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3° Troisième partie, 25, vv. 31-46.

31Or, lorsque le Fils de l’homme viendra dans sa majesté, avec tous les anges, il s’assiéra sur le trône de sa majesté. 32Toutes les nations seront assemblées devant lui et il séparera les uns d’avec les autres, comme le berger sépare les brebis d’avec les boucs 33et il placera les brebis à sa droite, et les boucs à sa gauche. 34Alors le roi dira à ceux qui seront à sa droite : Venez, les bénis de mon Père, possédez le royaume qui vous a été préparé dès l’établissement du monde. 35Car j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger ; j’ai eu soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais étranger, et vous m’avez recueilli ; 36j’étais nu, et vous m’avez vêtu ; j’étais malade, et vous m’avez visité ; j’étais en prison, et vous êtes venus à moi. 37Alors les justes lui répondront : Seigneur, quand est-ce que nous vous avons vu avoir faim, et que nous vous avons donné à manger ; avoir soif, et que nous vous avons donné à boire ? 38Quand est-ce que nous vous avons vu étranger, et que nous vous avons recueilli ; ou nu, et que nous vous avons vêtu ? 39Ou quand est-ce que nous vous avons vu malade ou en prison, et que nous sommes venus à vous ? 40Et le roi leur dira : En vérité, je vous le dis, toutes les fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits d’entre mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. 41Il dira ensuite à ceux qui seront à gauche : Retirez-vous de moi, maudits, allez au feu éternel, qui a été préparé pour le diable et pour ses anges. 42Car j’ai eu faim, et vous ne m’avez pas donné à manger ; j’ai eu soif, et vous ne m’avez pas donné à boire ; 43j’étais étranger, et vous ne m’avez pas recueilli ; j’étais nu, et vous ne m’avez pas vêtu ; j’étais malade et en prison, et vous ne m’avez pas visité. 44Alors ils lui répondront, eux aussi : Seigneur, quand est-ce que nous vous avons vu avoir faim, ou avoir soif, ou étranger, ou nu, ou malade, ou en prison, et que nous ne vous avons pas assisté ? 45Alors il leur répondra : En vérité, je vous le dis, toutes les fois que vous ne l’avez pas fait à l’un de ces plus petits, c’est à moi que vous ne l’avez pas fait. 46Et ceux-ci iront au supplice éternel, mais les justes à la vie éternelle.

 

« Après avoir préparé ses fidèles au jugement dernier avec tant de soin, il est temps qu'il nous fasse voir ce jugement ; et c'est ce qu'il fait dans le reste de ce chapitre ». Bossuet, l. c., 91è jour. La description que nous allons étudier est unique en son genre dans l'histoire de Jésus. Elle est dramatique, vivante et en même temps d'une majestueuse simplicité. C'est un sublime développement des vv. 30 et 31 du 24è chapitre.

 

Matthieu chap. 25 verset 31. Or, lorsque le Fils de l’homme viendra dans sa majesté, avec tous les anges, il s’assiéra sur le trône de sa majesté. - Tout se tient dans le Discours eschatologique, de même que tout se tient dans son accomplissement. «Or» établit la liaison entre le tableau du Jugement final, et les diverses mentions qui en ont été faites dans les parties antérieures de l'instruction. - Dans sa majesté ; cf. 19, 28 ;  24, 30. Le souverain Juge fera soudain son apparition solennelle ; il se présentera plein de gloire et d'éclat : « Il montrera sa majesté, qui était alors cachée. Il oppose le silence du temps présent au temps futur, et sa première venue à la seconde », Maldonat in h. l. «  Il est déjà venu une fois non pour éclater dans sa gloire, mais pour souffrir les injures et les outrages. Mais alors il s'assiéra sur le trône de sa gloire », S. Jean Chrys. Hom 79 in Matth. - Avec tous les anges ; cf. 16, 27. Tous les anges seront là de même que tous les hommes. « Quelle publicité ! » s'écrie justement Bengel, Gnomon, in h. l. - Il s'assiéra. C'est la posture des juges et des rois en face de leurs sujets ; cf. Ps 9, 5, 8, etc. Aussi le verbe « s'asseoir » est-il parfois employé par les classiques avec le sens de « juger ». Cet usage était si constant à Rome, que la chaise curule accompagnait les empereurs même dans les provinces ou dans les expéditions guerrières. Le Fils de l'homme sera donc assis pour nous juger. - Sur le trône de sa majesté, c'est-à-dire le trône qui représente sa majesté souveraine.

