Ressources Catholiques Missel Romain

SAMEDI SAINT

22. - Les gardes auprès du sépulcre, vv. 62-66.

62Le lendemain, qui était le jour après la Préparation, les princes des prêtres et les pharisiens allèrent ensemble trouver Pilate, 63en disant : Seigneur, nous nous sommes souvenus que cet imposteur a dit, lorsqu’il vivait encore : Après trois jours je ressusciterai. 64Ordonnez donc que le sépulcre soit gardé jusqu’au troisième jour, de peur que ses disciples ne viennent dérober son corps, et ne disent au peuple : Il est ressuscité d’entre les morts ; dernière imposture qui serait pire que la première. 65Pilate leur dit : Vous avez des gardes ; allez, gardez-le comme vous l’entendez. 66Ils s’en allèrent donc, et pour s’assurer du tombeau, ils en scellèrent la pierre et y mirent des gardes.

 

Matthieu chap. 27 verset 62. - Le lendemain, qui était le jour après la Préparation, les princes des prêtres et les pharisiens allèrent ensemble trouver Pilate.  - Le lendemain : dans la journée du samedi saint. Par Parascève, les Juifs hellénistes désignaient le jour de la Préparation, jour qui précédait le sabbat ou les fêtes solennelles. Ce nom était tiré des préparatifs spéciaux qu'il fallait faire durant les vigiles, afin de n'avoir pas à violer le repos sacré du lendemain ; cf. Jos. Ant. 16, 6, 2. Au Livre de Judith, 8, 16, on trouve l'expression équivalent de veille du sabbat. Mais pourquoi l'évangéliste s'est-il servi d'une périphrase aussi singulière, lorsqu'il pouvait dire simplement et avec beaucoup plus de clarté « sabbat » ou « jour du sabbat » ? Le sabbat ayant une importance bien supérieure à celle de sa vigile, il paraît tout d'abord surprenant qu'on l'ait désigné ici non pas d'une manière directe, mais d'après le jour précédent. Plusieurs explications ont été imaginées pour rendre raison de cette expression. Cf. von Gumpach, Üb. den altjüd. Kalender, p. 62. La plus naturelle, qui est aussi la plus communément admise, consiste à dire que le nom de Parascève entra de bonne heure dans le langage liturgique de l'Église pour désigner le jour de la mort du Sauveur. Comme, au point de vue chrétien, ce jour l'emportait sur tous les autres, on comprend aisément qu'il ait servi de centre pour leur dénomination, sans que le sabbat fit exception à cette coutume. La locution « jour après la Parascève » est donc employée dans un style tout à fait chrétien, bien qu'elle soit empruntée aux idées juives. - Les princes des prêtres et les pharisiens. Ils se présentaient chez Pilate comme délégués du Sanhédrin. Nous savons que le parti Pharisaïque était largement représenté dans le grand Conseil, et que les princes des prêtres formaient l'une des trois Chambres dont se composait le Sanhédrin. - Les Sanhédristes redoutent Jésus même après sa mort : apprenant que son corps a été laissé à la disposition de ses amis, ils veulent empêcher ceux-ci d'en abuser pour tromper le peuple. De là l'entrevue qu'ils sollicitent de Pilate. Il est difficile de déterminer au juste l'heure à laquelle ils se présentèrent au prétoire. Ce serait, suivant D. Calmet, dès l'ouverture du sabbat, par conséquent le vendredi soir après le coucher du soleil. Mais la plupart des commentateurs placent la visite des Sanhédristes soit dans la matinée, soit dans la soirée du samedi : le sens obvie des mots le jour suivant favorise ce sentiment.

 

Matthieu chap. 27 verset 63. - en disant : Seigneur, nous nous sommes souvenus que cet imposteur a dit, lorsqu’il vivait encore : Après trois jours je ressusciterai. - Seigneur était un titre honorifique alors fréquemment usité dans les relations sociales. - Nous nous sommes souvenus. Les délégués du Sanhédrin s'excusent en quelque sorte de venir encore troubler le procurateur pour cette affaire ; mais ils avaient oublié un point de la dernière gravité, qu'il importait de lui faire régler au plus tôt. - Cet imposteur. Expression de mépris, qui fait dire à Rosenmüller, Schol. in h.l. : « Même après sa mort, ils ne cessèrent pas de couvrir Jésus d’ignominie. Horace lui-même applique ce mot à un saltimbanque ou un marchand ambulant qui trompe les hommes avec des colifichets et des babioles ». - Lorsqu'il vivait encore. Donc il était vraiment mort : les Pharisiens en étaient certains. Nous recommandons cette parole à ceux des rationalistes modernes qui, pour expliquer la résurrection de Notre Seigneur Jésus-Christ, ont recours à une simple syncope, dont il serait revenu au bout de quelques heures. Voir Dehaut, l'Évangile expliqué, médité, t. 4, p. 414 et suiv., 5è édit. - Après trois jours je ressusciterai. Le verbe est au présent dans le texte grec, ce qui exprime mieux la parfaite certitude avec laquelle Jésus avait tenu ce langage. « Après trois jours », c'est-à-dire le troisième jour qui suivra ma mort, comme nous l'avons démontré précédemment. Voir 12, 40 et le commentaire. Du reste cela ressort très clairement du v. 64 et d'un texte analogue de S. Luc, 23, 7. - La prophétie que mentionnent ici les Sanhédristes semble n'avoir été annoncée qu'aux Apôtres en des termes aussi formels. Cf. Marc. 8, 31. Plusieurs exégètes (Mgr Mac-Evilly, J.P. Lange, etc.) ont conjecturé que les ennemis du Sauveur l'avaient connue par une révélation du traître. Mais il est possible qu'elle se fût divulguée d'une autre manière. Du reste, plusieurs passages évangéliques déjà signalés, spécialement Joan. 2, 19 ; Matth. 12, 39, 40, suffisent pour expliquer la citation des Pharisiens.

