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2° Seconde partie du Discours, 24, 36-25, 30.

 

          Des grands tableaux qu’il a tracés, Jésus déduit un certain nombre d’exhortations pratiques qui devaient être pour ses Apôtres et pour son Église de la dernière utilité. Elles répondent à la question des disciples : « Dis-nous quand ces choses arriveront », v. 3, non toutefois pour proclamer des dates certaines, mais au contraire pour insister sur l’incertitude du moment précis de l’accomplissement. De là la vigilance perpétuelle qu’elles recommandent.

 

a. Il faut veiller ; Motifs tirés de l’incertitude du dernier jour, 24, 36-51.

36Quant à ce jour et à cette heure, personne ne les connaît, pas même les anges des cieux, mais le Père seul.  37Ce qui arriva aux jours de Noé arrivera aussi à l’avènement du Fils de l’homme. 38Car de même que, dans les jours qui précédèrent le déluge, les hommes mangeaient et buvaient, se mariaient et mariaient leurs enfants, jusqu’au jour où Noé entra dans l’arche, 39et qu’ils ne surent rien, jusqu’à ce que le déluge vint et les emporta tous, ainsi en sera-t-il à l’avènement du Fils de l’homme. 40Alors deux hommes seront dans un champ : l’un sera pris, et l’autre laissé. 41Deux femmes moudront à la meule : l’une sera prise, et l’autre laissée. 42Veillez donc, parce que vous ne savez pas à quelle heure votre Seigneur viendra. 43Sachez-le bien, si le père de famille savait à quelle heure le voleur doit venir, il veillerait certainement, et ne laisserait pas percer sa maison. 44C’est pourquoi, vous aussi, soyez prêts, car le Fils de l’homme viendra à l’heure que vous ne savez pas. 45Quel est, pensez-vous, le serviteur fidèle et prudent que son maître a établi sur ses gens, pour leur distribuer leur nourriture en temps convenable ? 46Heureux ce serviteur, si son maître, à son arrivée, le trouve agissant ainsi. 47En vérité, je vous le dis, il l’établira sur tous ses biens. 48Mais si ce serviteur est méchant, et dit en son cœur : Mon maître tarde à venir, 49et s’il se met à battre ses compagnons, s’il mange et boit avec les ivrognes, 50le maître de ce serviteur viendra au jour où il ne s’y attend pas, et à l’heure qu’il ne connaît pas, 51et il le séparera, et lui assignera sa part avec les hypocrites ; là il y aura des pleurs et des grincements de dents.

Matthieu chap. 24 verset 36. - Quant à ce jour et à cette heure, personne ne les connaît, pas même les anges des cieux, mais le Père seul. - Ce jour, cette heure : le jour et l’heure de l’apparition du Christ pour le jugement dernier, auquel tous les détails se rapportent à peu près exclusivement jusqu’à la fin du discours. Ces deux expressions réunies renforcent l’idée et désignent un temps bien précis, bien exact ; la minute, comme nous dirions en français. - Ce jour, le jour par excellence qui terminera l’innombrable série de tous les autres ; Cf. Luc. 10, 12 ; 1 Thess. 5, 4 ; 2 Tim. 1, 12, 18 ; 4, 8. - Personne ne les connaît : cette connaissance n’a été communiquée à aucune créature. Les anges eux-mêmes, ces esprits pourtant si éclairés, ces amis intimes à qui Dieu fait habituellement part de ses projets, ne la possèdent point. D’après la rédaction de S. Marc. 13, 32, après les mots « pas même les anges des cieux », Jésus-Christ ajouta « pas même le Fils ». Cette restriction sera expliquée en son lieu. Lachmann et d’autres critiques, sur la foi de quelques manuscrits (B. D. a. b. c.) l’ont insérée dans le présent verset de S. Matthieu ; mais à tort, comme le prouvent les témoignages très explicites de S. Jérôme et de S. Ambroise. - Mais le Père seul. Dieu seul connaît donc l’époque précise de la fin du monde : c’est son secret ; par conséquent il serait insensé en même temps qu’il serait impie dans une certaine mesure de vouloir la fixer. L’Église l’a du reste interdit sous des peines sévères.

