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20. - Ce qui suivit la mort de Jésus, vv. 51-56. - Parall. Marc. 15, 38-41 ; Luc. 23, 47-49.

51Et voici que le voile du temple se déchira en deux, depuis le haut jusqu’en bas, et la terre trembla, et les pierres se fendirent, 52et les tombeaux s’ouvrirent, et beaucoup de corps des saints qui s’étaient endormis ressuscitèrent, 53et sortant de leurs tombeaux après sa résurrection, ils vinrent dans la ville sainte, et apparurent à beaucoup de personnes. 54Le centurion et ceux qui étaient avec lui pour garder Jésus, ayant vu le tremblement de terre et tout ce qui se passait, furent saisis d’une grande frayeur et dirent : Vraiment cet homme était le Fils de Dieu. 55Il y avait là aussi, à quelque distance, des femmes nombreuses, qui avaient suivi Jésus depuis la Galilée, pour le servir ; 56parmi elles était Marie Madeleine, Marie mère de Jacques et de Joseph, et la mère des fils de Zébédée.

Matthieu chap. 27 verset 51. - Et voici que le voile du temple se déchira en deux, depuis le haut jusqu’en bas, et la terre trembla, et les pierres se fendirent. - Parmi les événements qui suivirent immédiatement la mort du Sauveur, S. Matthieu en signale trois principaux : 1° Quelques phénomènes miraculeux dans le domaine de la nature et dans le royaume des morts, v. 51-53 ; 2° l'appréciation du centurion, v. 54 ; 3° la conduite des saintes femmes, v. 55-56. - Et voici. Ce début est solennel et annonce de grandes choses. Du reste, on a depuis longtemps remarqué que la narration de S. Matthieu, qui est habituellement si calme et d'une si austère simplicité, prend tout à coup en ce passage un ton plus élevé : elle est poétique et rythmée comme un chant de triomphe ; les phrases s'y succèdent rapidement, en cadence, précédées de la conjonction et. - Le voile du temple. Il y avait deux voiles principaux dans le temple de Jérusalem. Le premier était situé devant le Saint, qu'il séparait du vestibule ; le second était à l'entrée du Saint des Saints. Cf. Ex. 26, 31 et ss. ; Levit. 16, 23 ; Philo, Vita Moys. 3, 6. Ils étaient l'un et l'autre très épais et richement ornés ; cf. Jos. Bell. Jud. 5, 5, 4 et 5. Tout porte à croire que c'est du second que l'évangéliste a voulu parler. En effet, 1. c'était le voile par excellence, 2. S. Matthieu et S. Marc le désignent par son appellation ordinaire ; 3. le symbole devient beaucoup plus significatif si c'est l'entrée du Saint des Saints lui-même qui fut ainsi miraculeusement ouverte ; cf. Winer, Bibl. Realwoerterbuch, c. v. Tempel, note 7. Malgré la prépondérance de ces motifs, D. Calmet, Hug et d'autres se décident en faveur du premier voile. Lightfoot, Descriptio templi hierosolym. c. 15, sect. 2, essaie de mettre tout le monde d'accord en conjecturant que les deux voiles furent déchirés en même temps ; mais son hypothèse n'a pas le moindre fondement. Ce phénomène ne fut pas le résultat du tremblement de terre, puisqu'il le précéda de quelques instants : ce fut le premier des prodiges qui eurent lieu après la mort du Sauveur. L'idée qu'il exprime d'une façon toute dramatique est facile à saisir. Le voile qui rendait le sanctuaire impénétrable à tout autre regard qu'à celui du Grand-Prêtre signifiait, d'après le beau langage de S. Paul, Hebr. 9, 8, que la voie du véritable sanctuaire restait fermée, tant que le premier tabernacle continuait d'exister. Aussi demeura-t-il à sa place tant qu'il n'y eut, pour effacer les péchés des hommes, que le sang impuissant des boucs et des taureaux, ibid. 10, 4. Mais, dès que la divine victime, seule capable de satisfaire la justice infinie de Dieu, eut expiré sur le Calvaire, cet épais rideau, qui avait symbolisé pendant un si grand nombre d'années la séparation entre le Créateur et la créature, se déchira mystérieusement, l'Esprit Saint montrant ainsi que désormais l'entrée du Saint des Saints était ouverte. On peut dire encore que le temple marquait de cette manière la part qu'il prenait à la douleur universelle causée par la mort de Jésus : comme on l'a vu, les Orientaux déchiraient leurs vêtements en signe de deuil. - Depuis le haut jusqu'en bas, par conséquent dans toute sa longueur. D'après une note de l'Évangile apocryphe « secundum Hebraeos » conservée par S. Jérôme, Comm. in Matth., 27, 51, cf. Epist. 149, qu. 8, et reproduite quant à la substance dans le Talmud de Jérusalem, tr. Ioma 6, 4, le linteau de pierre auquel était attaché ce voile aurait été tout d'abord brisé : « Dans cet évangile dit des Hébreux, nous lisons non pas que le voile du temple s'est déchiré, mais que le linteau du temple, d'une immense grandeur, s'est rompu et s'est divisé », S. Jérôme l.c. Ce trait expliquerait pourquoi la déchirure commença par le haut. - La terre trembla. La terre, comme le firmament, exprimait ainsi sa sympathie à l'occasion de la mort du Christ. Elle fut saisie de mouvement convulsifs, « C’est comme si elle avait été mue de son centre, et de son lieu », Sylveira in h.l., quand son auteur rendit le dernier soupir, de même que le corps humain se met parfois à trembler sous l'empire de la tristesse et du chagrin de l'âme. - Les pierres se fendirent. Ce phénomène, qui fut une conséquence du tremblement de terre, se produisit au Golgotha et dans les environs de Jérusalem. De nos jours encore, on voit dans la basilique du saint Sépulcre une fissure extraordinaire du rocher de Golgotha, signalée déjà par S. Cyrille, Catech. 13, c. 33. Au lieu d'avoir été produite dans le sens des veines de la pierre, ainsi qu'il arrive habituellement dans les circonstances analogues, elle partage le roc de manière à croiser perpendiculairement les différentes couches qui le composent. Aussi des témoins dignes de foi l'ont-ils regardée comme le résultat évident d'un miracle. Cf. Millar, Hist. of the propagation of Christianity, cité par Mgr M'Evilly, Comm. in h. l.

