Jésus quitte la Galilée et s'en vient en Pérée, vv. 1-2. - Polémique du Sauveur contre les Pharisiens touchant l'indissolubilité du mariage, vv. 3-9. - Invitation à la virginité, vv. 10-12. - Jésus bénit les petits enfants, vv. 13-15. - Le jeune homme riche, vv. 16-22. - Danger des richesses au point de vue du salut, vv. 23-26. - Récompense généreuse accordée à ceux qui ont tout quitté pour suivre Jésus, vv. 27-30.
Le temps de la Pâque approche, et Jésus quitte la Galilée pour se rendre à Jérusalem où il doit non seulement accomplir la Loi mosaïque en mangeant l’agneau pascal, mais aussi accomplir son propre sacrifice. Les chapitres 19 et 20 du premier Évangile contiennent sur ce dernier voyage du Sauveur de beaux et de touchants détails. Après avoir dit adieu à la Galilée, Jésus vient en Pérée, où il demeure quelque temps. S. Matthieu raconte plusieurs épisodes de ce séjour, 19, 1-20, 16. Enfin le Jourdain est franchi et l’on entre en Judée, ce qui donne lieu à d’autres traits caractéristiques, desquels il ressort avec évidence que la fin de Notre Seigneur est proche, 20, 17-34. - Outre l’intérêt particulier qui s’attache aux faits racontés dans tout ce passage, il y a aussi l’intérêt plus grand encore des leçons morales données par Jésus. Ces leçons pourraient s’intituler : Portrait des vrais disciples du Christ, car elles expriment clairement ce que doit être, surtout sous le rapport du détachement et de l’humilité, le véritable partisans de Jésus. Notre Seigneur, avant de quitter les siens, profite de toutes les occasions qui se présentent pour les former et pour les instruire. - Nous trouvons au début de ce paragraphe, 19, 1-2, une esquisse générale du voyage ; S. Matthieu expose ensuite assez longuement les principaux faits qui signalèrent le séjour de Jésus-Christ dans la province de Pérée, 19, 3-20, 16 ; enfin une troisième partie, 20, 17-34, est consacrée aux événements qui précédèrent d’une manière immédiate l’entrée à Jérusalem.
1Et il arriva que, lorsque Jésus eut achevé ces discours, il partit de Galilée et vint aux confins de la Judée, au delà du Jourdain. 2Des foules nombreuses le suivirent, et il y fit des guérisons.
Matthieu chap. 19 verset 1. - Et il arriva que, lorsque Jésus eut achevé ces discours, il partit de Galilée et vint aux confins de la Judée, au delà du Jourdain. - Et il arriva. Parole solennelle qui ouvre une période importante de la vie de Notre Seigneur. - Lorsque Jésus eut achevé ces discours. S. Matthieu veut désigner par là toute l’instruction du chap. 18, composée, nous l’avons vu, de conseils étroitement liés et formant une belle unité. Mais notons bien que c’est une simple formule de transition, par laquelle l’évangéliste clôt le ministère de Jésus en Galilée, et non pas une date rigoureusement exacte. En effet, si nous comparons les récits de S. Jean et de S. Luc avec ceux de S. Matthieu et de S. Marc, nous arrivons promptement à la conviction qu’il existe ici dans les deux premiers Évangiles une lacune considérable. De l’automne de l’an 782 U. C., S. Matthieu nous transporte brusquement au printemps de 783, passant sous silence plusieurs voyages de Jésus à Jérusalem et d’importantes péripéties qui remplissent à peu près dix chapitres du troisième Évangile, Cf. Luc 9, 51 - 17, 11, et cinq du quatrième, Cf. Joan. 7, 2- 11, 54 ; comparez notre Harmonie évangélique et l’explication de ces passages. S. Matthieu voulant omettre les détails qui ne rentraient pas dans son plan, unit selon sa coutume le dernier des événements qui précède ces lacunes volontaires et le premier qui les suit, comme s’il y avait eu entre eux une connexion immédiate d’après l’ordre chronologique. C’est pour cela que nous trouvons le voyage du Sauveur à Jérusalem rattaché à l’instruction du Chapitre 18, bien que plusieurs mois se fussent écoulés dans l’intervalle. - Il partit de Galilée. Jésus quitte la Galilée pour n’y plus revenir, puisqu’il se rend maintenant à Jérusalem afin d’y consommer son sacrifice, Cf. ch. 21 et suivants. - Et vint aux confins de la Judée. La proposition précédente désignait le point de départ ; celle-ci en marque le but précis, la Judée. D’après plusieurs commentateurs, il est vrai, l’évangéliste ne parlerait ici que des confins de la Judée ; mais c’est une erreur, car l’expression indique très habituellement l’arrivée sur le territoire proprement dit d’une contrée : ce n’est guère que par