Alors le voile du temple se déchira en deux, depuis le haut jusqu’en bas.
Et velum templi scissum est in duo, a summo usque deorsum.
Καὶ τὸ καταπέτασμα του̃ ναου̃ έσχίσθη είς δύο άπὸ άνωθεν έως κάτω
15.38. — « Postquam narravit Evangelista passionem et mortem Christi, nunc prosequitur de his quæ post mortem Domini contigerunt », Glossa ordinaria. Saint Marc, comme saint Matthieu, mentionne trois sortes d’incidents ; mais il abrège considérablement le premier car, se contentant de parler du voile du temple, il ne dit rien du tremblement de terre, des rochers fendus, des morts ressuscités. — Premier fait : Velum templi scissum est. Ce fut là certainement un éclatant prodige et un profond symbole. Voyez l’Évangile selon saint Matthieu, Mt 27.51. Grâce à la mort de Jésus, il n’y a désormais plus de barrière entre Dieu et les hommes. La porte du royaume des cieux est largement ouverte. Le καταπέτασμα qui séparait les deux parties du temple nommées Saint et Saint des Saints était un voile magnifique : il était composé en grande partie de pourpre et d’or ; des Chérubins brodés le recouvraient presque en entier.
Et le centurion qui était en face de Jésus, voyant qu’il avait expiré en poussant ce grand cri, dit : « Cet homme était vraiment le Fils de Dieu ».
Videns autem centurio, qui ex adverso stabat, quia sic clamans expirasset, ait : Vere hic homo Filius Dei erat.
'Iδὼν δὲ ό κεντυρίων ό παρεστηκὼς έξ έναντίας αύτου̃ ότι ούτως κράξας έξέπνευσεν εί̃πεν Άληθω̃ς ό άνθρωπος ού̃τος υίὸς η̃ν θεου̃
15.39. — Videns autem centurio. C’est le second fait. Saint Marc, dans la relation qu’il en donne, a plusieurs particularités intéressantes. D’abord, il emploie pour désigner le centurion un mot latin grecisé, κεντυρίων, tandis que les deux autres synoptiques se servent de l’expression classique έκατόνταρχος : de même aux VV. 44 et 45 (voir la Préface, § IV, 3). En second lieu, il est seul à noter un trait pittoresque, qui ex adverso stabat (ό παρεστηκὼς έξ έναντίας αύτου̃, littéral. « stans ex adverso ejus » scil. Jesu), d’où il ressort que le centurion avait parfaitement vu et entendu. En troisième lieu, il signale explicitement le dernier cri du Sauveur comme la cause de l’étonnement du Centenier, quia sic damans expirasset. Cet homme de guerre, qui avait sans doute assisté à un grand nombre d’agonies, ne se souvenait pas d’avoir jamais été témoin d’un pareil fait. Dans ce cri, d’autant plus extraordinaire que les « cruciarii » mouraient presque toujours d’épuisement, il vit donc quelque chose de surnaturel : puis, l’associant à la conduite si noble de Jésus, à sa patience, aux ténèbres mystérieuses, etc., il en vint jusqu’à formuler ce jugement intérieur : Vere hic homo Filius Dei erat. C’est la seconde conversion opérée par le Christ mourant : la première avait été celle du bon larron.
Il y avait là aussi des femmes qui regardaient de loin ; parmi elles étaient Marie-Madeleine, et Marie, mère de Jacques le Mineur et de Joseph, et Salomé,qui le suivaient et le servaient lorsqu’il était en Galilée ; et beaucoup d’autres encore, qui étaient montées avec lui à Jérusalem.
Erant autem et mulieres de longe aspicientes : inter quas erat Maria Magdalene, et Maria Jacobi minoris, et Joseph mater, et Salome :et cum esset in Galilæa, sequebantur eum, et ministrabant ei, et aliæ multæ, quæ simul cum eo ascenderant Jerosolymam.
