Ressources Catholiques Missel Romain

21 . La Transfiguration. 9, 28-36. Parall. Matth. 17, 1-13 ; Marc. 9, 1-12.

28Or il arriva qu’environ huit jours après ces paroles, il prit avec lui Pierre, Jacques et Jean, et il monta sur une montagne pour prier. 29Et pendant qu’il priait, l’aspect de son visage devint tout autre, et ses vêtements devinrent blancs et brillants. 30Et voici que deux hommes s’entretenaient avec lui : c’étaient Moïse et Elie, 31apparaissant avec gloire ; et ils parlaient de sa sortie du monde, qu’il devait accomplir à Jérusalem. 32Cependant Pierre et ceux qui étaient avec lui étaient appesantis par le sommeil ; et, s’éveillant, ils virent sa gloire, et les deux hommes qui étaient avec lui. 33Et il arriva qu’au moment où ceux-ci s’éloignaient de Jésus, Pierre lui dit : Maître, il est bon pour nous d’être ici ; faisons trois tentes, une pour vous, une pour Moïse et une pour Elie. Il ne savait pas ce qu’il disait. 34Comme il parlait ainsi, une nuée apparut et les couvrit ; et ils furent effrayés lorsqu’ils entrèrent dans la nuée. 35Et une voix sortit de la nuée, disant : Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; écoutez-le. 36Et pendant que la voix retentissait, Jésus se trouva seul. Et les disciples se turent, et ne dirent à personne, en ces jours-là, rien de ce qu’ils avaient vu.

Au point de vue de la forme extérieure, nous avons en cet endroit le contraire de ce qui a été remarqué à propos des versets précédents, car il règne dans les trois récits une grande variété d'expressions. Pour le fond, nous sommes redevables à S. Luc de plusieurs détails bien précieux, entre autres : v. 32, « ils étaient appesantis par le sommeil », « et s'éveillant… », « qui étaient avec lui »; v. 33, « au moment où ceux-ci s'éloignaient de lui » ; v. 34, « une nuée apparut et les couvrit ». - Ce glorieux événement marque le faîte de l'existence humaine du Sauveur. Jusqu'ici on peut reconnaître, spécialement dans sa vie publique, un mouvement ascensionnel constant pour ce qui regarde son succès auprès des hommes. Désormais attendons-nous à descendre. Ses miracles seront peu nombreux (on n'en compte que cinq depuis la Transfiguration jusqu'à la Passion) ; sa prédication publique deviendra rare ; il aura souvent sur les lèvres des allusions à sa mort prochaine ; il vivra le plus habituellement dans la retraite, avec les siens.

Luc chap. 9 verset 28. - Or il arriva qu’environ huit jours après ces paroles, il prit avec lui Pierre, Jacques et Jean, et il monta sur une montagne pour prier. - Sur cette manière spéciale de compter les jours qui séparèrent la confession de S. Pierre de la Transfiguration, voyez l'Évangile selon S. Matthieu, p. 334. - Il monta sur une montagne. Cette montagne était le Thabor suivant les uns, l'Hermon suivant les autres.  « Il est tout à fait vraisemblable, à moins que quelqu’un n’ait de meilleures raisons pour penser autrement, que ce qui est raconté aux versets 18 et suivants ait eu lieu quelque part dans la Césarée de Philippe », Luc de Bruges. Par conséquent sur l'Hermon ou l'un de ses contreforts. Voyez Schanz, Commentar über das Evang. des heil. Matth., 1879, pp. 385 et s. - Pour prier : tel fut le but direct que Jésus se proposait en gravissant la montagne avec ses disciples privilégiés.

