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2° SECTION. — MINISTÈRE DE JÉSUS DANS LA GALILÉE OCCIDENTALE ET SEPTENTRIONALE.

Mc 7.24–9.49.

1. — La Chananéenne.

Mc 7.24-30. — Parall. Mt 15.21-28.

Le récit de saint Matthieu est un peu plus complet : nous trouvons néanmoins dans celui de saint Marc quelques-uns de ces coups de pinceau caractéristiques auxquels il nous a depuis longtemps accoutumés.

Partant de là, il s’en alla sur les confins de Tyr et de Sidon ; et étant entré dans une maison, il voulait que personne ne le sût ; mais il ne put rester caché.
Et inde surgens abiit in fines Tyri et Sidonis : et ingressus domum, neminem voluit scire, et non potuit latere.
καὶ 'Eκει̃θεν άναστὰς άπη̃λθεν είς τὰ μεθόρια Τύρου καὶ Σιδω̃νος Καὶ είσελθὼν είς τὴν οίκίαν ούδένα ήθελεν γνω̃ναι καὶ ούκ ήδυνήθη λαθει̃ν·

7.24.Inde surgens abiit. Hébraïsme. סים (surgere), dit Gesenius, « sexcenties præmittitur verbis eundi, proficiscendi[341] ». Ce prompt départ de Notre-Seigneur n’est pas une fuite proprement dite loin d’adversaires qu’il sait avoir exaspérés (cf. Mt 15.42), car son grand cœur ne craignait pas les hommes ; c’est toutefois une sage retraite, dont il profitera pour achever l’instruction de ses Apôtres. Il ne veut pas avancer l’heure que la divine Providence a fixée pour sa Passion et pour sa mort. — In fines Tyri et Sidonis. Tout d’abord, le Sauveur ne franchit pas les limites du territoire de ces deux villes. Voyez l’Évangile selon saint Matthieu, Mt 15.21. La maison dans laquelle il s’installa semble avoir été bâtie à peu de distance de la frontière. Tyr et Sidon, ces antiques villes rivales, célèbres par leurs malheurs autant que par leur gloire, jouissaient alors d’une certaine splendeur. Leur population était païenne en grande majorité. — Neminem voluit scire est une traduction littérale du grec ούδένα ήθελε γνω̃ναι. La phrase est amphibologique et peut signifier indifféremment : Il ne voulut connaître personne, ou bien : Il voulut n’être reconnu de personne. Le contexte montre qu’il faut adopter le premier de ces deux sens. L’intention de Jésus était donc, comme l’on dit, de garder l’incognito ; néanmoins, non potuit latere, à la façon d’un parfum qui ne tarde pas à trahir sa présence. Ces derniers mots prouvent que la volonté du Sauveur n’était pas absolue dans cette circonstance. Tout revient à dire qu’il agissait à la façon d’un voyageur qui cherche à éviter la publicité. — Les détails contenus dans la seconde moitié de ce verset sont spéciaux à saint Marc.

Car une femme, dont la fille était possédée d’un esprit impur, ayant entendu parler de lui, entra aussitôt et se jeta à ses pieds.
Mulier enim statim ut audivit de eo, cujus filia habebat spiritum immundum, intravit, et procidit ad pedes ejus.
άκούσασα γὰρ γυνὴ περὶ αύτου̃ ής εί̃χεν τὸ θυγάτριον αύτη̃ς πνευ̃μα άκάθαρτον έλθου̃σα προσέπεσεν πρὸς τοὺς πόδας αύτου̃·

7.25.Mulier enim… L’évangéliste passe à un fait particulier, destiné à démontrer la justesse de son assertion préalable, « Non potuit latere ». — Statim ut audivit de eo : dès que cette femme eut appris la présence de Jésus dans ces parages. Il y avait longtemps que le bruit des miracles du Sauveur s’était répandu en Phénicie. Cf. Mc 3.8 ; Lc 6.17. — Gujus filia. Dans le grec : ής… τὸ θυγάτριον αύτη̃ς, avec deux pronoms. C’est un hébraïsme (אשר בתו) qu’on rencontre assez souvent dans les écrits du Nouveau Testament[342]. Notons aussi le diminutif θυγάτριον. — Intravit et procidit… Description pittoresque de toutes les démarches de cette pauvre mère.

