Suite du Discours eschatologique. - Parabole des dix vierges, vv. 1-13. - Parabole des talents confiés par le Maître à ses serviteurs, vv. 14-30. - La scène du Jugement dernier avec tous ses détails, vv. 31-46.
Deux paraboles et une description, tel est l'abrégé de ce chapitre. Les deux paraboles appartiennent à la seconde partie du discours eschatologique : elles continuent la leçon commencée. « C'est, sous une autre figure, un autre avertissement de se tenir prêt. Combien Jésus le répète-t-il ? Et cependant nous sommes sourds. Il semble n'avoir destiné les derniers jours de sa vie qu'à nous préparer à la mort, et que ce soit là son unique affaire : c'est en effet celle d'où tout dépend ». Bossuet, Méditation sur l'Évangile, la dernière semaine du Sauveur, 89ème jour.
1Alors le royaume des cieux sera semblable à dix vierges qui, ayant pris leurs lampes, allèrent au-devant de l’époux et de l’épouse. 2Or, cinq d’entre elles étaient folles, et cinq étaient sages. 3Les cinq folles, ayant pris leurs lampes, ne prirent pas d’huile avec elles ; 4mais les sages prirent de l’huile dans leurs vases avec leurs lampes. 5L’époux tardant à venir, elles s’assoupirent toutes, et s’endormirent. 6Mais, au milieu de la nuit, un cri se fit entendre : Voici l’époux qui vient ; allez au-devant de lui. 7Alors toutes ces vierges se levèrent, et préparèrent leurs lampes. 8Mais les folles dirent aux sages : Donnez-nous de votre huile, car nos lampes s’éteignent. 9Les sages leur répondirent : De peur qu’il n’y en ait pas assez pour nous et pour vous, allez plutôt chez ceux qui en vendent, et achetez-en pour vous. 10Mais pendant qu’elles allaient en acheter, l’époux vint, et celles qui étaient prêtes entrèrent avec lui aux noces, et la porte fut fermée. 11Enfin les autres vierges viennent aussi, en disant : Seigneur, Seigneur, ouvrez-nous. 12Mais il leur répondit : En vérité, je vous le dis, je ne vous connais pas. 13Veillez donc, parce que vous ne savez ni le jour ni l’heure.
Matthieu chap. 25 verset 1. - Alors le royaume des cieux sera semblable à dix vierges qui, ayant pris leurs lampes, allèrent au-devant de l’époux et de l’épouse. - Cette parabole compte parmi les plus belles de l'Évangile. Pour la bien comprendre, il est nécessaire de connaître les principales cérémonies qui accompagnaient autrefois la célébration du mariage chez les Juifs : mais d'une part ces cérémonies ont été si complètement décrites par les anciens auteurs, d'autre part elles se sont conservées avec tant de fidélité parmi les Syriens, les arabes et les autres habitants des pays bibliques, qu'il est aisé de s'en faire une exacte représentation. Le trait essentiel d'un mariage juif n'était pas, comme chez nous, l'acte religieux ; c'était la translation solennelle de la fiancée dans la maison qu'elle devait désormais habiter avec son mari. Le soir des noces, car cette translation avait habituellement lieu durant les premières heures de la nuit, l'époux richement habillé et coiffé du gracieux turban que mentionne Isaïe, 61, 10, se rendait avec ses paranymphes(cf. 9, 15 et l'explication) chez les parents de sa future épouse. Celle-ci, également revêtue du costume nuptial, dont les principales parties étaient le voile très ample qui l'enveloppait tout entière, la ceinture, et la couronne, l'attendait entourée de ses amies, les dix vierges de notre parabole. Alors le cortège se mettait en marche avec accompagnement de musique, de torches, et des démonstrations de la joie la plus vive. Voir dans le commentaire de M. Abbott, p. 269, une gravure qui représente une procession de mariage telle qu'on en rencontre de nos jours encore dans les