 

Matthieu chap. 25 verset 32. - Toutes les nations seront assemblées devant lui et il séparera les uns d’avec les autres, comme le berger sépare les brebis d’avec les boucs. - Cf. 24, 31 ; au signal donné par les anges. - Devant lui, en tant qu'il sera le Juge suprême universel. - Toutes les nations. Ce ne sont pas seulement les païens qui sont mentionnés ici, comme l'affirment plusieurs auteurs protestants (Keil, Olshausen, Stier, Alford, etc.) ; ce ne sont pas non plus seulement les chrétiens (Euthymius), mais tous les peuples sans exception, tous les hommes qui auront existé depuis le commencement du monde, à quelque religion qu'ils aient appartenu. Il s'agit en effet d'un jugement général. - Et il séparera : séparation symbolique qui est déjà un jugement préalable. Jusque-là, tous les hommes avaient été mélangés, sans égard à leur caractère moral. Cf. 13, 24 et ss. « Les » désigne les hommes dont se composent les peuples et qui seront jugés chacun individuellement. Toute nationalité, du reste, aura alors disparu : il n'y aura donc pas à séparer les peuples des peuples, mais les méchants des bons, ainsi qu'il ressort du contexte. Les anges seront de nouveau chargés de cette opération. Cf. 13, 49. - Comme le berger. Gracieuse comparaison, empruntée à la vie pastorale, pour expliquer une scène terrible. Les brebis et les chèvres, les boucs et les béliers, en Orient surtout, ne forment qu'un seul et même troupeau, et le berger les conduit ensemble au pâturage. Cf. Gen. 30, 33 et ss. ; Cant. 1, 7, 8. Mais le soir on les sépare pour les mettre dans des étables distinctes. Ainsi fera le Souverain Juge à la fin des temps.

 

Matthieu chap. 25 verset 33. - Et il placera les brebis à sa droite, et les boucs à sa gauche. - Les brebis, c'est à dire les bons, dont les brebis sont la figure ; car elles représentent chez tous les peuples la douceur, la docilité, l'innocence. Le côté droit a de même toujours été regardé comme le plus honorable : c'est la place du bonheur et de la bénédiction. Cf. Gen. 48, 17. - Les boucs : c'est-à-dire les méchants, dont les boucs sont l'emblème à cause de leur indocilité, de leur puanteur et de leur impureté. « Il n'a pas dit les chèvres, mais les boucs, animal sans retenue et qui agresse avec ses cornes », S. Jérôme in h.l. - A gauche. Le côté du malheur, dont le seul nom était regardé comme un pronostic fâcheux ; aussi les Grecs, si enclins à la superstition, évitaient-ils de le prononcer. Il est intéressant de se rappeler ici que les anciens plaçaient généralement l’Élysée ou le séjour des bienheureux à droite, le Tartare ou séjour des méchants à gauche.

 

C'est ici l'endroit où la route se sépare en deux voies :

la droite mène jusqu'au pied des murailles du grand Dis,

par où nous irons vers l'Élysée ; mais la gauche exécute

les punitions des méchants, et mène à l'impie Tartare ».

(Enéide 6, 540 et ss.)

 

