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b. Pourquoi les paraboles ?

Mc 4.10-12. — Parall. Mt 13.10-17 ; Lc 8.9-10.

Lorsqu’il se trouva seul, les douze qui étaient avec lui l’interrogèrent sur cette parabole.
Et cum esset singularis, interrogaverunt eum hi qui cum eo erant duodecim, parabolam.
ότε δὲ έγένετο καταμόνας, ήρώτησαν αύτὸν οί περὶ αύτὸν σὺν τοι̃ς δώδεκα τὴν παραϐολήν

4.10.Cum esset singularis. En grec, καταμόνας, sous-entendu χώρας, seul, « seorsum » (לבדד des Hébreux[243]). Les détails qui vont suivre, jusqu’au V. 25, sont donc racontés ici par anticipation. D’après l’ordre chronologique, leur vraie place serait entre les VV. 34 et 35. En effet, Jésus ne fut seul qu’à la fin de la journée, lorsqu’il eut achevé sa prédication et congédié le peuple. Comp. Mt 13.10,36, et le Commentaire. Néanmoins, l’ordre logique demandait que le lecteur apprît immédiatement le motif pour lequel Jésus-Christ avait tout à coup transformé sa méthode d’enseignement, et que la parabole du semeur fût aussitôt suivie de son interprétation. — Qui cum eo erant duodecim. Cette traduction est inexacte, car il y a dans le texte grec οί περὶ αύτὸν σὺν τοι̃ς δώδεκα, ceux qui l’accompagnaient avec les Douze. Saint Marc, à qui ce trait est spécial, suppose ainsi qu’outre les Apôtres il y avait alors auprès du Sauveur un certain nombre d’autres disciples. C’étaient, suivant Euthymius, οί τη̃ς έϐδομηκοντάδος τω̃ν άλλων μαθητω̃ν. L’entourage intime de Jésus est surpris de voir que, contrairement à ses habitudes antérieures, il a employé d’une manière continue le langage figuré, et tous voudraient connaître le motif de cette innovation extraordinaire. — Parabolam. La leçon la plus accréditée du texte grec (manuscrits B, C, L, Δ, et plusieurs versions anciennes) semble être τὰς παραϐολάς au pluriel ; ce qui est d’ailleurs plus naturel, puisque, d’après ce que nous venons de dire, la question des disciples, adressée seulement le soir à Jésus devait avoir un sens général et concerner toutes les paraboles du royaume des cieux. Cf. Mt 13.10. Mais, comme une seule parabole a été signalée, on comprend que le singulier se soit glissé dans le texte à la place du pluriel.

Et il leur disait : « À vous il a été donné de connaître le mystère du royaume de Dieu ; mais pour ceux qui sont dehors, tout se passe en paraboles,
Et dicebat eis : Vobis datum est nosse mysterium regni Dei : illis autem, qui foris sunt, in parabolis omnia fiunt :
καὶ έλεγεν αύτοι̃ς 'Yμι̃ν δέδοται γνω̃ναι τὸ μυστήριον τη̃ς βασιλείας του̃ θεου̃· έκείνοις δὲ τοι̃ς έξω έν παραϐολαι̃ς τὰ πάντα γίνεται

4.11.Vobis datum est. Dans sa réponse, Jésus établit une distinction entre ceux qui croient en lui et les âmes incrédules. Aux premiers, qui sont désireux de connaître la vérité et qui prennent les moyens d’y parvenir, tout est révélé sans restriction ; les autres n’ont pas le même bonheur, mais c’est leur faute. À « vobis », mis en avant avec emphase pour désigner tous les vrais disciples, présents et absents, le Sauveur oppose qui foris sunt, les personnes en dehors du cercle ami qui formait alors l’Église primitive. Cette expression énergique est propre à notre Évangéliste ; saint Paul l’emploiera plus tard à différentes reprises pour représenter les païens. Cf. 1Co 5.12,13 ; Col 4.5 ; 1Th 4.2. Jésus partage ainsi les Juifs en deux catégories, selon la nature des relations qu’ils avaient avec sa personne divine : οί περὶ αύτὸν, V. 10, et οί έξω. — Le verbe nosse est probablement une interpolation, car les meilleurs manuscrits l’omettent. — Mysterium (saint Matthieu et saint Luc emploient le pluriel « mysteria ») désigne une série de vérités obscures ou ignorées jusqu’alors, spécialement les vérités évangéliques, et à la connaissance desquelles les hommes n’ont pu arriver qu’en vertu d’une révélation divine, « datum est ». — Regni Dei précise la nature des mystères dont parle Jésus. Le royaume messianique, comme tout autre royaume, a ses secrets d’État, que le Prince ne confie qu’à ses fidèles. Quant aux ennemis ou aux indifférents, on ne les leur mentionne que sous l’enveloppe et le voile des paraboles, in parabolis, de crainte qu’ils ne les profanent ou n’en abusent. — Omnia fiunt, τὰ πάντα γίνεται, c’est-à-dire « proponuntur ». Cf. Hérod. ix, 46 : ήμι̃ν οί λόγοι γεγόνασι.

