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a. Jésus est livré aux Romains par les Juifs.

Mc 15.1. — Parall. Mt 27.1-2 ; Lc 23.1 ; Jn 18.28.

Dès le matin, les princes des prêtres, ayant délibéré avec les anciens, et les scribes, et tout le conseil, lièrent Jésus, l’emmenèrent, et le livrèrent à Pilate.
Et confestim mane consilium facientes summi sacerdotes cum senioribus, et scribis, et universo concilio, vincientes Jesum, duxerunt, et tradiderunt Pilato.
Καὶ εύθὲως έπὶ τὸ πρωῒ συμϐούλιον ποιήσαντες οί άρχιερει̃ς μετὰ τω̃ν πρεσϐυτέρων καὶ γραμματέων καὶ όλον τὸ συνέδριον δήσαντες τὸν 'Iησου̃ν άπήνεγκαν καὶ παρέδωκαν τω̣̃ Πιλάτω̣

15.1. — Confestim mane. De même dans le texte grec, εύθὲως έπὶ τὸ πρωῒ. Saint Matthieu dit simplement « mane facto ». « Utrumque hoc verbum (c’est-à-dire cette réunion de deux adverbes), dit fort bien Maldonat, eo pertinet, ut indicet Evangelista, quanta usi fuerint principes sacerdotum, Scribæ et Pharisæi diligentia, ut Christum condemnarent ». — Consilium facientes, ou mieux, d’après le grec (ποιήσαντες), « quum fecissent ». Cette séance, distincte de celle qui avait eu lieu pendant là nuit, Mc 14.55 et ss., devait, d’une part, corriger ce qu’il y avait eu de défectueux, d’apres la loi juive, dans une sentence nocturne (voyez Mt 27.1 et le commentaire) ; d’autre part, permettre aux Sanhédristes de se concerter sur la manière dont ils accuseraient Jésus devant Pilate. — Et universo concilio. Expression évidemment emphatique, puisque les trois catégories du Sanhédrin ont été mentionnées auparavant. Saint Marc seul a pris soin de noter que cette seconde assemblée fut plénière. (Au lieu de l’ablatif, il faudrait le nominatif, car le grec porte καὶ όλον τὸ συνέδριον, apposition à άρχιερει̃ς). — Duxerunt et tradiderunt Pilato. « Comme les Juifs n’avaient plus alors l’exercice de la justice vindicative, ni le droit de faire mourir un homme, mais seulement de lui faire son procès, et de le juger suivant leur loi, ils amènent eux-mêmes Jésus à Pilate, gouverneur de la province au nom des Romains, le priant, qu’étant jugé digne du dernier supplice selon leur loi, il lui plût de le condamner et de le faire exécuter[545] ». Voyez l’Évangile selon saint Matthieu, Mt 27.1. Le nom complet de Pilate, cet homme sinistre dont la mémoire restera à tout jamais associée au plus grand crime commis sur la terre, était « Pontius Pilatus ». Cf. Mt 27.2. Saint Marc ne mentionne que le « cognomen », qui était sans doute plus usité que le « nomen ». Il ne signale pas le titre de Pilate parce que c’était un point d’histoire romaine que ses lecteurs connaissaient parfaitement. — En conduisant le Sauveur au prétoire, les Sanhédristes réalisaient sans le savoir une partie de sa prophétie à laquelle nous avons déjà fait plusieurs fois allusion : « Tradent eum (sacerdotes et scribæ et seniores) gentibus », Mc 13.33. Ils livraient Jésus aux Romains ; mais leur tour viendra bientôt d’être livrés eux-mêmes par Dieu entre les mains de ces ennemis de leur nation.

b. Jésus interrogé par Pilate.

Mc 15.2-5. — Parall. Mt 27.11-14 ; Lc 23.2-5 ; Jn 18.29-38.