̔Hσαν δὲ καὶ γυναι̃κες άπὸ μακρόθεν θεωρου̃σαι έν αί̃ς η̃ν καὶ Μαρία ή Μαγδαληνὴ καὶ Μαρία ή του̃ 'Iακώϐου του̃ μικρου̃ καὶ 'Iωση̃ μήτηρ καὶ Σαλώμη αὶ καὶ ότε η̃ν έν τη̣̃ Γαλιλαία̣ ήκολούθουν αύτω̣̃ καὶ διηκόνουν αύτω̣̃ καὶ, άλλαι πολλαὶ αί συναναϐα̃σαι αύτω̣̃ είς ̔Iεροσόλυμα
15.40. et 41. — Troisième fait. Erant autem et mulieres. « Et » a le sens de « etiam » : Avec le Centurion, il y avait encore des femmes… — De longe aspicientes. Ces mots font tableau, de même que « ex adverso stabat » au verset précédent. — Comme saint Matthieu, saint Marc signale à part trois des saintes amies de Jésus, les plus connues sans doute et les plus dévouées. Mais il y a quelque chose de spécial dans sa mention des deux dernières. 1° Au nom de Jacques, fils de Marie, il ajoute l’épithète minoris (του̃ μικρου̃, le petit), pour le distinguer de l’Apôtre saint Jacques dit le Majeur. D’où provenait ce surnom ? Suivant les uns de la taille, suivant d’autres de la jeunesse relative du fils de Marie ; on a dit aussi qu’il se l’était lui-même imposé par modestie. 2° Saint Marc désigne la mère des enfants de Zébédée par son nom de Salome. Cf. Mt 27.56. — In Galilæa sequebantur eum… L’Évangéliste condense dans ces quelques paroles une longue série de services généreux et dévoués. Cf. Lc 8.1-3. Remarquez l’emploi de l’imparfait, ήκολούθουν, διηκόνουν. — Quæ simul cum eo ascenderant… Ces saintes femmes n’ont pas voulu se séparer de leur Maître : elles l’ont suivi jusqu’à la mort.
Saint Marc est ici plus complet que saint Matthieu. Il a plusieurs détails intéressants qui lui sont propres.
Le soir étant déjà venu, comme c’était la préparation, c’est-à-dire la veille du sabbat,
Et cum jam sero esset factum (quia erat parasceve, quod est ante sabbatum),
Καὶ ήδη όψίας γενομένης έπεὶ η̃ν παρασκευή ό έστιν προσάϐϐατον
15.42. — Nous trouvons dans ce verset deux circonstances de temps, relatives, la première, sero, à l’heure du jour vers laquelle se passèrent les faits qui vont être racontés, la seconde, erat parasceve, au jour lui-même. C’était un jour de « Parascève », παρασκευὴ, c’est-à-dire de Préparation ; or, comme l’indique ensuite saint Marc pour ses lecteurs non-juifs, ce mot technique παρασκευή équivaut (quod est, ό έστι) à προσάϐϐατον, avant-sabbat, par conséquent, à « veille du sabbat ». C’est donc le vendredi qu’on désignait ainsi dans le Judaïsme. Cf. Mt 27.62. Mais, comme le sabbat approchait (comp. Lc 23.54 et le commentaire) lorsqu’on procéda à l’ensevelissement du Sauveur, et comme, d’un autre côté, les jours commençaient chez les Juifs au coucher du soleil, la vague formule cum jam sero factum esset doit indiquer les dernières heures du vendredi, de trois à six heures environ. — Ces renseignements de l’Évangéliste ont pour but d’expliquer pourquoi Joseph d’Arimathie et les autres amis de Jésus se hâtèrent de l’ensevelir. Une grande diligence était nécessaire, puisqu’on ne pouvait disposer que d’un temps peu considérable avant l’ouverture du repos sacré.
Joseph d’Arimathie, membre distingué du conseil, qui attendait, lui aussi, le royaume de Dieu, vint et entra hardiment chez Pilate, et demanda le corps de Jésus.
venit Joseph ab Arimathæa nobilis decurio, qui et ipse erat exspectans regnum Dei, et audacter introivit ad Pilatum, et petiit corpus Jesu.
η̃λθεν 'Iωσὴφ ό άπὸ ̔Αριμαθαίας εύσχήμων βουλευτής ὸς καὶ αύτὸς η̃ν προσδεχόμενος τὴν βασιλείαν του̃ θεου̃ τολμήσας είση̃λθεν πρὸς Πιλα̃τον καὶ ή̣τήσατο τὸ σω̃μα του̃ 'Iησου̃