afin que, regardant, ils voient et ne voient pas, et qu’écoutant, ils écoutent et ne comprennent pas, de peur qu’ils ne se convertissent, et que leurs péchés ne leur soient pardonnés ».
ut videntes videant, et non videant : et audientes audiant, et non intelligant : nequando convertantur, et dimittantur eis peccata.
ίνα βλέποντες βλέπωσιν καὶ μὴ ίδωσιν καὶ άκούοντες άκούωσιν καὶ μὴ συνιω̃σιν μήποτε έπιστρέψωσιν καὶ άφεθη̣̃ αύτοι̃ς τὰ άμαρτήματα

4.12. — Après l’indication préliminaire contenue dans le V. 11, Jésus entre au cœur même de sa réponse, et indique aux Apôtres la vraie cause pour laquelle il enseigne maintenant sous la forme de paraboles. Saint Matthieu cite d’une manière beaucoup plus complète les paroles de Notre-Seigneur ; voyez Mt 13.12-15 et le commentaire : saint Marc en donne du moins un bon résumé ; sous une forme saisissante. — Ut, en grec ίνα, comme dans le troisième Évangile, Lc 8.10, c’est-à-dire afin que. Divers interprètes, n’osant traduire ainsi, donnent à ίνα le sens de « ila ut ». « Non causaliter, sed consecutive », écrit entre autres le Card. Cajetan. Mais nous croyons qu’il faut laisser à la conjonction sa signification accoutumée. Elle exprimerait donc ici une intention réelle de Jésus à l’égard des incrédules, le but qu’il se propose en s’exprimant d’une manière plus obscure qu’autrefois. Pourquoi ne le dirions-nous pas à la suite d’auteurs éminents ? Oui, le divin Maître, par les paraboles, veut cacher la lumière à certains yeux, châtier certains esprits orgueilleux. Mais à qui la faute ? Ne retombe-t-elle pas tout entière sur ces yeux qui se sont tout d’abord fermés eux-mêmes de la façon la plus coupable, sur ces esprits qui se sont volontairement endurcis ? Pour eux, les paraboles ont donc un caractère pénal. « L’endurcissement des Juifs a deux causes. La première et la principale, c’est leur volonté perverse et corrompue, qui repousse la lumière ; la seconde, qui découle de la première, c’est le juste jugement de Dieu qui les prive de grâces dont ils se sont rendus indignes[244] ». Sur la remarquable variante ότι de saint Matthieu, voyez le commentairede Mt 13.11. — Dimittantur… peccata. Ce dernier mot ne paraît pas avoir existé dans le texte primitif : les meilleurs manuscrits portent simplement : καὶ άφεθη̃ αυτοὶς, « et dimittatur eis ». Voilà donc une partie du peuple juif qui est exclue du salut, parce qu’elle l’a elle-même rejeté. — Bien que saint Marc ne mentionne pas le nom du prophète Isaïe, dont Jésus citait ici les paroles (Voyez saint Matthieu l. c. et Es 6.8-10), il est aisé de reconnaître le passage prophétique sous cette forme condensée.

c. Explication de la parabole du semeur.

Mc 4.13-20. — Parall. Mt 13.18-23 ; Lc 8.11-15.

Il leur dit : « Vous ne comprenez pas cette parabole ? Comment donc comprendrez-vous toutes les paraboles ?
Et ait illis : Nescitis parabolam hanc ? Et quomodo omnes parabolas cognoscetis ?
Καὶ λέγει αύτοι̃ς Ούκ οίδατε τὴν παραϐολὴν ταύτην καὶ πω̃ς πάσας τὰς παραϐολὰς γνώσεσθε

4.13.Et ait illis… Les formules de ce genre indiquent habituellement dans le second Évangile un changement plus ou moins considérable de sujet. Jésus passe en effet à une autre pensée. Répondant d’une manière directe à la question de ses disciples, V. 10, il leur explique la première parabole. — Nescitis parabolam hanc ? Cette exclamation n’exprime pas, comme on l’a dit, un reproche sévère, mais une sorte de surprise et d’étonnement. Vous devriez comprendre, vous à qui les mystères du royaume ont toujours été révélés. — Quomodo omnes… Saint Marc seul a conservé ces paroles du Sauveur. La parabole du Semeur était la première de celles que Jésus avait proposées sur le royaume des cieux, et contenait jusqu’à un certain point la clef des autres ; si les disciples ne l’ont pas saisie, comment auront-ils compris les suivantes ? Τούτο δὲ εί̃πεν, observe Euthymius, έγείρων αύτοὺς καὶ διορατικωτέρους ποιω̃ν. Ce mot de Jésus jette de vives clartés sur l’état actuel de ses meilleurs disciples ; ce sont des écoliers lents à saisir les choses ; ils ont du moins la bonne volonté de s’instruire et ils prennent le bon moyen d’arriver à la lumière.