Et Pilate l’interrogea : « Es-tu le roi des Juifs ? ». Jésus lui répondit : « Tu le dis ».
Et interrogavit eum Pilatus : Tu es rex Judæorum ? At ille respondens, ait illi : Tu dicis.
καὶ έπηρώτησεν αύτὸν ό Πιλα̃τος Σὺ εί̃ ό βασιλεὺς τω̃ν 'Iουδαίων ό δὲ άποκριθεὶς εί̃πεν αύτω̣̃ Σὺ λέγεις

15.2. — Tu es rex Judæorum ? « C’était la seule, ou au moins la principale des accusations qui pouvait intéresser Pilate ; car, pour le blasphème, par exemple, qui avait été le seul motif de la condamnation prononcée par les prêtres, cela ne le regardait point. À son égard, il ne s’agissait que de savoir si Jésus était un séditieux, et un homme qui cherchât à se faire un parti, et à se faire déclarer roi ». D. Calmet. En arrivant auprès de Pilate, les Sanhédristes avaient donc accusé Jésus d’un délit politique, d’un crime de lèse-majesté. — Tu dicis. Ce que tu dis est vrai ; il en est comme tu le dis. Cette manière de répondre affirmativement à une question est, aujourd’hui encore, usitée en Syrie. Elle n’a pas le sens ambigu que lui prête Théophylacte, lorsqu’il la commente en ces termes : « Jesus autem dixit illi, Tu dicis, sapientissimo responso, dato. Neque enim dixit, Non sum, nec contra, Ego sum ; sed medio quodam modo dixit, Tu dicis. Hoc enim potest et sic intelligit. Sum sicut dicis ; et sic : Ego quidem hoc non dico, tu autem dicis[546] ».

Les princes des prêtres l’accusèrent de beaucoup de choses.
Et accusabant eum summi sacerdotes in multis.
καὶ κατηγόρουν αύτου̃ οί άρχιερει̃ς πολλά

15.3. — Accusabant eum… in multis. Ce verbe à l’imparfait, et le πολλά aimé de saint Marc, sont également significatifs. Saint Jean, Jn 18.30, et saint Luc, Lc 23.5, ont conservé quelques-unes des accusations que les Sanhédristes portaient contre Jésus. « At illi invalescebant, lisons-nous dans le troisième Évangile, dicentes : Commovet populum, docens per universam Judæam, incipiens a Galilæa usque huc ». — Les mots « ipse vero nihil respondit », qu’on lit à la fin du V. 3 dans plusieurs manuscrits et quelques versions, sont probablement apocryphes, car ils sont omis par les meilleurs témoins.

Pilate l’interrogea de nouveau, en disant : « Tu ne réponds rien ? Vois de combien de choses ils t’accusent ».Mais Jésus ne répondit plus rien, de sorte que Pilate était étonné.
Pilatus autem rursum interrogavit eum, dicens : Non respondes quidquam ? vide in quantis te accusant.Jesus autem amplius nihil respondit, ita ut miraretur Pilatus.
ό δὲ Πιλα̃τος πάλιν έπηρώτησεν αύτὸν λέγων, Ούκ άποκρίνη̣ ούδέν ίδε πόσα σου καταμαρτυρου̃σιν ό δὲ 'Iησου̃ς ούκέτι ούδὲν άπεκρίθη ώστε θαυμάζειν τὸν Πιλα̃τον

15.4. et 5. — Non respondes quidquam. Pilate qui déjà s’intéresse à l’accusé et voudrait lui sauver la vie, le presse de se défendre, espérant bien qu’un homme en qui se manifeste une telle dignité renversera sans peine les allégations évidemment passionnées des Sanhédristes. Mais, Jesus amplius nihil respondit, se contentant du « Tu dicis » prononcé quelques instants auparavant. Le Sauveur se tait ; il est prêt à subir, par amour pour nous, le sort qu’on lui destine ; il ne veut rien faire pour écarter la coupe amère de sa Passion. — La leçon κατηγορου̃σαν, accusant de la Vulgate, est favorisée par d’importants manuscrits, quoique la Recepta ait καταμαρτυρου̃σιν, « testimonium dicunt ».

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