15.43. — Joseph ab Arimathæa. On ajoute au nom de Joseph celui de sa patrie, pour le distinguer de ses homonymes évangéliques. Sur la situation probable d’Arimathie, voyez l’Évangile selon saint Matthieu, Mt 27.57. — Nobilis decurio. Dans le grec, εύσχήμων βουλευτής. L’adjectif εύσχήμων (de ευ̃ et σχη̃μα) signifie au propre « forma pulcher, decorus », au figuré « honestus », puis, « nobilis, spectabilis », et telle est ici sa vraie signification[572]. Quant au substantif βουλευτὴς, littéral. « consiliarius », il a été différemment interprété. Lightfoot, supposant que Joseph d’Arimathie était prêtre, le traduit par « conseiller du temple[573] » ; Erasme, Casaubon, Michaelis[574] et Grotius, par « conseiller municipal », avec cette différence que le conseil municipal dont Joseph aurait fait partie était celui de Jérusalem d’après Grotius, celui d’Arimathie suivant Erasme. Mais on admet communément et plus justement (cf. Lc 23.50,51 et l’explication) que βουλευτής signifie dans le Nouveau Testament « assessor synedrii magni ». Joseph était donc l’un des 70 membres du sanhédrin juif. — Qui et ipse…, ὸς καὶ αύτὸς, expression emphatique. Lui aussi, comme saint Siméon, comme sainte Anne, comme tant d’autres Juifs pleins de foi, « il attendait le royaume de Dieu », c’est-à dire l’avènement du Messie et de son règne mystique. Remarquez la construction erat expectans (calquée sur le grec η̃ν προσδεχόμενος), qui marque une attente anxieuse, constante et fidèle[575]. Mais, voici que les pieux désirs de Joseph ont été satisfaits : le royaume de Dieu est arrivé pour lui. À en croire une tradition vénérable, ce « nobilis decurio », devenu plus tard missionnaire, aurait évangélisé la grande Bretagne, et construit à Glastonbury, comté de Somerset, le premier oratoire chrétien de l’Angleterre[576]. Une autre tradition, qui présente moins de garanties, le range parmi les 72 disciples[577]. — Audacter introivit. Excellente traduction du grec τολμήσας είση̃λθεν (littéral. ayant osé il entra). Ces mots sont significatifs à divers titres : d’abord, parce qu’il fallait en soi un courage réel pour faire alors ouvertement une démarche favorable à Jésus ; en second lieu parce que, jusqu’à cet instant, Joseph était demeuré disciple secret du divin Maître « propter metum Judæorum », Jn 19.38. Mais la croix du Sauveur l’a transformé en héros ! Sa timidité antérieure disparaît complètement, et il s’approche sans crainte de Pilate pour lui demander le corps de Jésus.
Pilate s’étonna qu’il fût mort si tôt ; et ayant fait venir le centurion, il lui demanda s’il était déjà mort.Et lorsqu’il s’en fut assuré par le centurion, il donna le corps à Joseph.
Pilatus autem mirabatur si jam obiisset. Et accersito centurione, interrogavit eum si jam mortuus esset.Et cum cognovisset a centurione, donavit corpus Joseph.
ό δὲ Πιλα̃τος έθαύμασεν εί ήδη τέθνηκεν καὶ προσκαλεσάμενος τὸν κεντυρίωνα έπηρώτησεν αύτὸν εί πάλαι άπέθανεν· καὶ γνοὺς άπὸ του̃ κεντυρίωνος έδωρήσατο τὸ σω̃μα τω̣̃ 'Iωσήφ
15.44. et 45. — Pilatus mirabatur… Détail propre à saint Marc. Les « cruciarii » demeuraient ordinairement un jour et demi, deux jours, parfois même trois jours sur la croix avant d’expirer. Aucun organe essentiel n’étant lésé en eux, la vie ne les quittait qu’avec lenteur. De là cet étonnement de Pilate ; de là aussi l’enquête qu’il fit faire auprès du centurion de garde. — Donavit corpus. 'Eδωρήσατο signifie proprement « donner en présent, donner d’une manière gratuite ». Il n’était pas rare que les magistrats romains ne consentissent que moyennant une somme considérable à livrer aux parents ou aux amis les corps des suppliciés, pour qu’on leur accordât une sépulture honorable[578] : Pilate se montra généreux et ne demanda rien. C’est sans doute ce que notre Évangéliste a voulu exprimer par le verbe δωρέω. Si, après ce verbe, nous lisons avec les manuscrits B, D, L, etc., τὸ πτω̃μα, « cadaver », au lieu de τὸ σω̃μα, nous obtenons une petite nuance caractéristique, qui serait tout à fait dans le genre de saint Marc. Joseph demanda le corps sacré (τὸ σω̃μα) de Jésus, V. 43 ; Pilate lui fit donner le cadavre du supplicié. Ces mots expriment très bien la différence des sentiments qui animaient Joseph et Pilate à l’égard de Notre-Seigneur.
Joseph, ayant acheté un linceul, descendit Jésus de la croix, l’enveloppa dans le linceul, et le déposa dans un sépulcre qui était taillé dans le roc ; puis il roula une pierre à l’entrée du sépulcre.
Joseph autem mercatus sindonem, et deponens eum involvit sindone, et posuit eum in monumento quod erat excisum de petra, et advolvit lapidem ad ostium monumenti.
