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19. - Jésus en croix, vv. 35-50. Parall. Marc. 15, 24-37 ; Luc. 23, 33-46 ; Joan. 19, 18-30

35Après qu’ils l’eurent crucifié, ils partagèrent entre eux ses vêtements, les tirant au sort, afin que s’accomplît ce qui avait été prédit par le prophète : Ils se sont partagé mes vêtements, et ils ont tiré ma tunique au sort. 36Et s’étant assis, ils le gardaient. 37Ils mirent au-dessus de sa tête une inscription, indiquant le sujet de sa condamnation : Celui-ci est Jésus, le roi des Juifs. 38En même temps, on crucifia avec lui deux voleurs, l’un à sa droite, et l’autre à sa gauche. 39Et les passants le blasphémaient, hochant la tête, 40et disant : Allons, Toi qui détruis le temple de Dieu, et qui le rebâtis en trois jours, sauve-toi toi-même ; si tu es le Fils de Dieu, descends de la croix. 41Les princes des prêtres se moquaient aussi de lui, avec les scribes et les anciens, et disaient : 42il a sauvé les autres, et il ne peut se sauver lui-même ; s’il est le roi d’Israël, qu’il descende maintenant de la croix et nous croirons en lui. 43Il a confiance en Dieu : que Dieu le délivre maintenant, s’il l’aime ; car il a dit : Je suis le Fils de Dieu. 44Les voleurs qui avaient été crucifiés avec lui, lui adressaient les mêmes insultes. 45Or, depuis la sixième heure jusqu’à la neuvième, il y eut des ténèbres sur toute la terre.46Et vers la neuvième heure, Jésus cria d’une voix forte : Eli, Eli, lamma sabacthani ? C’est-à-dire : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? 47Quelques-uns de ceux qui étaient présents, l’ayant entendu, disaient : il appelle Élie. 48Et aussitôt l’un d’eux, accourant, prit une éponge et la remplit de vinaigre ; et l’ayant attachée à un roseau, il lui donnait à boire. 49Mais les autres disaient : Laisse, voyons si Élie viendra le délivrer. 50Mais Jésus, poussant de nouveau un grand cri, rendit l’esprit.

