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7. - La cène eucharistique. vv. 26-29. Parall. Marc. 14, 22-25 ; Luc. 22, 15-20.

26Or, pendant qu’ils dînaient, Jésus prit du pain, le bénit, le rompit, et le donna à ses disciples, en disant : Prenez et mangez ; ceci est mon corps. 27Et, prenant le calice, il rendit grâces, et le leur donna, en disant : Buvez-en tous ; 28car ceci est mon sang, le sang de la nouvelle alliance, qui sera répandu pour beaucoup, pour la rémission des péchés. 29Or, je vous le dis, je ne boirai plus désormais de ce fruit de la vigne, jusqu’à ce jour où je le boirai de nouveau avec vous, dans le royaume de mon Père.

Matthieu chap. 26 verset 26. - Or, pendant qu’ils dînaient, Jésus prit du pain, le bénit, le rompit, et le donna à ses disciples, en disant : Prenez et mangez ; ceci est mon corps. - Les synoptiques, qui ont passé rapidement sur la cène légale, s'étendent davantage sur le banquet eucharistique, car il avait pour eux une tout autre importance. En distribuant à ses Apôtres un peu de pain, un peu de vin, et en leur donnant l'ordre d'agir de même dans la suite des âges à l'égard des chrétiens, Jésus n'instituait-il pas le plus sublime des sacrements ? Ne laissait-il pas à son Église le mémorial le plus parfait de son amour, en même temps que la continuation du sacrifice du Calvaire ? Cf. Conc. Trid. Sess. 13, c. 2. Voici donc notre véritable agneau pascal, qui va remplacer les ombres et les figures. - Pendant qu'ils dînaient. Le texte latin pourrait avoir le sens de « pendant qu'ils dînaient », ou bien de « alors qu'ils avaient dîné ». Bynaeus, Wetstein, Kuinoel, Baumgarten Crusius et d'autres adoptent la seconde traduction, qui est en réalité plus conforme aux récits de S. Luc, 22, 20, et de S. Paul, 1 Cor. 11, 25. La plupart des exégètes anciens et modernes admettent la première qui est plus grammaticale. Au fond, cela revient à peu près au même. En droit, le repas légal n'était pas régulièrement terminé quand Jésus institua le sacrement de l'autel, puisque le calice eucharistique se confond avec la cinquième coupe pascale (voir les notes des versets 21 et 27) ; néanmoins, on pouvait dire qu'il l'était de fait, puisqu'on avait dû cesser de manger avant même de prendre la troisième coupe. Un évangéliste a donc pu employer l'expression « pendant le repas », un autre écrire « après le repas » ; tout dépend du point de vue auquel chacun d'eux s'est placé. S. Matthieu, qui veut nous montrer le Nouveau Testament sortant de l'Ancien comme une fleur naît de la racine, rattache la cène eucharistique à la cène légale. Les termes « pendant qu'ils dînaient » sont parallèles à « pendant qu'ils mangeaient » du verset 21. - Jésus prit du pain. Il n'y avait alors dans le cénacle et dans la maison que du pain azyme, le seul, nous l'avons vu, qui fût licite depuis le milieu du 14 nisan jusqu'au soir du 21. L'Église latine suit donc fidèlement l'exemple de Jésus, quand elle se sert exclusivement de pain sans levain pour la confection de la sainte Eucharistie. - Du pain, du vin, telles sont entre les mains du Sauveur, telles seront à tout jamais les seules matières du sacrifice par excellence. Ainsi se réalisait la prédiction juive d'après laquelle, lorsque le Messie viendrait remplir les fonctions