30Et, après avoir dit l’hymne, ils allèrent à la montagne des Oliviers. 31Alors Jésus leur dit : Vous serez tous scandalisés cette nuit à mon sujet. Car il est écrit : Je frapperai le berger, et les brebis du troupeau seront dispersées. 32Mais, après que je serai ressuscité, je vous précéderai en Galilée. 33Pierre, prenant la parole, lui dit : Quand même tous seraient scandalisés à ton sujet, moi je ne serai jamais scandalisé. 34Jésus lui dit : En vérité, je te le dis, cette nuit même, avant que le coq chante, tu me renieras trois fois. 35Pierre lui dit : Quand il me faudrait mourir avec toi, je ne te renierai pas.
Matthieu chap. 26 verset 30. - Et, après avoir dit l’hymne, ils allèrent à la montagne des Oliviers. - Après avoir dit l'hymne. S. Matthieu désigne ainsi la seconde partie de l'Hallel (cf explication du v. 21) ou, suivant l'opinion que nous avons adoptée, le grand Hallel (Ps. 119-136 ; hebr. 120-137) qu'on devait réciter quand on avait pris la cinquième coupe. On a prétendu, il est vrai, que Notre Seigneur avait composé un hymne tout exprès pour la circonstance : mais c'est là une hypothèse légendaire basée sur des récits apocryphes. Cf. August. Ep. 237, ad Ceretium Episc. ; Grotius et Calmet in h. l. - Ils allèrent ; ils quittèrent le cénacle, puis la ville, pour se rendre au-delà du torrent de Cédron. - A la montagne des Oliviers : plus exactement (cf. v. 36) au jardin de Gethsémani, situé au pied du mont des Oliviers.
Matthieu chap. 26 verset 31. - Alors Jésus leur dit : Vous serez tous scandalisés cette nuit à mon sujet. Car il est écrit : Je frapperai le berger, et les brebis du troupeau seront dispersées. - Alors. D'après le contexte, ce mot indiquerait que la prédiction de Jésus relative au prochain reniement de S. Pierre eut lieu sur le chemin de Gethsémani ; mais S. Luc, 22, 31 et ss. et S. Jean 13, 36 ; cf. 14, 31, la placent au cénacle : d'où il suit que la particule alors, ici comme en d'autres endroits, sert à S. Matthieu de formule générale pour passer d'une scène à une autre, sans égard pour un ordre strictement chronologique. Patrizzi et d'autres auteurs croient rétablir plus parfaitement l'harmonie entre les récits, en admettant qu'il y eut deux prédictions successives du même fait, l'une pendant, l'autre après la cène. Mais il nous paraît difficile que Jésus ait répété deux fois les mêmes choses à des intervalles si rapprochés. - Vous serez tous : tous sans exception, même S. Pierre, S. Jacques et S. Jean. - Scandalisés. Ce n'est pas une apostasie proprement dite, mais seulement une désertion momentanée, un lâche abandon, que Jésus prédit en ce moment. - A mon sujet, pour « à cause de moi ». Je serai pour vous une occasion de chute ; ma Passion sera un obstacle contre lequel votre faiblesse viendra se heurter, de manière à vous renverser pour un instant. - Car il est écrit. Cette triste conduite des Apôtres avait été prévue de Dieu, et depuis longtemps l'Écriture l'avait annoncée. Cf. Zach. 13, 7. - Je frapperai... Le texte de Zacharie n'est pas cité textuellement par S. Matthieu ; nous retrouvons du moins le sens exact de la prophétie dans l'Évangile. Là, Jéhovah s'adressant à son glaive, lui disait : « Épée, lève-toi sur mon pasteur ... Frappe le pasteur, et que les brebis se dispersent! » Ici, il annonce qu'il frappera directement le pasteur. Ce pasteur est évidemment Notre Seigneur Jésus-Christ, cf. Joan. 10, 11 : les brebis sont le symbole des Apôtres qui, au premier danger, s'enfuirent et se dispersèrent comme un troupeau timide et sans défense. Leur foi était vive sans doute, mais elle ne devait pas résister complètement au choc des événements dont ils allaient bientôt être les témoins.