rues de Jérusalem. Arrivés à la maison du fiancé, les invités entraient et les portes étaient immédiatement fermées : personne ensuite n'était admis. On signait le contrat de mariage et chacun prenait sa part d'un somptueux festin. - Nous renvoyons, pour des descriptions plus détaillées à Smith, Dictionary of the Bible, s.v. Marriage ; Rosenmüller, das alte u. neue Morgenland, t. 5, p. 97 ; Weltzer et Welte, diction. Encyclop de la théologie cath ; traduit par Goschler, art. Mariage (jour du) chez les Hébreux ; D. Calmet, dictionn. de la Bible, s. v. Noces ; Selden, Uxor hebraica. Comparez aussi les ouvrages qui s'occupent directement de l'Archéologie biblique, en particulier ceux de Keil et de Saalschütz. Comme le fait observer M. Reuss, Hist. évangél. p. 612, « plusieurs circonstances sont ici laissées de côté, comme étrangères au but de la parabole. Ainsi, il n'est pas fait mention de la fiancée, ni des amis de l'époux ». Jésus se borne à relever les traits dont il avait besoin pour recommander la vigilance à ses disciples. - Alors : à l'époque dont il était question à la fin du chap. 24 ; quand le Fils de l'homme viendra juger les vivants et les morts. - Sera semblable… Nous avons expliqué plus haut cette formule ; cf. 13, 24, etc. Au jour du jugement, il se passera dans le royaume des cieux quelque chose de semblable à ce qui arriva aux dix vierges de la parabole. - Dix vierges. Le choix de ce chiffre n'est sans doute pas un effet du hasard ; il est probable que c'était le nombre ordinaire de jeunes filles qui accompagnaient la fiancée le soir de son mariage. Il était du reste très-aimé des Juifs, comme le remarque Lightfoot : aussi avait-on réglé qu'il fallait au moins dix personnes pour former une assemblée civile ou religieuse ; cf. Baehr, Symbolik des Mos. Cultus, t. 1, p. 175. - Ayant pris leur lampes. Les vierges se munissent de lampes parce que la procession devait avoir lieu pendant la nuit, comme nous l'avons indiqué. Les Grecs et les Romains employaient de préférence les torches dans des circonstances semblables : « Ne vois-tu pas les flambeaux agiter leurs chevelures d'or ? », Catull. Ep. 98 ; « Ils portaient, comme pour la guider à quelque repas nuptial, des torches brillantes devant leur maîtresse », Apulée, l'âne d'or, liv. 10. Cf Hom. Il. 18, 492 et ss. Les Juifs se servaient plus volontiers de ces petites lampes de terre ou de métal, usitées dans toute l'antiquité, et dont nos musées contiennent de nombreux échantillons. Cf. Ant. Rich, Diction. des antiquités rom. et grecq., traduct. française s. v. Lucerna. Ils les suspendaient parfois à l'extrémité d'un bâton. - Allèrent au-devant… Les dix vierges quittent leurs propres demeures pour aller rejoindre la fiancée : avec elle elles attendront l'arrivée de l'époux. C'est en ce sens qu'elles vont au-devant de lui, quoique de fait ce soit lui qui vienne au-devant d'elles d'après la coutume. Les mots et de l'épouse sont probablement apocryphes, car on ne les trouve presque dans aucun manuscrit grec. La Vulgate les reproduit d'après l'ancienne Itala : on les lit également dans la version syriaque.
Matthieu chap. 25 verset 2. Or, cinq d’entre elles étaient folles, et cinq étaient sages. - Le récit fait connaître une différence notable qui existait entre ces dix vierges. Elles formaient deux groupes bien distincts, malgré leur ressemblance extérieure. Toutes sont vierges, toutes sont les compagnes de l'épouse, elles sont toutes munies de lampes ardentes, toutes elles vont au-devant du fiancé ; mais cinq d'entre elles seulement sont des vierges sages, les cinq autres reçoivent le nom d'insensées, qui manquent de prévoyance.