Matthieu chap. 27 verset 35. - Après qu’ils l’eurent crucifié, ils partagèrent entre eux ses vêtements, les tirant au sort, afin que s’accomplît ce qui avait été prédit par le prophète : Ils se sont partagé mes vêtements, et ils ont tiré ma tunique au sort. - La sévère simplicité avec laquelle les Évangélistes racontent les scènes, pourtant si émouvante, de la Passion du Fils de Dieu, a été fréquemment admirée. Elle est un gage manifeste de leur parfaite impartialité. « Leurs narrations ne seraient pas plus incolores, si c'étaient des rapports officiels émanés de Pilate ou de ses subordonnés. On n'y rencontre pas une seule épithète destinée à exprimer ou à exciter soit l'indignation contre les bourreaux, soit la compassion pour la victime. Il n'y est pas fait de tentative pour déduire quelque conclusion doctrinale. Les écrivains se bornent à constater les faits... Ils ont exposé le drame du Calvaire aux yeux du monde tels qu'ils l'ont vu. Chaque génération nouvelle contemple à travers une atmosphère claire et limpide l'image du Crucifié, que ne recouvre aucune draperie formée par la rhétorique du sentiment », L. Abbott, the N. Test. t. 1, p. 303. Nous aimerions pourtant trouver dans l'Évangile quelques détails sur le crucifiement du Sauveur. Les écrivains sacrés n'en donnent aucun, parce qu'ils supposaient le supplice de la croix, si fréquent à cette époque, bien connu de tous leurs lecteurs. Heureusement, il est facile de combler cette lacune, grâce aux nombreuses données de l'archéologie. Nous parlerons d'abord de la croix, puis du crucifiement. - 1 La croix. Cet antique et douloureux  instrument de supplice reçut dans le cours des temps les formes les plus variées. Après avoir été à l'origine un simple poteau auquel on attachait le condamné, il ne tarda pas, grâce à l'addition d'une branche transversale, à prendre un aspect complètement nouveau. On eut ainsi, selon la manière dont cette branche fut rattachée au tronc primitif, trois sortes de croix. La première, plus connue sous le nom de croix de S. André, était en forme d'X ; la seconde, appelée parfois croix de S. Antoine, ressemblait à la lettre T ; la troisième ne différait de la seconde que par une légère projection du montant principal au-dessus de la traverse : c'est la croix latine avec laquelle nous sommes familiarisés depuis notre enfance. Il est moralement certain que la croix de Notre Seigneur Jésus-Christ eut cette dernière forme. Si les anciens monuments de l'art chrétien laissent la question douteuse, c'est parce que la croix du deuxième type y alterne avec celle du troisième, cf. Langen, die letzten Lebenstage Jesu, p. 322, la tradition paraît la trancher en faveur de la croix latine. En effet, les comparaisons par lesquelles les Pères essayent souvent de décrire la croix du Sauveur, v.g. un homme qui nage ou un oiseau qui vole (S. Jérôme, in Marc. c. 11), Moïse priant les bras étendus (S. Justin Mart., Dial. c. Tryph. c. 90 ; cf. Minut. Felix, Oct. c. 29), l'étendard romain (Tertull, Apol. c. 16) , les quatre points cardinaux (S. Maxime de Turin, de cruce Dom. hom. 3), un hameçon (S. Greg, Illum. ap. Spicil. Solesm. t. 1, p. 500), etc., ne peuvent guère s'appliquer qu'à la croix latine. D'ailleurs, la tablette attachée au-dessus de la tête du Sauveur, cf. v. 37, eût nécessairement transformé une croix en forme de T en croix latine. Les croix étaient d'ordinaire peu élevées : elles atteignaient tout au plus le double de la taille d'un homme. Nous savons par le témoignage d'autres anciens que le corps du patient était assez rapproché du sol pour que les bêtes sauvages pussent le dévorer. Cf. Sueton. Ner. 49. Elles étaient munies vers le centre de la tige d'un morceau de bois projeté en avant sur lequel, d'après l'expression consacrée, le condamné montait à cheval (voir dans S. Justin, Dial. c. Tryph., c. 91, et dans S. Iren. adv. Haeres. 2, 42, des expressions analogues). Ce support était nécessaire pour soutenir le corps du crucifié : autrement les mains, sur lesquelles tout le poids aurait porté, se seraient bientôt déchirées, et la victime aurait roulé jusqu'à terre. Cf. Tert. adv. Nat. 1, 12 ; Senec. Ep. 101. Le petit tabouret qu'on place habituellement sous les pieds de Jésus en croix aurait pu remplir le même but ; mais il n'est pas probable qu'il ait existé. Les auteurs anciens n'en font pas mention : S. Grégoire de Tours est le premier à le signaler. Ce sont sans doute les artistes qui l'ont inventé afin de pouvoir supprimer le chevalet dont la représentation eût été choquante. - 2. Le crucifiement. Les soldats chargés de l'exécution, cf. Senec. de Ira, 1, 17, Jos. Ant. 19, 1, 6, dépouillaient d'abord le condamné de ses vêtements : telle était la règle, cf. Artemidor. Oneirocrit. 2, 58, et la tradition suppose qu'elle fut exécutée pour Notre Seigneur Jésus-Christ comme pour les condamnés vulgaires. Néanmoins, nous savons par maint passage des classiques grecs et latins (voir des citations dans Langen, l.c., p. 305) que le mot latin « nudus » ne doit pas toujours s'entendre d'une nudité complète. On peut donc légitimement affirmer que le voile respectueusement jeté autour des reins de Jésus crucifié n'est pas une pure fiction de l'art chrétien. Il est déjà mentionné dans l'Évangile apocryphe de Nicodème, ch. 10 ; de plus son emploi était rigoureusement exigé par les convenances juives, cf. tr. Sanhedr. c. 6, 3, et même romaines, cf. Horat. Ep. 1, 11, 18 ; S. August. de Civ. Dei 14, 17 ; Dionys. Halicarn. 7, 72 ; Langen, l.c., p. 306. Après que le condamné ait été dépouillé de ses habits, on procédait au crucifiement. Il y avait deux manières de le pratiquer. Parfois la croix était d'abord étendue sur le sol, les soldats y attachaient le condamné, puis elle était dressée et consolidée. Mais cette méthode n'était qu'assez rarement employée. Le plus souvent, on commençait par planter en terre l'instrument du supplice : le patient était ensuite hissé sur la cheville que nous avons décrite, et on lui clouait les mains et les pieds aux différentes branches de la croix. C'est ainsi que Notre Seigneur dut être crucifié. « Est plus vraisemblable l’opinion selon laquelle le Christ a été crucifié après que la croix ait été érigée, plutôt que quand elle était encore posée par terre.  Lipsius montre, en effet, dans la croix, 2, 7, que la plupart du temps les condamnés à mort étaient crucifiés de cette façon. Et dans les auteurs anciens, on rencontre souvent ces expressions : monter sur la croix, placer sur la croix, hisser sur la croix. Elles signifient clairement que la croix était déjà érigée quand ont les clouait dessus.  Il est certain qu’Athanase a dit dans son sermon sur la passion : il est venu au lieu où il avait à monter sur la croix.  