Matthieu chap. 25 verset 34. - Alors le roi dira à ceux qui seront à sa droite : Venez, les bénis de mon Père, possédez le royaume qui vous a été préparé dès l’établissement du monde. - La sentence est maintenant promulguée, vv. 34-45, sous la forme d'un double dialogue qui est censé avoir lieu entre le Christ et les deux catégories d'hommes dont il vient d'être question. - Premier dialogue et sentence des bons, vv. 34-40. Alors : après la séparation mentionnée plus haut, quand chacun occupera la place que lui aura méritée sa vie sur la terre. - Le roi dira. Cf. 16, 28. Le royaume éternel du Messie commence : aussi, celui qui tout à l'heure encore, vv. 31, était nommé Fils de l'homme, prend-il un titre conforme à sa vraie dignité. - Ceux qui seront à sa droite : se tournant vers eux avec un visage bienveillant, un air plein de bonté. - Venez. Tous les mots portent, dans cette sentence de bonheur. Le premier renferme la plus douce invitation. La Vulgate l'a parfaitement traduit quant au sens ; mais le texte grec, ici !, est autrement énergique. Il inspirait à Fr. Luc de Bruges, Comm in h.l., cette belle réflexion : « Cette parole dénote une affection amicale toute spéciale, par laquelle le Christ invite suavement les élus à venir au roi, au seigneur et premier possesseur du royaume où il retournera bientôt, et où il les introduira  avec lui ». - Bénis. Quel nom ! Et que de choses dans ce simple nom ! Bénis de toute éternité, bénis dans les siècles des siècles, prédestinés, justifiés, glorifiés. Ou, pour parler mieux encore avec S. Augustin : « Aimés de Dieu avant l'existence du monde, appelés du milieu du monde, purifiés et sanctifiés dans le monde, destinés enfin à être exaltés après la fin du monde ». Soliloq. - Possédez, recevez en héritage. Il n'y aura pas de possession plus magnifique, il n'y en aura pas non plus de plus sûre, car « on ne possède bien, dit Bossuet, l.c., 93è jour, que ce qu'on a pour l'éternité : le reste échappe et se perd ». - Le Royaume, le royaume messianique considéré dans sa consommation glorieuse, et dégagé de tout élément infirme et terrestre (voir le commentaire de 3, 1). - Préparé... L'expression peut signifier « dès l'origine du monde », ou bien « avant la création ». La plupart des exégètes sont favorables au second sens. Dans les deux cas, Jésus fait ressortir ici l'admirable tendresse manifestée par Dieu à l'égard de ses élus. Longtemps avant leur création, il pensait aux récompenses dont il devait les gratifier, il leur préparait des jouissances et une gloire sans fin.

 

Matthieu chap. 25 verset 35. - Car j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger ; j’ai eu soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais étranger, et vous m’avez recueilli. - Après avoir prononcé le décret qui fixera éternellement le sort bienheureux des justes, Jésus, remplissant par anticipation les fonctions de souverain Juge, signale la manière dont ils auront gagné leur splendide couronne. - J'ai eu faim... N'est-il-pas surprenant de l'entendre simplement nommer, comme motifs du bonheur éternel des élus, quelques œuvres de miséricorde ? « Que ces choses sont faciles ! s'écrie S. Jean Chrysostôme, l. c. Il ne dit pas : J'étais en prison et vous m'avez délivré ; j'étais malade et vous m'avez guéri ; il dit simplement : vous m'avez visité, vous êtes venus à moi. » Mais remarquons que ce sont là de simples exemples. Du reste, tous les actes mentionnés par le Christ exigent plus ou moins de peines et de sacrifices. Et puis, c'est à dessein qu'il les choisit parmi les moins difficiles, pour montrer que si l'on peut obtenir une telle récompense pour un verre d'eau, pour une bonne parole, à plus forte raison s'en rendra-t-on digne par des œuvres d'une perfection plus relevée. Il y a là un argument « a fortiori » qu'il ne faut pas perdre de vue. Enfin, comme l'a dit S. Grégoire de Nazianze, « Dans aucun de ses attributs Dieu n’est autant honoré que dans sa miséricorde ». Ces pensées nous aideront à comprendre pourquoi Jésus ne parle que d’œuvres purement matérielles, pourquoi il ne prononce pas même le nom de la foi. - Vous m'avez recueilli. Le verbe grec correspondant ne signifie pas seulement rassembler, mais il est pareillement employé dans le sens de donner l'hospitalité.

 

Matthieu chap. 25 verset 36. - J’étais nu, et vous m’avez vêtu ; j’étais malade, et vous m’avez visité ; j’étais en prison, et vous êtes venus à moi. - Le verset précédent louait dans les élus la pratique de trois œuvres de miséricorde ; celui-ci en signale trois autres. - J'étais nu : en haillons, à demi vêtu, selon la signification étendue du mot « nudus », confirmée par un passage de Sénèque, de Benef. 5, 3 : « En voyant un homme mal vêtu et couvert de haillons, on dit qu'on a vu un homme nu ».  - Vous m'avez visité. La visite des malades a toujours passé chez les Juifs pour un des premiers exercices de la charité fraternelle. « Dieu, qu'il soit béni ! visite les malades, Gen. 18, 1 ; de même toi aussi, visite les malades », lisons-nous dans le Talmud, Sota, 14, 1. - Vous êtes venus à moi. Dans l'antiquité, les portes des prisons s'ouvraient beaucoup plus aisément qu'aujourd'hui aux parents et amis qui désiraient voir quelque incarcéré ; cf. Jer. 32, 8 ; Matth. 11, 2 ; Act. 24, 23, etc. C'est qu'on n'y subissait généralement qu'une arrestation préventive. On connaît ce principe du droit criminel des Romains : « Les prisons ne sont établies que pour garder les criminels, et non pas pour les punir ». Aussi les personnes pieuses et charitables allaient-elles fréquemment visiter et consoler les prisonniers. Les usages actuels de l'Occident restreignent d'une manière notable l'exercice de cet acte de charité : ceux de l'Orient sont demeurés aussi larges que par le passé ; cf. Rosenmüller, das alte u. neue Morgenland, t. 5, p. 101. - Aux six œuvres de miséricorde dont le Sauveur prédit ici la sublime récompense, les théologiens en ont ajouté une septième, l'ensevelissement des morts, dont Tobie a donné de si beaux exemples, cf. Tob. 12, 12, et ils les ont réunies dans un vers mnémotechnique (« visito, poto, cibo, redimo, tego, colligo, condo ») c'est-à-dire : Donner à manger à celui qui a faim, donner à boire à celui qui a soif, vêtir celui qui est nu, exercer l'hospitalité, visiter les malades, racheter les captifs, ensevelir les morts.

