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c. Seconde partie du Discours : La parénèse.

Mc 13.32-37.

C’est ici surtout que saint Marc abrège et condense. Il n’a que six versets pour exprimer ce qui occupe un chapitre et demi dans le premier Évangile. Cf. Mt 24.36–25.46.

Quant à ce jour ou à cette heure nul ne sait rien, ni les Anges dans le Ciel, ni le Fils, mais le Père seul.
De die autem illo vel hora nemo scit, neque angeli in cælo, neque Filius, nisi Pater.
Περὶ δὲ τη̃ς ήμέρας έκείνης καὶ τη̃ς ώρας ούδεὶς οί̃δεν ούδὲ οί άγγελοι οί έν ούρανω̣̃ ούδὲ ό υίός εί μὴ ό πατήρ

13.32.De die autem illo vel hora. C’est-à- dire l’époque précise de la fin du monde. Après avoir affirmé d’une manière générale que personne ici-bas ne connaît ce jour et cette heure terribles, nemo scit, Jésus spécifie davantage, et signale deux sortes d’êtres qui, par suite de leur nature sublime et de leurs rapports intimes avec Dieu, sembleraient devoir posséder sur ce point des connaissances particulières : ce sont, d’un côté, Angeli in cœlo, de l’autre, Filius, le Fils de l’homme, le Messie. Or, des Anges et du Fils de l’homme il assure qu’eux aussi ils ignorent le jour et l’heure du jugement dernier. On conçoit que les mots ούδὲ ό υίός, propres à saint Marc, aient créé quelque difficulté au point de vue théologique. Les hérétiques anciens et modernes (autrefois les Ariens et les « Agnoetæ », aujourd’hui les protestants) en ont abusé pour imposer à la science du Christ des limites plus ou moins étroites. Mais il y a longtemps que les Pères, par des distinctions aussi claires que solides, en ont indiqué le véritable sens. Citons quelques-unes de leurs paroles : « Quomodo Filius nescire potest quod Pater novit, quum in Patre Filius sit ? Sed cur nolit dicere ostendit alio loco (Ac 1.7)[499] ». De même saint Augustin, In Psalm, xxxvi : « Quia Dominus noster Jesus Christus magister nobis missus est, etiam Filium hominis dixit nescire illum diem, quia in magisterio ejus non erat ut per eum sciretur a nobis. Neque enim aliquid scit Pater quod Filius nescit, quum ipsa scientia Patris illa scit quæ sapientia ejus est : est autem Sapientia ejus, Filius ejus, Verbum ejus. Sed sicut quia nobis scire non proderat quod quidem ille noverat, qui nos docere venerat, non tamen hoc quod nobis nosse non proderat ; non solum sicut magister aliquid docuit sed sicut magister aliquid non docuit ». Cf. saint Augustin[500], saint Hilaire[501] et les commentaires de Jansenius, de Maldonat, de Patrizi, h. l. Nous citerons encore l’excellente interprétation de Fr. Luc : « Filium hominis, id est, se quatenus est homo, nescire dicit (Jesus), diem illum, non simpliciter sed suo modo… Nulli creaturæ diem illum revelat Deus, quem naturali intellectu impossibile est assequi, sed anima Christi, quæ creatura est utique, eum videt in natura Dei cui unita est. Quia igitur hoc singulare est, nullique creaturæ commune, quod Christus Filius hominis sit etiam Filius Dei, et ex eo solo novit Filius hominis quod unitus est Filio Dei, ignoraturus alioqui cum cæteris creaturis, etiam subtilissimis… In quem sensum D. Gregorrius, l. viii, ep. 42, dicit Christum nosse quidem hunc diem in natura humanitatis, sed non ex natura humanitatis[502] ». Voyez aussi Bossuet[503]. — Nisi Pater. « Par ce secret impénétrable, dit fort bien D. Calmet, Jésus veut nous contenir dans une vigilance et une attention continuelles, et réprimer en nous la vaine curiosité et les recherches inutiles au salut ».

Prenez garde, veillez et priez, car vous ne savez quand ce temps viendra.
Videte, vigilate, et orate : nescitis enim quando tempus sit.
βλέπετε άγρυπνει̃τε καὶ προσεύχεσθε· ούκ οίδατε γὰρ πότε ό καιρός έστιν

13.33.Videte (c’est-à-dire « attendite »), vigilate et orate. L’exhortation devient pressante et rapide. Le troisième verbe, προσεύχεσθε, manque dans quelques manuscrits (B, D, a, c, k) ; il a néanmoins des garanties suffisantes d’authenticité. L’idée qu’il exprime est très naturelle. Incapable d’être assez attentif par lui-même, à cause de l’insouciance et de la légèreté qui lui sont propres, l’homme doit demander du secours au Seigneur pour n’être pas surpris par l’arrivée soudaine du dernier jugement (tempus ; dans le grec, ό καιρός avec l’article).