 

Matthieu chap. 27 verset 64. - Ordonnez donc que le sépulcre soit gardé jusqu’au troisième jour, de peur que ses disciples ne viennent dérober son corps, et ne disent au peuple : Il est ressuscité d’entre les morts ; dernière imposture qui serait pire que la première.  - Après les considérants, vient la demande : ordonnez en vertu de votre autorité supérieure. De lui-même, le Sanhédrin n'aurait pas eu le droit de prendre la mesure qu'il implore de Pilate. C'eût été un abus de pouvoir que les Romains n'auraient pas toléré. - Soit gardé : par une escouade de soldats du prétoire. - Jusqu'au troisième jour : c'est à dire jusqu'au dimanche soir. Jésus ayant promis de ressusciter le troisième jour après sa mort, ce jour passé, s'il restait dans le tombeau, son imposture deviendrait manifeste et l'on n'aurait plus besoin de gardes. - Au peuple : à la foule sans instruction qu'il est si aisé d'induire en erreur. Cette expression laisse percer le dédain que les Pharisiens superbes nourrissaient pour le peuple illettré. Cf. Joan. 7, 49. - Imposture qui serait pire. Ils exposent la conséquence fâcheuse qui résulterait de la croyance du peuple à la résurrection de Jésus. C'est cette croyance même qu'ils désignent par le nom de dernière imposture ; la première erreur était la foi au caractère messianique du Sauveur. « Remarquez, dit fort bien M.L. Abbott sur ce passage, New. Testam. with notes, t. 1, p. 322, qu'ils corroborent sans en avoir conscience l'argument basé sur le fait de la résurrection de Jésus. Supposé que le Christ soit ressuscité d'entre les morts, il faut admettre à l'instant tout ce qui est impliqué dans la foi à un Christianisme surnaturel ».

 

Matthieu chap. 27 verset 65. - Pilate leur dit : Vous avez des gardes ; allez, gardez-le comme vous l’entendez.  - La réponse de Pilate est laconique et froide : si le gouverneur accède à cette nouvelle demande des membres du Sanhédrin, c'est encore en les humiliant. - Vous avez des gardes. Selon la traduction du grec, le texte se comprend comme suit. Dans le premier cas, Pilate aurait rappelé aux princes des prêtres qu'il avait déjà mis des soldats à leur disposition soit pour protéger les abords du temple et les préserver de tout tumulte pendant la fête, soit plus récemment encore pour crucifier Jésus. Pourquoi venaient-ils lui demander un nouveau détachement de ses troupes ? Autre possibilité, qui serait peut être plus exacte, Pilate aurait purement et simplement consenti à la requête de ses visiteurs importuns.

 

« Pilate répondit à cela : cela est permis à un soldat.

Conservez, comme vous voudrez,  le corps enseveli dans la terre »

Juvenc. Evang. Hist, lib. 4

 

 - Allez. Pilate, ne voulant pas s'occuper davantage de l'affaire qui lui était proposée, congédie sèchement les Sanhédristes. - Comme vous l'entendez ; c'est-à-dire, aussi bien que vous le pourrez ; ou bien, à votre guise, selon le but que vous désirez atteindre.

 

Matthieu chap. 27 verset 66. - Ils s’en allèrent donc, et pour s’assurer du tombeau, ils en scellèrent la pierre et y mirent des gardes.  - Ils se retirent plein de joie d'avoir si facilement réussi, et se hâtent de prendre les précautions nécessaires pour empêcher toute fraude de la part des amis de Jésus. Ils établirent auprès du sépulcre un poste de soldats romains auxquels ils recommandèrent une sévère vigilance. - Ils scellèrent la pierre. Ce fut donc leur première opération. Pour se prémunir même du côté des gardes, qui auraient pu se laisser gagner par les amis de Jésus et leur livrer son corps, ils commencèrent par mettre les scellés sur le sépulcre, de telle sorte qu'il fût impossible de l'ouvrir sans rompre les cachets de cire dont ils l'avaient muni. On trouve parfois des scellés semblables sur les anciennes tombes égyptiennes. - Ils y mirent des gardes. Un poste romain se composait habituellement de seize hommes : sur ce nombre, il y avait toujours quatre soldats de garde. On les relevait toutes les trois heures. Le caractère providentiel de ces mesures prises par le Sanhédrin attirait déjà l'attention des Saints Pères : elles servirent, disaient-ils, à mieux établir l'authenticité du miracle de la résurrection. « Tout ce qu’ils ont gagné par leurs artifices, c’est qu’ils ont rendu sa résurrection plus célèbre et plus constante; de sorte qu’on ne peut en douter raisonnablement, puisqu’il ressuscita en présence des Juifs mêmes et des soldats. », S. Jean Chrysost., Hom. in Matth. h. l. « Le soin qu'ils prirent de garder Jésus a servi à notre foi. Plus le corps du Christ était protégé, plus la puissance de sa résurrection était évidente », S. Jérôme, in h.l. Sans les précautions minutieuses du Grand Conseil, l'histoire de l'enlèvement du cadavre par les disciples, cf. 28, 13-15, se serait partout propagée avec un succès plus grand encore.

...suite