Matthieu chap. 26 verset 32. - Mais, après que je serai ressuscité, je vous précéderai en Galilée. - Le passage prophétique de Zacharie se terminait par une promesse consolante de Jéhovah. Après l'allocution terrible à son glaive que nous avons entendue, le Seigneur ajoutait : « Et je tournerai ma main vers les faibles », annonçant ainsi qu'il sauverait les pauvres brebis, même après leur folle coupable dispersion. Jésus fait aux Apôtres une promesse analogue. - Mais, après que... ; « mais », par opposition à la fuite des disciples. - Je serai ressuscité : parole de joie et de grand encouragement, que le Sauveur n'omet jamais de prononcer chaque fois qu'il prédit les circonstances douloureuses de sa Passion. - Je vous précéderai... Après sa mort, les Apôtres quitteront Jérusalem et la Judée, pour se réfugier en Galilée, dans cette province qui leur était chère à tous, à cause des joies si douces que leur avait procurées la société de Jésus ; dans cette province où ils seront à l'abri des hiérarques acharnés contre le christianisme naissant : le divin Maître leur promet, non seulement d'aller les y rejoindre, mais de s'y trouver avant eux pour les recevoir. Ce qu'il fit en effet, comme nous le verrons bientôt, 28, 10-16 ; Cf. Joan. 21 ; 1 Cor. 15, 6.
Matthieu chap. 26 verset 33. - Pierre, prenant la parole, lui dit : Quand même tous seraient scandalisés à ton sujet, moi je ne serai jamais scandalisé. - Le chef du sacré Collège refuse de croire qu'il abandonnera lâchement son Maître. Emporté par l'indignation qu'excitait dans son cœur une telle prophétie, il s'écrie avec sa véhémence accoutumée : - Quand même tous... Les autres feront ce qu'ils voudront, il n'a pas à s'en préoccuper actuellement ; pour lui jamais, ni pendant cette nuit, cf. v. 31, ni en aucune autre circonstance. « Il a commis un double crime dans ces paroles si hardies; le premier de résister à la parole expresse de son maître; et le second de se préférer aux autres disciples : et j’en ajouterais même un troisième, par lequel il s’attribuait tout comme venant de lui-même et de ses seules forces », dit S. Jean Chrysostôme, Hom. 82 in Matth. Mais il ajoute ensuite, et en toute vérité, que la faute du prince des Apôtres provenait de son grand amour.
Matthieu chap. 26 verset 34. - Jésus lui dit : En vérité, je te le dis, cette nuit même, avant que le coq chante, tu me renieras trois fois. - Jésus répète d'un ton plus ferme et plus solennel sa précédente assertion, qu'il a soin pourtant de préciser davantage, pour en mieux montrer la parfaite certitude. En outre, il l'applique cette fois directement à son contradicteur. - Avant que le coq chante. Les Grecs nommaient « chant du coq » la troisième veille de la nuit, celle qui s'écoulait entre minuit et trois heures, parce que c'est alors que le coq fait entendre son chant matinal. Partant de là, divers auteurs ont pensé que Notre Seigneur avait eu l'intention de désigner cette partie spéciale de la nuit, également connue des Latins sous le nom de « Gallicinium », cf. Pline, Hist. Nat. 10, 21 ; amm. Marcell. 22. Mais il vaut mieux laisser laisser à sa parole la signification plus générale qu'admettait déjà la version syriaque : « Avant que la nuit se soit écoulée », ou mieux encore, d'après S. Marc, 14, 30 : Avant que le coq ait cessé de chanter. - Tu me renieras trois fois. Le malheureux disciple, dans quelques heures, aura renié son Maître jusqu'à trois fois. Les autres abandonneront seulement Jésus ; mais lui, le chef du Collège apostolique, il ira jusqu'au reniement ! Cf. vv. 67-74 et parall.
Matthieu chap. 26 verset 35. - Pierre lui dit : Quand il me faudrait mourir avec toi, je ne te renierai pas. - De même que Jésus avait maintenu sa triste prédiction, de même S. Pierre maintient sa première promesse, en la renforçant de son mieux. - Quand il me faudrait... Fidèle jusqu'au bout, jusqu'à la mort s'il le faut ! s'écria-t-il impétueusement. Tout en blâmant sa présomption qui le faisait trop compter sur lui-même, pas assez sur Dieu, les Pères ne peuvent s'empêcher d'admirer et de louer son courage, issu d'un amour généreux. - Je ne te renierai pas : la négation est doublée, pour représenter une impossibilité absolue. - De même … Les autres apôtres affirment tous avec la même vigueur qu'ils mourront plutôt que d'abandonner leur Maître. Jésus les laisse dire sans insister davantage, voyant bien qu'ils étaient en ce moment trop surexcités pour comprendre ses avis et pour en tenir compte.