Et Hilaire dans la trinité, livre 10 : il a été élevé sur le bois.  Saint Bonaventure, Rodolphe et Tolet sont du même avis. Bynoeus aussi, dans de la mort du Christ, 3, 6 », Benoit XIV, dans des fêtes, C.7, 86. Le docte Pontife aurait pu ajouter que c'était l'opinion de la plupart des Pères et de presque tous les commentateurs ; Cf. Gretser, de Cruce t. 1, p. 59 et ss. Adrichomius mentionne il est vrai, Theatr. terrae sanctae, § 118, une autre tradition, d'après laquelle Jésus aurait été cloué à la croix avant d'être élevé en l'air ; mais elle est relativement tardive et ne présente que fort peu de garanties. - Les mains étaient fixées les premières au bois de la croix au moyen d'énormes clous, dont M. Rohault de Fleury cite plusieurs spécimens dans son mémoire sur les Instruments de la Passion, p. 172 et ss. Les pieds étaient ensuite percés de la même manière. C'est dans cette opération et dans ses suites affreuses que consistait à proprement parler, dit Tertullien, adv. Marc. 3, 19, l'atrocité du crucifiement. Une double discussion s'est élevée touchant la manière dont les pieds divins du Sauveur furent attachés à la croix. 1° Plusieurs rationalistes (Paulus, von Ammon, etc.) prétendent qu'ils n'auraient pas été cloués, mais simplement liés avec des cordes. Ils allèguent en preuve de leur assertion un passage de S. Jean, 20, 25, où Notre Seigneur, parlant de ses blessures, ne mentionne que celles des mains et du côté , nullement celles des pieds. Mais nous leur opposons l'autorité du Christ lui-même, d'après le récit de S. Luc, 24, 39 et ss. :  « Voyez mes mains et mes pieds : c’est bien moi ! Touchez-moi, regardez : un esprit n’a pas de chair ni d’os comme vous constatez que j’en ai... Après cette parole, il leur montra ses mains et ses pieds. » Nous leur opposons encore le témoignage unanime de la tradition (cf. en particulier S. Justin Martyr, c. Triph. 97 ; Tertull. c. Marcion. 3, 19 ; C. Cyprien, etc. ; Friedlieb, Archaeologie der Leidengesch., p. 144 et ss.) qui voit dans le crucifiement du Sauveur l'accomplissement de la célèbre prophétie : « Ils ont percé mes mains et mes pieds », Ps. 22, 17. Nous leur opposons enfin le texte suivant de Plaute, Mostell. 2, 1, 13 : « Je donnerai un talent au premier qui grimpera au gibet, mais à condition qu'on lui clouera deux fois les mains, deux fois les pieds ». De cette offre singulière, il ressort évidemment que la coutume ancienne était de clouer les pieds aussi bien que les mains à l'arbre de la croix ; l'extraordinaire de la demande consiste en ce qu'on voudrait ici que chaque membre dût percé de deux clous. Au reste, nos adversaires démasquent leur jeu lorsqu'ils ajoutent que, la mort de Jésus n'ayant été qu'apparente, il n'est pas étonnant qu'il pût faire si promptement usage de ses pieds. S'il est question en divers endroits de cordes destinées à lier les coupables à la croix, cf. Pline, Hist. Nat. 28, 11 ; Xen. Ephes. 4, 2, etc., cela prouve qu'elles étaient souvent employées en même temps que les clous. Pour plus de commodité, on attachait les mains et les pieds avant de les percer. S. Hilaire réunit ensemble « Les chaînes des cordes qui le  liaient et les plaies des clous qui le transperçaient ». - 2° La seconde discussion porte sur le nombre des clous qui servirent à fixer les pieds du Sauveur à la croix. Dans un poème faussement attribué à S. Grégoire de Nazianze, « Christus patiens », v. 1463 et ss., la croix est appelée « bois à trois clous », ce qui suppose que les deux pieds  auraient été placés l'un sur l'autre  et percés d'un seul clou, comme on le voit sur de nombreux crucifix. La paraphrase de Nonnus, in Joan. 19, 91, semble attester le même fait, quoique en termes assez obscurs. De nos jours, Movers (Zeitschr. für Phil. u. Kath. Theolog. 15, 183 et ss.) s'est également prononcé en faveur de cette opinion. Mais il est beaucoup plus probable que chaque pied fut attaché isolément par un clou distinct. Telle a toujours été l'opinion commune : voir la monographie de Corn. Curtius « de Clavis dominicis », Anvers 1670. S. Cyprien, qui avait souvent assisté à des crucifiements, parle au pluriel « des clous qui perçaient les pieds », Serm. de Pass. S. Ambroise. Orat. de obitu Theodos. § 47, Rufin, Hist. Eccl. 2, 8, Theodoret, Hist. Eccl. 1, 17, S. Grégoire de Tours, de Glor. martyr. 6, mentionnent expressément les quatre clous qui furent employés pour crucifier Notre Seigneur. Du reste, il eût été extrêmement difficile de n'attacher les pieds du condamné avec un seul clou. La position du condamné, la forme de la croix, l'absence d'un support pour les pieds, auraient été de sérieux obstacles à cette dernière partie de l'exécution. - On s'est demandé parfois si les sculpteurs et les peintres ont raison de représenter l'image du divin Crucifié avec la couronne d'épines sur la tête. Ceux des anciens auteurs qui se sont occupés de cette question font une réponse affirmative, par exemple Origène, in Matth. , h.l., et Tertullien, contr. Judaeos, c. 13. L'Évangile de Nicodème, 1, 10, raconte aussi que les soldats, après avoir dépouillé Jésus de ses vêtements, lui passèrent un linge autour des reins et lui mirent de nouveau sur la tête son diadème douloureux. Il était d'ailleurs naturel que le « roi des Juifs » fût crucifié par les Romains avec cet attribut de sa royauté. Sur tous les points relatifs à la croix et au crucifiement nous renvoyons le lecteur aux savants ouvrages de Lipsius, de Cruce, de Salmasius, id., de Kippingius, de Cruce et Cruciariis, de Gretser, de Cruce Christi, et de Bartholinus, Hypomnemata de Cruce. Voir encore Smith, diction. of the Bible, s.v. Cross, Crucifixion ; Wetzer et Welte, Dict. Encyclop. au mot Crucifiement ; Winer, Realwoerterbuch, s.v. Kreuzigung. - Ils partagèrent entre eux ses vêtements. Lorsque les soldats eurent accompli leur horrible tâche, ils se partagèrent aussitôt les vêtements de la victime qui, de par la loi, Digest. 48, 206, De bonis damnatorum, l. 6, étaient adjugés aux bourreaux. Ils étaient quatre : ils firent donc quatre parts. - Les tirant au sort. Les portions étant nécessairement inégales, le sort fut chargé de décider celle de chacun. Cf. Joan. 19, 23, 24. - Afin que s'accomplît … Ces mots et la fin du verset sont omis par de nombreux manuscrits grecs et latin, par plusieurs Pères et plusieurs versions : aussi la plupart des critiques les rejettent-ils du texte comme apocryphes. C'est probablement une glose marginale empruntée à S. Jean, 19, 24, et insérée dans le texte de S. Matthieu par un copiste. - Par le prophète. La citation est tirée du Psaume 21, v. 19 ; elle est faite d'après les Septante.