Il en sera comme d’un homme qui, s’en allant au loin, laisse sa maison et remet l’autorité à ses serviteurs, marquant à chacun sa tâche, et ordonne au portier de veiller.
Sicut homo qui peregre profectus reliquit domum suam, et dedit servis suis potestatem cujusque operis, et janitori præcepit ut vigilet,
ώς άνθρωπος άπόδημος άφεὶς τὴν οίκίαν αύτου̃ καὶ δοὺς τοι̃ς δούλοις αύτου̃ τὴν έξουσίαν καὶ έκάστω̣ τὸ έργον αύτου̃ καὶ τω̣̃ θυρωρω̣̃ ένετείλατο ίνα γρηγορη̣̃

13.34.Sicut homo... Cette petite parabole, par laquelle Notre-Seigneur corrobore son exhortation, diffère un peu de celle que nous lisons dans le passage parallèle du premier Évangile, Mc 24.45 et ss. Là, le personnage principal était un majordome, c’est-à-dire le premier de tous les serviteurs ; ici c’est un janitor, le dernier des esclaves. Là, Jésus recommandait par-dessus tout la fidélité dans la vigilance ; ici il exhorte à la vigilance « simpliciter ». Le Sauveur eut donc recours dans cette circonstance à plusieurs similitudes, parmi lesquelles chaque Évangéliste a fait son choix. Ainsi s’expliquent leurs divergences. — Qui peregre profectus est. Cf. Mc 12.1 et le commentaire. Allusion manifeste au prochain « départ » de Jésus. — Potestatem eujusque operis. La Vulgate a lu έξουσίαν έκάστου ταυ̃ έργου ; mais la vraie leçon est certainement celle de la Recepta : δοὺς τοι̃ς δούλοις αύτου̃ τὴν έξουσίαν, καὶ έκάστω̣ τὸ έργον αύτου̃… « Ayant donné le commandement à ses serviteurs, à chacun son emploi », il recommanda spécialement au portier de veiller. — La phrase demeure inachevée à la fin du verset. On peut suppléer : De même, moi aussi, je vous ordonne de veiller. Ou bien, à la façon de la traduction anglaise : « Le Fils de l’homme est comme un homme… »

Veillez donc, car vous ne savez pas quand viendra le maître de la maison, si ce sera le soir, ou au milieu de la nuit, ou au chant du coq, ou le matin ;de peur que, survenant tout à coup, il ne vous trouve endormis.
vigilate ergo (nescitis enim quando dominus domus veniat : sero, an media nocte, an galli cantu, an mane),ne, cum venerit repente, inveniat vos dormientes.
γρηγορει̃τε ου̃ν· ούκ οίδατε γὰρ πότε ό κύριος τη̃ς οίκίας έρχεται όψὲ ή μεσονυκτίου, ή άλεκτοροφωνίας ή πρωΐ μὴ έλθὼν έξαίφνης εύρη̣ ύμα̃ς καθεύδοντας

13.35. et 36. — Application de la parabole. — Vigilate ergo. Jésus répète son mot d’ordre avec emphase. Il répète de même avec quelques développements (cf. V. 33) le motif pour lequel ses disciples devront veiller sans cesse dans l’attente de son second avènement : Nescitis enim…Sero, an media nocte… Ce sont les noms techniques des quatre divisions de la nuit chez les Romains. La Mischna, Tamid. i, 1, 2, raconte que, pour obliger à une vigilance perpétuelle les Lévites qui montaient la garde dans le Temple pendant la nuit, un prêtre venait de temps en temps, mais à des heures variées et à l’improviste, frapper à la porte du lieu saint, qu’on devait aussitôt lui ouvrir. C’est ainsi que fait le Fils de Dieu. — Cum venerit repente. C’est sur cet adverbe (έξαίφνης) que repose l’idée principale.

Ce que je vous dis, je le dis à tous : Veillez ».
Quod autem vobis dico, omnibus dico : Vigilate.
ὰ δὲ ύμι̃ν λέγω πα̃σιν λέγω γρηγορει̃τε

13.37.Omnibus dico. « Non solum enim illis dixit quibus tunc audientibus loquebatur, sed etiam illis qui fuerunt post illos ante nos, et ad nos ipsos, et qui erunt post nos, usque ad novissimum ejus adventum[504] ». — Vigilate. Dans la rédaction de saint Marc, le discours eschatologique se termine par cette parole vigoureusement accentuée. Les premiers chrétiens, afin de s'exciter plus vivement à mettre en pratique la recommandation de Jésus, aimaient à prendre des noms qui la leur rappelassent sans cesse. De là ces Vigilius, ces Gregorius (Γρηγορει̃τε) si souvent mentionnés dans les inscriptions des Catacombes.



