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b. Parabole des deux fils, 21, 28-32.

28Que vous semble-t-il ? Un homme avait deux fils ; et s’approchant du premier, il lui dit : Mon fils, va aujourd’hui travailler à ma vigne. 29Celui-ci répondit : Je ne veux pas. Mais ensuite, touché de repentir, il y alla. 30S’approchant ensuite de l’autre, il lui dit la même chose. Celui-ci répondit : J’y vais, seigneur. Et il n’y alla pas. 31Lequel des deux a fait la volonté de son père ? Ils lui dirent : Le premier. Jésus leur dit : En vérité, je vous le dis, les publicains et les prostituées vous devanceront dans le royaume de Dieu. 32Car Jean est venu à vous dans la voie de la justice, et vous n’avez pas cru en lui. Mais les publicains et les prostituées ont cru en lui ; et vous, voyant cela, vous ne vous êtes pas repentis ensuite, pour croire en lui.

Matthieu chap. 21 verset 28. - Que vous semble-t-il ? Un homme avait deux fils ; et s’approchant du premier, il lui dit : Mon fils, va aujourd’hui travailler à ma vigne. - Que vous semble-t-il ? Par cette vague formule de transition, Jésus commence une série de belles et frappantes paraboles, par lesquelles il leur fera contempler comme dans un miroir la honte de leur conduite, la gravité de leurs fautes, et la grandeur du châtiment qui les attend. La première, celle des deux fils envoyés à la vigne, se borne presque à exposer en gros la situation : aussi est-elle moins menaçante. Elle est du reste d’une exégèse très facile. - Un homme : cet homme représente Dieu, « de qui toute paternité au ciel et sur la terre tient son nom », Eph. 3, 15. Il a deux fils, Cf. Luc. 15, 11, qui figurent, d’après les vv. 31 et 32, deux catégories de Juifs contemporains du Sauveur, les Pharisiens et leurs imitateurs d’une part, de l’autre les publicains, les pécheresses et tous ceux qui leur ressemblaient au moral. C’est à tort que plusieurs auteurs ont vu dans le premier fils l’image des Gentils, dans le second celle de la nation juive en général. Jésus-Christ nous montre en effet par son commentaire authentique que, si nous voulons nous restreindre au sens littéral et historique de la parabole, l’explication doit se faire dans les limites même du Judaïsme. Mais on peut se donner une plus grande latitude quand on commente cette parabole au point de vue moral. - S'approchant du premier. L’ordre est intimé avec la plus grande bonté. Remarquons-y l’adverbe aujourd'hui qui réclame une obéissance immédiate. « Aujourd'hui écouterez-vous sa parole ? Ne fermez pas votre cœur » Ps. 94, 7 et 8.

 

Matthieu chap. 21 verset 29. - Celui-ci répondit : Je ne veux pas. Mais ensuite, touché de repentir, il y alla. - Je ne veux pas. Le refus est brutal, irrespectueux au dernier degré : ce mauvais fils ne cherche pas même à adoucir sa désobéissance par une réponse polie. Il est en cela l’image de tant de pécheurs éhontés qui ont perdu toute pudeur, et que leurs fautes ont cessé de faire rougir. « Une vie dans le péché n'est rien d'autre en réalité qu'un cri, qu'une déclaration : Nous ne voulons pas faire la volonté de Dieu », Gerhard. Il est en particulier l’image des publicains, qui avaient d’abord reçu sans en tenir aucun compte les exhortations à la pénitence que le Seigneur leur avait adressées par la bouche du Précurseur et du Messie. Toutefois les natures brusques et violentes ne sont pas toujours les plus mauvaises ; il arrive fréquemment qu’elles se repentent avec générosité et qu’une conversion sincère fasse place à leurs débordement passés : telle fut l’histoire de ce fils rebelle. - Il y alla. Il est digne de remarque que dans plusieurs manuscrits grecs, ainsi que dans les versions copte et syrienne, le verset 29 est devenu le trentième et réciproquement.

 

Matthieu chap. 21 verset 30. - S’approchant ensuite de l’autre, il lui dit la même chose. Celui-ci répondit : J’y vais, seigneur. Et il n’y alla pas. - S'approchant ensuite de l'autre. Le père s’approche de son second fils et agit envers lui de la même manière, c’est-à-dire qu’il lui commande comme au premier d’aller travailler dans sa vigne. Cette fois l’ordre est reçu avec une politesse et un respect affectés : J'y vais, Seigneur ; dans le grec, moi, Seigneur ! sous-entendu, j’y vais. On eût dit de même en hébreu. Le titre de seigneur est à noter. Les fils, chez les Hébreux comme aujourd’hui chez les Anglais, le donnaient parfois à leur père ; mais il ne sert ici qu’à mieux voiler une conduite pleine d’hypocrisie, et une désobéissance formelle, et il n'y alla pas. Ainsi faisaient les Pharisiens et les Scribes et les prêtres juifs : zélés pour Dieu et pour son culte, si l’on n’envisage que l’extérieur, ils allaient très souvent dans la pratique contre ses injonctions les plus importantes, Cf. le chap. 23, l’honorant du bout des lèvres, mais ayant en réalité le cœur séparé de lui. Ils montrèrent bien le fond de leur âme quand Jésus leur apporta le royaume des cieux.