 

Matthieu chap. 27 verset 36. - Et s’étant assis, ils le gardaient. - Le partage terminé, les bourreaux s'assoient aux pieds de la croix pour garder Notre Seigneur Jésus-Christ. Cette coutume de monter la garde auprès des crucifiés jusqu'au moment où ils expiraient, est mentionnée par les auteurs classiques ; cf. Pétrone, Sat. 3, 6 ; Plutarque, Vita Cleom. 38. Elle avait pour but d'empêcher les parents ou les amis des suppliciés de venir les détacher de la croix pour essayer de les sauver à force de soins. Fl. Josèphe raconte, Vita, 75, qu'un de ses amis fut délivré de cette manière et rendu à la vie. Le crucifiement ne produisait pas directement la mort, car l’hémorragie était bientôt arrêtée par l'enflure des parties percées par les clous. Le patient demeurait donc souvent des jours entiers sur la croix avant de rendre le dernier soupir. Cf. Pétrone, l.c. ; Euseb. Hist. Eccl. 8, 8. Les soldats ne le quittaient pas un seul instant.

 

Matthieu chap. 27 verset 37. - Ils mirent au-dessus de sa tête une inscription, indiquant le sujet de sa condamnation : Celui-ci est Jésus, le roi des Juifs. - Ils mirent. Plusieurs exégètes croient devoir donner au parfait le sens du plus-que-parfait, parce qu'ils supposent à bon droit que la tablette avait été attachée à la croix avant le tirage au sort des vêtements de Jésus. D'autres, pour le même motif, vont jusqu'à dire qu'il y aurait eu dans ce passage, par la maladresse des copistes, une transposition des versets : l'ordre primitif eût été, vv. 33, 34, 37, 38, 35, 36, 39. Enfin, M. Fouard, La Passion de Notre Seigneur Jésus-Christ, p. 122, conjecture que, dans la précipitation avec laquelle Jésus fut condamné et traîné au supplice, on aurait oublié d'abord l'inscription : Pilate se serait souvenu plus tard seulement de cette formalité légale, et le titre ne serait parvenu sur le Calvaire qu'après la fin du crucifiement. Les deux dernières hypothèses nous paraissent peu vraisemblables ; la première est plus naturelle, mais elle n'est nullement nécessaire, car l'on peut très bien traduire par le parfait : quand l'opération du crucifiement fut achevée, les soldats placèrent l'inscription sur la croix, au-dessus de la tête du crucifié. C'était une petite planche, habituellement blanchie au gypse, et nommée dans le langage juridique « titulus » ou « elogium » par les Latins, cf. Luc. 23, 38. L'indication du crime du supplicié y était écrite en abrégé. Elle était souvent portée en avant du condamné ou suspendue à son cou tandis qu'on le conduisait du prétoire au lieu de l'exécution. Elle était écrite le plus souvent en noir, parfois en caractères rouges. Nous savons, cf. Luc 23, 38, que l'inscription de Jésus-Christ était écrite en trois langues, en grec, latin et hébreux, pour que tout le monde pût la comprendre. Elle varie dans les quatre Évangiles, bien qu'elle soit partout la même quant à la substance. D'après S. Matthieu, elle exprimait : 1° le nom du coupable (celui-ci est Jésus), 2° la nature de sa faute (le roi des Juifs). Roi des Juifs, c'est-à-dire, qui se dit roi des Juifs ; c'était un crime de lèse-majesté romaine.