Celui qui sème, sème la parole.
Qui seminat, verbum seminat.
ό σπείρων τὸν λόγον σπείρει

4.14.Qui seminat… Pour le commentaire de la Parabole du Semeur, VV. 14-20, de même que pour son exposé, VV. 3-8, il existe entre les trois Évangiles synoptiques une coïncidence remarquable : et pourtant chacun des écrivains sacrés fait preuve, par quelques nuances dans les détails, d’une complète indépendance. Nous engageons le lecteur à faire cette intéressante comparaison. — Le Semeur de la Parabole représente d’abord Notre-Seigneur Jésus-Christ : « Quemadmodum Christus Medicus est et medicina, Sacerdos et hostia, Redemptor et redemptio, Legislator et lex, Janitor et ostium, ita Sator et semen[245] ». Il figure aussi les Apôtres et tous leurs successeurs. Le plus humble prêtre qui, devant le plus humble auditoire, prêche la parole de Dieu, sème le bon grain dans les âmes, verbum seminat. Saint Pierre et saint Jean signalent aussi le rapport qui existe entre la semence et la prédication. Cf. 1P 1.23 ; 1Jn 3.9. Du reste les auteurs classiques ont très souvent comparé la parole en général au rôle du semeur[246].

Il en est qui sont le long du chemin où la parole est semée, et lorsqu’ils l’ont entendue, Satan vient aussitôt, et enlève la parole qui avait été semée dans leurs coeurs.
Hi autem sunt, qui circa viam, ubi seminatur verbum, et cum audierint, confestim venit Satanas, et aufert verbum, quod seminatum est in cordibus eorum.
ού̃τοι δέ είσιν οί παρὰ τὴν όδὸν· όπου σπείρεται ό λόγος καὶ όταν άκούσωσιν εύθὲως έρχεται ό Σατανα̃ς καὶ αίρει τὸν λόγον τὸν έσπαρμένον έν ται̃ς καρδίαις αύτω̃ν

4.15. — De même que la graine, dans la parabole, a eu quatre destinées différentes, Jésus distingue de même, dans l’application, quatre sortes d’âmes relativement à la prédication de la parole divine. — 1° Hi autem sunt… Cette tournure est particulière à saint Marc : nous la retrouverons dans les versets 16, 18 et 20. Jésus mentionne en premier lieu les cœurs endurcis, sur lesquels la parole divine ne produit pas la moindre impression. « Via est cor frequenti malarum cogitationum transitu attritum et arefactum[247] ». Quoique le succès de la semence dépende jusqu’à un certain point de la manière dont le semeur l’aura jetée en terre, il dépend surtout de la nature du terrain sur lequel elle tombe. La même chose a lieu au spirituel : les fruits de la parole de Dieu sont attachés avant tout aux dispositions des auditeurs.

Il en est d’autres, pareillement, qui reçoivent la semence en des endroits pierreux ; quand ils entendent la parole, ils la reçoivent aussitôt avec joie ;mais, n’ayant pas de racine en eux-mêmes, ils ne durent qu’un temps ; et lorsqu’il survient une tribulation et une persécution à cause de la parole, ils sont aussitôt scandalisés.
Et hi sunt similiter, qui super petrosa seminantur : qui cum audierint verbum, statim cum gaudio accipiunt illud :et non habent radicem in se, sed temporales sunt : deinde orta tribulatione et persecutione propter verbum, confestim scandalizantur.
καὶ ού̃τοί είσιν όμοίως οί έπὶ τὰ πετρώδη σπειρόμενοι οὶ όταν άκούσωσιν τὸν λόγον εύθὲως μετὰ χαρα̃ς λαμϐάνουσιν αύτόν καὶ ούκ έχουσιν ρ́ίζαν έν έαυτοι̃ς άλλὰ πρόσκαιροί είσιν εί̃τα γενομένης θλίψεως ή διωγμου̃ διὰ τὸν λόγον εύθὲως σκανδαλίζονται

4.16. et 17. — 2° Similiter. Après les cœurs endurcis dans lesquels le bon grain ne pénètre pas même, il y a les cœurs superficiels qui le reçoivent, il est vrai, mais qui ne lui permettent pas de se développer. — Temporales sunt, πρόσκαιροί είσιν ; « ad tempus credunt », dit saint Luc. — Orta tribulatione. Le mot tribulation, dérivé de « tribulum », machine à triturer le blé, fait image et exprime énergiquement l’effet des afflictions que Dieu envoie aux hommes pour les éprouver. — Scandalizantur, « Ils se heurtent en quelque sorte contre la sainte parole et tombent par terre, comme celui qui donne contre une pierre ou un bois[248] ». Et le scandale a lieu immédiatement, au premier choc, comme l’exprime l’adverbe favori de notre Évangéliste, εύθέως.