καὶ άγοράσας σινδόνα καὶ καθελὼν αύτὸν ένείλησεν τη̣̃ σινδόνι καὶ κατέθηκεν αύτὸν έν μνημείω̣ ὸ η̃ν λελατομημένον έκ πέτρας καὶ προσεκύλισεν λίθον έπὶ τὴν θύραν του̃ μνημείου
15.46. — Après avoir raconté les préliminaires de la sépulture de Jésus, l’Évangéliste passe au fait même de l’ensevelissement. — Mercatus est une particularité de saint Marc. C’est au sortir du prétoire que Joseph alla acheter le sindon, c’est-à-dire une grande pièce d’étoffe destinée à servir de linceul à Jésus. — Deponens, καθελὼν : expression classique pour indiquer l’action de descendre de la croix les corps des « cruciarii ». Cf. Bretschneider[579]. — Posuit eum in monumento, « suo novo », ajoute saint Matthieu, Mt 27.60 (voyez le commentaire). Ainsi s’accomplissait un oracle célèbre d’Isaïe, Es 53.9[580]. — Les grands maîtres ont souvent pris ce verset pour thème de leurs magnifiques développements. 1° Descente de croix : Schidone, fra Bartolomeo, Andrea del Sarto, Raphaël, Jouvenet, Lesueur, Bourdon, B. Luini, Antonio Razzi, Giotto, fra Angelico, Rubens, etc. 2° Le Christ porté au tombeau : Schidone, Titien. 3° L’ensevelissement : le Bassan, Rosso, Van der Werff, Pinfuricchio, Raphaël, etc.
Cependant Marie-Madeleine, et Marie, mère de Joseph, regardaient où on le mettait.
Maria autem Magdalene et Maria Joseph aspiciebant ubi poneretur.
ή δὲ Μαρία ή Μαγδαληνὴ καὶ Μαρία 'Iωση̃ έθεώρουν που̃ τίθεται
15.47. — L’épisode de la sépulture se termine, dans les deux premiers Évangiles, comme celui du crucifiement. Cf. VV. 40 et 41 ; Mt 17.55,56,61. De part et d’autre nous voyons, à l’arrière-scène du tableau, les saintes femmes debout, et pourtant attentives à ce qui se passait autour d’elles (aspiciebant, έθεώρουν) : elles ne quitteront le Calvaire que lorsque les restes précieux de Jésus auront été mis dans le sépulcre, et encore ne sera-ce qu’avec l’intention de revenir au plus tôt. C’est pour cela qu’elles regardaient ubi poneretur. Le grec flotte entre le présent τίθεται et le parfait τέθειται.
[505] Dom Augustin Calmet. Compar. Francesco Saverio Patrizi, s.j., In Marcum commentarium, p. 190.
[506] Nardostachys jatamansi, de la famille des Valérianées, De Candolle.
[507] Dioscorides, lib. I, c. lxxii.
[508] Cf. Horace, Carmina IV, xii, 16 et 17.
[509] Pline l'Ancien, Histoire naturelle, xii, 26.
[510] Cf. Celestino Cavedoni, Numismatica biblica, p. 105 et 106.
[511] Jacques-Bénigne Bossuet, Méditatation sur l’Évangile, Dernière Semaine 8e jour.
[512] Crombez, Commentaire autographié.
[513] Saint Augustin d’Hippone, Tractatus lxi in Joan.
[514] Saint Augustin, ibid. Tractatus lv
[515] Daniel Stauben, Scènes de la vie juive en Alsace, Paris, 1860, pp. 98 et ss.
[516] Édouard Coypel, Le Judaïsme, Esquisse des mœurs juives, pp. 231 et ss.
[517] Cf. Francesco Saverio Patrizi, de Evangeliis, lib. II, Annot. clvii.
[518] Jacques-Bénigne Bossuet, Méditatation sur l’Évangile, Dernière semaine, 20e jour.
[519] Guillaume Estius, Commentaria in I Cor. xi, 24.
[520] Jacques-Bénigne Bossuet, loc. cit., 22e jour.
[521] Francesco Saverio Patrizi SJ, In Marcum commentarium, p. 494.
[522] Giovanni Perrone, Prælectiones theologicæ, Taurini, 1866, t. VIII, pp. 103 et ss.
[523] Saint Jean Chrysostome, Homilia lxxxii in Matth.
[524] Saint Augustin d’Hippone, De Doctrina christiana, ii, 3.
[525] Saint Jérôme de Stridon, Ad Hedibiam, quæst. ii.
[526] Saint Thomas d’Aquin, Summa Theologica, iii, q. 84, a. 4.
[527] Cf. V. 32. Voir Richard von Riess, Bibel-Atlas, pl. VI.
[528] Francesco Saverio Patrizi, h. l.
[529] Johann Nepomuk Sepp, Das Leben Jesu Christi, t. III, p. 477.
[530] Pseudo-Hieronymous, ap. Caten. D. Thom.
[531] Jacques-Bénigne Bossuet, 1er Sermon pour le Vendredi Saint, Exorde.
[532] Jacques-Bénigne Bossuet, ibid.
[533] Georg Benedikt Winer, Grammatik des neutestamentlichen Sprachidioms, p. 67.
[534] Franciscus Lucas Brugensis (Fr. Luc), h. l.
[535] Francesco Saverio Patrizi, s.j., In Marcum commentarium, p. 202.