 

Matthieu chap. 27 verset 38. - En même temps, on crucifia avec lui deux voleurs, l’un à sa droite, et l’autre à sa gauche. - Après que Jésus eût été attaché à la croix ou, mieux encore, pendant son propre crucifiement, puisque chaque condamné avait une escouade spéciale de soldats chargée de son exécution. - Deux voleurs. Le substantif grec désigne plutôt des brigands que des voleurs vulgaires. Les deux larrons crucifiés avec Jésus faisaient sans doute partie de ces bandes qui, au dire de l'historien Josèphe, Ant. 16, 10, 8 ; 20, 8, 10 ; Bell. Jud. 2, 12-13, infestaient alors la Palestine, et dont un nombre considérable furent condamnés au supplice de la croix sous le gouvernement de Félix ; peut-être même, comme on l'a parfois conjecturé, étaient-ils les complices de Barabbas. Voir dans S. Luc, 23, 39-43, de touchants détails sur leurs derniers moments. Jésus était placé entre eux, à la place la plus humiliante dans cette circonstance.

 

Matthieu chap. 27 verset 39. - Et les passants le blasphémaient, hochant la tête. - « Une sorte de commisération, de respect pour la souffrance, entoure d'ordinaire les plus vils criminels dès qu'ils sont montés sur l'échafaud ; Jésus n'eut pas même cette triste consolation ». Fouard, Passion de Notre Seigneur Jésus-Christ, p. 144. Trois catégories d'insulteurs, la foule en général, vv. 39-40, les Sanhédristes, vv. 41-43, et les larrons, v. 44, vont lancer contre lui les paroles les plus outrageantes. C'est la multitude sans pitié qui commence. - Les passants : Ceux qui allaient à la ville ou qui en revenaient, les curieux qui étaient là tout exprès pour voir les suppliciés et surtout Jésus, etc. Ce mot prouve que Jésus avait été crucifié sur le bord d'un chemin fréquenté, conformément du reste à la coutume romaine ; cf. Cic. Verr. 5, 66 ; Quitil. Decl. 274. - Ils blasphémaient : le verbe grec a le sens d'insulter ; mais les outrages dirigés contre Jésus étaient en réalité des blasphèmes proprement dits. - Hocher la tête était chez les Hébreux un geste de moquerie et de mépris. Comparez Ps. 21, 8 ; 109, 25 ; Job. 16, 4 ; Jerem. 18, 16.

 

Matthieu chap. 27 verset 40. - Et disant : Allons, Toi qui détruis le temple de Dieu, et qui le rebâtis en trois jours, sauve-toi toi-même ; si tu es le Fils de Dieu, descends de la croix. - L'Évangéliste a conservé quelques-uns des sarcasmes de la foule. - Allons. C'est une interjection qui dénote évidemment la dérision et le reproche dans la circonstance présente, bien qu'elle exprimât parfois l'admiration ; Cf. Dio Cassius, 63, 20. Elle manque dans la plupart des manuscrits grecs. - Toi qui détruis le temple de Dieu. Cette injure mordante se rattache à l'assertion de Jésus citée par Saint Jean, 2, 19, et récemment rappelée à la mémoire du peuple par la déposition des faux témoins, Matth. 26, 61. - Sauve-toi toi-même. Si tu es assez puissant pour détruire les gigantesques constructions du Temple et pour le relever en trois jours, il doit t'être bien facile de te délivrer toi-même ! Les insulteurs ne se doutent guère que, dans trois jours, Jésus aura réédifié le temple auguste de sa sainte humanité qu'ils viennent de détruire si cruellement. - Si tu es le Fils de Dieu. Le Christ devant être doué du pouvoir d'opérer toute sorte de prodiges, Jésus, qui prétendait à ce titre, devait pouvoir aisément descendre de la croix, malgré les clous qui l'y retenaient attaché.

 

Matthieu chap. 27 verset 41. -  Les princes des prêtres se moquaient aussi de lui, avec les scribes et les anciens, et disaient... - L'évangéliste a conservé quelques-uns des sarcasmes de la foule. C'est la seconde classe d'insulteurs. Elle se composait, d'après la mention expresse de notre évangéliste, des princes des prêtres, des Scribes et des Anciens, c'est-à-dire des trois chambres du Sanhédrin, qui étaient venues en grande partie pour se repaître des souffrances et des humiliations de leur victime.

