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12. - Le reniement de S. Pierre, vv. 69-75 . Parall. Marc. 14, 66-72 ; Luc. 22, 55-62 ; Joan. 18, 15-18, 25-27.

69Cependant Pierre était assis dehors, dans la cour et une servante s’approcha de lui, en disant : Toi aussi, tu étais avec Jésus de Galilée. 70Mais il le nia devant tous, en disant : je ne sais pas ce que tu dis. 71Et comme il franchissait la porte, une autre servante le vit et dit à ceux qui étaient là : Celui-ci était aussi avec Jésus de Nazareth. 72Et il le nia de nouveau avec serment : Je ne connais pas cet homme. 73Peu après, ceux qui étaient là s’approchèrent et dirent à Pierre : Certainement tu es aussi de ces gens-là car ton accent te fait reconnaître. 74Alors il se mit à faire des imprécations et à jurer qu’il ne connaissait pas cet homme. Et aussitôt le coq chanta. 75Et Pierre se souvint de la parole que Jésus avait dite : Avant que le coq chante, tu me renieras trois fois. Et étant sorti dehors, il pleura amèrement.

Matthieu chap. 26 verset 69. - Cependant Pierre était assis dehors, dans la cour et une servante s’approcha de lui, en disant : Toi aussi, tu étais avec Jésus de Galilée. - Cette scène a toujours été l'objet de vives discussions, parce qu'il est peu d'endroits du récit évangélique où il règne une aussi grande divergence parmi les historiens de Jésus. En rapprochant les unes des autres les quatre rédactions, le lecteur verra que, si les évangélistes notent expressément trois actes distincts et consécutifs de négation, conformément à la prophétie du Sauveur, cf. Matth. 26, 34 et parall., ils diffèrent d'une manière notable sur les questions de lieux, de personnes, etc. Les rationalistes crient naturellement à la contradiction, suivant leur coutume ; puis, en vertu de cette assertion qu'ils supposent infaillible, ils rejettent le récit des synoptiques pour s'en tenir à celui de S. Jean, qui serait plus vraisemblable parce qu'il est plus simple, disent-ils. Les commentateurs croyants voient au contraire dans ces légers écarts de détails un nouvel exemple de l'indépendance des quatre évangélistes, et, par suite, une preuve frappante de leur véracité. Sur ce point comme sur tous les autres, l'harmonie s'établit sans difficulté, sans coup de force : tous les hommes de bonne foi l'admettent. Le principe posé par Bengel, Gnomon, in h.l., et généralement suivi depuis par les commentateurs, facilite beaucoup la solution de ce petit problème évangélique. « Le triple reniement de S. Pierre consiste, non pas dans trois actes isolés, mais dans trois circonstances distinctes, où l'Apôtre renia plusieurs fois son Maître », Fouard, Passion de Notre Seigneur Jésus-Christ, p. 186 ; Cf. p. 60 et ss. Le « tu me renieras trois fois » ne doit donc pas se restreindre à trois paroles sorties de la bouche de S. Pierre ; car, si l'on additionnait les différentes occasions dans lesquelles le chef des Apôtres renia Jésus d'après les quatre évangélistes, on obtiendrait jusqu'à six (Denys le chartreux), sept (Cajetan) et même huit négations (Paulus). La prédiction admet un sens plus large. En combinant ensemble toutes ces négations, on obtient trois groupes de questions et de réponses ou, si l'on veut, trois actes successifs qui se composent chacun de plusieurs scènes variées, c'est-à-dire trois actes durant lesquels S. Pierre, interrogé à diverses reprises par des personnes nouvelles, renia plusieurs fois Notre Seigneur Jésus-Christ. (voir ces groupes à la note de Joan. 18, 27). Cela suffit pour réaliser l'expression « trois ». Quant aux écrivains sacrés, ils ont librement choisi parmi tous les détails du fait ceux qui leurs convenaient ou qu'ils connaissaient le mieux : des traits qu'ils omettent ou de ceux qu'ils racontent chacun en particulier, on ne peut rien conclure contre la narration des autres. Les dissemblances qui règnent entre eux ne sont donc que des variantes sans gravité. - Pierre était assis... Après avoir exposé sans l'interrompre l'interrogatoire de Jésus et ses suites immédiates, S. Matthieu revient sur un triste incident qui s'était passé dans la cour du palais, tandis que, non loin de là, Notre Seigneur était jugé par le Sanhédrin. Il le raconte tout d'un trait, bien qu'il se fût composé de parties distinctes, séparées par des intervalles assez considérables. Il rappelle d'abord que S. Pierre, durant les débats, était demeuré assis dehors dans la cour, avec les serviteurs. Plus haut, v. 58, il est vrai, il avait été dit que Simon-Pierre s'était glissé à l'intérieur : mais le narrateur pensait alors à la rue, que l'Apôtre venait de quitter pour passer dans l'intérieur de la cour. Il écrit maintenant « dehors », par opposition avec les appartements, et surtout à la salle dans laquelle Jésus était jugé. Voir dans Abbott, the N. Test. t. 1, p.303, le plan d'une maison orientale avec sa cour intérieure. - Tandis que Pierre, inquiet du cours que prenaient les événements, se chauffe en silence, pensant à son Maître, une servante, la portière d'après S. Jean, 18, 17, s'approche de lui, le regarde avec attention, et lui dit tout à coup : Toi aussi, tu étais avec Jésus de Galilée, c'est-à-dire, tu le suivais habituellement, tu es l'un de ses disciples. La portière faisait cette conjecture en voyant l'air triste, effrayé de l'Apôtre. Telle n'était pas l'attitude des gardes qui avaient arrêté Jésus ! La servante pouvait aussi avoir aperçu S. Pierre dans la société du Sauveur.