[536] Saint Jean Chrysostome, Homilia in Ps. xiii ; saint Ambroise de Milan, Enarratio in Ps. xxxvi ; saint Grégoire, Moralia, xiv, 24.
[537] Saint Épiphane, Panarion, lxxxvii, 13.
[538] Cf. Anthony Rich, Dictionnaire des Antiquités grecques et romaines, p. 586.
[539] Karl Gottlieb Bretschneider, Lexicon Manuale Græco-Latinum in libros Novi Testamenti.
[540] Xénophon, Histoire de la guerre du Péloponnèse, vi, 2, 17.
[541] Augustin Lémann, Valeur de l’Assemblée qui prononça la peine de mort contre Jésus-Christ, Lyon, 1876, p. 76.
[542] Augustin Lémann, l. c., p. 83. Cf. Origène, saint Jérôme, Théophylacte, Euthymius et saint Thomas, in Matth. xxvi, saint Léon-le-Grand, De passione Domini, sermo vi.
[543] Francesco Saverio Patrizi, h. l.
[544] Karl Gottlieb Bretschneider, Lexicon Manuale Græco-Latinum in libros Novi Testamenti, t. I, p. 381.
[545] Dom Augustin Calmet, Commentaire littéral sur saint Marc, h. l.
[546] Théophylacte, Enarratio in Evangelii, Matth. xxvii, 2.
[547] Cf. Flavius Josèphe, Bellum Judaicum, vi, 28.
[548] Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, iv, 3, 1.
[549] Cf. Anthony Rich, Dictionnaire des Antiquités grecques et romaines, pp. 176 et 358.
[550] Cf. Johann Jahn, Archæologio biblica, § 240.
[551] Saint Augustin d’Hippone, De Consensu Evangelistarum, l. III, c. ix.
[552] Ian Theodor Beelen, Grammatica græcitatis N. T., p. 20.
[553] Plutarque, De sera numinis vindicta, ix.
[554] Artemidorus Daldianus, Oneirocritica, ii, 61.
[555] Charles Rohault de Fleury, Mémoire sur les Instruments de la Passion, p. 280 et s.
[556] Voir Richard von Riess, Bibel-Atlas, pl. vi ; Victor Ancessi, Atlas Géographique Et Archéologique Pour L'étude De L'ancien Et Du Nouveau Testament, pl. xvii.
[557] Josias Leslie Porter, A Handbook for Travellers in Syria and Palestine, 2e édit., p. 208.
[558] Rohault de Fleury, l. c., p. 280-286.
[559] Melchior de Vogüé, Le temple de Jérusalem, p. 125 et ss.
[560] Johann Nepomuk Sepp, Jerusalem und das heilige Land, t. I, p. 161 et ss.
[561] Peter Schegg, Gedenkbuch einer Pilger-Reise, t. I, p. 306 et ss.
[562] Lorenz Clemens Gratz, Théâtre des Évènements racontés dans les Saintes Écritures, t. I, pp. 375 et ss.
[563] Mgr Jacques Mislin, Les Saints Lieux, 2e édit. t. II, p. 206 et ss.
[564] Cf. Pline l'Ancien, Histoire naturelle, xiv, 15
[565] Dioscorides, i, 77.
[566] Jacques-Bénigne Bossuet, 4e sermon pour le Vendredi saint, Édit. de Versailles, t. III, p. 488.
[567] Georg Gottlob Richter, Dissertationes quatuor medicæ, Gœtling., 1775.
[568] Ian Theodor Beelen, Grammatica græcitatis N. T., p. 539.
[569] Dom Augustin Calmet, h. l.
[570] Jacques-Bénigne Bossuet, Troisième sermon pour le Vendredi saint, 2d point.
[571] Saint Augustin d’Hippone, De Consensu Evangelistarum, l. ii, c. 17
[572] Karl Gottlieb Bretschneider, Lexicon Manuale Græco-Latinum in libros Novi Testamenti, s. v.
[573] Johannis Lightfoot, Horæ hebraicæ et talmudicæ in quatuor evangelistas, Marc, pp. 569 et ss.
[574] Johann David Michaelis, Begräbnis und Auferstehungsgeschichte Christi, p. 44.
[575] Cf. Ian Theodor Beelen, Grammatica græcitatis N. T., p. 380.
[576] Cf. William Dugdale, Monasticon Amglicanum, i, 1 ; Thomas Hearne, The History and Antiquities of Glastonbury ; Acta Martyrum, ii, 507 et ss. ; François Giry, Vie des Saints, iii, 328-331.
[577] Cf. Joseph Simonius Assemani, Bibliotheca orientalis Clementino-Vaticana, III, i, 319 et ss.
[578] Cf. Cicéron, Verrines, v, 45 ; Justin (Marcus Junianus Justinus), ix, 4, 6.