 

Matthieu chap. 27 verset 42. - Il a sauvé les autres, et il ne peut se sauver lui-même ; s’il est le roi d’Israël, qu’il descende maintenant de la croix et nous croirons en lui. - S. Matthieu nous communique les sarcasmes des Sanhédristes, comme il avait fait pour ceux du peuple. La multitude s'était adressée directement à Jésus ; en hommes bien appris, les membres du Grand Conseil parlent de lui à la troisième personne, mais leur outrage n'en devient que plus mordant. - Il a sauvé les autres. Allusion aux nombreux miracles de guérison accomplis par Notre Seigneur Jésus-Christ. Les Sanhédristes eux-mêmes admettent donc que le Sauveur a opéré de vrais prodiges : c'est un aveu précieux que nous recueillons de leur bouche pour l'opposer aux rationalistes. « Même les Scribes et les Pharisiens, dit S. Jérôme, in h. l., reconnaissent malgré eux qu' « il en a sauvé d'autres ». Puis le saint Docteur ajoute, rétorquant contre les ennemis du Christ la suite de leur insulte : « Votre propre jugement vous condamne donc, car puisqu'il en a sauvé d'autres, il aurait pu s'il l'avait voulu se sauver lui-même ». - S'il est le roi d'Israël : c'est-à-dire, s'il est le Messie, dont une des principales prérogatives devait être de gouverner la nation d'Israël. Cf. 2, 18. Les Sanhédristes empruntent du reste ce sarcasme à la récente assertion de Jésus, cf. 26, 64, et à l'inscription même que chacun pouvait lire au-dessus de sa tête, v. 37. Ils demandent ironiquement à Jésus l'éclatant prodige que la foule avait déjà réclamé quelques instants auparavant. A ce prix, ils promettent de croire en lui et de le reconnaître pour le Messie, le Fils de Dieu. Citons encore S. Jérôme : « Promesse mensongère : Car qu'y a-t-il de plus grand, est-ce de descendre de la croix encore vivant, ou de se relever de la tombe après être mort ? C'est pourtant ce qu'il a fait, et ils n'ont pas cru ; ils n'auraient donc pas cru s'il était descendu de la croix ». Mais de pareilles promesses ne coûtaient guère à ces imposteurs. Et puis, ils étaient si sûrs d'avoir à tout jamais ruiné leur ennemi et sa puissance !

 

Matthieu chap. 27 verset 43. - Il a confiance en Dieu : que Dieu le délivre maintenant, s’il l’aime ; car il a dit : Je suis le Fils de Dieu. - Abusant d'une manière indigne des Saintes Écritures, les prêtres et les Docteurs juifs osent citer dérisoirement contre Jésus un passage du Psaume 21, qui était généralement regardé comme messianique. On lit au v. 9 de ce cantique, d'après les Septante et la Vulgate : « Il a espéré au Seigneur, qu'il le délivre ! Qu'il le sauve, puisqu'il l'aime ! » Travestissant la pensée, ils mettent un « si » plein d'ironie à la place du « car » tout à fait affirmatif du texte. Qu'il le délivre, s'il l'aime ! Mais, pensaient-ils, il se gardera bien de le délivrer. - S'il l'aime. Le verbe hébreu correspondant signifie tout à la fois vouloir et aimer. - Car il a dit… Se reportant aux assertions personnelles de Jésus, les Sanhédristes les mentionnent pour insinuer qu'elles sont entièrement fausses, Dieu le laissant mourir sur la croix ; ce qui n'arriverait pas s'il était vraiment le Messie.

 

Matthieu chap. 27 verset 44. - Les voleurs qui avaient été crucifiés avec lui, lui adressaient les mêmes insultes. - Les brigands crucifiés aux côtés du Sauveur mêlent eux-mêmes leurs voix à ce triste concert d'injures. - Les voleurs. De prime abord, ce pluriel semble contredire le récit de S. Luc, 23, 39 et ss., d'après lequel un seul des larrons aurait pris part aux insultes lancées contre Jésus ; mais la conciliation est facile. « on peut penser que les deux larrons l'ont d'abord insulté ; mais quand le soleil s'est caché, la terre a tremblé, … , l'un d'eux a cru en Jésus, et a réparé son refus initial de croire en confessant sa foi », S. Jérôme in h. l. ; de même Origène, S. Cyrille, S. Jean Chrysost., Théophylacte, etc. On peut dire aussi que S. Matthieu, cf. Marc. 15, 32, parle en termes généraux pour abréger : le pluriel serait employé par synecdoque, ou bien ce serait un pluriel de catégorie. Telle est l'opinion de S. Augustin, de Cons. Evang. 3, 16.

 