 

Matthieu chap. 25 versets 37-39. - Alors les justes lui répondront : Seigneur, quand est-ce que nous vous avons vu avoir faim, et que nous vous avons donné à manger ; avoir soif, et que nous vous avons donné à boire ? 38Quand est-ce que nous vous avons vu étranger, et que nous vous avons recueilli ; ou nu, et que nous vous avons vêtu ? 39Ou quand est-ce que nous vous avons vu malade ou en prison, et que nous sommes venus à vous ? - La réponse des justes occupe trois versets, 37-39 : elle paraît tout d'abord très-extraordinaire. En effet, peut-on se demander, les bienheureux ignoreraient-ils donc l'Évangile et ses promesses ? Auront-ils oublié, au dernier jour, que d'après cette parole même de Jésus et d'autres semblables, cf. 10, 40-42, etc., qu'ils avaient lues, goûtées, pratiquées tant de fois sur la terre, le bien fait au nom du Christ à toute sorte d'affligés sera récompensé comme s'il avait été fait directement au Christ en personne ? Assurément, ils ne l'auront pas oublié. Aussi les exégètes s'accordent-ils à reconnaître qu'il ne faut pas trop presser ce détail du grand drame. La réponse des élus sera plutôt mentale qu'extérieure, et l'étonnement qu'elle exprime viendra moins d'une surprise proprement dite, produite par une nouvelle inattendue, que d'un profond sentiment d'humilité. « Ils sont stupéfaits d'être ainsi exaltés, et par la grandeur de leur propre gloire ; ou parce que le bien qu'ils ont fait leur semblera si faible » (cf. Rhaban Maur, in h. l. ; Luc de Bruges, Corneille de Lapierre, etc.). On peut aussi dire avec Euthymius, Jansénius, etc., que cette réponse a été introduite par Jésus dans la description grandiose du Jugement dernier pour lui fournir l'occasion de recommander très-fortement les œuvres de charité. Ce serait une sorte de parabole insérée au milieu de traits qui deviendront un jour historiques. - Quand est-ce... La réponse appuie et insiste sur ce pronom qui est répété à chaque verbe. Les élus représentent modestement à Jésus que ce n'est pas à lui personnellement qu'ils ont rendu les services pour lesquels ils reçoivent une si haute récompense.

 

Matthieu chap. 25 verset 40. - Et le roi leur dira : En vérité, je vous le dis, toutes les fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits d’entre mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. - Le Souverain Juge leur adresse une aimable réplique, qui est la conclusion de leur bienheureuse sentence. - Toutes les fois que… résume toutes les œuvres de miséricorde énumérées plus haut. - L'un de ces plus petits ; cf. 10, 42. Ici Jésus ne désigne pas seulement les Apôtres, ni les chrétiens, mais en général tous les infortunés : ils sont ses frères, il vit en eux en tant qu'il est le vrai chef de l'humanité, il a pour eux une affection spéciale parce que son existence sur la terre a été semblable à la leur. « ces » est pittoresque : Jésus est censé les montrer du geste.. - C'est à moi... Jésus ne faisant avec les malheureux qu'un seul corps mystique, cette conclusion est aussi naturelle qu'elle est encourageante. Voici d'après Schoettgen, Horae talm. in h.l., un passage talmudique analogue à la parole du Sauveur : « Rabbi Afin a dit : Chaque fois qu'un pauvre se tient devant ta porte, Dieu saint et béni se tient à sa droite ; si tu lui donnes, sache que tu recevras de celui qui se tient à sa droite une récompense ; si tu ne lui donnes rien, sache que tu en sera puni par celui qui se tient à sa droite ». Mais quelle force supérieure dans la pensée de Jésus ! Lui seul connaît toutes les œuvres miséricordieuses qu'elle a inspirées au sein du Christianisme. Les principes humanitaires de la philanthropie ne sont, auprès d'elle, qu'une vaine et froide déclamation, qui ne produit que de rares dévouements.