 

Matthieu chap. 24 verset 37. - Ce qui arriva aux jours de Noé arrivera aussi à l’avènement du Fils de l’homme. - Aux jours de Noé, c’est-à-dire au temps du déluge. Notre Seigneur va établir durant l’espace de trois versets, 37-39, une comparaison entre le déluge et son second avènement, pour faire comprendre aux chrétiens le caractère inopiné, l’arrivée soudaine du Jugement dernier et par suite la nécessité de s’y préparer. - Arrivera aussi... Le déluge tomba tout à coup sur un monde incrédule, quoique averti par divers signes évidents ; de même le dernier jour, qui surprendra la plupart des hommes malgré les symptômes indiqués par Jésus.

 

Matthieu chap. 24 verset 38. - Car de même que, dans les jours qui précédèrent le déluge, les hommes mangeaient et buvaient, se mariaient et mariaient leurs enfants, jusqu’au jour où Noé entra dans l’arche. - Développement pittoresque des mots « comme aux jours de Noé », très conforme du reste au récit de la Genèse. - Les hommes mangeaient : en grec, mot énergique qui signifie tantôt manger d’une manière gloutonne, à la façon des bêtes fauves, tantôt manger à son aise, avec gourmandise. Voir Bretschneider, Lex. man. t. 2, p. 528. La tournure du texte marque l’habitude, une chose qui se fait régulièrement. Boire, manger, se marier, formait donc toute la vie des hommes vers l’époque du déluge : ils n’existaient en quelque sorte que pour la jouissance matérielle. Pour eux l’accessoire était devenu le principal. On comprend maintenant la réflexion de la Genèse, 6, 12 : « sur la terre, tout être de chair avait une conduite corrompue  », et la haine de Dieu pour une race si dissolue. - Se mariaient est dit des hommes, qui prennent les femmes en mariage ; le verbe qui suit, mariaient leurs enfants, s’applique aux parents des fiancées, conformément à l’usage oriental d’après lequel les jeunes filles sont données en mariage par leurs proches, sans égard pour leurs affections personnelles. - Jusqu'au jour... La construction de l’arche dont ils étaient tous les jours témoins, l’entrée même de Noé dans l’arche, n’arrêtèrent point dans ses plaisirs cette race dépravée. Uniquement attentive aux désirs de la chair, elle négligea pour sa perte tous les avertissements du ciel ; Cf. 1 Petr. 3, 19.

 

Matthieu chap. 24 verset 39. - Et qu’ils ne surent rien, jusqu’à ce que le déluge vint et les emporta tous, ainsi en sera-t-il à l’avènement du Fils de l’homme. - Ils ne surent rien, ils ne comprirent rien, ou du moins ils ne voulurent rien croire jusqu’au dernier instant. Mais les menaces divines eurent leur cours quand même. Le déluge éclata et il eût bientôt enlevé, emporté, balayé jusqu’au dernier tous ces voluptueux. « Quand les gens diront : « Quelle paix ! Quelle tranquillité ! », c’est alors que, tout à coup, la catastrophe s’abattra sur eux, comme les douleurs sur la femme enceinte : ils ne pourront pas y échapper. » 1 Thess. 5, 3.

 

Matthieu chap. 24 verset 40. - Alors deux hommes seront dans un champ : l’un sera pris, et l’autre laissé. - Deux exemples familiers montrent jusqu’à quel point sera soudaine l’arrivée du Souverain Juge, et combien d’hommes seront surpris par elle dans l’état de péché, de manière à mériter une condamnation sévère. - Alors, lorsque aura lieu l’avènement du Fils de l’homme ; Cf. v. 39. - Deux hommes seront dans un champ. Jésus suppose deux ouvriers travaillant ensemble dans le même champ. Malgré l’identité de leur occupation au moment suprême, quelle différence dans leur sort final ! L'un sera pris ; en bonne part. Il sera pris par les anges, v. 31, et placé au nombre des élus, Cf. Joan. 14, 3. Au contraire, l'autre laissé. Laissé de côté par les esprits bienheureux que le Christ avait chargés de réunir tous ses saints pour la récompense éternelle, il fera partie du nombre des réprouvés, que les démons viendront chercher ensuite. Dans le texte grec, les verbes sont au présent. On dirait que Jésus-Christ siège déjà sur son trône, et qu’il contemple les faits tels qu’ils se passeront un jour.