Luc chap. 9 verset 29. - Et pendant qu’il priait, l’aspect de son visage devint tout autre, et ses vêtements devinrent blancs et brillants. - Pendant qu'il priait : répétition pleine d'emphase pour relever le rapport qui exista entre le prodige et la prière de Jésus. Pendant que le Sauveur était plongé dans sa profonde et mystérieuse oraison, sa personne devint tout à coup l'objet d'un merveilleux phénomène. Pour décrire la particularité principale du miracle, S. Luc n'emploie pas le verbe métamorphoser, dont S. Matthieu et S. Marc avaient fait usage : peut-être, comme on l'a dit, l'a-t-il évité à dessein, parce que les païens en abusaient pour désigner les métamorphoses de leurs dieux, et qu'il voulait écarter de l'esprit de ses lecteurs tout souvenir profane et superstitieux. Il a donc recours à une circonlocution, l'aspect de son visage devint tout autre ; ce qu'il ne faut pas entendre d'un changement opéré dans les linéaments du visage, mais de l'éclat surnaturel, de la beauté divine, qui firent resplendir la physionomie de Jésus. « La transformation ajoute de la splendeur,  mais ne fait pas disparaître la face », S. Jérôme. - Ses vêtements devinrent blancs et brillants, le dernier mot signifiant littéralement : lançant des éclairs. « Il est transfiguré dans une clarté éblouissante, convenable à Dieu; et même son vêtement de lumière émettait des rayons, et ressemblait à la foudre », S. Cyrill. in Cat. graec. Patr. Le texte grec contient une préposition qui indique que la lumière éblouissante des vêtements provenait du corps transfiguré de Jésus.

Luc chap. 9 verset 30. - Et voici que deux hommes s’entretenaient avec lui : c’étaient Moïse et Elie. - Cette manière de présenter au lecteur les deux témoins célestes du mystère de la Transfiguration est spéciale à S. Luc. Il se place au point de vue des trois apôtres, pour lesquels les interlocuteurs mystérieux de Jésus ne furent d'abord que des hommes inconnus. Mais bientôt il devint manifeste que c'étaient Moïse et Elie (comparez S. Matthieu et S. Marc). Quel spectacle sur la sainte montagne ! « Voilà donc dans l'Église le royaume de Dieu. Là en effet nous apparaissent le Seigneur, la loi et les prophètes : le Seigneur dans la personne du Seigneur même, la loi dans la personne de Moïse et les prophètes dans celle d’Élie. Ces deux derniers figurent ici comme serviteurs et comme ministres. » S. August., Serm. 78.

Luc chap. 9 verset 31. - Apparaissant avec gloire ; et ils parlaient de sa sortie du monde, qu’il devait accomplir à Jérusalem. - Apparaissant avec gloire : Moïse et Elie étaient, eux aussi, brillants et transfigurés. - Et ils parlaient de sa sortie du monde. Le mot grec signifie proprement « départ ». La suite du verset, qu'il devait accomplir à Jérusalem, désigne clairement de quelle espèce de départ il est ici question. Jésus avait eu son entrée (Act. 13, 24) à Bethléem : sa sortie de Jérusalem n'est autre que sa mort. Ce « terme extrêmement grave » (Bengel) ne correspond pas seulement au dernier soupir du Sauveur, mais il embrasse toutes les scènes du grand drame par lequel Jésus devait sortir de ce monde et remonter au ciel : « il contient la Passion, la croix, la mort, la Résurrection, l'Ascension ». Il est étonnant qu'à deux reprises S. Jean Chrysostome ait lu gloire pour sortie. Aucun manuscrit, aucune version n'appuie sa variante. - Quel thème de conversation entre Jésus, Moïse et Elie en ce moment glorieux : La mort du Christ était donc bien le point central de la Loi et des Prophètes ! De la Loi, par les nombreuses victimes figuratives ; des Prophètes, par leurs oracles aussi nets que nombreux.