 

Matthieu chap. 25 verset 41. Il dira ensuite à ceux qui seront à gauche : Retirez-vous de moi, maudits, allez au feu éternel, qui a été préparé pour le diable et pour ses anges. - Nous arrivons à la terrible sentence des méchants, vv. 41-45. Dans ses divers détails, dans ses termes mêmes, elle est parallèle à la sentence des bons, ce qui en fait ressortir la triste différence. En effet, quoique semblables, les deux décrets sont complètement opposés l'un à l'autre, comme l'a été d'ailleurs la vie des hommes sur lesquels ils retombent. - Retirez-vous. Ce mot est le plus effroyable de tous ceux qui composent la seconde sentence : il implique de la part de Dieu la haine la plus vive pour ceux qu'il rejette ainsi, de même qu'il présente aux damnés la face la plus dure de leur châtiment. Aussi est-ce dans la séparation de Dieu que consiste essentiellement « la peine du dam », de même que le bonheur des élus consiste avant tout dans l'union éternelle avec Dieu. Écoutons Bossuet : « Au lieu de ce Venez si ravissant, plein d'une admirable douceur, qui satisfera le cœur de l'homme sans lui laisser rien à désirer, les méchants, les impénitents entendent cet impitoyable Allez, retirez-vous ! O paroles qu'on ne peut assez méditer : venez ! Allez ! Taisons-nous ; tais-toi ma langue, tes expressions sont trop faibles. Mon âme, pèse ces mots qui comprennent tout le bonheur et le malheur, et toute l'idée de l'un et de l'autre : Venez, allez. Venez à moi où est tout le bien. Allez loin de moi où est tout le mal ». Méditat. Sur l'Evang. Dern. Semaine, 93è et 97è jour. - Maudits, exécrés, dévoués irrévocablement à toutes les horreurs et à tous les supplices. Jésus avait appelé les justes « Bénis de mon Père » ; ici, il dit simplement : « Maudits ». Les Saints Pères ont noté la cause de cette omission volontaire d'un nom que le Sauveur aimait à prononcer. « Remarquez aussi que s'il a dit: «Les bénis de mon Père»,il ne dit pas ici: «Les maudits de mon Père»; car le Père est la source de toute bénédiction, mais chacun devient pour soi-même une cause de malédiction, en faisant des œuvres dignes de malédiction », Origène. Dieu ne sait que bénir : les maudits sont donc ceux qui se maudissent eux-mêmes. - Au feu. Après la peine du dam vient la peine des sens, dont l'agent principal sera le feu qui consumera les réprouvés, feu réel et proprement dit (voir le savant opuscule de Passaglia, de Aeternitate poenarum deque igne aeterno commentarii, Ratisb. 1854) quoique différent des nôtres à plusieurs égards ; en même temps feu éternel, comme le dit expressément Jésus. L'adjectif éternel doit en effet se prendre à la lettre : ce n'est pas une hyperbole populaire pour désigner un temps considérable, c'est une réalité terrible. - Qui a été préparé... Même  réflexion qu'à propos du mot maudits. « Ce n’est point moi, dit-il, qui vous ai préparé ces feux. Je vous ai bien préparé un royaume, mais ces flammes n’étaient destinées par moi que pour le démon et pour ses anges. C’est vous seuls que vous devez accuser de votre malheur, et vous vous êtes précipités volontairement dans ces abîmes », S. Jean Chrys. Hom. 79 in Matth. Ce sont nos péchés et ceux des démons qui ont creusé l'enfer : Dieu n'en est pas le créateur d'une manière positive. - La mention de Satan et des autres esprits mauvais a aussi pour but de mieux faire comprendre l'étendue des peines de l'enfer, la présence de ces anges rebelles devant ajouter considérablement aux tourments des damnés.