C’était une femme païenne, Syrophénicienne de nation. Et elle le priait de chasser le démon de sa fille.
Erat enim mulier gentilis, Syrophœnissa genere. Et rogabat eum ut dæmonium ejiceret de filia ejus.
η̃ν δὲ ή γυνὴ ʻEλληνίς Συροφοινίσσα τω̣̃ γένει· καὶ ήρώτα αύτὸν ίνα τὸ δαιμόνιον έκϐάλλη̣ έκ τη̃ς θυγατρὸς αύτη̃ς

7.26.Erat… mulier gentilis. L’équivalent de « gentilis » dans le texte primitif est ʻEλληνίς, « Græca ». Et pourtant la suite du verset prouve que la suppliante n’était nullement grecque d’origine. Mais il faut se souvenir que, pour les Juifs, le mot ʻEλλην servait à désigner tous les païens, sans distinction de nationalité[343]. Le nom de Franc a eu un sort analogue dans la Palestine moderne : après avoir représenté d’abord uniquement les Français, il est devenu plus tard synonyme d’Occidental en général. — Syrophænissa genere. Païenne au point de vue de la religion, la femme que nous avons vue se prosterner aux pieds de Jésus était « chananéenne » de race : tel est en effet le sens de Συροφοίνισσα (d’anciens manuscrits portent Συραφοινίκισσα et Συροφοινίκισσα). Cf. Mt 15.22 : « mulier chananæa ». Mais l’expression de saint Marc est d’une exactitude plus parfaite. Bien que les habilants de Tyr et de Sidon appartinssent à la grande famille chananéenne (voir Gn 10.15-19), leur vrai nom n’en était pas moins « Phéniciens ». Or, au temps de Jésus, la Phénicie faisait partie intégrante de la province romaine de Syrie : de là les deux mots réunis Syro-Phéniciens, pour distinguer ses habitants des Carthaginois, qu’on appelait parfois Λιϐυφοίνικες, Phéniciens d’Afrique. Saint Matthieu a employé l’expression plus communément en usage chez les Juifs, saint Marc s’est servi du nom gréco-romain[344]. — Rogabat eum. Saint Matthieu a conservé les termes mêmes de cette pressante demande : « Ayez pitié de moi, Seigneur, fils de David ; ma fille est cruellement tourmentée par le démon ». Il note ensuite, Mt 15.23-25, divers incidents que notre Évangéliste a omis pour aller droit au cœur de l’épisode.

Mais Jésus lui dit : « Laisse d’abord les enfants se rassasier ; car il n’est pas bon de prendre le pain des enfants, et de le jeter aux chiens ».
Qui dixit illi : Sine prius saturari filios : non est enim bonum sumere panem filiorum, et mittere canibus.
ό δὲ 'Iησου̃ς εί̃πεν αύτη̣̃ ̋Αφες πρω̃τον χορτασθη̃ναι τὰ τέκνα ού γάρ καλὸν έστιν λαϐει̃ν τὸν άρτον τω̃ν τέκνων καὶ βαλει̃ν τοι̃ς κυναρίοις

7.27.Qui dixit illi. Dans sa réponse, Jésus affecte un langage sévère, afin d’éprouver la foi de la Chananéenne. — Sine prius saturari filios. Nous ne lisons ces paroles que dans la rédaction de saint Marc. Elles expriment une idée importante, le droit qu’avaient les Juifs, fils de Dieu plus que tous les autres peuples, de recevoir avant les païens les bienfaits qui accompagnent l’Évangile. Voyez notre commentaire sur Mt 1.22,23. Néanmoins, par πρω̃τον, « prius », le Sauveur indiquait délicatement que les Gentils auraient bientôt leur tour[345]. Son refus d’exaucer la prière de la suppliante recevait par là même un certain adoucissement. — Non est enim bonum… Vérité d’autant plus évidente que Jésus s’adressait à une mère de famille. La Chananéenne aurail-elle jamais consenti à priver sa fille de nourriture, pour rassasier les chiens à ses dépens ? La comparaison contenue dans les mots filiorum et canibus (d’après le grec, « catellis », les petits chiens) sert à mieux exprimer la distance qui séparait les Juifs des païens au point de vue des bienfaits divins. D’ailleurs, « c’est pour faire éclater la foi constante de cette femme que le Seigneur diffère et ne l’exauce pas tout de suite. Il veut aussi nous apprendre à ne pas laisser tomber tout d’abord notre prière, mais à insister pour obtenir ». Théophylacte.

Mais elle lui répondit et lui dit : « C’est vrai, Seigneur ; mais les petits chiens mangent sous la table les miettes des enfants ».
At illa respondit, et dixit illi : Utique Domine, nam et catelli comedunt sub mensa de micis puerorum.
ή δὲ άπεκρίθη καὶ λέγει αύτω̣̃ Ναὶ, Κύριε καὶ γὰρ τὰ κυνάρια ύποκάτω τη̃ς τραπέζης έσθίει άπὸ τω̃ν ψιχίων τω̃ν παιδίων

7.28. — « Or, elle supporta tout sans peine, dit de son côté saint Jean Chrysostome, et, de sa voix pleine de respect, elle ne fit que confirmer la parole du Sauveur. C’est par révérence pour Jésus qu’elle se range dans l’espèce des chiens, comme si elle disait : Je regarde comme un bienfait méme d’être placée au nombre des chiens, et de manger, non à une table étrangère, mais à la table de mon maître[346] ». — Comedunt sub mensa. Tour pittoresque donné à la pensée dans le segond Évangile. Nous lisions dans saint Matthieu : « Edunt de micis quæ cadunt de mensa dominorum suorum ». — De micis puerorum : autre détail non moins dramatique, et spécial à saint Marc. Il nous montre les enfants de la famille émiettant une partie de leur pain pour les petits chiens qui attendent cette bonne aubaine sous la table.