 

Matthieu chap. 27 verset 52. - Et les tombeaux s’ouvrirent, et beaucoup de corps des saints qui s’étaient endormis ressuscitèrent. - S. Matthieu a seul mentionné ce dernier prodige, qui surpasse tous les autres en grandeur. Le tremblement de terre, en même temps qu'il fendait les rochers les plus durs, faisait rouler hors de leurs gonds les énormes pierres qui fermaient l'entrée des sépulcres juifs. Cf. v. 60 ; Joan. 11, 38, etc. Mais ce n'est pas tout : Plusieurs de ces monuments funèbres ainsi ouverts rendirent leurs morts qui, d'après la description du verset suivant, accoururent dans la ville et se manifestèrent à de nombreux témoins. - Beaucoup de corps de saints… De quelle manière et dans quel sens eurent lieu ces résurrections merveilleuses ? Les exégètes se sont de tout temps séparés sur ce point délicat. On peut cependant réduire à trois les opinions principales qu'ils ont émises. 1° Les morts dont parle S. Matthieu seraient ressuscités à la façon de Lazare, l'ami du Christ ; c'est-à-dire que leur âme aurait été de nouveau unie à leur corps, pour une seconde vie d'une durée plus ou moins longue. Tel est le sentiment de Théophylacte. Mais on lui oppose justement l'expression « apparurent » du v. 53, qui suppose de simples apparitions, par conséquent une résurrection momentanée. 2° Origène, S. Jérôme, S. Thomas d'Aquin, et à leur suite Maldonat, Arnoldi, Brown, Mgr Mac-Evilly, M. Fouard, etc., pensent que cette résurrection était définitive ; c'eût été une anticipation de celle de tous les hommes à la fin du monde. Sur les bienheureux qui en furent l'objet, la mort aurait donc à jamais perdu son empire : bien plus, ils auraient eux-même accompagné Jésus dans le ciel en corps et en âme au jour de son Ascension. Mais cette opinion n'est-elle pas réfutée dans l'Épître aux Hébreux, 11, 39, 40 ? N'a-t-elle pas contre elle la croyance générale d'après laquelle, à part le Sauveur et la glorieuse Vierge Marie, personne avant la fin du monde n'entrera dans le Ciel avec un corps transfiguré ? 3° Suivant le système adopté par MM. Schegg et Bisping, la merveille dont l'évangéliste fait ici mention ne consiste pas dans des résurrections proprement dites, mais dans de simples apparitions temporaires, semblables à celles des anges, ou mieux encore à celle de Moïse sur la montagne de la Transfiguration. Ce n'est donc pas sous l'enveloppe réelle de leurs corps, c'est sous des fantômes extérieurs qui leurs correspondaient, que les saints personnages choisis par Dieu se montrèrent à Jérusalem. - Quels furent les Saints de l'Ancien Testament qui eurent ainsi l'honneur de participer en un certain sens à la Résurrection du Sauveur ? On a souvent nommé Adam, Noé, Abraham, David, d'après les Acta Pilati, cf. Thilo, Cod. Apocr. N. T. p. 810, ou encore, S. Joseph, S. Jean-Baptiste, etc. On ne sait rien de précis à ce sujet : il semble plus vraisemblable, d'après le contexte, que la plupart d'entre eux avaient appartenu à la génération contemporaine, puisque nous les voyons se faire reconnaître d'un grand nombre. - Qui s'étaient endormis. Dès les premiers jours du Christianisme, le verbe « s'endormir » devint un gracieux euphémisme pour signifier mourir ; cf. 1 Tess. 4, 4. De là le nom de dortoir, en grec, (d'où cimetière) donné aux champs des morts.

