Ressources Catholiques Missel Romain

2° La circoncision de S. Jean  vv. 59-66

59Et il arriva qu’au huitième jour ils vinrent pour circoncire l’enfant, et ils l’appelaient Zacharie, du nom de son père. 60Mais sa mère, prenant la parole, dit : Non ; mais il sera appelé Jean. 61Ils lui dirent : Il n’y a personne dans ta famille qui soit appelé de ce nom. 62Et ils faisaient des signes à son père, pour savoir comment il voulait qu’on l’appelât. 63Et, demandant des tablettes, il écrivit : Jean est son nom. Et tous furent dans l’étonnement. 64Au même instant, sa bouche s’ouvrit, et sa langue se délia, et il parlait en bénissant Dieu. 65Et la crainte s’empara de tous leurs voisins, et, dans toutes les montagnes de la Judée, toutes ces choses étaient divulguées. 66Et tous ceux qui les entendirent les conservèrent dans leur cœur, en disant : Que pensez-vous que sera cet enfant ? Car la main du Seigneur était avec lui.

Luc chap. 1 verset 59. - Et il arriva qu’au huitième jour ils vinrent pour circoncire l’enfant, et ils l’appelaient Zacharie, du nom de son père. - Ils vinrent a sans doute pour sujet les « voisins et parents » du verset précédent, à moins qu'on ne préfère traduire d'une manière générale : On vint, c'est-à-dire, ceux-là vinrent qui devaient circoncire l'enfant. Cette opération n'était nullement réservée aux prêtres : tout les israélites, même les femmes, pouvaient l'accomplir. Cependant, comme elle était assez délicate, on ne la confiait généralement qu'à des personnes expérimentées. Elle était accompagnée de vives réjouissances auxquelles prenaient part les parents et les amis de la maison : c'était en effet un saint événement, qui faisait entrer un nouvel être dans l'alliance de Jéhovah. La circoncision devait avoir lieu le huitième jour qui suivait la naissance ; telle avait été l'ordonnance expresse du Seigneur, Gen. 17, 12 ; Lév. 12, 13. Cette loi ne souffrait pas même d'exception quand le huitième jour tombait un samedi. Comp. Joan. 7, 23. Aucun local particulier n'avait été fixé pour la cérémonie : quoique les Juifs l'accomplissent aujourd'hui dans leurs synagogues, elle se passait alors le plus souvent au sein même des familles, et c'est ici le cas, puisque Elisabeth joue un rôle important dans la scène suivante , et qu'elle ne pouvait quitter sa maison avant quarante jours. Sur la circoncision dans le Judaïsme ancien et moderne, voyez Léon de Modène, Cérémonies et coutumes des Juifs, 4è partie, ch. 8 ; Buxtorf, Synagog. Judaica, cap. 2 ; Winer, Realwoerterbuch, s.v. Beschneidung ; Coypel, Le judaïsme, esquisse des mœurs juives, pp. 96 et ss. - Ils l'appelaient du nom de son père : Littéralement conformément au nom, d'après le nom. Suivant un antique usage qui remontait jusqu'à l'époque d'Abraham (comp. Gen. 17, 5, 15 ; 21, 3 et 4), on associait très ordinairement à la cérémonie de la circoncision l'imposition du nom de l'enfant. Le choix de ce nom était le plus souvent réservé au père ; mais, dans la circonstance présente, les assistants, voulant sans doute faire à Zacharie une agréable surprise, et supposant d'ailleurs son consentement, se hâtèrent de donner son nom au fils de sa vieillesse. Voir au livre de Ruth, 4, 13-16, un trait analogue. Ils avaient même déjà prononcé le nom, lorsque Elisabeth les arrêta tout à coup par sa protestation énergique.

Luc chap. 1 verset 60. - Mais sa mère, prenant la parole, dit : Non ; mais il sera appelé Jean. - Il ne sera pas fait selon votre désir, mais l'enfant sera appelé Jean. On s'est souvent demandé par quelle voie Elisabeth avait appris le nom destiné divinement à son fils. La plupart des modernes pensent qu'elle le tenait de Zacharie, qui avait dû lui raconter par écrit tous les détails de l'apparition dont il avait été favorisé dans le temple. Les anciens (Théophylacte, Euthymius) au contraire affirment d'une voix unanime qu'elle le connut par révélation, au moment de la circoncision de l'enfant. Tel est aussi l'avis de plusieurs exégètes contemporains, même rationalistes ou protestants. « L'esprit de tout le récit, et l'étonnement exprimé au sujet de l'accord des deux époux, nous fait préférer la supposition que le désir de la mère lui venait également d'une inspiration subite ». Reuss, Hist. Évangélique, p. 33. Nous partageons complètement cette antique opinion.

