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2° Premier point du discours : Jésus réfute la calomnie des Pharisiens. vv. 17-26. - Parall. Matth. 12, 25-37, 43-45 ; Marc. 3, 22-30.

17Mais lui, ayant vu leurs pensées, leur dit : Tout royaume divisé contre lui-même sera dévasté, et la maison tombera sur la maison. 18Si donc Satan est aussi divisé contre lui-même, comment son règne subsistera-t-il ? Car vous dites que c’est par Béelzébub que je chasse les démons. 19Or si c’est par Béelzébub que je chasse les démons, par qui vos fils les chassent-ils ? C’est pourquoi ils seront eux-mêmes vos juges. 20Mais si c’est par le doigt de Dieu que je chasse les démons, assurément le royaume de Dieu est arrivé jusqu’à vous. 21Lorsque l’homme fort, armé, garde sa maison, ce qu’il possède est en paix. 22Mais si un plus fort que lui survient et triomphe de lui, il emportera toutes ses armes, dans lesquelles il se confiait, et il distribuera ses dépouilles. 23Celui qui n’est pas avec moi est contre moi, et celui qui ne recueille pas avec moi dissipe. 24Lorsque l’esprit impur est sorti d’un homme, il va par des lieux arides, cherchant du repos ; et n’en trouvant pas, il dit : Je retournerai dans ma maison, d’où je suis sorti. 25Et quand il arrive, il la trouve balayée et ornée. 26Alors il s’en va, et prend avec lui sept autres esprits, plus méchants que lui, et, entrant dans cette maison, ils y habitent. Et le dernier état de cet homme devient pire que le premier.

Pour les détails du commentaire, voyez l'Évangile selon S. Matthieu, p. 245 et ss.

Luc chap. 11 versets 17 et 18. - Mais lui, ayant vu leurs pensées, leur dit : Tout royaume divisé contre lui-même sera dévasté, et la maison tombera sur la maison. 18Si donc Satan est aussi divisé contre lui-même, comment son règne subsistera-t-il ? Car vous dites que c’est par Béelzébub que je chasse les démons. - L'apologie du Sauveur se subdivise en deux parties, dont l'une est négative, vv. 17-19, et l'autre positive, vv. 20-26. Dans la première, Jésus se content de démontrer qu'il n'est nullement l'associé de Béelzébub ; dans la seconde, il indique la vraie cause de sa puissance sur les démons. La première contient deux raisonnements, qui sont deux appels à des expériences diverses. - 1° (vv. 17 et 18). C'est une loi de l'histoire que tout royaume divisé contre lui-même sera dévasté. Le royaume infernal n'échappe pas à cette loi. Si Jésus ne chasse les démons que par le concours de Satan leur chef, il faudra donc dire que Satan travaille à se ruiner lui-même. Quelle absurdité ! - On a interprété en deux sens différents les mots la maison tombera sur la maison. Quelques commentateurs, s'appuyant sur les passages parallèles de S. Matthieu et de S. Marc, sous-entendent « divisée en elle-même » après « maison », et supposent que Jésus joint à l'exemple tiré de la politique un autre exemple pris dans la vie de famille. Mais, la phrase de S. Luc  paraissant ne se prêter qu'avec peine à cette interprétation, la plupart des auteurs la regardent comme un développement de « sera dévastée ». Les guerres intestines des empires amènent bientôt la séparation, et, par suite, la ruine des familles, qui tombent tristement les unes après les autres. Ce dernier sens nous paraît être le plus vraisemblable. - Car vous dites… S. Luc a seul conservé cette réflexion finale du premier raisonnement.

Luc chap. 11 verset 19. - Or si c’est par Béelzébub que je chasse les démons, par qui vos fils les chassent-ils ? C’est pourquoi ils seront eux-mêmes vos juges. - Si vous prétendez que je ne réussis à expulser les démons qu'en vertu d'un pacte fait avec Béelzébub, j'accuserai semblablement vos disciples (vos fils) de tenir de Satan leurs pouvoirs d'exorcistes. Et que pourrez-vous me répondre ? Eux-mêmes, ils démontreront que vous m'avez calomnié.