Alors il lui dit : « À cause de cette parole, va ; le démon est sorti de ta fille ».Et s’en étant allée dans sa maison, elle trouva la jeune fille couchée sur le lit ; le démon était sorti.
Et ait illi : Propter hunc sermonem vade : exiit dæmonium a filia tua.Et cum abiisset domum suam, invenit puellam jacentem supra lectum, et dæmonium exiisse.
καὶ εί̃πεν αύτη̣̃ Διὰ του̃τον τὸν λόγον ύπαγε έξελήλυθεν τὸ δαιμόνιον έκ τη̃ς θυγατρός σου καὶ άπελθου̃σα είς τὸν οί̃κον αύτη̃ς εύ̃ρεν τὸ δαιμόνιον έξεληλυθός καὶ τὴν θυγατερα βεϐλημένην έπὶ τὴς κλίνης

7.29. et 30.Propter hunc sermonem. À cause de cette réflexion pleine de foi, d’humilité et de sagesse, Jésus consentit à franchir les limites qu’il s’était prescrites relativement aux païens, et il accorda aussitôt à la suppliante le miracle qu’elle implorait de sa Bonté. « Il lui avait montré pendant quelques instants, comme autrefois Joseph à ses frères, un visage sévère ; mais, comme Joseph, il ne put garder longtemps cet aspect[347] ». Quelle joie dans le cœur de cette mère affligée, quand elle entendit la promesse du Sauveur : Le démon a quitté ta fille ! Quelle joie plus grande encore quand elle trouva la malade guérie ! La description de saint Marc, puellam jacentem supra lectum, est toute graphique : la jeune fille qui, auparavant, était sans cesse en proie à des convulsions produites par l’esprit mauvais, est à présent tranquillement étendue sur son lit, et jouit d’un repos bienfaisant. — C’étail la troisième des guérisons opérées à distance par Notre-Seigneur : les deux autres avaient été accomplies en faveur du fils d’un intendant royal, Jn 4.45, et du serviteur d’un centurion, Lc 7.6. — Et dæmonium exiisse. Il y a une inversion dans la Recepta : εύ̃ρε τὸ δαιμόνιον έξεληλυθός καὶ τὴν θυγατέρα βεϐλημένην έπὶ τὴς κλίνης. Mais les manuscrits B. D. Sin. et les versions copte et syriaque ont la même leçon que la Vulgate. Ici, la description représente les choses telles que la mère les trouva à son retour ; là, elle suit l’ordre réel des faits. — Voyez, dans les Homélies Clémentines, ii, 19, diverses légendes relatives à la vie subséquente de la Chananéenne.

Et iterum exiens de finibus Tyri, venit per Sidonem ad mare Galilææ inter medios fines Decapoleos.
Καὶ πάλιν έξελθὼν έκ τω̃ν όρίων Τύρου Καὶ Σιδω̃νος η̃λθεν πρὸς τὴν θάλασσαν τη̃ς Γαλιλαίας άνὰ μέσον τω̃ν όρίων Δεκαπόλεως