[579] Karl Gottlieb Bretschneider, Lexicon Manuale Græco-Latinum in libros Novi Testamenti, s. v. καθαιρέω.
[580] Du moins d’après la traduction probable de l’hébreu. Cf. le commentaire de M. Trochon, p. 251.
Le ministère public et la Passion du Sauveur, tel est, à vrai dire, le fond de sa vie messianique. Aussi les Évangélistes passent-ils très rapidement sur ses mystères glorieux. Ils les signalent néanmoins, et saint Marc le fait avec son originalité ordinaire. Bien plus, il partage avec saint Luc le mérite d’avoir mentionné l’Ascension de Jésus à la suite de sa Résurrection.
Lorsque le sabbat fut passé, Marie-Madeleine, et Marie mère de Jacques, et Salomé, achetèrent des parfums pour venir embaumer Jésus.
Et cum transisset sabbatum, Maria Magdalene, et Maria Jacobi, et Salome emerunt aromata ut venientes ungerent Jesum.
Καὶ διαγενομένου του̃ σαϐϐάτου Μαρία ή Μαγδαληνὴ καὶ Μαρία ή του̃ 'Iακώϐου καὶ Σαλώμη ήγόρασαν άρώματα ίνα έλθου̃σαι άλείψωσιν αύτόν
16.1. — « Post sabbati tristitiam, felix irradiat dies, quæ primatum in diebus tenet, luce prima in eo lucescente, et Domino in eo cum triumpho resurgente[581] ». Les détails de ce premier verset sont propres à notre Évangéliste. Ils consistent en une date, en un fait, en un but. — 1° La date : Cum transisset sabbatum ; c’était donc le samedi soir après le coucher du soleil, puisque, à ce moment, le sabbat et son repos obligatoire cessaient. — 2° Le fait : les trois saintes femmes que nous avions vues la veille auprès de la croix de Jésus expirant, Mc 15.40, achètent des baumes et des parfums précieux, aromata. Elles le pouvaient alors ; car, aussitôt que le sabbat avait pris fin, les magasins, fermés pendant les vingt-quatre heures précédentes, s’ouvraient afin que chacun pût faire ses achats pour les besoins du soir et du lendemain matin. — Maria Jacobi est la même que « Maria Joseph » de la fin du chap. xv (V. 47). D’abord désignée, Mc 15.40, par les noms réunis de ses deux fils, elle l’est ensuite alternativement par les noms séparés de l’un et de l’autre. — 3° Le but : ut ungerent Jesum. L’ensevelissement du Sauveur avait eu lieu à la hâte et d’une manière imparfaite à cause de l’approche du sabbat (cf. Mc 15.42). Les pieuses amies de Jésus se proposent de le compléter.
Et de grand matin, le premier jour après le sabbat, elles vinrent au sépulcre, le soleil étant déjà levé.
Et valde mane una sabbatorum, veniunt ad monumentum, orto jam sole.
καὶ λίαν πρωῒ τη̃ς μια̃ς σαϐϐάτων έρχονται έπὶ τὸ μνημει̃ον άνατείλαντος του̃ ήλίου
16.2. — La formule una sabbatorum équivaut à « prima die post sabbatum », et indique par conséquent le dimanche. Voyez l’Évangile selon saint Matthieu, Mt 28.1. — Veniunt au présent : trait graphique. Le verbe est à l'aoriste dans les deux autres synoptiques. — Orto jam sole. Saint Marc ayant dit une ligne plus haut qu’il était valde mane, λίαν πρωῒ, quand les saintes femmès vinrent auprès du sépulcre, divers interprètes anciens et modernes ont donné à άνατείλαντος le sens du présent άνατέλλοντος (« oriente jam sole », saint Augustin), afin de mettre ainsi l’Évangéliste tout à fait d’accord avec lui-même. Mais la grammaire s’oppose à une telle traduction. La conciliation se fait sans peine si l’on admet que, parties de chez elles avant le lever du soleil, les deux Marie et Salomé arrivèrent au tombeau de Jésus quand cet astre commençait à paraître. Du reste, à cette époque de l’année, en Orient surtout, l’heure du lever du soleil peut s’appeler matinale. Comparez Jn 20.1 et l'explication.
Et elles disaient entre elles : « Qui nous retirera la pierre de devant l’entrée du sépulcre ? ».Et en regardant, elles virent que cette pierre, qui était fort grande, avait été roulée de côté.
Et dicebant ad invicem : Quis revolvet nobis lapidem ab ostio monumenti ?Et respicientes viderunt revolutum lapidem. Erat quippe magnus valde.