Matthieu chap. 25 verset 3. - Les cinq folles, ayant pris leurs lampes, ne prirent pas d’huile avec elles. - Le divin narrateur, développant l'idée qui précède, expose le motif de sa distinction et montre en quoi consiste la folie de ces malheureuses vierges. Les lampes antiques ne contenaient qu'une très-modique quantité d'huile, qui se trouvait bientôt épuisée. Aussi, quand on sortait pour un temps considérable, emportait-on une provision d'huile dans des vases faits exprès, pour les remplir de nouveau. C'est ce que Chardin observa dans les Indes : d'une main on tenait la lampe, dans l'autre on portait le petit vase plein d'huile. Cf. Rosenmüller, loc. cit. p. 98. Les vierges folles prennent bien leurs lampes allumées, mais elles n'emportent aucune provision pour les garnir au besoin. Elles paieront fort cher cette imprévoyance.
Matthieu chap. 25 verset 4. - Mais les sages prirent de l’huile dans leurs vases avec leurs lampes. - Les cinq vierges sages se sont au contraire munies de tout ce qui leur est nécessaire pour la nuit. Elles pourront, s'il le faut, attendre longtemps et sans inconvénient l'arrivée de l'époux. Évidemment, c'est dans cet oubli des unes, dans cette prévoyance des autres, que consiste le point central, le nœud de la parabole. Aussi avons-nous à rechercher ici ce que figure la provision d'huile de laquelle les deux groupes de vierges tirent leur caractère spécial, leur récompense ou leur condamnation. Le sentiment catholique a toujours été clair sur ce point : les Pères sont à peu près unanimes pour dire que, si la foi est symbolisée par les lampes qui brillent entre les mains des dix vierges, l'huile destinée à garnir ces lampes représente la charité avec les bonnes œuvres qu'elle produit. « Ceux dont la foi est droite et la vie pure sont semblables aux cinq vierges sages ; mais ceux qui font profession de la foi chrétienne, sans chercher à assurer leur salut par les bonnes œuvres, ressemblent aux cinq vierges folles », S. Greg., Hom. 12 in Evang. De même S. Jérôme, h. l. : « Les vierges qui ont de l'huile sont celles qui, en plus de leur foi, ont l'ornement des bonnes œuvres – celles qui n'ont pas d'huile sont celles qui semble confesser la foi, mais négligent les œuvres de vertu. » Cf. Orig. in Matth. Tract. 32 ; S. Jean Chrys. Hom. 87 in Matth. ; S. Hilaire in loc. ; D. Calmet, Jansénius, etc. Les protestants, pour trouver dans cette parabole une confirmation de leur système, voudraient au contraire que les lampes fussent l'emblème des bonnes œuvres, l'huile celui de la foi. Mais, si les vierges folles étaient dépourvues de la lumière de la foi, comment pouvaient-elles aller au-devant du céleste époux ! On conçoit très bien, d'un autre côté, que, tout en ayant la foi, elles aient négligé de l'alimenter par les œuvres qui procèdent de la charité : aussi leurs lampes, bientôt dépourvues d'huile, ne tardèrent-elles pas à perdre peu à peu de leur éclat et à s'éteindre ensuite complètement. De là leur exclusion du festin des noces.