7.31.Et iterum exiens. Ce verset décrit en abrégé l’un des voyages les plus considérables de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Tandis que saint Matthieu n’en parle qu’en termes fort vagues, « quum transisset inde Jesus, venit secus mare Galilææ », Mt 15.29, la note de saint Marc indique très clairement l’itinéraire suivi par Jésus. — De finibus Tyri : tel fut le point de départ. Les mots per Sidonem désignent la première partie du trajet. Après avoir, selon toute vraisemblance, franchi la frontière juive et traversé une partie du territoire de Tyr, le Sauveur se dirigea tout droit vers le Nord, du côté de Sidon. Il est peu probable que Jésus soit entré dans cette cité païenne : il ne faut donc pas prendre trop à la lettre la locution « per Sidonem ». Elle peut fort bien signifier : À travers le pays qui dépendait de Sidon. Il est vrai que la Recepta grecque a une variante d’une certaine gravité : έξελθὼν έκ τω̃ν όρίων Tύρου Καὶ Σιδω̃νος. « Mais, dit fort bien D. Calmet, le Copte, l’Arabe, l’Ethiopien et plusieurs manuscrits (B. D. L. Δ, etc.) sont semblables à la Vulgate. L’on n’a mis : les confins de Tyr et de Sidon, au lieu de : les confins de Tyr par Sidon, que pour éviter la prétendue incongruité que l’on concevait à ce que Jésus se rendît de Tyr par Sidon à la mer de Galilée, à laquelle il semblait tourner le dos ». La leçon du grec imprimé est donc une fausse correction. — L’adverbe iterum retombe sur venit… ad mare Galilææ, et non sur « exiens », car l’Évangéliste n’a signalé aucun voyage antérieur de Jésus vers Tyr et vers Sidon, tandis qu’il a mentionne à plusieurs reprises ses courses auprès du lac de Tibériade. — Inter medios fines Decapoleos. La Décapole étant située à l’Orient du Jourdain[348], pour gagner la mer de Galilée à travers son territoire, quand on se trouvait aux alentours de Sidon, on n’avait pas le choix entre plusieurs itinéraires. Il fallait se diriger d’abord vers l’Est à travers le massif du Liban méridional, franchir la gorge profonde de la Cœlésyrie ou Syrie creuse, et arriver dans l’Antiliban auprès des sources du Jourdain. De là on devait marcher directement au Sud, en passant par Césarée de Philippe et Bethsaïda-Julias[349]. Le voyage dura sans doute quelques semaines. Dans ces contrées solitaires et pittoresques, Jésus et ses disciples purent jouir du calme et du repos qu’ils avaient en vain cherchés quelque temps auparavant. Cf. Mc 6.31 et ss.

Et on lui amena un homme sourd et muet, et on le suppliait de lui imposer les mains.
Et adducunt ei surdum, et mutum, et deprecabantur eum, ut imponat illi manum.
καὶ φέρουσιν αύτω̣̃ κωφὸν μογιλάλον καὶ παρακαλου̃σιν αύτὸν ίνα έπιθη̣̃ αύτω̣̃ τὴν χει̃ρα

7.32.Et adducunt ei. Sur la rive orientale du lac (cf. Mt 15.29,39 et le commentaire), le Sauveur opéra de nombreux prodiges : « Une foule nombreuse s’approcha de lui, lisons-nous dans le premier Évangile, ayant avec elle des muets, des aveugles, des boiteux, des infirmes et beaucoup d’autres malades ; et on les jeta à ses pieds et il les guérit ». Au lieu de noter toutes ces guérisons miraculeuses, saint Marc a préféré en relever une seule, qui avait eu du reste un caractère particulier. Ce récit, qui lui appartient en propre (VV. 32-37), abonde en détails dramatiques. — Surdum et mutum. La Recepta dit : κωφόν μογίλαλον, un sourd parlant avec peine, (de μóγις, ægre, difficulter, et λάλος, loquens), d’où Vatable, Calmet, Maldonat, M. Schegg, etc., concluent, et ce semble à bon droit, que l’infirme n’était ni sourd de naissance, ni totalement muet, mais qu’il avait perdu de bonne heure, par suite de quelque accident, l’usage de l’ouïe et en grande partie celui de la parole. Cf. V. 35. La Peschito le nomme un קאפא, « balbutiens ». Nous devons dire cependant que les LXX traduisant au moins une fois (Es 35.5) l’hébreu אים, « mutus », par μογίλαλος. Rien ne prouve que le malade fût possédé du démon, comme l’ont conjecturé Théophylacte et Euthymius. — Deprecabantur. Le verbe grec est au présent, παραχαλου̃σιν. C’est ici l’une des rares circonstances où l’Évangile nous montre des amis intercédant pour leurs amis auprès du divin Maître. Cf. Mc 11.3-5 ; 8.22-26. — Ut imponat illi manum. « Manus illi a Christo imponi postulabant, aut quod scirent eum manuum impositione alios multos ægrotos curavisse, aut quia vetus erat prophetarum et sanctorum virorum consuetudo ut impositis sanarent manibus ». Maldonat. C’était une demande indirecte, mais évidente, de guérison.

Alors Jésus, le tirant à part de la foule, lui mit les doigts dans les oreilles, et lui toucha la langue avec sa salive.
Et apprehendens eum de turba seorsum, misit digitos suos in auriculas ejus : et exspuens, tetigit linguam ejus :
καὶ άπολαϐόμενος αύτὸν άπὸ του̃ όχλου κατ’ ίδίαν έϐαλεν τοὺς δακτύλους αύτου̃ είς τὰ ώ̃τα αύτου̃ καὶ πτύσας ήψατο τη̃ς γλώσσης αύτου̃