 

Matthieu chap. 25 versets 42 et 43. - Car j’ai eu faim, et vous ne m’avez pas donné à manger ; j’ai eu soif, et vous ne m’avez pas donné à boire ; 43j’étais étranger, et vous ne m’avez pas recueilli ; j’étais nu, et vous ne m’avez pas vêtu ; j’étais malade et en prison, et vous ne m’avez pas visité. - La seconde sentence est motivée comme la première et de la même façon. Les œuvres les plus élémentaires de la charité chrétienne, si elles sont volontairement omises, peuvent donc être l'occasion d'un malheur éternel pour les hommes, de même qu'elles peuvent leur procurer, s'ils les pratiquent avec fidélité, le bonheur sans fin du ciel. D'où il est aisé de conclure que si de simples négligences dans le service du prochain peuvent amener un résultat si affreux, les crimes positifs envers Dieu et envers les hommes le produiront plus infailliblement encore.

 

Matthieu chap. 25 verset 44. - Alors ils lui répondront, eux aussi : Seigneur, quand est-ce que nous vous avons vu avoir faim, ou avoir soif, ou étranger, ou nu, ou malade, ou en prison, et que nous ne vous avons pas assisté ? - Ils lui répondront, c'est-à-dire comme l'avaient fait les bienheureux, v. 37. - Quand est-ce que... Volontiers, veulent-ils dire, nous aurions accompli ces actes de miséricorde à l'égard du Christ, si nous en avions eu l'occasion. Mais ils prétendent que cette occasion heureuse leur a toujours manqué. Méritent-ils donc un tel châtiment pour une faute qui n'a pas dépendu d'eux-mêmes ?

 

Matthieu chap. 25 verset 45. - Alors il leur répondra : En vérité, je vous le dis, toutes les fois que vous ne l’avez pas fait à l’un de ces plus petits, c’est à moi que vous ne l’avez pas fait. - Alors il répondra. Le souverain Juge n'acceptera pas cette vaine excuse ; car, dit S. Jérôme, in h. l., « Cela signifie clairement que dans chaque pauvre, un Christ affamé est nourri, un Christ assoiffé est désaltéré, un Christ errant est logé sous un toit, un Christ nu est vêtu, un Christ malade reçoit des visites, un Christ emprisonné est réconforté par des visites ». Il nous avait assez clairement avertis. - À l'un de ces plus petits : ce comparatif équivaut au superlatif du v. 40. - Vous ne l'avez pas fait. Nous empruntons encore à Schoettgen un texte rabbinique :  « Ils n’ont pas restauré l’âme du pauvre avec de la nourriture et du breuvage. Ni Dieu non plus ; qu’il en soit béni !  C’est dans le monde futur qu’il recevra leurs âmes. »

 

Matthieu chap. 25 verset 46. - Et ceux-ci iront au supplice éternel, mais les justes à la vie éternelle. - Les deux sentences ont été prononcées ; Jésus, dans un épilogue majestueux et sublime, nous fait maintenant assister à leur exécution. - Et ceux-ci iront.. ; les réprouvés dont il a été parlé en dernier lieu. - Au supplice éternel : mots effrayants, sur la signification desquels il ne règne pas le moindre doute ; de Wette lui-même, malgré son rationalisme ardent, est forcé de l'admettre. Du reste, comme le remarque justement S. Grégoire, Dial. 4, c. 44, « Si elles sont fausses les punitions dont le Christ nous menace pour enrayer l’injustice, elles sont fausses également les promesses qu’il fait pour nous inciter à pratiquer la justice ». Les deux éternités, celle du ciel et celle de l'enfer, sont corrélatives : si l'une tombe, comment l'autre subsistera-t-elle ? Cf. S. Augustin, de Civitate Dei, 21, 23. Aussi étaient-elles un dogme de foi chez les Juifs de même qu'elles le sont dans le catholicisme. On ne trouverait pas, dans l'Écriture, un seul mot qui puisse faire espérer aux damnés la cessation de leurs souffrances. - A la vie éternelle. Expression bien chère aux écrivains du Nouveau Testament, puisqu'ils l'emploient jusqu'à 44 fois. Elle ne désigne pas simplement l'existence, même une existence heureuse et sans fin, mais la vie essentielle, la vie dans ce qu'elle a de plus parfait. - Notons, d'après Bengel, Gnomon, in h. l ., que la sentence n'est pas exécutée dans le même ordre qu'elle avait été prononcée. « Le Christ s'adressera d'abord aux justes, en présence des injustes qui entendront ; mais les injustes s'en iront les premiers, les justes assistant ainsi à leur châtiment ». Jésus n'ajoute rien au mot « éternelle » : la toile tombe et la double éternité commence, la décision étant sans appel. Le divin Maître achève ainsi ce terrible discours.

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