de prêtre selon l'ordre de Melchisédech, les substances animales cesseraient d'être immolées en sacrifice, car elles céderaient la place à deux espèces végétales, le pain et le vin ! Cf. Sepp, Leben Jesu, Th. 3, p. 410. - Il le bénit. D'après S. Thomas d'Aquin et plusieurs interprètes (Maldonat, Luc de Bruges, etc.), cette expression représenterait l'acte même de la consécration sacramentelle. On croit très généralement qu'elle correspond à la bénédiction que le père de famille prononçait sur les pains azymes, avant de les distribuer aux convives (voir l'explication du v. 21), et qui consistait pour l'ordinaire dans la phrase suivante : « Béni soit Celui qui produit le pain de la terre ». - Le rompit. De même qu'il avait précédemment rompu les pains azymes avant de manger la Pâque. Cette fraction du pain dans la cène légale symbolisait les souffrances qu'avait autrefois endurées le peuple juif ; elle figurait, dans la cène eucharistique, la Passion et l'immolation de Notre Seigneur Jésus-Christ. On sait que ce rite, imité par les apôtres et leurs successeurs, avait fait donner aux mystères eucharistiques le nom de « fraction du pain » dans la primitive Église. Cf. Act. 2, 42 ; 1 Cor. 10, 16, etc. - Et le donna : Jésus ne communia pas les Apôtres d'après le mode aujourd'hui usité dans l'Église ; il leur déposa successivement dans la main un morceau du pain consacré. Cela ressort du mot « prenez » et des anciennes coutumes ecclésiastiques. - Ceci est... « Hélas ! S'écrie le protestant Olshausen, Bibl. Comment. über saemmtl. Schrift. des N. Test. 3ème édit. t. 2 p. 441, en abordant l'explication des paroles de la consécration, le banquet de l'amour a servi jusqu'à notre époque d'occasion aux polémiques les plus violentes et les plus tristes que l'histoire de l'Église et l'histoire  du dogme aient à enregistrer ». Les expressions employées par Notre Seigneur sont cependant si claires dans leur sublimité ! Mais la théologie négative a tout fait pour amonceler des nuages autour d'elles. Il n'entre pas dans notre plan de les étudier ici au point de vue dogmatique ; de nombreux et d'illustres auteurs ont publié en ce sens des essais remarquables dans lesquels la matière est traitée à fond : nous y renvoyons le lecteur. Voir en particulier Wiseman, The real presence of the body and blood of our Lord J. Chr. in the blessed Eucharist. Londres, 1855 (excellent traité traduit dans les Démonstrations Evangéliq. de Migne, t. 15, col. 1159 et ss.) ; Franzelin, Tractatus de SS. Eucharistiae Sacramento et Sacrificio, Romae 1868, p. 31-70. Notre rôle consiste donc simplement à faire l'exégèse des paroles prononcées par Jésus en ce moment solennel, paroles des plus importantes qui soient sorties de sa bouche, puisqu'elles établissent tout ensemble le sacrifice de la nouvelle Alliance, le sacrement de l'Eucharistie et le nouveau sacerdoce destiné à remplacer celui de la race lévitique. - Le pronom démonstratif « ceci » est pris substantivement. C'est à dessein que le Christ l'a employé au neutre ; le masculin « ce » n'eût désigné directement que le pain, « ce pain ». « Ceci » signifie d'une manière générale : Ce que je vous présente, ce qui de mes mains va passer dans les vôtres. - La copule « est » n'a sans doute pas été proférée par