 

Matthieu chap. 26 verset 70. - Mais il le nia devant tous, en disant : je ne sais pas ce que tu dis. - C'était peu de temps après l'entrée de Pierre dans la cour. Pris au dépourvu par cette brusque interrogation, il se trouble et faiblit. - Il le nia devant tous : circonstance aggravante ; toute l'assistance fut témoin de sa première négation. - Je ne sais pas ce que tu dis. La réponse est évasive. C'est comme s'il disait : J'ignore de quoi il est question. Mais ce n'en est pas moins un reniement sous une forme indirecte. Il n'ose pas dire qu'il est le disciple de Jésus ; quand on lui parle de son Maître, il prétend lâchement ne pas comprendre. Et il suffit d'une servante pour l'intimider à ce point. « Cette colonne qui se croyait si ferme, la voilà ébranlée jusque dans ses fondements par le moindre souffle du vent ! » S. Augustin, 113è traité, in Joan. c. 18.

 

Matthieu chap. 26 verset 71. - Et comme il franchissait la porte, une autre servante le vit et dit à ceux qui étaient là : Celui-ci était aussi avec Jésus de Nazareth. - Mal à l'aise après ce qui vient d'arriver, S. Pierre veut fuir ; il se dirige du côté de la porte pour s'échapper. - Il franchissait la porte ; grand portail couvert et voûté qui donnait d'un côté sur la rue, de l'autre sur la cour, et qui conduisait de l'une à l'autre. Mais une autre servante l'aperçoit et fait à son sujet la même réflexion. Cependant elle ne s'adresse pas directement à lui, mais à ceux qui se trouvaient près du portail. - Avec Jésus de Nazareth. La première esclave avait appelé Jésus un Galiléen ; celle-ci le nomme Nazaréen. Elle sait qu'il est de Nazareth, ou bien on donnait peut-être indifféremment au Sauveur ces deux noms.

 

Matthieu chap. 26 verset 72. - Et il le nia de nouveau avec serment : Je ne connais pas cet homme. - C'est la seconde négation, hélas ! Formelle cette fois, et aggravée d'un serment, avec serment. L'Apôtre s'apercevant qu'on n'ajoutait pas foi à une simple assertion de sa part se mit à jurer qu'il ne connaissait pas Jésus. Et comment le nomme-t-il ? Je ne connais pas cet homme : cet homme, ou plus mal encore, l'homme !