Il en est d’autres qui reçoivent la semence parmi les épines : ce sont ceux qui écoutent la parole,mais les sollicitudes du siècle, l’illusion des richesses et les autres convoitises, entrant en eux, étouffent la parole, et elle devient infructueuse.
Et alii sunt qui in spinas seminantur : hi sunt qui verbum audiunt,et ærumnæ sæculi, et deceptio divitiarum, et circa reliqua concupiscentiæ introëuntes suffocant verbum, et sine fructu efficitur.
καὶ ού̃τοί είσὶν οί είς τὰς άκάνθας σπειρόμενοι· ούτοί είσιν οί τὸν λόγον άκούοντες καὶ αί μέριμναι του̃ αίω̃νος τούτου, καὶ ή άπάτη του̃ πλούτου καὶ αί περὶ τὰ λοιπὰ έπιθυμίαι είσπορευόμεναι συμπνίγουσιν τὸν λόγον καὶ άκαρπος γίνεται

4.18. et 19. — 3° Alii sunt… Ce sont les cœurs dissipés, qui reçoivent d’abord la bonne semence et lui permettent de croître pendant quelque temps, mais qui la laissent étouffer ensuite par leurs nombreuses passions. — Ærumnæ sæculi. Jésus désigne par là tous les soucis mondains qui, d’après l’étymologie du mot grec μέριμναι (de μερίς, part), divisent un homme en plusieurs parties, le remplissent par conséquent de distractions fatales à la parole divine qu’il a entendue. On connaît le mot de Catulle : « Spinosas Erycina serens in pectore curas ». — Deceptio divitiarum Après le genre, « les misères du siècle », nous trouvons plusieurs espèces, dont l’une consiste dans les richesses si trompeuses de ce monde. Les autres sont indiquées en bloc par l’expression circa reliqua concupiscentiæ, ou plus clairement, d’après le texte grec (αί περὶ τὰ λοιπά έπιθυμίαι), « concupiscentiæ quæ circa reliqua », les passions relatives aux autres points, par exemple l’ambition, la volupté, etc. Ce trait est spécial à saint Marc. — Introëuntes : tout cela entre dans le cœur, et étouffe la parole qui y avait pénétré auparavant.

Enfin, ceux qui ont reçu la semence dans une bonne terre sont ceux qui écoutent la parole, la reçoivent et portent du fruit, l’un trente pour un, l’autre soixante, et l’autre cent ».
Et hi sunt qui super terram bonam seminati sunt, qui audiunt verbum, et suscipiunt, et fructificant, unum triginta, unum sexaginta, et unum centum.
καὶ ού̃τοί είσιν οί έπὶ τὴν γη̃ν τὴν καλὴν σπαρέντες οίτινες άκούουσιν τὸν λόγον καὶ παραδέχονται καὶ καρποφορου̃σιν ὲν τριάκοντα καὶ ὲν έξήκοντα καὶ ὲν έκατόν

4.20. — 4° Et hi sunt. La semence céleste, si malheureuse jusque-là, trouve pourtant des cœurs bien disposés, dans lesquels elle produit des fruits plus ou moins abondants, selon que le sol spirituel a été plus ou moins parfaitement préparé. Ce bon résultat fait oublier au prédicateur de l’Évangile tous ses insuccès antérieurs. « Non ergo nos, dilectissimi, aut timor spinarum, aut saxa petrarum, aut durissima via perterreat : dum tamen seminantes verbum Dei ad terram bonam tandem aliquando pervenire possimus. Accipe verbum Dei, omnis homo, sive sterilis, sive fecundus. Ego spargam, tu vide quomodo accipias ; ego erogam, tu vide quales fructus reddas[249] ». — Les Rabbins, comme Jésus, divisaient en quatre catégories les auditeurs de la parole céleste. Leur classification est d’une curieuse originalité : « Parmi ceux qui écoutent les sages, il en est de quatre espèces, l’éponge, l’entonnoir, le filtre et le crible. L’éponge s’empare de tout ; l’entonnoir laisse échapper par un bout ce qu’il reçoit de l’autre ; le filtre abandonne la liqueur et ne garde que la lie ; le crible rejette la paille pour ne garder que le froment ».

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