7.33.Apprehendens eum… seorsum. Telle est bien la signification classique du grec άπολαϐόμενος αύτὸν : Eisner et Wetstein le prouvent par de nombreux exemples. Mais pourquoi Jésus, avant de guérir ce malheureux, le tira-t-il du milieu de la foule pour le conduire à l’écart ? On a essayé, de justifier cet acte par cent raisons différentes. Nous pensons que le Sauveur se proposait simplement d’exciter la foi de l’infirme, selon sa coutume, et, d’un autre côté, d’éviter l’enthousiasme de la multitude. Il n’opérait que rarement ses prodiges sous les yeux des masses populaires. — Mais les autres circonstances qui accompagnèrent cette guérison sont bien plus extraordinaires encore. Après avoir isolé le sourd-muet, misit digitos suos in auriculas ejus, c’est-à-dire qu’il mit l’index de sa main droite dans l’oreille gauche, l’index de sa main gauche dans l’oreille droite ; puis, expuens, tetigit linguam ejus, c’est-à-dire qu’ayant humecté son doigt avec un peu de salive, il en toucha la langue de l’infirme. C’étaient là évidemment des gestes symboliques. « Quia ergo qui surdi sunt videntur re aliqua obturatas habere aures, mittit digitum in aures surdi, quasi clausas et obturatas terebraturus, aut impedimentum quod in illis erat ablaturus digito. Et quia qui muti sum videntur ligatam nimia siccitate habere linguam palatoque adhærentem, ideoque loqui non posse, sicut Propheta ille dixit : Lingua mea adhæsit faucibus meis (Ps 21.16)…, mittit salivam in os muti quasi ejus linguam humectaturus[350] ». C’est sur le sens de l’ouïe que le Sauveur agit en premier lieu, car la surdité était, comme dans tous les cas semblables, le mal principal. L’infirme ne parlait indistinctement que parce qu’il n’entendait pas. Mais pourquoi Jésus fait-il tant de cérémonies, au lieu d’opérer la guérison par une simple parole, ainsi que cela avait lieu la plupart du temps ? C’est son secret. Nous pouvons néanmoins dire encore avec le sage Maldonat, auquel nous aimons à faire des emprunts : « Videtur voluisse Christus non semper æqualiter suam divinitatem potenliæique declarare, quod non semper, etiamsi nos causa lateat, convenire judicaret. Aliquando solo verbo dæmones ejicit, mortuos exsuscitat, ostendens se omnino esse Deum ; aliquando tactu, saliva, luto sanat ægrotos, accommodans quodammodo potentiam suam ad modum agendi causarum naturalium, et ad sensum et consuetudinem hominum ».

Et levant les yeux au Ciel, il soupira, et lui dit : « Ephphétha » ; c’est-à-dire : « Ouvre-toi ».
et suscipiens in cælum, ingemuit, et ait illi : Ephphetha, quod est, Adaperire.
καὶ άναϐλέψας είς τὸν ούρανὸν έστέναξεν καὶ λέγει αύτω̣̃ Εφφαθα ό έστιν Διανοίχθητι

7.34.Suspiciens in cœlum. Saint Marc n’a pas omis le moindre détail : il reproduit la scène sous nos yeux. — Avec quelle spontanéité le regard de Jésus devait se diriger vers le ciel ! Cf. Jn 17.1. Mais ce geste était surtout familier au divin Maître quand il était sur le point d’accomplir quelque grand prodige. Cf. Mt 14.19 et parall. ; Jn 10.41,42. Il montrait ainsi que des liens intimes l’unissaient au Père céleste. C’était une muette, mais pressante prière de notre Médiateur. — Ingemuit. Ce gémissement exprimait, suivant la belle pensée de Victor d’Antioche[351], le sentiment de vive pitié qu’excitait dans le cœur de Jésus la vue de la profonde misère qu’avaient apportée à l’humanité déchue renvie du démon et la faute de nos premiers parents. Le pauvre sourd-muet était en effet un type vivant de toutes les infirmités physiques et morales auxquelles l’homme est en butte sur cette terrre. — Ephpheta. Nous avons déjà vu, V. 14, notre Évangéliste citer les paroles du Sauveur dans la langue araméenne. C’est là une des particularités de sa narration graphique et vivante. Cf. Mc 12.3. Le mot qu’il a exprimé en grec par έφφαθά se prononçait alors ethphathach (אתפתח). C’est l’impératif de la forme ethpaal. Il y a eu, conformément au génie de la langue grecque, assimilation du ת (le premier th changé en φ), et apocope du Π (ch) final. On pourrait aussi rapprocher έφφαθά du niphal hébreu זזפתח, ippâtach. — La traduction ajoutée pour les lecteurs non juifs de l’Évangile, adaperire, est tout à fait littérale. — Quand le prêtre catholique confère le baptême solennel, il adresse cette même parole au cathécumène, dont il humecte les narines et les oreilles avec un peu de salive. Ce double emprunt fait à la conduite du Sauveur a pour but d’indiquer qu’avant la régénération opérée par le sacrement de baptême, l’homme est sourd et muet relativement aux choses de la foi. De là cette allocution de saint Ambroise à de nouveaux baptisés : « Aperite igitur aures, et bonum odorem vitæ æternæ inhalatum vobis munere sacramentorum carpite, quod vobis significavimus, quum apertionis celebrantes mysterium diceremus Epheta, quod est, Adaperire[352] ».