 

Matthieu chap. 24 verset 41. - Deux femmes moudront à la meule : l’une sera prise, et l’autre laissée. - Deux femmes, et deux seulement, occupées à moudre avec des moulins à main. Tout est de la plus parfaite exactitude dans cette courte description, comme nous l’apprenons par les récits des voyageurs. Les grands moulins ont toujours été extrêmement rares en Orient : en revanche, presque chaque ménage possède son petit moulin portatif dont les femmes, et habituellement les servantes ou les esclaves, Cf. Ex. 11, 5 ; Jud. 16, 21, se servent pour moudre la provision de blé nécessaire aux repas quotidiens de la famille. « A peine installés, raconte l’Anglais Clarkes, dans la maison de Nazareth qu’on nous avait désignée comme logement, nous aperçûmes par la fenêtre, dans la cour voisine, deux femmes en train de moudre du blé, qui nous rappelèrent très vivement à la pensée la parole Jésus, Matth. 24, 41... Elles étaient assises sur le sol, en face l’une de l’autre, et entre elles on voyait deux pierres plates et arrondies. Au milieu de la pierre supérieure se trouvait une ouverture dans laquelle on versait le blé, et sur le côté une poignée de bois verticale qui servait à la faire tourner. L’une des femmes, avec la main droite, poussait cette poignée à l’autre femme assise devant elle et celle-ci la poussait à son tour à la première : la meule tournait ainsi très rapidement sous leur impulsion commune. En même temps, chacune jetait de la main gauche un peu de blé dans l’ouverture, et l’on voyait sortir le son et la farine aux côtés de la machine ». Rosenmüller, das alte u. neue Morgenland, Leipzig 1820, t. 5, p. 94 ; Cf. Thomson, the Land and the Book, Londres 1876, p. 526 : une gravure intéressante est jointe à la description. On a trouvé près d’Abbeville un de ces moulins à main dont les deux meules réunies pèsent à peine 50 livres ; elles n’ont pas plus d’un pied de diamètre. - Ces exemples signifient que les hommes seront surpris par le jugement, que tels ils seront alors tels ils comparaîtront à la barre du Juge suprême, enfin que de leur état moral à cette heure décisive dépendra leur éternité heureuse ou malheureuse.

 

Matthieu chap. 24 verset 42. - Veillez donc, parce que vous ne savez pas à quelle heure votre Seigneur viendra. - Avec ce verset, qui pourrait servir de texte à la seconde partie du discours, commence une longue exhortation à la vigilance, que nous verrons se poursuivre sous des faces variées jusqu’au milieu (v. 30) du chapitre suivant. - Veillez donc. La conséquence est bien naturelle, vu l’incertitude complète qui régnera sur l’époque précise de la fin des temps. - Votre Seigneur : le Christ, qui est Notre Seigneur et Maître. Nous savons qu’il viendra infailliblement ; cela suffit, quoique l’heure soit incertaine. Bien plus, l’heure étant incertaine, il est indispensable pour nous de veiller constamment.

 

Matthieu chap. 24 verset 43. - Sachez-le bien, si le père de famille savait à quelle heure le voleur doit venir, il veillerait certainement, et ne laisserait pas percer sa maison. - Sachez-le. Le pronom est mis en avant avec emphase, pour attirer l’attention sur une chose remarquable. - Si le père de famille savait ; un père de famille quelconque. Ce verset contient l’abrégé d’une parabole pleine d’intérêt. - A quelle heure : dans le grec, à quelle veille. Nous avons parlé plus haut de la division de la nuit chez les Juifs en quatre veilles de trois heures chacune. Cf. 20, 3-5, et l’explication. - Il veillerait ; en grec, il eût veillé et n’eût pas laissé, etc. Jésus suppose que le malheur est arrivé faute de vigilance. La Vulgate place le fait tout entier dans l’avenir. - Percer sa maison : littéralement, « être percé à travers » ; les habitations des Orientaux étaient surtout construites en briques cuites au soleil, en pisé, en pierres mobiles : il était donc facile de faire des trous dans les murs pour s’y introduire. - Voir des avertissements semblables dans 1 Thess. 5, 1-10 ; 2 Petr. 3, 10 ; Apoc. 3, 3 ; 16, 15.

