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6. - Cène légale et prophétie relative au traître, vv. 20-25. Parall. Marc. 14, 18-20 ; Luc. 22, 14, 21-23 ; Joan. 13, 1-30.

20Le soir étant venu, il se mit à table avec ses douze disciples. 21Et pendant qu’ils mangeaient, il dit : En vérité, je vous le dis, l’un de vous me trahira. 22Vivement attristés, ils commencèrent chacun à lui dire : Est-ce moi, Seigneur ? 23Il leur répondit : Celui qui met avec moi la main au plat est celui qui me trahira. 24Pour ce qui est du Fils de l’homme, il s’en va, selon ce qui a été écrit de lui ; mais malheur à l’homme par qui le Fils de l’homme sera trahi. Il aurait mieux valu pour cet homme de n’être jamais né. 25Judas, celui qui le trahit, prenant la parole, lui dit : Est-ce moi, Maître ? Jésus lui répondit : Tu l’as dit.

Matthieu chap. 26 verset 20. - Le soir étant venu, il se mit à table avec ses douze disciples. - Le soir étant venu, c'est-à-dire après le coucher du soleil, car c'est à ce moment que s'ouvrait la solennité pascale. Le 15 nisan était censé commencer alors, selon la coutume juive de compter les jours du soir au soir. - Il se mit à table. D'après la Loi, Ex. 12, 11, on devait manger l'agneau pascal debout, les reins ceints, un bâton à la main, en un mot dans l'attitude des voyageurs ; mais cette prescription ne tarda pas à tomber en désuétude, avec beaucoup d'autres qui avaient été portées spécialement en vue de la « Pâque Égyptienne », comme parlent les Rabbins, cf. Pesachim 9, 5. « La Pâque perpétuelle » ne présentait plus le caractère simple et austère des anciens temps : une foule de règles nouvelles s'étaient introduites, en particulier celle de célébrer la cène légale étendus sur des divans peu élevés. « L'usage veut, dit le Talmud, Hieros. Pesach. f. 37, 2, que les serviteurs mangent debout ; à cette époque, ils mangeaient allongés, pour manifester qu'ils quittaient la condition de serviteur pour devenir libres ». Le changement de condition avait amené le changement d'attitude. - Avec ses douze disciples. Le nombre des convives qui pouvaient se réunir pour la cène pascale ne devait pas être inférieur à dix : généralement, il n'excédait guère le chiffre de 20. La société de choix réunie autour de Jésus tenait le milieu entre ces deux extrêmes. Euthymius Zigabenus est seul à prétendre que le Sauveur avait invité plusieurs disciples indépendamment de ses Apôtres. Il est du reste réfuté par le récit évangélique qui ne mentionne que les Douze.

 