Notre Seigneur, car le langage araméen, dans lequel il s'exprimait alors, l'omet en pareille circonstance. Mais la copule était exigée par le génie des idiomes indo-germaniques, et c'est à bon droit qu'on l'a insérée dans la formule de consécration. Toutefois, de ce que nous venons de dire il ressort évidemment que « est » ne saurait signifier ici, non plus qu'au v. 28, « signifie, représente », comme l'a si souvent requis depuis Zwingle. Si je montrais à un enfant une pierre, un morceau de pain, en lui disant : Ceci du pain, ceci une pierre, songerait-il jamais à traduire : Ceci représente une pierre, du pain ? Ceci mon corps, ou ceci est mon corps ne peut donc signifier qu'une chose : Ce que vous voyez est vraiment mon corps, indépendamment de toutes les apparences. Ainsi le veulent la grammaire, la logique, et le simple bon sens. - Mon corps. La grammaire, la logique et le simple bon sens exigent pareillement que l'on traduise ces deux mots par « mon corps », mon vrai corps. Prétendre que Jésus ne pensait à offrir aux Apôtres que le symbole de son corps est une assertion tout à fait gratuite, pour ne rien dire de plus. Quand on présente un symbole, on l'indique de quelque manière, à moins que le fait ne soit évident par lui-même. Or, le Sauveur a montré au contraire d'une façon très expresse qu'il entendait parler d'une réalité, lorsqu'il a caractérisé la valeur de ce corps donné aux apôtres, cf. Luc. 22, 19 ; 1 Cor. 11, 24. Le corps de Jésus livré pour nous n'était assurément pas un symbole. - On aura déjà remarqué la grande ressemblance qui existe entre les cérémonies de la cène eucharistique et celles de la cène légale que nous avons résumées plus haut : Jésus bénit, partage et distribue à ses disciples le pain consacré, de même qu'il avait béni, qu'il avait rompu, qu'il leur avait distribué les pains azymes. Ce n'est pas tout encore. En découpant l'Agneau pascal, il avait prononcé une formule particulière que nous n'avons pas encore citée : « Ceci est le corps de l'agneau pascal » ; cf. Buxtorf, Dissert. Phil.-theolog. Bâle, 1662, p. 346. On voit que d'un bout à l'autre, à part les modifications nécessaires, la cène nouvelle est en quelque sorte calquée sur l'ancienne, Jésus voulant ainsi montrer la relation qui existait entre la réalité et la figure. Mais on voit en même temps que, si l'ancienne formule désignait un vrai corps, en chair et en os, la formule nouvelle ne peut désigner, elle aussi, qu'un vrai corps et non pas un simple symbole. Nous rendrons compte en un autre endroit (Commentaire sur S. Luc. 22, 19) de la différence qui existe entre les formules de consécration dans les Évangiles et dans les Liturgies. - Tel est le sens naturel des mots « Ceci est mon corps ». Les Apôtres, la tradition tout entière les ont compris et traduits comme le fait l'Église. L'erreur en matière si grave serait inconcevable. - Quand Jésus eût proféré ces merveilleuses paroles, un miracle de premier ordre fut instantanément produit : le pain, pour employer le langage de l'Église, fut aussitôt transsubstantié au corps du Sauveur ; les accidents restèrent, mais la substance avait disparu et la promesse faite autrefois par le Christ, cf. Joan. ch. 6, était accomplie. Nous avions une nourriture céleste qui donne l'immortalité.