καὶ έλεγον πρὸς έαυτάς Τίς άποκυλίσει ήμι̃ν τὸν λίθον έκ τη̃ς θύρας του̃ μνημείου καὶ άναϐλέψασαι θεωρου̃σιν ότι άποκεκύλισται ό λίθος· η̃ν γὰρ μέγας σφόδρα
16.3. et 4. — Dicebant ad invicem. Chemin faisant, Marie Madeleine et ses compagnes ont un sujet d'anxiété. Se rappelant qu'une grosse et lourde pierre avait été roulée à rentrée de la grotte sépulcrale, Mc 15.46, elles se demandent : Quis revolvet nobis lapidem… ? Elles craignent, à celle heure peu avancée du jour, de ne rencontrer personne qui puisse leur rendre ce bon office. On le voit, elles sont dans une ignorance absolue de ce qui s’était passé l’avant-veille auprès du sépulcre. Elles ne savent rien des gardes, ni des sceaux apposés sur la pierre. Cf. Mt 27.62-66. — Respicientes, άναϐλέψασαι : l’expression a été très heureusement choisie, car elle signifie « voir de bas en haut ». Or le sépulcre était précisément sur une éminence, et les saintes femmes arrivaient par en bas. Ce trait est donc tout à fait pittoresque. D’ailleurs, tous les détails contenus dans ces deux versets sont de nouvelles particularités du second Évangile. — Erat quippe magnus valde. Ces mots viendraient peut-être mieux à la suite du V. 3, et c’est là en effet que les placent le Codex D et plusieurs manuscrits latins. Dans leur situation actuelle, qui est probablement la bonne, ils expliquent comment les saintes femmes purent remarquer de loin que la pierre avait été roulée en avant du tombeau.
Et entrant dans le sépulcre, elles virent un jeune homme assis du côté droit, vêtu d’une robe blanche, et elles furent effrayées.
Et introëuntes in monumentum viderunt juvenem sedentem in dextris, coopertum stola candida, et obstupuerunt.
καὶ είσελθου̃σαι είς τὸ μνημει̃ον εί̃δον νεανίσκον καθήμενον έν τοι̃ς δεξιοι̃ς περιϐεϐλημένον στολὴν λευκήν καὶ έξεθαμϐήθησαν
16.5. — Introeuntes in monumentum. Les sépulcres juifs des environs de Jérusalem, du moins les plus considérables, consistaient en des chambres plus on moins profondes, creusées dans le roc[582]. Les saintes femmes purent donc pénétrer dans le tombeau où avait reposé Jésus. — Viderunt juvenem. Ce jeune nomme était évidemment un ange, d’après l’ensemble du récit ; mais saint Marc a surtout voulu décrire sa forme, son apparition extérieure. De là le nom de νεανίσκος qu’il lui donne. Était-ce le même ange qui, selon le récit de saint Matthieu, Mt 28.2-4, avait roulé en avant la pierre du sépulcre, et fait fuir les gardiens postés par le Sanhédrin ? Tout porte à le croire. Il est vrai que l’auteur du premier Évangile nous le montre assis à l’entrée du tombeau et invitant les saintes femmes à entrer, tandis que, d’après saint Marc, Madeleine et ses compagnes le trouvèrent dans l’intérieur du sépulcre. Il est également vrai que saint Luc, Lc 24.4 et ss., parle non d’un seul ange, mais de deux anges qui seraient apparus aux saintes femmes. Toutefois, ce sont là de simples nuances, qui n’impliquent nullement une contradiction réelle. Pour concilier les trois narrations, il suffit de rappeler, comme nous l’avons fait en des circonstances analogues, qu’aucun des Évangélistes n’a voulu tout raconter, mais que chacun d’eux s’est contenté de noter les circonstances parvenues à sa connaissance, ou qui entraient le mieux dans son plan. Sans doute, tous les faits qu’ils exposent ont eu lieu tels qu’ils les exposent, mais successivement. De là ce principe que nous avons déjà mentionné : « Distingue tempora et concordabit Scriptura ». Voyez le commentaire de Théophylacte, h. l., et saint Augustin[583]. — Sedentem in dextris : à droite par rapport aux visiteuses ; ou, mieux encore, à droite d’une manière absolue, c’est-à-dire au Sud, d’après la manière des Juifs. On sait que, dans la langue hébraïque, le mot droite équivaut à Midi, gauche à Septentrion. — Coopertum stola candida. Sur la « stola » des anciens, voyez Mc 12.38 et l’explication. — Obstupuerunt. Dans le grec, έξεθαμϐήθησαν, expression énergique, qui désigne une terreur extrême.
Il leur dit : « Ne vous effrayez pas ; vous cherchez Jésus de Nazareth, qui a été crucifié ; il est ressuscité, il n’est point ici ; voici le lieu où on l’avait mis.Mais allez dire à ses disciples, et à Pierre, qu’il vous précède en Galilée ; c’est là que vous le verrez, comme il vous l’a dit ».