Matthieu chap. 26 verset 21. - Et pendant qu’ils mangeaient, il dit : En vérité, je vous le dis, l’un de vous me trahira. - Pendant qu'ils mangeaient. Les nombreuses et touchantes cérémonies qui accompagnaient le festin de la Pâque sont résumées dans ces deux mots par l'évangéliste. Mais nous croyons devoir en indiquer au moins quelques unes, choisies parmi les plus importantes, afin de placer sous les yeux du lecteur un tableau vivant de ce que fit le divin Maître pendant cette soirée. Jésus, couché à la place d'honneur et représentant le père de famille, prit d'abord une coupe, la remplit de vin et la fit circuler parmi l'assemblée après y avoir lui-même trempé ses lèvres, en disant : Sois béni, Seigneur notre Dieu, qui as créé le fruit de la vigne. Tous se lavèrent alors les mains, puis la table fut apportée au milieu des convives. Après qu'une bénédiction spéciale eut été prononcée sur les herbes amères, chacun en prit quelques feuilles et les mangea en les assaisonnant avec le Charoceth. C'est alors seulement que l'agneau pascal fut placé sur la table en face de Jésus. Le Sauveur prit la parole pour expliquer à ses disciples la signification de la fête et de ses rites, ainsi qu'il était réglé par la Loi, cf. Ex. 12, 26 ; après quoi, tous chantèrent la première partie de la prière nommée Hallel, c'est-à-dire les Psaumes 112 et 113 (hébr. 113, 114) ? Une seconde coupe fut vidée ; Jésus prit quelques pains azymes, les rompit, en mangea un morceau avec des herbes amères et du Charoceth et distribua le reste aux disciples. Il bénit ensuite l'agneau pascal et les autres viandes sacrées qui l'accompagnaient. En ce moment commença le repas proprement dit. Le rituel laissait une certaine liberté aux convives pour cette partie de la cérémonie : il était toutefois réglé que l'agneau symbolique serait consommé en dernier lieu et qu'on ne mangerait plus rien ensuite. Ce repas achevé, une troisième coupe, bénite par Jésus comme les deux premières, circula parmi les convives. On chanta la seconde partie de la prière Hallel, Ps. 114-117 (hébr. 115-118). Une quatrième coupe terminait ordinairement la cène. Cependant, si quelqu'un des assistants le désirait, on pouvait en faire passer une cinquième, à condition de réciter le grand Hallel, Ps. 119-136 (hébr. 120-137), comme conclusion générale de la cène. On devait se retirer avant minuit. Voir, pour de plus amples détails, Lightfoot, Hor. Hebr. in Matth. 26, 20, 26, 27 ; Otho, Lexic. Talm. s. v. Pascha ; Friedlieb, Archaeologie der Leidengesch. ; Langen, die letzten Lebenstage Jesu, ch. 7. - En vérité, je vous le dis. La chose que Jésus est sur le point de prédire va paraître si incroyable aux Douze, qu'il en garantit d'avance la parfaite vérité par sa formule ordinaire de serment. - L'un de vous. Il y a beaucoup d'emphase et de tristesse dans ce « vous ». - Me trahira. Plusieurs jours auparavant, Jésus avait déjà prophétisé la trahison dont il serait l'objet, cf. 20, 18 ; 26, 2 ; en ce moment, il précise davantage et annonce que le traître sortira des rangs de ses Apôtres.

 

Matthieu chap. 26 verset 22. - Vivement attristés, ils commencèrent chacun à lui dire : Est-ce moi, Seigneur ? - Le Maître trahi par l'un d'eux ! Cette nouvelle tomba sur le cercle apostolique, sur les innocents et sur le coupable, comme un coup de foudre. Les onze sont désolés, consternés ! Les évangélistes, S. Jean surtout, ont fort bien décrit le trouble jeté par cette parole parmi les disciples de Jésus. - A peine revenus de leur première stupéfaction, ils prennent tour à tour la parole pour demander à leur maître : Est-ce moi ? En grec : « ce n'est sans doute pas moi ? » exprime plus délicatement la même idée, car il suppose que la réponse sera négative. Tel devait être le langage d'une âme qui n'avait pas le moindre soupçon de sa culpabilité.

 

Matthieu chap. 26 verset 23. - Il leur répondit : Celui qui met avec moi la main au plat est celui qui me trahira. - Dans sa réponse, le Sauveur répète avec énergie sa première assertion, se contentant d'y ajouter un détail qui fait mieux ressortir l'odieux caractère de la trahison. - La main au plat. Jésus fait allusion à une coutume qui subsiste encore dans l'Orient moderne, au grand désagrément des voyageurs européens. Les mets sont habituellement servis sur de vastes plats dans lesquels chaque convive, la main armée d'un morceau de pain, puise directement les viandes, les sauces et les légumes. - On a souvent pris à la lettre cette parole du Sauveur, dont on a conclu qu'au moment où elle a été prononcée, Judas étendait de fait la main vers le plat commun (D. Calmet, Corn. a Lap., Rosenmüller, Fritzsche, de Wette, etc.). Mais il n'est pas possible de lui attribuer ce sens, puisque alors Judas eût été clairement désigné comme le traître, tandis que nous savons, d'après S. Jean 13, 20, que son crime demeura encore un mystère pour la plupart des Apôtres. C'est donc une expression générale pour dire : L'un de mes amis les plus intimes. Cf. Ps. 40, 10 : « Même l'ami, qui avait ma confiance et partageait mon pain, m'a frappé du talon ». - Au plat désignait un plat de grande dimension. - Celui est emphatique, comme plus haut « vous ».

