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2. Ce qu'il faut pour suivre Jésus. 9, 57-62. Parall. Matth. 8, 19-22.

57Or il arriva, tandis qu’ils étaient en chemin, que quelqu’un lui dit : Je vous suivrai partout où vous irez. 58Jésus lui répondit : Les renards ont des tanières, et les oiseaux du ciel des nids ; mais le Fils de l’homme n’a pas où reposer sa tête. 59Il dit à un autre : Suis-moi. Mais celui-ci répondit : Seigneur, permettez-moi d’aller d’abord ensevelir mon père. 60Et Jésus lui dit : Laisse les morts ensevelir leurs morts ; pour toi, va et annonce le royaume de Dieu. 61Un autre dit : Seigneur, je vous suivrai ; mais permettez-moi d’abord de disposer de ce qui est dans ma maison. 62Jésus lui dit : Quiconque met la main à la charrue et regarde en arrière, n’est pas propre au royaume de Dieu.

Nous avons dit, en expliquant le passage parallèle de S. Matthieu, que le troisième Évangile nous paraît avoir fixé la vraie place du présent épisode. S. Luc a en outre le mérite d'ajouter un troisième tableau à cette petite galerie de portraits non moins intéressants qu'instructifs. Rien ne prouve que les trois incidents aient été artificiellement groupés par l'évangéliste, comme l'affirment divers interprètes modernes ; ils peuvent fort bien s'être passés immédiatement à la suite l'un de l'autre, ainsi qu'ils sont racontés.

Luc chap. 9 versets 57 et 58. - Or il arriva, tandis qu’ils étaient en chemin, que quelqu’un lui dit : Je vous suivrai partout où vous irez. 58Jésus lui répondit : Les renards ont des tanières, et les oiseaux du ciel des nids ; mais le Fils de l’homme n’a pas où reposer sa tête. - Premier cas (voyez les détails de l'explication dans l'Evang. selon S. Matth. p. 161 et s.). - Jésus s'est remis en marche, et c'est en chemin que le triple dialogue aura lieu : trait pittoresque, digne de S. Luc. - Quelqu'un lui dit : c'était un Scribe, d'après S. Matthieu. - Je vous suivrai… Expression emphatique : n'importe où vous irez. Cfr. 4 Reg. 15, 21. Cet homme demande donc à faire partie du cercle des disciples intimes qui, depuis quelque temps, ne quittaient guère la personne du Sauveur ; mais il comprend qu'il s'exposera par là-même à certains inconvénients, peut-être à des dangers réels. Toutefois, se faisant illusion sur ses forces, il se croit capable de tout braver pour Jésus. Le Maître au contraire le décourage par une description brève, mais significative, de sa vie pauvre et mortifiée, semblant dire : A mon service on ne trouve d'autre récompense que la croix ; voyez si vous pouvez vous contenter de ce salaire ! L'événement antérieur avait prouvé jusqu'à quel point Jésus était en droit de dire : Il n'a pas où reposer sa tête.

Luc chap. 9 versets 59 et 60. - Il dit à un autre : Suis-moi. Mais celui-ci répondit : Seigneur, permettez-moi d’aller d’abord ensevelir mon père. 60Et Jésus lui dit : Laisse les morts ensevelir leurs morts ; pour toi, va et annonce le royaume de Dieu. - Second cas (voyez l'Évangile selon S. Matth., p. 162 et s.). C'est, après le disciple enthousiaste et précipité, le disciple temporisant et trop circonspect. Le premier s'était offert de lui-même à Jésus ; celui-ci a l'honneur d'être directement appelé par Notre-Seigneur : Suis-moi (trait propre à S. Luc). Il y consent moyennant une réserve qui semble de prime abord tout à fait légitime : Permettez-moi d'abord… Il venait d'apprendre la mort de son père : que Jésus lui permette d'aller l'ensevelir ! Bientôt, dans quelques jours au plus, il sera à son poste de disciple pour ne plus le quitter. - Le Sauveur n'accorde pas ce délai. Non ! Maintenant ou jamais. Quiconque aime son père ou sa mère plus que moi n'est pas digne de moi (Matth. 10, 37). S Augustin, Serm. 62, 2, a très bien commenté le refus de Jésus et le jeu de mots à l'aide duquel il est exprimé : « Le futur disciple voulait faire une bonne œuvre ; mais le Maître lui montra ce qu'il y devait préférer; car il prétendait faire de lui un prédicateur de la parole de vie pour ressusciter les morts; et il ne manquait pas d'hommes pour accomplir cet autre devoir. Laisse donc, lui dit-il, les morts ensevelir leurs morts. Quand des infidèles ensevelissent un cadavre, ce sont des morts qui ensevelissent un mort. Ce cadavre a perdu son âme et l'âme des autres a perdu son Dieu ». Ainsi raisonnait d'ailleurs la loi juive, qui interdisait parfois aux particuliers de rendre les devoirs funèbres à leurs proches. Cfr. Lev. 21, 10-12 ; Num. 6, 6-7 ; 19, 11-14. - Pour toi… S. Matthieu n'avait pas mentionné cette injonction formelle de Notre-Seigneur, qui dut trancher la question d'une manière définitive.