exception qu’elle signifie : « s’arrêter dans les régions limitrophes » ; Cf. Bretschneider, Lexic. man. - Au-delà du Jourdain. L’autre côté du Jourdain par rapport à la Galilée, c’est évidemment la rive orientale du fleuve ; par conséquent il est impossible de rattacher ces deux mots à « confins de la Judée », comme l’ont fait plusieurs exégètes, attendu qu’aucune partie de la Judée n’a jamais été située sur la rive droite du Jourdain. Il faut donc nécessairement les faire dépendre du « vint », ce qui donne un sens très précis : Jésus, quittant la Galilée pour aller en Judée, passa par la Pérée. Le texte grec de S. Marc, 10, 1, ne permet pas le moindre doute sur ce point. Nous avons déjà dit qu’il y avait deux routes pour venir de Galilée à Jérusalem : la première, qui était la plus directe, traversait la Samarie ; la seconde faisait un long détour par la Pérée. Voir l’Atlas de M. l’abbé Ancessi, pl. 16. S. Matthieu détermine ainsi tout à la fois, et en quelques mots, le point de départ, « la Galilée », le but, « les confins de la Judée », et la direction, « au-delà du Jourdain », du dernier voyage de Notre Seigneur. Il en marquera plus loin les principales stations, Cf. 19, 15 ; 20, 17, 29 ; 21, 1. - La province de Pérée, que nous n’avons pas encore eu l’occasion de décrire, était située, comme son nom l’indique, à l’Orient du Jourdain, au-delà par rapport aux trois autres provinces juives, qui formaient la partie principale de la Terre Sainte. Son territoire, qui s’étendait, dans le sens large, depuis les sources du Jourdain jusqu’à l’extrémité méridionale de la mer Morte, avait été notablement réduit ; car, au temps de Notre Seigneur Jésus-Christ, Cf. Josèphe, Bell. Jud. 3, 3, 3, la Pérée était bornée au Nord par le petit fleuve Hiéromax (aujourd’hui Schériat-el-Mandour), et au Sud par l’Arnon. Les limites de l’Est et de l’Ouest étaient d’une part le désert, de l’autre le Jourdain ; Cf. Raumer, Palæstina, 4° édit. p. 225, et les cartes de van de Velde, Stieler, R. Riess, etc. Les planches 15 et 16 de l’Atlas géographique de M. Ancessi sont inexactes sur ce point. Nous avons vu que la Pérée appartenait au tétrarque Hérode Antipas, depuis la mort d’Hérode le Grand. Elle diffère beaucoup, pour la configuration générale, des autres provinces situées à l’Ouest du Jourdain. C’est un vaste plateau que recouvre partout un riche tapis de verdure ; mais sa surface, au lieu d’être unie, est couverte de dunes nombreuses aux ondulations variées, qui semblent avoir été jetées là dans une complète confusion. La partie septentrionale abonde en magnifiques bois de sycomores, de hêtres, de térébinthes, d’ilex et de figuiers ; la partie méridionale est beaucoup plus découverte, et les arbres y sont très clairsemés. Ce vaste plateau ondulé est pour ainsi dire profondément déchiré à trois reprises par les vallées du Yarmouk, du Jabbok et de l’Arnon. Dressé à pic du côté du Jourdain, il descend au contraire lentement dans la direction de l’Est, et finit par se mêler à la plaine immense qui va rejoindre le désert. Le caractère de la Pérée a toujours été pastoral, comme celui de ses habitants. A l’époque du Sauveur, c’était une province très florissante, remplie de villes splendides qu’ornaient des temples et des théâtres somptueux. Aujourd’hui, on n’y voit guère que des ruines. Les Turcs et les Bédouins rivalisent à qui transformera le plus promptement ce riche pays en un affreux désert. La mauvaise administration des uns, la paresse et le brigandage des autres auront bientôt obtenu ce triste résultat.
Matthieu chap. 19 verset 2. - Des foules nombreuses le suivirent, et il y fit des guérisons. - Des foules nombreuses le suivirent. Ce détail et les suivants, Cf. vv. 13 et 16, semblent prouver que l’accueil fait au Sauveur dans la Pérée fut excellent. A peine y a-t-il pénétré que nous voyons autour de lui des foules nombreuses qui l’écoutent religieusement, ainsi qu’il arrivait autrefois en Galilée. Comme il n’avait pas encore séjourné dans cette province, ses ennemis n’avaient pas eu l’occasion de le calomnier devant le peuple : voilà pourquoi les multitudes lui sont complètement favorables, les préjugés n’étant pas encore venus diminuer le respect qu’on éprouvait pour lui. - Il y fit des guérisons ; Cf. 12, 5. Il guérit ceux qui en avaient besoin. - Y, en Pérée, dans la contrée désignée en dernier lieu par les mots « au-delà du Jourdain ».