 

Matthieu chap. 26 verset 24. - Pour ce qui est du Fils de l’homme, il s’en va, selon ce qui a été écrit de lui ; mais malheur à l’homme par qui le Fils de l’homme sera trahi. Il aurait mieux valu pour cet homme de n’être jamais né. - A cette réponse qui ne faisait que confirmer sa première assertion, le Sauveur ajoute une déclaration solennelle, une grave menace, destinée s'il en est temps encore à ramener le traître à de meilleurs sentiments. - Le Fils de l'homme. « Pour ce qui est » par opposition à « tandis que » qui vient ensuite. Jésus établit un frappant contraste entre sa personne et celle du traître, entre les fins si distinctes qui leur sont réservées. - S'en va. Majestueuse parole, dont le Christ aimait à se servir pour désigner sa mort prochaine ; cf. Joan. 7, 33 ; 8, 22. Elle exprime en même temps, comme le remarquent les anciens exégètes, la parfaite liberté de Jésus au point de vue de ses souffrances. « Le Christ montre que sa mort ressemble davantage à une transition qu’à une véritable mort. Par ces mêmes paroles, il nous fait comprendre qu’il est allé librement à la mort », Victor d’Antioche in Marc. 14, 21 ; Cf Maldonat in h.l. - Comme il est écrit... L'obéissance parfaite, malgré la liberté ; les prophéties seront accomplies jusqu'aux moindres détails. - Mais malheur. Menace d'un malheur éternel ; terrible inscription gravée par Jésus-Christ lui-même sur la tombe de Judas. - Il aurait mieux valu... En effet, dit S. Jérôme, in h. l., « mieux vaut le néant que les tourments éternels de l'enfer ! ». Et pourtant, Dieu a créé Judas ! Jésus en a fait son Apôtre, prévoyant bien qu'il le trahirait ! Grand mystère théologique. Mais « Dieu juge le présent, et non pas le futur; il ne condamne pas selon sa pré-science, s'il reconnaît quelqu'un qui lui déplaira plus tard ; mais sa bonté et sa clémence sont si grandes, qu'il choisit celui qui le servira bien pendant un temps, sachant cependant qu'ensuite il deviendra méchant. Il lui donne ainsi la possibilité de se convertir et de faire pénitence ». La solution du problème est tout entière dans ces lignes de S. Jérôme, adv. Pelagian. 3. Sur les vives et curieuses discussions des scolastiques à propos de la phrase « Il aurait mieux valu... », voir Maldonat, in h. l. - Stier, auteur protestant, écrit à bon droit (die Reden des Herrn Jesu, h. l.) : « Ces mots, pris à la lettre et en toute rigueur, ferment à jamais la porte de l'espérance. Ils écartent toute pensée d'un salut ultérieur et final ; car, s'il pouvait y avoir une rédemption pour l'âme de Judas dans les futures révolutions des âges, il serait meilleur pour lui d'avoir reçu la vie ». Aussi Krummacher dit-il que Notre Seigneur n'a jamais prononcé de parole plus épouvantable.

 

Matthieu chap. 26 verset 25. - Judas, celui qui le trahit, prenant la parole, lui dit : Est-ce moi, Maître ? Jésus lui répondit : Tu l’as dit. - Prenant la parole. Le traître, foudroyé d'abord plus que personne par la révélation inattendue de Jésus, v. 21, n'avait point pris part à la question des autres, v. 22. Il craint maintenant que son silence ne dévoile sa faute. Il demande donc à sont tour, avec les dehors du plus profond respect : Est-ce moi ? On s'indigne à la vue de sa froide impudence. Mais on admire la douceur de Jésus. Tu l'as dit, se contente-t-il de répondre, employant une formule d'adhésion fréquemment usitée chez les Juifs, les Grecs et les Romains. Oui, c'est toi, tu le sais bien. Ces mots furent prononcés à voix basse de manière à n'être entendus que de Judas, ainsi qu'il ressort du récit plus complet de S. Jean, 13, 28-29.

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