Luc chap. 9 versets 61 et 62. - Un autre dit : Seigneur, je vous suivrai ; mais permettez-moi d’abord de disposer de ce qui est dans ma maison. 62Jésus lui dit : Quiconque met la main à la charrue et regarde en arrière, n’est pas propre au royaume de Dieu. - Troisième cas, propre à S. Luc. Cet autre disciple se présente spontanément au Sauveur, comme le premier ; mais, comme le second, il demande un peu de répit avant de s'attacher à sa vocation d'une manière définitive. Il voudrait, dit-il, disposer de ce qui est dans sa maison. Le grec peut se traduire aussi bien par le masculin que par le neutre, c'est-à-dire qu'il peut s'appliquer aux personnes ou aux choses. S. Augustin adopte le premier sens : « Permets que je l’annonce aux miens, pour que, comme cela arrive souvent,  ils ne me cherchent pas », Sermo 7 de Verbis Domini. De même S. Irénée (« aux gens de ma maison »), et Tertullien (adv. Marc. 1. 4. : « Et ce troisième est  prêt  à dire  d’abord adieu aux siens. »). D'ailleurs, plusieurs anciens manuscrits latins (a, b, c) ont « qui » au lieu de « que », et, de fait, cette interprétation nous paraît plus appropriée à la circonstance. Néanmoins, de nombreux commentateurs adoptent celle de notre Vulgate actuelle, supposant que le disciple en question voulait tout d'abord aller mettre ordre à ses affaires. - A lui aussi Jésus apprend qu'il n'y a pas de délai possible quand il s'agit d'une vocation céleste, et il le lui dit au moyen d'une image très expressive. « Mettre la main à la charrue » était une locution métaphorique en usage chez les Grecs pour signifier « entreprendre un travail ». Mais, quand un homme sérieux commence une entreprise, il doit la poursuivre avec vigueur, s'y adonner tout entier, sans se laisser distraire par aucun objet étranger, ainsi que l'indique la suite des paroles de Jésus. - Regarder en arrière. Un bon laboureur se courbe sur sa charrue nous dit Pline, et regarde à ses pieds ou devant lui, mais pas en arrière ; autrement, il tracera des sillons tortueux (« le laboureur, s'il n'est pas courbé, s'éloignera de la ligne droite », Hist. Nat. 18, 29). Le disciple qui s'adressait en ce moment au Sauveur était donc dans la fausse situation d'un homme qui met la main à la charrue et qui jette derrière lui des regards distraits. Aussi Jésus lui dit-il qu'il ne pouvait compter sur le succès, spécialement dans le royaume de Dieu, car un cœur partagé nuit plus encore à l'ouvrier évangélique qu'à celui qui laboure un champ matériel. Qu'il mette donc fin à son irrésolution ! Qu'il ne regarde pas du côté de l'occident quand c'est l'orient qui l'appelle (S. Aug., l. c.) ! Il y a là un précepte d'une profonde et perpétuelle vérité. Il est devenu proverbial à tout jamais. - Quel grand maître que Jésus pour la direction des âmes ! Voilà trois hommes qui se présentent à lui dans des conditions extérieures à peu près identiques ; mais il emploie envers chacun d'eux des méthodes bien diverses, suivant leurs différentes dispositions. Il écarte le premier, qui est présomptueux ; il aiguillonne l'irrésolution de l'autre ; quant au troisième, qui semble avoir tenu le milieu entre les deux premiers, il ne le décourage pas, mais il ne le pousse pas non plus en avant : il se borne à lui faire entendre une grave réflexion, lui abandonnant le soin de prendre un parti. Dans ces trois disciples, les Gnostiques, au rapport de S. Irénée, 1, 8, 3, voyaient des personnes-types ; quelques auteurs modernes les regardent comme les types des tempéraments sanguins, mélancoliques et flegmatiques : le tempérament bilieux ou colérique aurait fait, d'après eux, son apparition un peu plus haut, v. 54, dans la personne des fils de Zébédée !

 

 

 

 

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