Luc chap. 11 verset 20. - Mais si c’est par le doigt de Dieu que je chasse les démons, assurément le royaume de Dieu est arrivé jusqu’à vous. - Les preuves négatives de Jésus étaient irréfutables ; mais ses arguments positifs seront encore plus forts pour anéantir le hideux sophisme de ses adversaires. Nous trouvons le premier dans ce verset.  - Mais si… Cette tournure hypothétique est bien modeste, à la suite des raisonnements victorieux qui précèdent. Jésus n'en affirme pas moins un fait très évident. - Par le doigt de Dieu : belle figure, qui rappelle l'exclamation des sorciers égyptiens à la vue des prodiges opérés par Moïse : « C'est le doigt de Dieu! » Exode, 8, 19. La rédaction de S. Matthieu porte « si c’est par l’Esprit de Dieu ». C'est la même pensée, moins l'image. - Le royaume de Dieu est arrivé jusqu’à vous : le royaume messianique est fondé. Notre-Seigneur démontre donc, par cet argument, qu'il est le Messie promis.

Luc chap. 11 versets 21 et 22. - Lorsque l’homme fort, armé, garde sa maison, ce qu’il possède est en paix. 22Mais si un plus fort que lui survient et triomphe de lui, il emportera toutes ses armes, dans lesquelles il se confiait, et il distribuera ses dépouilles. - Seconde preuve positive, qui consiste en une belle allégorie, exposée par S. Luc d'une manière plus complète et plus vivante que par les deux autres narrateurs. Peut-être était-ce en partie une réminiscence d'Isaïe, 99, 24 et 25 : «  Peut-on reprendre au guerrier sa prise, le captif d’un tyran peut-il s’échapper ? Ainsi parle le Seigneur : Oui, même le captif du guerrier lui sera repris, la prise du tyran lui échappera. Tes adversaires, moi, je m’en ferai l’adversaire, tes fils, moi, je les sauverai. ». - Lorsque l'homme fort… cet homme est un personnage déterminé, qui n'est autre ici que Satan. - Sa maison, c'est-à-dire, au figuré, le monde où le démon régnait en maître avant la venue de Notre-Seigneur Jésus-Christ ? - En paix : hébraïsme pour dire : en sûreté. - Mais si un plus fort. Or « le plus fort » par opposition au prince des démons n'est autre que Jésus. - Survient : le verbe grec correspondant se dit surtout d'une irruption hostile. - Et triomphe de lui : prompt résultat du duel déclaré à Satan par Jésus. -  Il emportera toutes ses armes, ... ses dépouilles. Ces mots, qui terminent l'allégorie, figurent les possédés guéris par le Sauveur.

Luc chap. 11 verset 23. -Celui qui n’est pas avec moi est contre moi, et celui qui ne recueille pas avec moi dissipe. -  Troisième preuve positive, donnée comme une déduction de toute l'argumentation qui précède, et montrant qu'il n'est pas possible de demeurer neutre à l'égard de Jésus dans la lutte à outrance qui se livre entre lui et les démons. Le second hémistiche, qui ne recueille pas…, ne diffère du premier que par la métaphore saisissante dont il revêt la pensée.

Luc chap. 11 versets 24-26. - Lorsque l’esprit impur est sorti d’un homme, il va par des lieux arides, cherchant du repos ; et n’en trouvant pas, il dit : Je retournerai dans ma maison, d’où je suis sorti. 25Et quand il arrive, il la trouve balayée et ornée. 26Alors il s’en va, et prend avec lui sept autres esprits, plus méchants que lui, et, entrant dans cette maison, ils y habitent. Et le dernier état de cet homme devient pire que le premier. - Quatrième argument positif, dans lequel Jésus rétorque l'accusation de ses ennemis et leur prouve qu'ils sont eux-mêmes possédés du démon. Cette nouvelle allégorie contient un résumé parfait de l'histoire juive, depuis la fin de la captivité babylonienne jusqu'à l'époque de Notre-Seigneur. L'homme dont le démon est sorti n'est autre en effet que la nation théocratique, purifiée, par les souffrances de l'exil, des superstitions païennes qui l'avaient livrée au pouvoir de Satan. Malheureusement, elle s'était laissée ressaisir, et plus fortement que jamais, par le prince des ténèbres. Aussi son état actuel, nous en avons la preuve dans les sentiments d'hostilité qu'elle manifestait envers son Messie, était-il pire que sa situation antérieure. Mais elle se préparait par là un châtiment plus terrible encore que l'exil de Babylone. Voyez l'Evang. selon S. Matth. p. 253 et ss. A part quelques expressions omises ou légèrement modifiées, la rédaction de S. Luc est ici complètement identique à celle de S. Matthieu : toutefois nos trois versets n'occupent pas la même place dans les deux récits. Le premier Évangile les rejette, peut-être avec plus de précision, à la fin de l'apologie du Sauveur.

 

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