 

Matthieu chap. 21 verset 31. Lequel des deux a fait la volonté de son père ? Ils lui dirent : Le premier. Jésus leur dit : En vérité, je vous le dis, les publicains et les prostituées vous devanceront dans le royaume de Dieu. - Lequel des deux. Jésus, pour rendre l’application plus piquante, fait résoudre le cas par les délégués du Sanhédrin, les obligeant ainsi à prononcer leur propre culpabilité, puisqu’ils étaient représentés par le second fils. Leur solution est parfaite : Le premier, répondent-ils sans hésiter. Le premier fils avait en effet racheté par son repentir la désobéissance outrageante dont il s’était rendu coupable tout d’abord : au contraire la conduite hypocrite du second présentait un caractère extrêmement odieux que rien n’avait réparé dans la suite. - En vérité, je vous le dis... Jésus faisant maintenant disparaître le voile des figures, exprime clairement sa pensée. - Les publicains et les prostituées. Les publicains et les femmes de mauvaise vie sont nommés comme les représentants des plus grands pécheurs ; ces deux classes étaient traitées chez les Juifs avec le plus profond mépris, la première parce qu’on voyait en elle le type de l’injustice et du servilisme antipatriotique, la seconde à cause de l’immoralité qu’elle personnifiait. - Vous devanceront, c’est-à-dire ils entreront avant vous dans le royaume des cieux. Cela ne veut pas dire cependant que les Pharisiens et leurs semblables y entreront aussi. - Quel rapprochement honteux pour les prêtres et les docteurs superbes auxquels Notre Seigneur Jésus-Christ s’adressait alors !

 

Matthieu chap. 21 verset 32. - Car Jean est venu à vous dans la voie de la justice, et vous n’avez pas cru en lui. Mais les publicains et les prostituées ont cru en lui ; et vous, voyant cela, vous ne vous êtes pas repentis ensuite, pour croire en lui.  - Car Jean est venu... Nous trouvons dans ce verset le motif pour lequel les publicains et les pécheresses précéderont les hiérarques juifs dans le royaume de Dieu. Ceux-ci n’ont pas tenu compte de la prédication du Précurseur, tandis que les autres ont cru et se sont convertis. - Dans la voie de la justice. Jésus veut dire que le Précurseur apportait aux Juifs le moyen de parvenir aisément à la vraie justification, et par là-même au salut. Des commentateurs assez nombreux croient cependant que cette locution désigne plutôt la vie sainte et parfaite de Jean-Baptiste. Le sens général serait alors celui-ci : Jean s’est présenté à vous comme un homme parfait, attestant sa mission divine par son éminente sainteté, et néanmoins, vous avez refusé de croire en lui. - Ont cru en lui. Nous trouvons dans les récits évangéliques plusieurs exemples de ces conversions étonnantes, Cf. Luc. 3, 12 ; 7, 29, opérées par le langage véhément du Précurseur. - Et vous, voyant cela. Les hiérarques étaient déjà bien coupables de n’avoir pas reconnu immédiatement l’autorité de S. Jean-Baptiste et de n’avoir pas accepté les moyens de salut qu’il leur présentait : ils le sont davantage encore parce qu’ils n’ont point profité des beaux exemples qu’ils recevaient ainsi des pécheurs les plus endurcis. Le repentir des publicains et des courtisanes était un miracle moral qui équivalait pour S. Jean à des lettres de créance venues directement du ciel. Les prêtres et les Docteurs auraient dû le comprendre et se rendre, quoique tardivement, à l’évidence de cette preuve. Leur culpabilité se trouve notablement aggravée par ce second refus dénué de toute excuse. « Il a fait paraître en tout une sagesse extraordinaire, « et cependant vous ne l’avez point cru ». Et ce qui augmente votre crime, c’est que les publicains mêmes et les femmes perdues ont cru en lui; et de plus, c’est « que vous qui avez vu leur exemple, n’avez point été touchés ensuite de repentance pour croire au « moins après eux », vous qui deviez croire avant eux. Ainsi vous êtes entièrement inexcusables, comme ils sont dignes de toute louange. Et considérez, je vous prie, combien de circonstances relèvent ici l’infidélité des uns et la foi des autres. Il est venu à vous et non à eux. Vous n’avez point cru en lui, et ils n’en ont point été scandalisés, Ils ont cru en lui, et vous n’en avez point été touchés », S. Jean Chrys. Hom. 67 in Matth.

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