importants en eux-mêmes, ces détails montrent l'indépendance des écrivains sacrés ; ils servent du reste à établir la vraie doctrine relativement à la composition des SS. Évangiles. Voyez l'Introduction générale. - S. Augustin, Serm. 73, 3, tire en très beaux termes la conclusion morale de la parabole du semeur : « Changez puisque vous le pouvez, retournez avec la charrue ce terrain durci, jetez les pierres de ce champ, arrachez-en les épines. N'ayez pas ce cœur endurci où meurt aussitôt la parole de Dieu. Ne soyez pas cette terre légère où la charité ne saurait enfoncer ses racines. Gardez-vous, d'étouffer par les soins et les passions du siècle, la bonne semence ... Soyez une bonne terre ».

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