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2. Les gardes romains corrompus par le Sanhédrin, vv. 11-15

11Lorsqu’elles furent parties, quelques-uns des gardes vinrent à la ville et annoncèrent aux princes des prêtres tout ce qui s’était passé. 12Ceux-ci s’étant assemblés avec les anciens, et ayant tenu conseil, donnèrent une forte somme d’argent aux soldats, 13en leur disant : dites : ses disciples sont venus pendant la nuit, et ils l’ont enlevé tandis que nous dormions. 14Et si le gouverneur l’apprend, nous le persuaderons, et nous vous mettrons à couvert. 15Les soldats, ayant reçu l’argent, agirent d’après ces instructions ; et ce bruit s’est répandu parmi les Juifs jusqu’à ce jour.

Nous avons dans ce petit paragraphe d'intéressants détails qui sont particuliers à S. Matthieu, comme la plupart de ceux qu'il a conservés sur la Résurrection.

 

Matthieu chap. 28 verset 11. - Lorsqu’elles furent parties, quelques-uns des gardes vinrent à la ville et annoncèrent aux princes des prêtres tout ce qui s’était passé.  - Les saintes femmes venaient seulement de quitter le sépulcre pour aller délivrer aux Apôtres le double message de l'ange et de Jésus, lorsque arriva le fait suivant.  - Quelques-uns des gardes. Revenus de leur première terreur, cf. v. 4, les gardes avaient sans doute repris le chemin de la ville. Ils déléguèrent alors quelques-uns d'entre eux auprès des princes des prêtres, pour annoncer les faits surnaturels dont ils avaient été témoins. Comme Pilate les avait placés, pour la corvée qu'ils avaient remplie pendant la nuit, sous la juridiction immédiate des prêtres juifs, cf. 27, 62, 65, 66, c'est à ces personnages qu'ils vont rendre compte de ce qui s'est passé.

 

Matthieu chap. 28 verset 12. - Ceux-ci s’étant assemblés avec les anciens, et ayant tenu conseil, donnèrent une forte somme d’argent aux soldats.  - Le sujet change tout à coup, ainsi qu'il arrive souvent dans les récits grecs ; cf. Winer, Gramm. des neutestam. Sprachidioms, § 67, 1. Il était question des soldats romains, et c'est des prêtres qu'il s'agit à présent. Ceux-ci convoquent les membres du Sanhédrin pour une nouvelle séance qui sera, par son objet, le digne couronnement de toutes les précédentes. - Ayant tenu conseil. Ces mots indiquent une résolution officielle, prise après délibération de l'assemblée. - Une forte somme. Ils ont acheté la coopération du traître ; ils achètent  maintenant le silence des soldats romains, ce qui fut tout aussi facile, quoique beaucoup plus coûteux. Les Sanhédristes, fidèles à eux-mêmes, ne reculent devant aucune infamie pour arriver à leurs fins honteuses. Chose remarquable : ils n'essaient pas même d'accuser les gardes d'avoir été infidèles ou négligents. C'est donc qu'ils croyaient eux-mêmes à la résurrection de Jésus. Autrement, ils auraient tout d'abord recouru à ce moyen pour répandre l'erreur qu'ils désiraient accréditer. Mais les soldats prouvèrent sans doute qu'ils étaient parfaitement en règle. A Rome en effet chaque homme de garde, au moment de se diriger vers le poste qu'on lui assignait, recevait une  tablette sur laquelle était marquée son heure de corvée. Il la remettait ensuite au surveillant qui s'assurait de la vigilance des sentinelles. On pouvait donc avoir des preuves matérielles que tout s'était bien passé.