Qui dicit illis : Nolite expavescere : Jesum quæritis Nazarenum, crucifixum : surrexit, non est hic, ecce locus ubi posuerunt eum.Sed ite, dicite discipulis ejus, et Petro, quia præcedit vos in Galilæam : ibi eum videbitis, sicut dixit vobis.
ό δὲ λέγει αύται̃ς Μὴ έκθαμϐει̃σθε· 'Iησου̃ν ζητει̃τε τὸν Ναζαρηνὸν τὸν έσταυρωμένον· ήγέρθη ούκ έστιν ώ̃δε· ίδε ό τόπος όπου έθηκαν αύτόν άλλ’ ύπάγετε είπατε τοι̃ς μαθηται̃ς αύτου̃ καὶ τω̣̃ Πέτρω̣ ότι Προάγει ύμα̃ς είς τὴν Γαλιλαίαν· έκει̃ αύτὸν όψεσθε καθὼς εί̃πεν ύμι̃ν
16.6. et 7. — Qui dicit illis. On trouvera l’explication des paroles de l'Ange dans l’Évangile selon saint Matthieu, Mt 28.6 Elles sont encore plus rapides et plus entrecoupées ici que dans la narration du premier Évangéliste. Du reste, ces « asyndeta » sont très naturels dans la circonstance. Saint Marc ajoute deux détails spéciaux. 1° Non seulement il mentionne la croix du divin Ressuscité, crucifixum, dont le souvenir est actuellement si glorieux pour Jésus, si consolant pour nous (« Radix amara crucis evanuit, flos vitæ cum fructibus surrexit in gloria », Gloss.), mais il donne au Sauveur l’humble nom de Nazarenum. Cf. Ac 22.8, où Notre-Seigneur, parlant de sa gloire céleste, s’appelle lui-mème Jésus de Nazareth. — 2° Et Petro est un autre trait caractéristique du second Évangile. Voyez la Préface, § IV. Mais pourquoi saint Pierre est-il signalé à part entre les disciples ? Peut-être à cause de sa dignité ; mais plus encore, ainsi que le disait déjà Victor d’Antiocbe, en signe du pardon complet que le Sauveur lui avait accordé. Aussi comme ces deux mots, « et Petro », durent consoler le cœur désolé du prince des Apôtres ! — Sicut dixit vobis. Variante qui prouve l’indépendance des Évangélistes. Selon saint Matthieu, l’ange aurait dit : « Ecce prædixi vobis ». La prophétie de Jésus, à laquelle il est fait allusion en cet endroit, avait été prononcée à l’issue de la Cène, Mc 14.28. — Notons encore, au commencement du V. 7, la particule άλλα (sed), par laquelle l’ange s’interrompt tout à coup pour passer à un autre sujet. C’est une transition usitée dans la plupart des langues[584].
Elles sortirent du sépulcre, et s’enfuirent, car le tremblement et la peur les avaient saisies ; et elles ne dirent rien à personne, à cause de leur crainte.
At illæ exeuntes, fugerunt de monumento : invaserat enim eas tremor et pavor : et nemini quidquam dixerunt : timebant enim.
καὶ έξελθου̃σαι ταχὺ έφυγον άπὸ του̃ μνημείου εί̃χεν δὲ αύτὰς τρόμος καὶ έκστασις· καὶ ούδενὶ ούδὲν εί̃πον, έφοϐου̃ντο γὰρ
16.8. — Les saintes femmes se hâtent d’obéir. Saint Marc, à propos de leur départ, note plusieurs circonstances particulières. D’abord, trait pittoresque, il nous montre ce départ se transformant aussitôt en une vraie fuite, fugerunt de monumento ; ταχὺ έφυγον, dit la Recepta d’une manière encore plus expressive, elles s’enfuirent au plus vite. Pourquoi fuyaient-elles ainsi ? Le contexte l’indique : invaserat (dans le grec, εί̃χε, « habebat, possidebat ») enim eas tremor et pavor. Ce dernier mot est représenté dans le texte grec par έκστασις, d’où il suit que les amies de Jésus étaient hors d’elles-mêmes d’épouvante. De là leur fuite précipitée, pour échapper au domaine du surnaturel. Voyez dans saint Matthieu, Mt 28.8, une nuance non moins intéressante. — Nemini quidquam dixerunt. Ces mots ne signifient point que les saintes femmes négligèrent d’exécuter les ordres de l’Ange, puisque nous savons, d’après le premier Évangile, qu’« elles allèrent en courant porter la nouvelle aux disciples ». Ils veulent dire, ainsi que l’admettent de concert la plupart des exégètes anciens et modernes, qu'elles gardèrent, le long du chemin, toujours par suite de la frayeur qui les animait, un silence complet sur les événements extraordinaires dont elles venaient d’être témoins. Cf. Euthymius, Fr. Luc, Grotius, etc., h. l.