 

Matthieu chap. 27 verset 53. Et sortant de leurs tombeaux après sa résurrection, ils vinrent dans la ville sainte, et apparurent à beaucoup de personnes. - Ewald et Fritzsche prennent cette expression dans le sens actif : « Sortant de leurs sépulcres après que Jésus les eût ressuscités ». Mais il faut faire violence au texte pour traduire d'une manière si peu naturelle et si peu grammaticale. Il s'agit évidemment de la résurrection personnelle du Sauveur. C'est donc seulement après que Jésus-Christ fut sorti d'entre les morts, que les âmes d'élite auxquelles il communiqua en quelque manière le privilège de sa résurrection, quittèrent leurs tombeaux et vinrent se montrer aux habitants de Jérusalem. Il convenait en effet qu'elles ne se manifestassent pas avant qu'il eût quitté son propre sépulcre. Il suit de là qu'elles ne ressuscitèrent probablement elles-mêmes qu'après lui : autrement, qu'auraient-elles fait dans les monuments funèbres depuis le vendredi soir jusqu'au dimanche matin ? Aussi est-ce l'avis commun des exégètes que ces détails sont racontés ici par anticipation. Seuls, les premiers mots du v. 52, « les tombeaux s'ouvrirent », sont donc à leur place chronologique. Mais, après avoir parlé de l'ouverture miraculeuse des tombeaux, l'évangéliste ajoute très-naturellement, d'après l'ordre logique, d'autres faits merveilleux dont ils furent encore le théâtre un peu plus tard. - Dans la cité sainte. Cf. 4, 5 et le commentaire. La sainte cité s'était hélas transformée en cité déicide. - Ils apparurent à beaucoup. Tel était le but de leur entrée dans Jérusalem. Ils y viennent comme des témoins, comme des preuves vivantes de la résurrection de Jésus. C'est pour cela qu'ils multiplient leurs apparitions. Plus on les verra, plus il y aura de cœurs qui croiront au caractère messianique de Notre Seigneur et à sa divinité.

 

Matthieu chap. 27 verset 54. - Le centurion et ceux qui étaient avec lui pour garder Jésus, ayant vu le tremblement de terre et tout ce qui se passait, furent saisis d’une grande frayeur et dirent : Vraiment cet homme était le Fils de Dieu. - S. Matthieu fait part maintenant à ses lecteurs de l'impression produite par les prodiges qu'il vient de décrire, sur les soldats romains qui avaient assisté à la mort de Jésus, et d'une grave réflexion qu'ils leur inspirèrent. Il nomme d'abord le centurion, c'est-à-dire l'officier sous les ordres duquel le crucifiement avait eu lieu. Les mots suivants, ceux qui étaient avec lui, désignent les simples soldats qui avaient rempli le rôle de bourreaux, et qui montaient actuellement la garde autour du corps de Jésus. Ces hommes rudes et grossiers, à la vue du tremblement de terre et des autres phénomènes extraordinaires qui l'accompagnaient (les ténèbres, le cri surnaturel du Sauveur mourant, la rupture des rochers), ne purent réprimer un vif sentiment de crainte. Convaincus d'une certaine manière de la divinité de leur victime, ils redoutent sa vengeance, puisque ce sont eux-mêmes qui l'ont mise à mort. - Le Fils de Dieu. Dans quel sens affirment-ils que Jésus est le fils de Dieu ? Il est bien difficile de le déterminer, comme on le voit par le grand désaccord qui règne sur ce point entre les interprètes. S. Luc, 23, 47, place sur les lèvres du centurion une expression beaucoup plus vague : « Certainement, cet homme était juste », et il est possible que la qualification de Fils de Dieu équivalût simplement pour ces païens à celle d'ami de Dieu. Peut-être aussi faisaient-ils alors dans le sens strict un véritable acte de foi en la nature divine de Jésus-Christ. Ils avaient entendu dire, soit chez Pilate, cf. Joan. 19, 7, soit récemment au pied de la croix, Matth. 27, 40, que Jésus prétendait avoir droit au titre de Fils de Dieu : de tous les prodiges qui s'étaient passés au moment de sa mort, ils concluent qu'il était vraiment Dieu ainsi qu'il l'avait affirmé. « Au milieu de ce scandale de la passion, le centurion confesse que Jésus est Fils de Dieu, tandis qu'au sein de l'Église, Arius le proclame une simple créature », S. Jérôme in h.l. « C’est donc avec raison que le centurion est la figure de la foi de l’Église, lui qui, aussitôt que le voile qui couvrait les mystères célestes est déchiré par la mort du Seigneur, le proclame un homme vraiment juste et le vrai Fils de Dieu, alors que la synagogue garde le silence », Rhaban Maur, ap. Thom. Aq. Cat in h.l.