 

Matthieu chap. 28 verset 13. - En leur disant : dites : ses disciples sont venus pendant la nuit, et ils l’ont enlevé tandis que nous dormions.  - Les princes des prêtres font la leçon aux soldats pour leur apprendre la manière dont ils devront propager l'erreur parmi le peuple, touchant le fait de la Résurrection du Sauveur. Ils diront que les disciples de Jésus sont venus pendant la nuit, et ont enlevé son corps pour faire croire à un prodige. - Ils l'ont enlevé. Voler un objet que des soldats bien armés protègent, cela pouvait paraître assez invraisemblable ; aussi les instructeurs ont-ils soin d'ajouter : Vous direz que cela s'est passé pendant que vous dormiez. - Tandis que nous dormions. C'était pourtant une nouvelle absurdité, car on pouvait objecter avec S. Augustin, in Ps. 63, 7 « S'ils dormaient, qu'ont-ils pu voir ? S'ils n'ont rien vu, comment peuvent ils témoigner ? ». Mais c'était la réalisation de cette parole de l'écriture, Ps. 26, 12 : « l'iniquité a menti à elle-même ». Et puis, mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose ! Infâme conseil, qui n'a pas été seulement pratiqué de nos jours.

 

Matthieu chap. 28 verset 14. - Et si le gouverneur l’apprend, nous le persuaderons, et nous vous mettrons à couvert.  - Si le gouverneur l'apprend : Il ne s'agit pas du honteux marché que les prêtres venaient de conclure avec les soldats romains, mais l'enlèvement du corps de Jésus pendant le prétendu sommeil de ces derniers. Dans le cas où Pilate aurait appris que ses soldats avaient ainsi failli à leur devoir, ils eussent couru les plus grands dangers, le manque de vigilance de la part d'une sentinelle ayant toujours été regardé comme une sorte de trahison passible des peines les plus graves. Les Romains avaient même pris des mesures spéciales pour empêcher leurs sentinelles de s'abandonner au sommeil : par exemple, ils leurs prescrivaient de déposer leur bouclier avant de se rendre à leur poste, parce qu'il arrivait aux soldats de garde, lorsqu'ils étaient fatigués, de s'assoupir la tête appuyée sur le bord du bouclier, Tit. Liv. 24, 33 ; cf. Senec. Ep. 36. Erasme et d'autres exégètes donnent au verbe « apprend » le sens de « s'il vous traduit en conseil de guerre » ; mais cette interprétation semble un peu recherchée. Il vaut mieux traduire avec le plus grand nombre : si ce bruit parvient à ses oreilles. - Nous le persuaderons. Ils opéreront en lui cette persuasion, soit en usant de leur crédit pour le calmer, soit en le gagnant à son tour à prix d'argent, car les magistrats romains placés à la tête des provinces étaient loin d'être inaccessibles à la vénalité. - A couvert, c'est à dire indemnes ; Les Sanhédristes promettent donc en toute hypothèse l'impunité aux gardiens du sépulcre.

 

Matthieu chap. 28 verset 15. - Les soldats, ayant reçu l’argent, agirent d’après ces instructions ; et ce bruit s’est répandu parmi les Juifs jusqu’à ce jour. - N'ayant rien à craindre et beaucoup à gagner, les soldats acceptent l'argent et les conditions du Sanhédrin. « Si l'argent l'a emporté sur un disciple … il ne faut pas s'étonner qu'il ait raison des soldats » (S. Jean Chrysostôme, Hom. 90 in Matth. ). Le mensonge fit son chemin, quelque absurde qu'il fût. Les autorités juives, d'après S. Justin, Dial. cum Tryph., c. 108, auraient même pris la précaution d'envoyer des messagers pour le divulguer parmi les communautés israélites dispersées par toute la terre. - Jusqu'à ce jour, c'est à dire jusqu'à l'époque de la composition du premier Évangile ; voir la Préface. Dans son curieux ouvrage sur le Judaïsme (Entdecktes Judenthum, 1, p. 189 et ss.), Eisenmenger prouve que cette erreur grossière circula pendant longtemps dans les cercles juifs. - Les rationalistes ont trouvé tout cet épisode, vv. 11-15, complètement invraisemblable, et ils l'ont pour ce motif retranché de ce qu'ils appellent la rédaction primitive du premier Évangile. Il est au contraire très naturel et en conformité parfaite avec le caractère du Sanhédrin, tel qu'il nous est apparu dans les pages précédentes de S. Matthieu. Nous renvoyons à nos adversaires, sans l'examiner davantage, leur audacieuse négation.

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