Et aussitôt ses oreilles furent ouvertes, et le lien de sa langue fut rompu, et il parlait distinctement.
Et statim apertæ sunt aures ejus, et solutum est vinculum linguæ ejus, et loquebatur recte.
καὶ εύθέως διηνοίχθησαν αύτου̃ αί άκοαί καὶ έλύθη ό δεσμὸς τη̃ς γλώσσης αύτου̃ καὶ έλάλει όρθω̃ς

7.35.Et statim. La parole de Jésus produit immédiatement son effet. Les oreilles s’ouvrent, raconte saint Marc dans son style imagé, le lien qui avait jusqu’alors retenu la langue captive se brise en un clin d’œil, et le muet de tout à l’heure parle parfaitement. « Le Créateur de la nature avait fourni ce qui manquait à la nature ». Victor d’Antioche. — Des mots loquebatur recte, les exégètes dont nous avons cité plus haut les noms (voir la note du V. 32) concluent à juste titre que l’infirme n’était ni sourd ni muet de naissance. « Nam hujusmodi nihil queat loqui, etiam omni linguæ impedimento sublato ; non enim loquitur homo quod non didicerit ». Luc de Bruges. Quoique tout fût possible à Jésus, nous n’avons aucune raison spéciale de supposer que, par un nouveau prodige, il ait subitement communiqué au sourd-muet la connaissance de la langue araméenne.

Il leur défendit de le dire à personne. Mais plus il le leur défendait, plus ils le publiaient,
Et præcepit illis ne cui dicerent. Quanto autem eis præcipiebat, tanto magis plus prædicabant :
καὶ διεστείλατο αύτοι̃ς ίνα μηδενὶ είπωσιν· όσον δὲ αύτὸς αύτοι̃ς διεστέλλετο μα̃λλον περισσότερον έκήρυσσον

7.36.Et præcepit illis… Ce pronom au pluriel désigne tous les témoins au miracle, par conséquent l’infirme, ses amis qui l’avaient conduit à Jésus et les disciples. Les défenses de ce genre étaient presque toujours violées : au reste, ceux qu’elles concernaient, emportés par l’enthousiasme et la reconnaissance, ne se croyaient guère obligés au secret. Dans la circonstance présente, comme dans beaucoup d’autres, il arriva donc le contraire de ce que le Sauveur avait prescrit. L’Évangéliste emploie, pour exprimer ce fait des termes à la fois énergiques et populaires : Quanto eis prœcipiebat… Le double comparatif tanto magis plus, μα̃λλον περισσότερον, est surtout à noter[353].

et plus ils étaient saisis d’admiration, disant : « Il a bien fait toutes choses ; il a fait entendre les sourds et parler les muets ».
et eo amplius admirabantur, dicentes : Bene omnia fecit : et surdos fecit audire, et mutos loqui.
καὶ ύπερπερισσω̃ς έξεπλήσσοντο λέγοντες Καλω̃ς πάντα πεποίηκεν καὶ τοὺς κωφοὺς ποιει̃ άκούειν καὶ τοὺς άλάλους λαλει̃ν

7.37.Et eo amplius admirabantur. Tous ceux qui entendaient le récit de cette cure merveilleuse étaient saisis de l’admiration la plus vive ; ύπερπερισσω̃ς έξεπλήσσοντο, dit le texte grec avec plus de force encore que la Vulgate. L’adverbe ύπερπερισσω̃ς, qu’on ne trouve pas ailleurs dans le Nouveau Testament, signifie « supra modum, valde abundanter ». — La surprise arrachait aux foules une exclamation touchante, Bene omnia fecit, qui contient « une belle apologie du Sauveur contre les accusations et les murmures des Pharisiens, un éloge qui ne convient proprement qu’à Dieu seul ». Calmet. Opera domini universa valde bona, Ec 39.21 ; cuncta quæ fecerat erant valde bona, Gn 1.31, est-il dit du Dieu Créateur. — Les paroles surdos fecit audire… (ou mieux « facit » au temps présent, ποι̃ει) sont une réminiscence de la célèbre prophétie d’Isaïe, Es 35.5,6, dont elles chantent l’accomplissement parfait : « Alors (à l’époque du Messie) les yeux, des aveugles s’ouvriront et les oreilles des sourds seront ouvertes… et la langue des muets sera déliée ».