 

Matthieu chap. 27 verset 55. - Il y avait là aussi, à quelque distance, des femmes nombreuses, qui avaient suivi Jésus depuis la Galilée, pour le servir. - A côté de ces païens qui révèrent Jésus, nous trouvons un autre groupe ami et fidèle. Il est composé d'un nombre assez considérable de pieuses Juives, qui s'étaient attachées à lui depuis longtemps par la foi de l'esprit et par le dévouement du cœur. Tandis que les Apôtres ont lâchement pris la fuite, elles ont eu le courage de suivre Jésus jusqu'au Calvaire. Leur présence a consolé ses derniers instants. Même après sa mort, elles demeurent au poste que leur sainte affection leur avait fixé : elles ne s'éloigneront que lorsqu'on aura rendu les derniers devoirs à ses restes sacrés. - À quelque distance. Par convenance, pour ne pas se trouver mêlées à la foule brutale qui entourait la croix. Cependant, plusieurs d'entre elles n'avaient pas craint de s'avancer jusqu'auprès du Sauveur mourant ; cf. Joan. 19, 25. - Qui avaient suivi… Ces saintes femmes suivaient habituellement le Sauveur dans ses voyages ; cf. Luc. 8, 1-3. Elles étaient venues avec lui de Galilée à Jérusalem à l'occasion de la Pâque actuelle. - Pour le servir. « Servir » ne désigne pas seulement les services en général que l'on peut rendre au prochain. Il signifie parfois d'une manière spéciale, et c'est ici le cas, fournir le nécessaire. Cf. Matth. 4, 11 ; 25, 44 ; Marc. 1, 13 ; 15, 41 ; Luc. 8, 3 ; 1 Petr. 4, 10-11, etc. Voir aussi Bretschneider, Lex. Man. t. 1, p. 226. L'évangéliste veut donc dire que les amies de Jésus subvenaient à ses besoins temporels, et à ceux de ses disciples.

 

Matthieu chap. 27 verset 56. - Parmi elles était Marie Madeleine, Marie mère de Jacques et de Joseph, et la mère des fils de Zébédée.  - Après avoir mentionné leur noble conduite, il nomme les plus célèbres d'entre elles. - Marie Madeleine, ou Marie de Magdala, petite ville située sur les bords du lac de Tibériade, au Sud de Capharnaüm ; cf. 15, 39 dans le texte grec. Nous aurons à examiner plus tard, s'il faut confondre Marie Madeleine avec Marie sœur de Lazare. - Marie Jacobé : Cette autre Marie était la femme de Cléopas et, comme nous l'avons dit ailleurs, cf. Joan. 19, 25 et l'explication de Matth. 13, 55-56, la sœur ou la belle-sœur de la Sainte Vierge. Ses fils Jacques et Joseph étaient par conséquent les « frères » de Notre Seigneur Jésus-Christ. Le premier ne diffère pas de l'Apôtre S. Jacques-le-Mineur ; du second on ne connaît pas autre chose que le nom. - La mère des fils de Zébédée : Salomé, Marc. 15, 40, était là, elle aussi, réparant par sa courageuse présence l'acte de faiblesse auquel l'avait entraînée naguère, cf. 20, 20, un amour trop naturel pour ses deux fils.

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