 

Matthieu chap. 26 verset 73. - Peu après, ceux qui étaient là s’approchèrent et dirent à Pierre : Certainement tu es aussi de ces gens-là car ton accent te fait reconnaître. - Il s'écoula, d'après S. Luc, 22, 58, environ une heure entre la seconde et la troisième négation de S. Pierre. - Ceux qui étaient là... Le bruit qu'un des disciples de Jésus était dans l'atrium s'était répandu peu à peu : les serviteurs du grand-prêtre et les valets du Sanhédrin se mirent à la recherche de cet étranger audacieux qui n'avait pas craint de se glisser parmi eux. Ils n'eurent pas de peine à le reconnaître. - Certainement tu es aussi... Les servantes ont communiqué leurs soupçons, et comme elles avaient entendu quelques phrases de S. Pierre, elles ont sans doute fait part aux gens du Sanhédrin du trait particulier qui inspire à ceux-ci une entière certitude : Vous êtes Galiléen, c'est évident, votre langage le prouve ; vous êtes donc un de ses disciples. On savait en effet que la plupart des adhérents de Jésus avaient été recrutés en Galilée. « L'un d'eux » est méprisant. - Ton accent te fait reconnaître... La présomption n'était nullement hasardée. Il n'était pas plus difficile à un Jérusalemite de reconnaître un Galiléen au seul parler, qu'à un Parisien de distinguer à la prononciation un habitant de Marseille ou de l'Auvergne. Les Galiléens avaient un dialecte à part qui différait notablement, surtout par ses incorrections et sa dureté, de l’idiome plus doux et plus pur usité en Judée. Idiotismes, négligences grammaticales, accent spécial, tout cela les trahissait en un instant. Ils confondaient plusieurs sons (f et b, k et ch aspiré) ; ou bien, ils omettaient des syllabes entières, ce qui donnait parfois lieu à des quiproquos burlesques ou à de malicieuses plaisanteries dont le Talmud a conservé plusieurs exemples. On comprend donc que S. Pierre ait pu difficilement cacher son origine galiléenne.

 

Matthieu chap. 26 verset 74. - Alors il se mit à faire des imprécations et à jurer qu’il ne connaissait pas cet homme. Et aussitôt le coq chanta. - Néanmoins, il affirme plus fort que jamais qu'il ne connaissait point Jésus. Terrifié à la pensée qu'on pouvait arriver à connaître sa conduite dans le jardin, - un des parents de Malchus venait en effet d'insinuer qu'il croyait l'avoir vu à Gethsémani, cf. Joan. 18, 26, - Pierre renforce sa troisième négation par des anathèmes et des serments. - Il prononce contre lui-même toute sorte d'imprécations, pour le cas où il ne dirait pas la vérité. - Il se mit à jurer, comme au v. 72 ; affirmer sous le sceau du serment. Il y a dans les trois reniements une gradation ascendante facile à saisir : après la négation simple, v. 70, vient la négation accompagnée du serment, v. 72, puis en troisième lieu la négation corroborée d'imprécations et d'anathèmes. L'apôtre infidèle commençait de s'anathématiser lui-même, lorsque tout à coup le coq fit entendre sa voix stridente.

 

Matthieu chap. 26 verset 75. - Et Pierre se souvint de la parole que Jésus avait dite : Avant que le coq chante, tu me renieras trois fois. Et étant sorti dehors, il pleura amèrement. - Ce cri rappelle immédiatement à S. Pierre la prédiction si récente de Jésus, cf. v. 34, qui ne s'était que trop bien réalisée. Avant le chant du coq, le chef de la troupe apostolique avait renié trois fois son Maître. Le cœur brisé par son souvenir, il fuit au plus vite le théâtre de sa honteuse chute ; il sort de la cour et s'en va dans la rue pour se livrer librement à sa douleur. - Il pleura amèrement : dans le texte grec est à l'imparfait, « il pleurait », ce qui exprime un acte fréquent et prolongé. La faute avait été grande, mais elle fut aussitôt expiée par une vive et profonde contrition. « Saint Apôtre, heureuses ont été vos larmes qui, en diluant la culpabilité de la faute, ont eu le pouvoir du saint baptême », S. Léon, Serm. 9 de Passione. On connaît la tradition consignée dans les écrits de S. Clément pape, d'après laquelle les larmes de S. Pierre auraient duré autant que sa vie cf. Corn. a Lap. in h.l.

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