Les narrations de saint Matthieu et de saint Marc, se suivent ici presque mot pour mot. Néanmoins celle de notre Évangéliste est un peu plus longue, parce qu’elle contient quelques, détails particuliers, dont voici les principaux : V. 1, « Nec haberent quod manducarent » ; V. 3, « quidam enim ex eis de longe venerunt » ; V. 7, « et ipsos (pisciculos) benedixit ».

In diebus illis iterum cum turba multa esset, nec haberent quod manducarent, convocatis discipulis, ait illis :
'Eν έκείναις ται̃ς ήμέραις παμπολλου̃ όχλου όντος καὶ μὴ έχόντων τί φάγωσιν προσκαλεσάμενος ό 'Iησου̃ς τοὺς μαθητὰς αύτου̃ λέγει αύτοι̃ς

8.1.In diebus illis. C’est-à-dire, d’après les antécédents (cf. Mc 7.31), durant le séjour que Notre-Seigneur Jésus-Christ fit, auprès du lac de Tibériade après son retour des régions phéniciennes. — L’adverbe iterum nous reporte à la première multiplication des pains, opérée quelques mois auparavant aux environs de Bethsaïda-Julias, Mc 6.35-43. Il est vrai que cet adverbe manque dans la Recepta, où on lit παμπολλου̃ όχλου όντος au lieu de πάλιν πολλου̃… ; mais les meilleurs manuscrits (B. D. G. L. M. Δ, etc.) ont la même leçon que la Vulgate. — Turba multa. Cette foule nombreuse avait été attirée par les miracles récents du Sauveur. Cf. Mt 15.30,31. — Nec haberent… Ces verbes au pluriel après un sujet au singulier forment une « constructio ad synesin[354] ». Le peuple manquait de vivres parce que, rassemblé depuis déjà trois jours (V. 2) auprès de Jésus, il avait consommé toutes les provisions dont il s’était muni.

« J’ai compassion de cette foule, car voilà déjà trois jours qu’ils sont avec moi, et ils n’ont pas de quoi manger ;
Misereor super turbam : quia ecce jam triduo sustinent me, nec habent quod manducent :
Σπλαγχνίζομαι έπὶ τὸν όχλον ότι ήδη ήμέρας τρει̃ς προσμένουσίν μοι καὶ ούκ έχουσιν τί φάγωσιν·

8.2.Misereor super turbam. Le verbe grec σπλαγχνίζομαι désigne toujours une très vive émotion. Presque toutes les fois que nous l’entendons prononcer par le bon Pasteur, nous apprenons aussitôt après que les pauvres brebis qui excitaient sa compassion reçurent de lui quelque merveilleux secours. Cf. Mc 1.41 ; Mt 9.37 ; 14.14 ; 20.34 ; etc, — Sustinent me. Dans le grec, προσμένουσίν μοι, « manent apud me ».

et si je les renvoie à jeun dans leurs maisons, les forces leur manqueront en chemin, car quelques-uns d’entre eux sont venus de loin ».
et si dimisero eos jejunos in domum suam, deficient in via : quidam enim ex eis de longe venerunt.
καὶ έὰν άπολύσω αύτοὺς νήστεις είς οί̃κον αύτω̃ν έκλυθήσονται έν τη̣̃ όδω̣̃· τινες γὰρ αύτω̃ν μακρόθεν ήκασιν

8.3.Et si dimisero… D’après saint Matthieu, Mt 15.31, Jésus aurait dit avec plus de force : « Dimittere eos jejunos nolo ». C’était une hypothèse à laquelle son divin cœur ne voulait pas même s’arrêter un instant. Pouvait-il exposer ce bon peuple qui, par amour pour lui, avait oublié ses nécessitée matérielles, à faire une longue route à jeun, avant d’atteindre un domicile qui était lointain pour plusieurs ? Sans compter que, dans celle foule, il y avait des femmes et des enfants. Cf. Mt 15.48. — Ce court préambule nous montre que les deux multiplications des pains eurent lieu dans des circonstances à peu près identiques. Sur la distinction réelle des deux miracles, voyez l’Évangile selon saint Matthieu, Mt 15.33, et Dehaut[355].

Ses disciples lui répondirent : « Comment pourrait-on les rassasier de pain ici, dans le désert ? ».
Et responderunt ei discipuli sui : Unde illos quis poterit saturare panibus in solitudine ?
καὶ άπεκρίθησαν αύτω̣̃ οί μαθηταὶ αύτου̃ Πόθεν τούτους δυνήσεταί τις ώ̃δε χορτάσαι άρτων έπ’ έρημίας

8.4.Responderunt ei discipuli. Au lieu de la réponse pleine de foi qu’on aimerait à entendre sortir de la bouche des Apôtres, Jésus en reçoit une qui fait justement dire à Victor d’Antioche : « Discipuli videbantur adhuc intellectu defici, Domini potentiæ post priora miracula minime fidentes ». Hélas ! tant d’autres hommes semblent n’acquérir aucune expérience au contact journalier des choses divines ! Du reste, le Sauveur leur reprochera bientôt, V. 17, d’avoir l’intelligence encore aveugle. — In solitudine : plus clairement, « in deserto », έπ’ έρημίας, loin de tout lieu habité. Cf. Mc 6.32 et l’explication.