Matthieu chap. 27 verset 45. - Or, depuis la sixième heure jusqu’à la neuvième, il y eut des ténèbres sur toute la terre. - Les vv. 45-50 exposent les circonstances extraordinaires au milieu desquelles eut lieu la mort de Notre Seigneur Jésus-Christ. La sixième heure : c'est-à-dire à partir de midi. D'après S. Marc, 15, 25, il y avait alors déjà trois heures que le Sauveur était sur la croix. S. Jean raconte il est vrai, 19, 14, que vers la sixième heure du jour Jésus entrait seulement chez Pilate ; mais nous prouverons ailleurs que le quatrième évangéliste suppute ici les heures d'après une méthode particulière. - Il y eut des ténèbres. Vers le milieu du jour, au moment où commençait l'agonie du divin Maître, il se produisit tout à coup un assombrissement extraordinaire du soleil et de l'atmosphère. Ces ténèbres, que les trois synoptiques signalent d'une manière solennelle et à peu près dans les mêmes termes, cf. Marc. 15, 33, Luc. 23, 44, n'étaient pas le résultat d'une éclipse, ainsi qu'on le faisait remarquer dès les premiers siècles de l'ère chrétienne, cf. Orig. in h. l. ; Victor Cap. de cycl. Pasch. Spicil. Solesm. 1, 297 ; Evang. Nicod. c. 11, attendu que la lune était alors dans son plein. Elles n'avaient non plus aucun rapport avec l'obscurité qui précède d'ordinaire les tremblements de terre, puisque la commotion mentionnée plus bas, v. 51, était miraculeuse. C'était un fait providentiel, un vrai prodige en vertu duquel la nature semblait prendre le deuil au moment où le Fils de Dieu allait rendre le dernier soupir. Les hommes se montraient sans pitié pour lui ; mais le monde inanimé lui témoignait ainsi une sorte de sympathie. De même que la nuit s'était illuminée soudain d'une nouvelle clarté à la naissance de Jésus, de même le jour s'obscurcit tristement à ses derniers instants. - Sur toute la terre. Des exégètes assez nombreux, parmi lesquels nous citerons Origène, Maldonat, Erasme, Kuinoel, Olshausen, pensent que le mot « terre » doit se restreindre ici, comme en d'autres passages de la Bible, à une zone particulière, c'est-à-dire à la Judée, ou tout au moins à la Palestine. Au contraire, la plupart des Pères et plusieurs commentateurs anciens et modernes prennent l'expression à la lettre. On peut du moins admettre avec Bleek, Synopt. Comment. 2, 471, Langen, die letzten Lebenstage Jesu p. 343, et d'autres auteurs, que les ténèbres s'étendirent bien au-delà des limites de la Palestine, et qu'elles envahirent au loin les provinces de l'empire romain. On connaît le mot célèbre qu'aurait prononcé Denys l'Aéropagite au moment où le ciel fut ainsi assombri : « Le Dieu de la nature souffre, et la machine du monde doit s'en aller en pièces ». Tertullien ne craignait pas d'alléguer aux autorités romaines ces ténèbres merveilleuses comme un fait connu de tous et consigné dans les archives publiques. « Au même instant, écrivait-il dans son Apologie, c. 21, le jour fut privé de soleil, qui n'était arrivé qu'au milieu de sa course. Ce prodige fut certainement pris pour une éclipse par ceux qui ne savaient pas qu'il avait aussi été prédit pour la mort du Christ. Et pourtant vous le trouvez consigné dans vos archives comme un accident mondial ». - Jusqu'à la neuvième. Vers trois heures de l'après-midi ; l'obscurité dura donc jusqu'au moment de la mort de Jésus.

 

Matthieu chap. 27 verset 46.  - Et vers la neuvième heure, Jésus cria d’une voix forte : Eli, Eli, lamma sabacthani ? C’est-à-dire : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? - S. Matthieu passe aux derniers instants du Sauveur, pour signaler un trait douloureux de son agonie. Sous la pression violente d'une angoisse extrêmement vive qui déchirait son âme, Jésus poussa un grand cri et prononça une phrase pleine de désolation. - Eli, Eli … Des sept paroles du Christ mourant, c'est la seule qui ait été conservée dans le premier Évangile. Elle est empruntée au Psaume 21, dont la première partie semblerait écrite après coup par un témoin de la Passion. L'évangéliste la cite d'abord dans l’idiome syro-chaldéen, qui était parlé en Palestine au temps de Jésus et par Jésus lui-même : cela était nécessaire pour faire comprendre le jeu de mots du verset suivant. Dans l'hébreu pur, il y a Lamma hazabthani au lieu de Lamma sabacthani. - Cette exclamation, qui suppose un véritable abîme de douleur dans l'âme de Notre Seigneur Jésus-Christ, contient un mystère très profond. Comment le Messie a-t-il pu se dire abandonné de Dieu son Père ? Comment concilier en lui cette affreuse angoisse avec la béatitude qui doit nécessairement régner dans le cœur d'un Dieu ? Mais hâtons-nous de dire, malgré les assertions contraires de Celse, de Julien l'Apostat et des rationalistes modernes, que cette désolation n'a rien de commun avec le désespoir. Jésus se plaint sans doute, mais sa plainte est filiale et soumise. Il en appelle à Dieu, mais cela prouve qu'il a confiance en lui, car « celui qui peut parler à Dieu, dit très bien Stier, Reden des Herrn Jesu, in h. l., doit avoir Dieu avec lui ». Aussi, pour expliquer ce cri mystérieux à l'aide d'une image naturelle, « volontiers nous songerions à ces hautes montagnes dont la cime s'élève fière et triomphante au-dessus des nuées qui pèsent sur la terre. Souvent, tandis qu'une lumière vive et pure couronne leur front de majestueuses clartés, une effroyable tempête s'attache à leurs flancs ; mais ni les sombres nuées sillonnées d'éclairs, ni la foudre frappant sans relâche et répandant à leurs pieds l'effroi, la dévastation et l'horreur, ne troublent l'éternelle sérénité qui règne à leur sommet », Fouard, Passion de Notre Seigneur Jésus-Christ, p. 161.