Matthieu chap. 25 verset 5. - L’époux tardant à venir, elles s’assoupirent toutes, et s’endormirent. - Par ces paroles, comme l'ont remarqué plusieurs exégètes (Trench, Abbott, etc.), Notre Seigneur insinue que son second avènement ne devait pas être immédiat, et qu'il pourrait même se faire attendre assez longtemps, cf. 24, 48, beaucoup plus longtemps que ne le conjecturaient les premiers disciples. Ce n'est toutefois qu'une insinuation, l'époque de la fin du monde devant toujours demeurer incertaine. Cf. 24, 36, 42, 44, 50. On connaît la belle réflexion de S. Augustin : « Le jour de notre mort nous est inconnu, afin que nous nous tenions sur nos gardes tous les jours de notre vie ». Cf. Tertull., De Anima, 33. - Elles s'assoupirent toutes ; toutes, les sages aussi bien que les insensées. Elles commencent par sommeiller puis elles tombent bientôt dans un sommeil proprement dit. La narration distingue d'une manière pittoresque ces deux états successifs. Trait du reste bien naturel : il est si facile de s'assoupir, puis de dormir complètement quand on attend, surtout pendant la nuit ! - Que signifient cet assoupissement et ce sommeil qui gagnent même les cinq vierges prudentes ? On ne saurait le déterminer avec certitude. S. Augustin pense que c'est l'image de la mort. Pour d'autres, c'est la figure des négligences véniellement coupables, qui échappent même aux âmes les plus pieuses. Maldonat, croyons-nous, est plus près de la la vérité lorsqu'il écrit : « J'interprète ce sommeil comme le fait de cesser de penser à la venue du Seigneur ». Nos dix vierges ont fait, ou s'imaginent avoir fait tous les préparatifs nécessaires pour aller au-devant du fiancé : elles l'attendent maintenant en pleine sécurité. Cette interprétation qui est probablement la véritable, nous est suggérée par S. Hilaire, in h.loc. : « L'attente des croyants est un sommeil tranquille ».
Matthieu chap. 25 verset 6. - Mais, au milieu de la nuit, un cri se fit entendre : Voici l’époux qui vient ; allez au-devant de lui. - « Ce sera donc tout d'un coup, au milieu du calme de la nuit, alors que tous se livrent paisiblement au repos et que le sommeil est le plus profond », S. Jérôme, h. l. L'époux arrive tout à coup à une heure où l'on a en quelque sorte cessé de l'attendre. - Un cri se fait entendre : ce sont les gardiens qui poussent ce cri, ou bien ceux qui font partie du cortège du fiancé. Il existe à Jérusalem, chez les chrétiens du rite latin, un usage singulier dont l'origine semble remonter à ce verset. Quand il y a un mariage à célébrer, c'est à minuit que la procession nuptiale sort de la maison du fiancé, au son d'une bruyante musique qu'accompagnent des cris violents, pour se rendre chez la fiancée, et de là, par le plus long chemin, à l'Église du S. Sépulcre où a lieu la cérémonie religieuse. Cf. Tobler, Denkblætter, p. 320. - Voici l'époux... Ces acclamations correspondent au bruit de la trompette angélique qui annoncera l'arrivée du Christ pour le jugement général. Cf. 24, 31.
Matthieu chap. 25 verset 7. - Alors toutes ces vierges se levèrent, et préparèrent leurs lampes.Éveillées par ce signal, les dix vierges se lèvent au plus vite pour courir au-devant de l'époux. - Et préparèrent leurs lampes. La locution élégante des Latins et des Grecs « orner une lampe » désigne une double opération. Les lampes portatives des anciens, nous l'avons vu, étaient généralement de petites dimensions ; il fallait donc y verser assez souvent de l'huile . De plus, l'on devait de temps en temps moucher la mèche pour enlever les lumignons qui s'étaient formés à son extrémité ; on devait l'élever légèrement au fur et à mesure qu'elle se consumait. On avait pour cela un petit instrument spécial, attaché à la lampe par une chaînette, et dont on a découvert de nombreux spécimens. Voir la gravure donnée par A. Rich, Dictionn. des Antiq. rom. et grecq., au mots Lucerna bilychnis et Acus, n. 4.
Matthieu chap. 25 verset 8. - Mais les folles dirent aux sages : Donnez-nous de votre huile, car nos lampes s’éteignent. - Alors seulement, les vierges folles ont conscience de leur conduite imprévoyante. Quelle tristesse et quel désespoir dût les saisir ! Elles attendent l'époux, on l'annonce, elles prennent leurs lampes pour se précipiter à sa rencontre et voici qu'elles s'aperçoivent, mais trop tard, que l'huile leur manque pour les alimenter ! Dans leur détresse, elles implorent la charité de leurs compagnes, Donnez-nous…, espérant que celles-ci consentiront à partager avec elles la provision qu'elles ont apportée. - Nos lampes s'éteignent, au présent ; les cinq lampes flambaient encore, mais mollement, et déjà par soubresauts, comme il arrive à un luminaire de ce genre qui est sur le point de s'éteindre.