 

Matthieu chap. 26 verset 27. - Et, prenant le calice, il rendit grâces, et le leur donna, en disant : Buvez-en tous. - Mais, pour que le banquet d'amour fût complet, il fallait un breuvage de même nature. Jésus passe donc à une seconde consécration. - Prenant le calice. La coupe qui a circulé plusieurs fois déjà pendant le festin légal va porter aux Apôtres une liqueur toute divine. Sa forme était bien éloignée de celle de nos calices modernes. C'était, selon toute probabilité, un gobelet peu profond, très évasé, muni d'un pied fort bas et de deux petites anses, imité des modèles grecs et romains comme la plupart des ustensiles juifs à cette époque. Cf. A. Rich, Diction. des Ant. rom. et grecq. au mot Calix ; Smith, Dict. of the Bible, art. Cup. La légende n'a pas manqué de s'en emparer, comme elle avait fait des trente pièces d'argent : elle le fait remonter de main en main jusqu'au patriarche Noé. Cf. Sepp, Leben Jesu-Chr., t. 5, p. 90 et ss. Dans ce calice Jésus versa du vin rouge, cf. Lightfoot, Hor. hebr. in h. l., car c'est le plus commun en Palestine et c'est lui, dit Tertullien, qui représente mieux le sang. Il y versa aussi un peu d'eau. La tradition l'enseigne très généralement. Origène maintient cependant l'emploi du vin, sous prétexte qu'il symbolise mieux le sang très-pur du Sauveur. Mais le rituel juif prescrivait en termes formels de mêler de l'eau au vin dans les coupes du festin légal (Cf. Lightfoot, de Minister. Templi, c. 13, n. 3), avec l'une desquelles le calice eucharistique dût se confondre, comme l'admettent communément les exégètes. La troisième coupe était appelée dans le langage liturgique des Juifs « coupe de la bénédiction », nom que S. Paul donne précisément aux espèces sacramentelles, cf. 1 Cor. 10, 16 ; c'était elle qui était regardée comme la principale, parce qu'elle suivait immédiatement la manducation de l'agneau pascal. Pour ces motifs, divers auteurs (Lightfoot, Hor. Talm. in h. l. ; Paulus, Exeg. Handb., t. 3, p. 497 ; Fouard, Passion de Notre Seigneur Jésus-Christ, etc.) ont pensé que c'est elle qui eut l'honneur d'être transformée au corps et au sang du Sauveur. D'autres interprètes se sont déclarés en faveur de la quatrième coupe ; d'autres en faveur de la cinquième qui mettait fin à la cène. Nous verrons, en expliquant le mot « tous », que cette dernière hypothèse est probablement la plus vraie des trois. - Il rendit grâces ; en grec, « Eucharistie », action de grâces, donné au divin sacrement de l'autel, que Jésus instituait alors en rendant grâces à son Père. D'autres rites, ceux-là même que le prêtre reproduit chaque jour en consacrant les espèces du vin, durent être suivis par Jésus : il éleva légèrement la coupe et regarda le ciel, comme devait faire le père de famille pendant le festin de la Pâque, d'après la tradition juive. Cf. la glose de Bab. Berach. f. 51, 1. - Le leur donna : il fit passer le calice de main en main, après leur avoir recommandé d'en boire tous sans exception : Buvez-en tous. Ce « tous » a reçu des interprétations bien diverses, parfois même bien ridicules. C'est ainsi que les protestants, et en général les partisans de la communion sous les deux espèces, ont prétendu que Jésus l'aurait dirigé tout exprès, dans un pressentiment prophétique, contre l'Église catholique qui devait plus tard retirer aux laïques l'usage du calice ; voir Buxtorf, Dissert. de coena Domini, p. 323. Suivant Corneille de Lapierre, in h. l., Notre Seigneur voulait simplement montrer à ses disciples et à leurs successeurs que les deux espèces du pain et du vin sont de rigueur pour que le sacrifice de la messe soit complet, mais qu'il n'appartient qu'aux seuls prêtres de communier sous les deux espèces. Maldonat et le P. Perrone, Theolog. Dogmat., lib. 8, § 198, font une autre conjecture sur l'intercalation du mot « tous ». Il avait pour but, disent-ils, d'insinuer aux disciples que, tous devant participer à ce calice unique, il fallait que chacun prit ses précautions de manière à en laisser aux autres. - Assurément, aucune de ces explications n'aura dû paraître satisfaisante à nos lecteurs. De concert avec M. J. Langen, die letzten Lebenstage Jesu, p. 185 et suiv., nous leurs proposons l'interprétation suivante qui a le double avantage de ne rien contenir d'excentrique et d'être appuyée sur les coutumes sacrées des Juifs. Nous avons dit, note du v. 21, qu'à la fin du repas légal, quand on avait récité la seconde partie de l'Hallel, les convives avaient le droit de proposer une cinquième coupe. Nous croyons que Notre Seigneur, usant de ce droit, remplit pour la cinquième fois le calice qui avait servi à l'assemblée : bien plus, c'est alors qu'il consacra le vin en son sang. Mais comme chacun était libre, d'après les instructions du rituel, d'accepter ou de refuser cette dernière coupe, il prit soin d'indiquer à ses apôtres qu'ils devaient tous y participer. De là l'insertion de l'adjectif « tous ».

 