 

Matthieu chap. 24 verset 44. - C’est pourquoi, vous aussi, soyez prêts, car le Fils de l’homme viendra à l’heure que vous ne savez pas. - C'est pourquoi, en conséquence, avertis par cet exemple frappant. - Soyez prêts. Faisons au spirituel ce qu’un père de famille bien avisé ne manque pas de faire au temporel ; gardons nos demeures, et le voleur, à quelque moment qu’il vienne, ne nous surprendra pas. - A l'heure que vous ne savez pas... Cela est vrai dès à présent pour chaque individu, de même que ce sera vrai d’une manière générale pour tout le genre humain aux derniers jours du monde, selon la pensée de S. Jérôme, in Joël. c. 2. S. Augustin, Ep. 199, parle dans le même sens : « Le dernier jour viendra pour chacun, quand viendra le jour où il sortira de la vie dans le même état où le trouvera le jugement dernier. Tout chrétien doit donc veiller afin que l'avènement du Seigneur ne le surprenne pas sans être préparé. Or, celui-là ne sera pas trouvé prêt au dernier jour du monde, qui n'aura pas été trouvé prêt au dernier jour de sa vie ».

 

Matthieu chap. 24 verset 45. - Quel est, pensez-vous, le serviteur fidèle et prudent que son maître a établi sur ses gens, pour leur distribuer leur nourriture en temps convenable ? - Les v. 45-51 contiennent une nouvelle parabole imparfaite que le divin Maître avait déjà citée, mais dans des circonstances très différentes et avec une variété évidente de détails ; Cf. Luc. 12, 42-46. - Quel est, pensez-vous... Formule destinée à exciter l’attention des auditeurs ; Cf. S. Jean Chrysost. Hom. 77 in Matth. - Le serviteur fidèle et prudent. Le contexte prouve qu’il s’agit d’un serviteur élevé, d’un intendant de maison à qui incombent des devoirs tout particuliers. De là cette juste réflexion de saint Hilaire : « Bien que le Seigneur nous ait recommandé à tous en général une vigilance continuelle sur nous-mêmes, il ordonne aux princes du peuple, c'est-à-dire aux Apôtres, aux évêques et aux prêtres, une sollicitude toute particulière dans l'attente de son avènement ». Remarquons les deux qualités essentielles que doit posséder le bon serviteur dont parle Jésus : la fidélité à son maître, à ses obligations, et la prudence, une profonde sagesse. - Sur ses gens... Famille dans l’ancien sens de cette expression, pour désigner les autres esclaves de la maison, « famulitium, servitium ». - Le maître qui a ainsi confié à un serviteur le soin de diriger les autres est Dieu lui-même ou le Christ. - Pour leur distribuer... But de cette prépondérance. La parabole fait allusion aux rations quotidiennes que le « dispensator » était chargé de distribuer aux esclaves placés sous sa juridiction. Le pronom « leur » est au pluriel parce que « familia » est un nom collectif. - En temps convenable, scil. « au temps fixé ».

 

Matthieu chap. 24 verset 46. - Heureux ce serviteur, si son maître, à son arrivée, le trouve agissant ainsi. - Heureux. Régulièrement, on devrait lire : « Ce serviteur, que... », C’est le serviteur que son Maître... etc., puisque Jésus répond ici à la question posée au verset précédent. Mais ce tour nouveau donné à la réponse, ce « Heureux » prononcé avec emphase, font ressortir le mérite et la récompense du bon serviteur. - Agissant ainsi, c’est-à-dire en plein exercice de ses fonctions, occupé à distribuer des vivres aux autres serviteurs au temps fixé par le maître.

 

Matthieu chap. 24 verset 47. - En vérité, je vous le dis, il l’établira sur tous ses biens. - Sur tous ses biens ; parce que celui qui est fidèle dans les petites choses le sera pareillement dans les grandes. Celui qui n’avait été qu’un intendant inférieur, deviendra ainsi, en récompense de sa bonne conduite, le régisseur de tous les biens du Maître. - Mais c’est au ciel, non sur la terre, que Dieu donnera cette glorieuse récompense : comment donc chacun des pasteurs fidèles et prudents pourra-t-il être chargé d’administrer toutes les possessions du divin Maître ? « Cette promotion ne sera pas comme les promotions terrestres, où l’éminence de l’un exclut celle de l’autre ; elle ressemblera plutôt à la diffusion de l’amour dans laquelle plus il y a pour chacun en particulier, plus il y a pour tous ensemble », Alford, Comm. in h. l.