Matthieu chap. 25 verset 9. - Les sages leur répondirent : De peur qu’il n’y en ait pas assez pour nous et pour vous, allez plutôt chez ceux qui en vendent, et achetez-en pour vous. - Hélas ! La réponse des vierges sages n'est pas et ne pouvait pas être favorable. Elle est exprimée d'une manière elliptique, ainsi qu'il convient dans un moment de grande hâte (Bengel, Gnomon in loc.). C'est un refus formel, quoique poli : refus du reste plein de sagesse, comme l'indique le motif allégué par les vierges : De peur … En partageant, ne s'exposeraient-elles pas à manquer d'huile toutes les dix ? (S. Jean Chrysostôme, de Pœnit. Hom. 8). - Allez chez ceux qui en vendent. On a vu parfois de l'ironie dans ce conseil ; S. Augustin par exemple, qui s'écrie « Ce n'est pas un conseil, c'est une dérision », Serm. 93, 11. Mais cela serait-il bien digne des vierges sages, surtout en un pareil moment ? Non, elles ne se rient point cruellement du malheur de leurs amies, elles leur indiquent plutôt le seul moyen qui reste à celles-ci de pouvoir encore participer à la fête des noces. Qu'elles se hâtent d'aller acheter de l'huile chez les marchands !
Matthieu chap. 25 verset 10. - Mais pendant qu’elles allaient en acheter, l’époux vint, et celles qui étaient prêtes entrèrent avec lui aux noces, et la porte fut fermée. - Elles suivent aussitôt l'avis de leurs sœurs, espérant qu'elles pourront revenir à temps pour accompagner l'époux. Mais, pendant qu'elles vont chez les marchands, qu'elles les éveillent et leur demandent la provision qui leur est nécessaire, le fiancé vient, les vierges sages s'unissent à lui et entrent avec lui dans la salle du festin. Elles sont prêtes ! Elles ont réalisé la recommandation des Pirké Aboth : « Ce siècle est semblable à l'entrée, et le siècle futur à la salle de repas. Prépare-toi dans l'entrée, afin que tu puisses entrer dans la salle de repas ». - La porte fut fermée : le cortège nuptial une fois entré la porte est fermée, soit pour que rien ne vienne troubler la joie des convives, soit pour qu'il soit impossible aux indignes de pénétrer. M. Trench à qui nous empruntons cette réflexion, cf. Notes on the Parables of our Lord, 11ème édit., p. 263, rappelle très à-propos le mot suivant de S. Augustin : Dans le royaume des cieux, l'ennemi n'entre pas, ni l'ami ne sort.
Matthieu chap. 25 verset 11. - Enfin les autres vierges viennent aussi, en disant : Seigneur, Seigneur, ouvrez-nous. - La fête a commencé, et les vierges folles accourent à la maison nuptiale. Elles comprennent bientôt leur malheur en voyant la porte fermée. Elles implorent alors la pitié de l'époux. - Seigneur, Seigneur : c'est un cri d'angoisse qu'elles répètent deux fois pour mieux marquer l'instance de leur supplication. Mais il est trop tard : il n'est plus temps de crier merci quand a sonné l'heure du jugement (pensée de S. Augustin) !