Matthieu chap. 26 verset 28. - Car ceci est mon sang, le sang de la nouvelle alliance, qui sera répandu pour beaucoup, pour la rémission des péchés. - De là aussi celle de la particule car : Buvez-en tous, attendu que ce n'est pas un breuvage ordinaire, mais mon propre sang. - La seconde formule de consécration est « mutatis mutandis » la reproduction de la première ; elle en est par là-même la confirmation. Aussi le protestant Stier, Reden des Herrn., h. l., a-t-il raison de dire que ceux qui seraient tentés d'interpréter d'une manière superficielle ou erronée l'une des deux paroles d'institution peuvent trouver dans l'autre le vrai sens voulu par Jésus. C'est ce qu'indiquait déjà Tertullien dans son vigoureux langage : « En instituant, dans la mention du calice, un testament signé de son sang, il confirme par là même que c’est la substance de son corps, car le sang ne peut pas appartenir à un autre corps qu’à un corps charnel » (cité par Stier). - Ceci est : Le sujet est indéterminé de même qu'au v. 26. Ceci, ce que contient cette coupe. - Mon sang ; mon vrai sang, et non son symbole. La phrase « Ceci est mon corps » avait directement changé le pain au corps du Sauveur ; la phrase semblable « Ceci est mon sang » transsubstantia directement le vin en son sang. Les paroles de Jésus furent en effet, comme l'enseigne la théologie, des paroles opérantes. Aux hérétiques qui osent affirmer, avec l'anglais J. Morison, que la cène eucharistique est « une parabole pour l’œil, le toucher, le goût », nous répondons avec S. Thomas d'Aquin que l’œil, le toucher, le goût se trompent s'ils ne veulent juger que d'après les apparences. L’Eucharistie est un mystère qui réclame la foi. - La nouvelle alliance. L'ancienne alliance, conclue entre Jéhovah et le peuple juif, avait été inaugurée, scellée au pied du Sinaï par le sang de nombreuses victimes ; cf. Ex. 24, 5-8 ; Hebr. 9. Moïse, jetant sur le peuple quelques gouttes de ce sang, avait dit « Voici le sang de l'alliance que l'Éternel a faite avec vous selon toutes ces paroles » (Ex., 24, 8). Jésus veut de même inaugurer et sceller par du sang répandu la nouvelle alliance dont il est le médiateur : toutefois c'est son propre sang qui rachètera l'humanité. - Pour beaucoup ; c'est-à-dire pour tous, cf. 20, 28, ou du moins pour tous ceux qui s'en feront l'application. - Sera répandu : allusion à la Passion du lendemain. En grec, le verbe est au présent, pour mieux marquer que le sang du Sauveur allait couler dans quelques heures à peine, comme une libation agréable à Dieu. Il suit encore des mots « répandu pour beaucoup » que la liqueur contenue dans la coupe après la consécration était substantiellement la même que le sang qui devait être versé le vendredi saint pour le salut du monde. - Pour la rémission des péchés. Les souffrances et la mort de Notre Seigneur Jésus-Christ n'avaient pas d'autre but que celui de remettre les péchés des hommes. « Le sang de Jésus... nous purifie de tout péché » 1 Joan. 1, 7 ; cf. Hebr. 9, 14 ; 1 Petr. 1, 19 ; Apoc. 1, 5. - Nous parlerons ailleurs (explication de S. Luc, 22, 20) des variantes qui existent entre les Évangiles à propos de cette seconde formule ; elles sont plus considérables encore que celles qui existent au sujet de la première.

 

Matthieu chap. 26 verset 29. - Or, je vous le dis, je ne boirai plus désormais de ce fruit de la vigne, jusqu’à ce jour où je le boirai de nouveau avec vous, dans le royaume de mon Père.  - Après avoir institué et laissé à son Église un double gage de son amour, le divin sacrement de l'autel et le saint sacrifice de la Messe, Jésus-Christ annonce qu'il n'a plus qu'à mourir. - Je ne boirai plus : désormais, à partir de cet instant. Selon toute probabilité (voir la note de Marc 14, 25), Jésus n'avait communié sous aucune des deux espèces. Il avertit donc ses apôtres que, bien qu'il leur ait recommandé à tous sans exception de boire à la coupe eucharistique, il n'y trempera pas lui-même ses lèvres. - De ce fruit de la vigne. Expression poétique pour désigner le vin. Les Protestants ont parfois conclu de ces paroles que, même après la consécration, il existait du vin dans le calice qui circulait alors entre les mains des disciples ; plusieurs des leurs (Olshausen, Stier, etc.) les réfutent sans peine en montrant que le Sauveur ne parlait pas exclusivement de la liqueur contenue dans la coupe, mais du vin d'une manière générale. - Jusqu'à ce jour : le jour de la Résurrection, d'après les auteurs grecs ; le ciel, d'après le contexte. - Je le boirai... Il est évident qu'ici le langage de Notre Seigneur ne doit pas être pris à la lettre : c'est une métaphore orientale, du reste parfaitement biblique, destinée à représenter les délices du ciel, comparées à celles d'un festin. - De nouveau, c'est-à-dire « d'une façon nouvelle est sans précédent », suivant S. Jean Chrysostôme, Hom 82 in Matth. et Théophylacte ; « une nouvelle fois » d'après d'autres ; plus simplement : nouveau, meilleur, supérieur. - Dans le royaume de mon Père : dans le royaume messianique parvenu à sa consommation bienheureuse et glorieuse. - C'est ainsi qu'en terminant la cène, Jésus-Christ associe la joyeuse pensée de son règne futur au triste tableau de ses souffrances. Pour nous, la sainte eucharistie qu'il venait d'instituer est donc en même temps un mémorial et un emblème prophétique : un mémorial au point de vue du passé, car elle nous rappelle la Passion du Christ ; un emblème prophétique au point de vue de l'avenir, puisqu'elle est le type du festin des noces de l'agneau que nous célébrerons éternellement au ciel.

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