Luc chap. 9 verset 32. - Cependant Pierre et ceux qui étaient avec lui étaient appesantis par le sommeil ; et, s’éveillant, ils virent sa gloire, et les deux hommes qui étaient avec lui. - Du Sauveur transfiguré et de ses deux compagnons célestes, l'évangéliste nous ramène aux apôtres. Le premier trait, appesantis par le sommeil, semble indiquer que le miracle de la Transfiguration eut lieu pendant la nuit (cfr. v. 37). Néanmoins il est possible, suivant l'excellente réflexion de S. Jean Chrysostome et de S. Ambroise, que S. Luc n'ait pas tant voulu signaler ici une somnolence naturelle que l'espèce de torpeur dans laquelle les sens humains sont quelquefois plongés par la vue des divins phénomènes. - S'éveillant. Cette traduction est contestée par divers philologues qui, s'appuyant d'une part sur l'étymologie et de l'autre sur les auteurs classiques, donnent à notre verbe le sens de demeurer éveillé. D'après eux et les commentateurs qui se sont inspirés de leur avis, les apôtres auraient donc dominé à l'aide de vigoureux efforts le sommeil qui les envahissait. Mais la version de la Vulgate a encore de nombreux défenseurs : elle est du reste beaucoup plus naturelle. Ajoutons que le grec du Nouveau Testament, comme celui des Septante, n'est pas toujours d'accord avec celui des classiques, les écrivains sacrés attribuant à certains mots des acceptions peu ou pas usitées en dehors de leurs livres. - Les deux hommes qui étaient avec lui : trait pittoresque, qui nous fait connaître l'attitude de Jésus, de Moïse et d'Élie.

Luc chap. 9 verset 33. - Et il arriva qu’au moment où ceux-ci s’éloignaient de Jésus, Pierre lui dit : Maître, il est bon pour nous d’être ici ; faisons trois tentes, une pour vous, une pour Moïse et une pour Elie. Il ne savait pas ce qu’il disait. - La conversation a pris fin, et voici que les représentants de la Loi et des Prophètes commencent à s'éloigner. S. Pierre s'en aperçoit et, désireux de prolonger le plus possible ces moments fortunés, il propose à son Maître de se mettre immédiatement à l’œuvre (« Pierre n’est pas seulement le plus grand par l’affection, mais par le zèle apostolique », S. Ambr.) avec Jacques et Jean, pour construire trois abris qui permettront aux trois augustes interlocuteurs de rester longtemps sur la montagne. Mais il parlait ainsi sans savoir ce qu'il disait ; il avait l'esprit tout troublé par sa vive émotion.

Luc chap. 9 verset 34. - Comme il parlait ainsi, une nuée apparut et les couvrit ; et ils furent effrayés lorsqu’ils entrèrent dans la nuée. - Une nuée : « lumineuse », ajoute S. Matthieu. - Et les couvrit, c'est-à-dire Jésus, Moïse et Elie, comme il ressort du contexte : ils entrèrent dans la nuée, qui était précisément destinée, dit S. Ambroise, à leur permettre de supporter la présence de la divinité. Ce nuage brillant fut sans doute de même nature qui celui qui voila plus tard le Sauveur montant au ciel, Act. 1, 9. - Ils furent effrayés à la vue de cette nouvelle manifestation surnaturelle, plus mystérieuse que toutes les précédentes.

Luc chap. 9 verset 35. - Et une voix sortit de la nuée, disant : Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; écoutez-le. - C'est ici le fait principal. Dieu lui-même prend la parole pour redire clairement (cfr. 3, 22) les relations qui l'unissent à Jésus : Celui-ci est mon Fils. Au lieu de bien-aimé, plusieurs critiques distingués traduisent « choisi », que patronnent les manuscrits B, L, Z, Sinait., et la version copte.

Luc chap. 9 verset 36. - Et pendant que la voix retentissait, Jésus se trouva seul. Et les disciples se turent, et ne dirent à personne, en ces jours-là, rien de ce qu’ils avaient vu. - S. Luc abrège notablement la fin du récit ; voyez dans les passages parallèles de S. Matthieu et de S. Marc les détails qu'il a condensés en cet endroit. - Ils se tairent et ne dirent à personne. Répétition emphatique, pour mettre en relief le silence gardé par les trois témoins privilégiés du miracle. Jésus leur avait du reste fortement prescrit de garder le secret. - En ces jours-là représente, d'après S. Marc. 9, 8, le temps qui s'écoula jusqu'à la Résurrection de Notre-Seigneur.

...suite