Et il leur demanda : « Combien avez-vous de pains ? ». Ils lui dirent : « Sept ».Alors il ordonna à la foule de s’asseoir par terre. Et prenant les sept pains, et ayant rendu grâces, il les rompit, et les donna à ses disciples pour les distribuer ; et ils les distribuèrent à la foule.
Et interrogavit eos : Quot panes habetis ? Qui dixerunt : Septem.Et præcepit turbæ discumbere super terram. Et accipiens septem panes, gratias agens fregit, et dabat discipulis suis ut apponerent, et apposuerunt turbæ.
καὶ έπηρώτα αύτούς Πόσους έχετε άρτους οί δὲ εί̃πον, ʻEπτά καὶ παρήγγειλεν τω̣̃ όχλω̣ άναπεσει̃ν έπὶ τη̃ς γη̃ς· καὶ λαϐὼν τοὺς έπτὰ άρτους εύχαριστήσας έκλασεν καὶ έδίδου τοι̃ς μαθηται̃ς αύτου̃ ίνα παραθω̃σιν καὶ παρέθηκαν τω̣̃ όχλω̣

8.5. et 6. — Sans tenir compte de la réponse des Douze, Jésus se contente de leur demander s’ils ont quelques pains à leur disposition. il agissait ainsi, dit saint Rémi, « ut, dum illi responderent septem, quo pauciores essent, eo magis miraculum diffamaretur et notius fleret[356] ». Le même auteur remarque, à propos des mots discumere super terram : « In superiori refectione supra fœnum discubuisse dicuntur, bic vera super terram[357] ». Cette nuance a sa valeur pour la distinction des deux faits. — Dabat : à l’imparfait, comme précédemment. Cf. Mc 6.41, et la note correspondante.

Ils avaient encore quelques petits poissons ; il les bénit aussi, et les fit distribuer.
Et habebant pisciculos paucos : et ipsos benedixit, et jussit apponi.
καὶ εί̃χον ίχθύδια όλίγα· καὶ εύλογήσας εί̃πεν παραθει̃ναι καὶ αύτὰ

8.7.Pisciculos… benedixit et jussit… D’après le grec : « et quum benedixisset, jussit et eos apponi ». Cette bénédiction est désignée dans le texte primitif par le verbe εύλογήω ; celle du pain, V. 6, par εύχαριστέω. Ces deux expressions sont d’ailleurs identiques. Cf. Mt 26.26 ; Lc 22.17.

Ils mangèrent donc et furent rassasiés ; et on emporta sept corbeilles pleines des morceaux qui étaient restés.Or ceux qui mangèrent étaient environ quatre mille ; et il les renvoya.
Et manducaverunt, et saturati sunt, et sustulerunt quod superaverat de fragmentis, septem sportas.Erant autem qui manducaverunt, quasi quatuor millia : et dimisit eos.
έφαγον δὲ, καὶ έχορτάσθησαν καὶ η̃ραν περισσεύματα κλασμάτων έπτὰ σπυρίδας η̃σαν δὲ οί φαγόντες ώς τετρακισχίλιοι καὶ άπέλυσεν αύτούς

8.8. et 9. — Détails qui servent à montrer la grandeur du prodige. — Sportas. Saint Marc, comme saint Matthieu, donne ici aux corbeilles le nom de σπύριδες. Lors de la première multiplication des pains, il les avait désignées par celui de κόφινοι. Voyez l’Évangile selon saint Matthieu, Mt 15.37. A. Rich donne un spécimen de la « sporta[358] » — Dimisit eos. Les pasteurs des âmes, ainsi que le font observer ici les moralistes, ne doivent renvoyer leurs peuples qu’après leur avoir fourni, à l’exemple de Jésus, une nourriture substantielle et abondante. Autrement, combien seraient saisis de défaillance sur le long et pénible chemin de la vie, et ne pourraient parvenir au salut ! — D’après saint Augustin[359], et saint Hilaire[360], les convives du premier de ces festins miraculeux représenteraient les Juifs, tandis que ceux du second seraient la figure des Gentils. « Sicut illa turba quam primo pavit, écrit saint Hilaire, Judaicæ credentium convenit turbæ, ita hæc populo gentium comparatur ». Ce sont les mots « de longe venerunt », Mc 8.3, qui ont suggéré cette ingénieuse distinction, les païens, pour venir à Jésus, ayant besoin de faire au moral une route plus longue que les Juifs.

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