Luc chap. 1 versets 61-62. - Ils lui dirent : Il n’y a personne dans ta famille qui soit appelé de ce nom. Et ils faisaient des signes à son père, pour savoir comment il voulait qu’on l’appelât. - L'objection des assistants suppose qu'alors, comme de nos jours, il était d'usage d'imposer aux enfants le nom de l'un de leurs propres parents. Rebutés du côté de la mère, les amis trop empressés s'adressent à Zacharie lui-même, et le prient de leur indiquer le nom qu'il a choisi pour son fils. De ce qu'ils lui adressent leur demande par signes, beaucoup d'exégètes anciens et modernes, entre autres S. Jean Chrysostôme, Théophylacte, Euthymius, Jansénius, Maldonat, Lightfoot, Grotius, Alford, Plumptre, Abbott, ont conclu qu'il n'avait pas été seulement frappé de mutisme depuis l'apparition de l'ange, mais aussi de surdité. Nous dirons à la suite de plusieurs autres commentateurs que cette conclusion ne nous paraît pas suffisamment justifiée. On parle très souvent par signes aux personnes simplement muettes. Dans le cas actuel, un signe pouvait suffire, Zacharie ayant assisté à la délibération précédente. Au reste, l'ange, au v. 20, n'avait parlé que du mutisme, et, au v. 64, il n'est question que de « sa bouche s'ouvrit, sa langue se délia ».

Luc chap. 1 verset 63. - Et, demandant des tablettes, il écrivit : Jean est son nom. Et tous furent dans l’étonnement. - Les Latins usaient de petites tablettes enduites de cire, sur lesquelles on écrivait au moyen d'un stylet ou poinçon d'acier, d'os ou d'autre matière. Ces planchettes étant primitivement en bois de pin. - Son nom est Jean. L'emploi du temps présent a ici quelque chose d'emphatique, d'énergique. La question n'est pas à discuter, veut dire Zacharie ; mon fils s'appelle Jean : il n'y a pas à s'occuper d'un autre nom pour lui. « Ce premier écrit du nouveau testament commence par le mot grâce »  (allusion à la signification du nom de Jean). « Il déclara sur des tablettes, exprimant avec ses mains ce qu'il pensait, et prononçant le nom de son fils, non de la bouche, qui était muette, mais avec un poinçon dont il grava sur la cire, selon l'usage de ces anciens temps, ce que la voix même n'aurait pas pu déclarer d'une manière si éclatante » (Tertullien). Quand ils lurent les deux mots hébreux écrits par Zacharie, les assistants furent vivement surpris. Il s'étonnaient de voir Zacharie et Elisabeth complètement d'accord pour introduire un nom étranger dans leur famille.

Luc chap. 1 verset 64. - Au même instant, sa bouche s’ouvrit, et sa langue se délia, et il parlait en bénissant Dieu. - L'admiration de l'assemblée dut être à son comble lorsque, tout à coup, sa bouche s'ouvrit et sa langue se délia. Cette bouche avait été fermée d'une manière miraculeuse ; elle s'ouvre aussi par l'effet d'un miracle, et au moment même que l'ange avait prédit, v. 20. L'incrédulité avait enlevé à Zacharie l'usage de la parole ; c'est un acte de foi et d'obéissance qui le lui rend, comme le fait remarquer S. Ambroise. Il cesse d'être muet aussitôt qu'il a donné à son fils le nom prescrit par Dieu. De ces deux organes du langage mentionnés à la façon hébraïque par S. Luc, le premier est plus général, le second plus spécial. - Il parlait en bénissant Dieu. Zacharie consacre à Dieu les prémices de la faculté qu'il venait de recouvrer merveilleusement après un silence de neuf ou dix mois. Les hommages ici mentionnés ne sont autres que le cantique « Benedictus », dont la vraie place serait à cet endroit ; mais l'évangéliste l'a renvoyé un peu plus bas pour insérer, par mode de parenthèse, une note relative à l'impression que produisirent dans toute la contrée les prodiges qui avaient accompagné la naissance du futur Précurseur. Telle est du moins l'opinion la plus naturelle et la plus commune. On n'a aucun motif sérieux de penser que Zacharie composa plus tard seulement, et pour ainsi dire à tête reposée, son cantique d'action de grâces, qui est au contraire, dans le même sens que le « Magnificat », une vive improvisation.

Luc chap. 1 versets 65-66. - Et la crainte s’empara de tous leurs voisins, et, dans toutes les montagnes de la Judée, toutes ces choses étaient divulguées. Et tous ceux qui les entendirent les conservèrent dans leur cœur, en disant : Que pensez-vous que sera cet enfant ? Car la main du Seigneur était avec lui. - La crainte s'empara … Il s'agit de ce mystérieux effroi dont sont presque toujours saisies les personnes témoins de phénomènes surnaturels. Comp. Marc. 4, 41. Après avoir rempli tout le voisinage d'une sainte frayeur, le bruit des merveilles racontées ci-dessus envahit peu à peu la contrée entière, les montagnes de la Judée (voyez le commentaire du v. 39). On en faisait l'objet de mutuels entretiens. - Ils les conservèrent dans leur cœur : Locution hébraïque, qui signifie « peser attentivement, prendre pour objet de la considération la plus attentive ». L'évangéliste nous fait entendre l'écho de ces profondes réflexions : Que pensez-vous que sera cet enfant ? Évidemment, un enfant venu au monde en de pareilles conditions devait être prédestiné par Dieu à de grandes choses. Les mots suivants, car la main du Seigneur…, ne sont pas, comme on l'a quelquefois affirmé (Ewald, Kuinoel, Paulus, etc.), la continuation des réflexions populaires ; c'est un jugement personnel de S. Luc, destiné à appuyer, à justifier ces réflexions. On avait raison de parler ainsi, puisque la main du Seigneur (belle métaphore pour dire : la protection toute-puissante de Dieu) était visiblement avec l'enfant.

...suite