[468] Saint Augustin d’Hippone, Sermo xcviii.

[469] Voyez Victor Ancessi, Atlas Géographique Et Archéologique Pour L'étude De L'ancien Et Du Nouveau Testament, pl. ix et x.

[470] Cf. M. Keritot, i, 7. Voir Joseph Derenbourg, Essai sur l’histoire et la géographie de Palestine d’après les Thalmuds, p. 467.

[471] vas correspond ici à l’hébreu כלי, qui désigne d’une manière générale les ustensiles de ménage, les instruments de travail, etc.

[472] Flavius Josèphe, Contra Apionem, ii, 8.

[473] Am 5.10.

[474] Voyez Richard von Riess, Bibel-Atlas, pl. IV.

[475] Voir Ian Theodor Beelen, Grammatica græcitatis N. T., p. 188. Cf. Ac 3.16 ; Rm 3.22 ; Ga 2.20 ; 3.22, etc.

[476] Karl Gottlieb Bretschneider, Lexicon Manuale Græco-Latinum in libros Novi Testamenti, t. I, p. 227.

[477] Voyez Constantinus Tischendorf, Novum Testamentum græce et latine.

[478] Wilhelm Friedrich Rinck, Lucubratio Critica, p. 306.

[479] Pline l’Ancien, Epistola, ix, 37.

[480] Cf. Karl Gottlieb Bretschneider, Lexicon Manuale Græco-Latinum in libros Novi Testamenti, s. v.

[481] Cf. Thucydide, iii, 67, 5 ; Platon, La Répubique, ix ; Eccli.xxxv, 8.

[482] Saint Augustin d’Hippone, Sermo lxxxviii, 11.

[483] Cf. Henri Etienne, Dictionnaire grec-français, s. v. άγρεύω.

[484] Pseudo-Hieron., ap. Caten. D. Thom.

[485] Cf. John David Michaelis, Mosaisches Recht, ii, 98

[486] Cf. Georg Benedikt Winer, Grammatik des neutestamentlichen Sprachidioms, p. 160 ; Ian Theodor Beelen, Grammatica græcitatis N. T., p. 179 ; Carl Friedrich August Fritzsche et Peter Schegg, h. l.

[487] Cf. Campeius Vitringa, De Synagoga Vetere, ii, 3, 15 ; Johann Buxtorf, Synagoga Judaica, c. ix ; Moïse Schwab, Traité des Berachoth, p. 177.

[488] Thimothée Colani, Jésus-Christ et les croyances messianiques de son temps, p. 105.

[489] Saint Jérôme de Stridon, in Matth.

[490] cf. Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, xix, 6, 1

[491] Voyez Anthony Rich, Dictionnaire des Antiquités grecques et romaines, aux mots As et Quadrans.

[492] Cf. Bell. Jud. v, 6, 8 ; Ant. xv, 11, 3.

[493] Cf. Georg Benedikt Winer, Grammatik des neutestamentlichen Sprachidioms, p. 449.

[494] Francesco Saverio Patrizi, s.j., In Marcum commentarium, p. 174.

[495] Beresch. Rabb. sect. li. Cf. Johannis Lightfoot, Horæ hebraicæ et talmudicæ in quatuor evangelistas, Marc, h. l.

[496] Dom Augustin Calmet, h. l.

[497] Évangile selon saint Matthieu, Mt 24.15 ; Francesco Saverio Patrizi, de Evangeliis, lib. I, c. i, n° 31.

[498] Ian Theodor Beelen, Grammatica græcitatis N. T., p. 380.

[499] Saint Ambroise de Milan, In Luc, xvii, 31.

[500] Saint Augustin d’Hippone, de Trinitate, xii, 3.

[501] Saint Hilaire de Poitiers, de Trinitate, ix.

[502] Franciscus Lucas Brugensis (Fr. Luc de Bruges), Commentarius in Sacro-sancta Quatuor Iesu Christi Evangelia, h. l.

[503] Jacques-Bénigne Bossuet, Méditatation sur l’Évangile, Dernière Semaine, 77e et 78e jour.

[504] Saint Augustin d’Hippone, Epistola lxxx.