Matthieu chap. 25 verset 12. - Mais il leur répondit : En vérité, je vous le dis, je ne vous connais pas. - La réponse du fiancé, si dure dans sa brièveté, montre en effet que désormais aucun autre convive ne saurait être admis au repas de noces. Ni les prières, ni les gémissements, ni le repentir même n'en peuvent forcer l'entrée. Ces vierges n'ont-elles pas eu assez de temps pour se préparer ! - Je ne vous connais pas ! Il ne les a a pas aperçues dans le cortège, il a donc raison de dire qu'elles sont des inconnues pour lui. Il les rejette ainsi à tout jamais. - La description suivante, tracée par M. W. Ward dans son ouvrage « View of the Hindoes », et cité par M. Lymann Abbott, New. Testam., t. 1, p. 272, ne manquera pas d'intéresser le lecteur, en même temps qu'elle servira d'illustration à la scène finale de notre parabole. Il s'agit d'un mariage indien. « Après deux ou trois heures d'attente, vers minuit, on annonça enfin, presque dans les termes mêmes de l'Écriture : Voici le fiancé qui vient, allez au-devant de lui. Alors chacun d'allumer sa lampe et, la portant à la main, de courir pour prendre dans la procession la place qui lui convenait. Quelques-uns avaient perdu leurs luminaires et n'étaient pas prêts : mais il était trop tard pour aller les chercher et la cavalcade se mit en marche vers la maison de l'épouse. Le fiancé, soulevé dans les bras de ses amis, fut placé sur un siège magnifique au milieu de la société. La porte de la maison fut close immédiatement et gardée par des cipayes. Moi et plusieurs autres nous demandâmes instamment, mais en vain, la permission d'entrer. »
Matthieu chap. 25 verset 13. - Veillez donc, parce que vous ne savez ni le jour ni l’heure. - C'est la morale de la parabole. Jésus l'adresse à ses Apôtres et à tous les chrétiens, pour qu'ils évitent le malheureux sort des vierges folles. - Vous ne savez ni le jour ni l'heure ; cf. 24, 42. « afin que la sollicitude de la foi soit éprouvée par une attente pleine d'anxiété, les yeux constamment fixés sur ce jour, parce qu'elle l'ignore constamment, craignant tous les jours parce qu'elle espère tous les jours », Tertullien de Anima, 33. Un écrivain anglais, M. Arnot, fait remarquer le frappant contraste qui existe entre la nature insignifiante du trait qui forme le fond de cette parabole et la sublimité de la leçon qui en ressort. « Quelques jeunes filles de la campagne arrivant trop tard pour un mariage et se trouvant pour ce motif exclues de la fête, en soi ce n'est assurément pas un grand événement ; et pourtant je connais à peine d'autres paroles écrites dans le langage humain qui contiennent une leçon plus éclatante que la conclusion de ce récit. » - Il nous reste encore à ajouter quelques mots pour compléter l'application de la parabole. Au dire de S. Jean Chrysostôme et de plusieurs autres commentateurs anciens, les dix vierges représenteraient seulement les personnes qui ont fait profession de virginité, dans le sens strict et littéral de cette expression. Mais c'est là une erreur que réfutaient déjà S. Augustin et S. Jérôme. Ce dernier écrit : « cette parabole me paraît avoir une signification différente et se rapporter, non pas seulement à ceux qui sont vierges de corps, mais à tout le genre humain ». La parabole convient donc sans exception à tous les hommes, ou du moins, d'après S. Augustin, « à toutes les âmes qui possèdent la foi catholique ». - L'époux est évidemment le Christ, célébrant ses noces avec l'Église ; la maison où on l'attend figure ce monde. Il viendra à la fin des temps pour conduire au ciel sa fiancée, mais tous n'auront pas le bonheur de l'accompagner : les âmes vigilantes, dont les vierges sages sont le type, participeront seules à l'éternel festin des noces. - Disons enfin pour être complet sur la Parabole des dix vierges, que l'art chrétien en a fait au moyen âge un de ses sujets favoris. Elle a été souvent représentée parmi les scènes du jugement dernier qui ornent le portail de nos vieilles cathédrales. « On rencontre, dit M. de Caumont, Architecture relig. au moyen âge, p. 345, dans les voussures des portes dix statuettes de femmes, les unes tenant soigneusement à deux mains une lampe en forme de coupe ; les autres tenant négligemment d'une seule main la même lampe renversée. Le sculpteur a toujours eu soin de placer les vierges sages à droite du Christ et du côté des bienheureux, les vierges folles à sa gauche, du côté des réprouvés ». Voir l'ouvrage de M. l'abbé Cerf sur la cathédrale de Reims, description du portail du Nord, t. 2, p. 54 et ss.