 

Matthieu chap. 24 verset 48. - Mais si ce serviteur est méchant, et dit en son cœur : Mon maître tarde à venir. - Mais si... Il nous reste à entendre la contre-partie ; car, si l’on trouve des serviteurs fidèles qu’on est heureux de récompenser, il en existe aussi de mauvais qu’on est obligé de châtier sévèrement. - Ce serviteur est méchant. L’intendant avait reçu, par anticipation, v. 45, les surnoms de « prudent et fidèle » dans la supposition qu’il se conduirait bien ; il est maintenant appelé « mauvais » de la même manière, dans l’hypothèse qu’il remplira mal ses devoirs les plus graves. - En son cœur, c’est-à-dire en lui-même. Le cœur est pour les Hébreux le siège de la réflexion ; c’est là que l’homme s’entretient avec lui-même, qu’il combine ses plans, etc. - Mon maître tarde... Le Maître est absent, et son retour, que l’on croyait devoir être prochain, se fait attendre au-delà du temps calculé par l’intendant. Ce misérable profitera de ce délai pour abuser de la manière la plus criante de la confiance qui a été placée en lui et de l’autorité qu’on lui a laissée. Mais Jésus donne seulement le début de son monologue affreux ; la suite n’est que trop bien exprimée par les actes.

 

Matthieu chap. 24 verset 49. - Et s’il se met à battre ses compagnons, s’il mange et boit avec les ivrognes. - S'il se met... Aussitôt dit, aussitôt fait. Heureusement, il ne pourra que commencer, car l’arrivée soudaine de son maître mettra promptement un terme à sa conduite indigne. - A battre ses compagnons : c’est le premier crime, qui consiste dans l’oppression cruelle et injuste des autres serviteurs. - S'il mange et boit : c’est le second, l’orgie aux dépens du maître dont on dilapide les biens. - Avec les ivrognes. Naturellement le coupable a pris pour compagnons de ses débauches ceux dont il ne peut attendre que des applaudissements flatteurs et d’encourageants exemples. Les Arabes ont un proverbe plein de vérité : Dis-moi avec qui tu manges et je te dirai qui tu es.

 

Matthieu chap. 24 verset 50. - Le maître de ce serviteur viendra au jour où il ne s’y attend pas, et à l’heure qu’il ne connaît pas. - Comme nous l’avons dit, le retour subit du père de famille déjouera tous les calculs du serviteur infidèle. On ne pense plus à lui, on croit que son absence durera longtemps encore, et voici qu’il apparaît tout-à-coup, et qu’il saisit son intendant en flagrant délit de cruauté, de vol. Il en sera de même de la venue du Fils de l’homme pour le jugement.

 

Matthieu chap. 24 verset 51. - et il le séparera, et lui assignera sa part avec les hypocrites ; là il y aura des pleurs et des grincements de dents. - Il le séparera. Ce mot indique certainement quelque supplice insigne. Lequel ? On ne saurait l’affirmer d’une manière tout-à-fait certaine. Il est probable cependant, d’après le grec, qu’il signifie scier en deux, ou bien mutiler, écarteler. Ces tortures existaient chez les Juifs aussi bien que chez les Grecs et les Romains. Cf. Jud. 19, 29 ; 1 Reg. 15, 33 ; 2 Reg. 12, 31 ; 3 Reg. 3, 25, etc. ; parmi les profanes, Diod. Sic. 1, 2 ; Herod. 3, 17 ; Tite-Live, 1, 28 ; Horace, Sat. 1, 1, 99 ; Suet. Calig. c. 27. Voir Breitschneider, Lex.man. T. 1, p. 251. Les locutions latines « flagris tergum secare, discindere, distruncare », ont fait croire à quelques exégètes (Paulus, de Wette, Kuinœl, etc.) que « séparera » représente ici la flagellation. D’après S. Jérôme, Maldonat, Grotius et d’autres, ce verbe signifierait simplement « congédier ». Mais ce serait une peine bien bénigne dans la circonstance. - Sa part : hébraïsme qui marque aussi le sort, la destinée. - Avec les hypocrites. Cet homme s’est conduit comme un véritable hypocrite, profitant de l’absence de son maître pour faire le mal ; il est juste qu’il soit traité comme tel. - , c’est-à-dire dans le lieu spécial réservé au supplice des hypocrites. - La formule Il y aura des pleurs... désigne évidemment en ce passage, comme dans tous les autres où nous l’avons déjà rencontrée, Cf. 7, 12 ; 13, 42-50 ; 22, 12 et parall., la damnation éternelle et les tourments de l’enfer. Les Rabbins s’accordent pour placer les hypocrites dans la Géhenne et Dante, Inferno, 23, 58, relègue au sixième enfer ceux qu’il appelle ironiquement « la foule des Ombres ».

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