 

Matthieu chap. 27 verset 47 - Quelques-uns de ceux qui étaient présents, l’ayant entendu, disaient : il appelle Élie. - On a parfois affirmé (S. Jérôme, Euthymius, etc.) que ces hommes étaient des soldats romains qui, ne comprenant que le premier mot du cri de Jésus, « Eli, Eli », auraient supposé par une singulière méprise que le divin Crucifié appelait le prophète Élie. Mais comment les bourreaux de Rome auraient-ils connu Élie ? La réflexion étrange il appelle Élie avait donc des Juifs pour auteurs. Dans quel sens fut-elle faite ? Était-ce un travestissement impie et brutal du texte cité par Jésus, de telle sorte que « le plus terrible cri d'angoisse qui ait jamais retenti sur la terre, la parole la plus sacrée de lamentation, auraient été dérisoirement transformés par un esprit plein de malice » ? Stier, l. c. Beaucoup d'interprètes le pensent. M. Schegg, et après lui le Dr Langen, font judicieusement observer que les Juifs respectaient trop le nom divin pour se permettre à son sujet une aussi indigne plaisanterie. Voir Olshausen, in h. l. Ils supposent donc que la parole de Jésus aura été mal entendue et qu'elle aura donné lieu à un quiproquo involontaire, quoique il ne soit pas dénué complètement d'une certaine malice, cf. v. 49. - « Il » est, dans le texte latin (iste), une expression de dédain : Le voilà qui appelle Élie !

 

Matthieu chap. 27 verset 48. - Et aussitôt l’un d’eux, accourant, prit une éponge et la remplit de vinaigre ; et l’ayant attachée à un roseau, il lui donnait à boire.  - Jésus s'était écrié presque en même temps : J'ai soif. Cf. Joan, 19, 28 et ss. L'un des assistants, saisi de pitié, prend aussitôt les moyens de calmer cette soif brûlante qui était un des plus grands tourments des crucifiés ; cf. Bisping, p. 563, note ; Smith, Diction. of the Bible, s.v. Crucifixion. - Prit une éponge. Il y avait là une éponge dont les bourreaux s'étaient probablement servis pour essuyer le sang qui les couvrait : piquée à l'extrémité d'un bâton, elle pouvait servir du moins à humecter les lèvres du patient. C'était le meilleur moyen de le désaltérer un peu dans les circonstances où il se trouvait. - La remplit de vinaigre. Le breuvage des soldats romains se nommait « posca » : c'était tantôt un mélange d'eau et de vinaigre, tantôt du mauvais vin. L'homme compatissant qui s'était ému au cri de Jésus trempa l'éponge dans la provision de « posca » qui était auprès de la croix pour les soldats de garde. - L'ayant attachée à un roseau : c'était, dit S. Jean, 19, 29, un rameau d'hysope.

 

Matthieu chap. 27 verset 49. - Mais les autres disaient : Laisse, voyons si Élie viendra le délivrer.  - Les autres Juifs veulent l'empêcher d'accomplir cet acte de miséricorde. Laisse ! C'est-à-dire, ne fais pas cela. Ils ajoutent avec ironie : Voyons si Élie viendra… Ils supposaient que Jésus avait appelé à son secours le prophète Élie qui, d'après les prophètes, cf. Malach. 4, 5, 6, comme d'après l'Évangile, cf. Matth. 11, 14 et Luc 1, 17, devait avoir avec le Messie les rapports les plus intimes. Ces hommes cruels prétendent donc malicieusement qu'il vaut mieux laisser Jésus : son Élie va venir sans doute pour le rafraîchir et pour le délivrer. - Entre les versets 49 et 50, les manuscrits B, D, G, L. Sinaït. intercalent la ligne suivante : « et un autre prenant une lance, perce son côté et il en coula de l'eau et du sang ». Mais c'est là évidemment un emprunt apocryphe fait au quatrième Évangile, 19, 34. Condamnée au point de vue de la critique du texte, cette addition n'est pas moins malheureuse sous le rapport théologique ; car, si elle exprimait un fait réel, Jésus serait mort du coup de lance, opinion qui a été quelquefois soutenue, mais que le pape Clément V a justement réprouvée au concile de Vienne (an. 1311) comme contraire au récit sacré ; cf. Joan. 19, 30-37.

 

Matthieu chap. 27 verset 50. - Mais Jésus, poussant de nouveau un grand cri, rendit l’esprit. - Un premier cri avait été mentionné plus haut, v. 46. Quelles paroles s'échappèrent alors des lèvres du Sauveur en même temps que son dernier soupir ? S. Matthieu ne le dit pas ; mais nous l'apprenons dans la narration de S. Luc, 23, 46 : « Jésus s'écria d'une voix forte: Père, je remets mon esprit entre tes mains. Et, en disant ces paroles, il expira. » - Un grand cri. Les trois synoptiques ont pris soin de noter ce trait extraordinaire qui prouve, comme le disaient déjà les Pères, que Notre Seigneur mourut librement, de son plein gré. - Il rendit l'esprit. Ici, il faut aimer, adorer et se taire.

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