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b. Première partie du Discours : La prophétie.

Mc 13.5—31.

Nous avons noté à différentes reprises que saint Marc est par excellence l’Évangéliste de l’action, et que, s’il cite volontiers les paroles détachées du Sauveur, il s’arrête rarement à exposer ses instructions de longue haleine. Le Discours eschatologique est une de ces rares exceptions : il était trop important pour être passé complètement sous silence. Mais saint Marc, sans en rien retrancher d’essentiel, l’abrège d’une manière notable, comme il avait fait pour les paraboles du royaume messianique. Il sait généralement de très près la rédaction de saint Matthieu : il est néanmoins souvent original, donnant de temps à autre de ces détails graphiques et précis auxquels il nous a accoutumés. Nous serons fidèle à signaler les plus intéressants. Pour le fond des choses nous renvoyons le lecteur à notre commentaire sur saint Matthieu, pp. 456 et ss. Rappelons seulement que toutes les idées de ce discours sont groupées par Notre-Seigneur autour de deux grands faits, la destruction de Jérusalem et le second avènement du Messie.

1° Pronostics de la ruine de Jérusalem et de la fin du monde.
Mc 13.5-13.

Et Jésus, leur répondant, se mit à dire : « Prenez garde que personne ne vous séduise ».
Et respondens Jesus cœpit dicere illis : Videte ne quid vos seducat :
ό δὲ 'Iησου̃ς άποκριθεὶς αύτοι̃ς ήρξατο λέγειν Βλέπετε μή τις ύμα̃ς πλανήση̣·

13.5.Cœpit. L’un des mots favoris de saint Marc. — Videte. Ce grave avertissement, que nous entendons dès le début du discours, retentira de temps à autre comme une de ses notes dominantes. Cf. VV. 9, 23, 33. À chaque instant reviendront aussi les conseils analogues : Veillez, supportez, priez ! — Ne quis vos seducat. Grand danger, qui menace tous les hommes, durant toute leur vie et de mille manières. Il faut donc « prendre garde », si l’on veut y échapper.

Car beaucoup viendront sous mon nom, disant : « C’est moi le Christ ; et ils séduiront beaucoup de monde.
multi enim venient in nomine meo, dicentes quia ego sum : et multos seducent.
πολλοὶ γὰρ έλεύσονται έπὶ τω̣̃ όνόματί μου λέγοντες ότι 'Eγώ είμι καὶ πολλοὺς πλανήσουσιν

13.6.Mutli enim… La particule « enim » montre que le Sauveur va développer son exhortation pressante du V. 5. Il attire l’attention de ses disciples sur divers signes qui leur annonceront en premier lieu la proximité de la ruine de Jérusalem, puis, à la fin des temps, celle du jugement général. — Venient in nomine meo… Premier signe, l’apparition d’un grand nombre de pseudo-messies. — Multos seducent. Ces faux Christs ne réussirent que trop à séduire les Juifs avant et pendant la guerre avec Rome. Josèphe raconte que plusieurs d’entre eux entraînèrent à leur suite dans le désert d’immenses multitudes auxquelles ils avaient promis de faire voir des prodiges éclatants. Bien plus, à l’heure où le temple brûlait, six mille personnes de tout âge et de toute condition y pénétrèrent sur la parole d’un faux prophète et périrent affreusement dans les flammes. La fin du monde ne trouvera pas les imposteurs moins nombreux, ni les foules moins crédules.

Quand vous entendrez parler de guerres et de bruits de guerres, ne craignez point ; car il faut que ces choses arrivent, mais ce ne sera pas encore la fin.
Cum audieritis autem bella, et opiniones bellorum, ne timueritis : oportet enim hæc fieri : sed nondum finis.
όταν δὲ άκούσητε πολέμους καὶ άκοὰς πολέμων μὴ θροει̃σθε· δει̃ γὰρ γενέσθαι άλλ’ ούπω τὸ τέλος

13.7.Cum audieritis… Second signe, les guerres rapprochées et lointaines. Bella indique en effet des combats qui auront lieu à proximité ; opiniones bellorum, άκοὰς πολέμων, des bruits de guerre, c’est-à-dire des combats livrés à distance. — Ne timueritis. De même que les chrétiens ne devront pas se laisser séduire par l’erreur, de même ils devront veiller à ne pas se laisser égarer par la peur, qui est si souvent une mauvaise conseillère et qui a causé tant d’apostasies. — Nondum finis. Ces premiers signes ne seront que des préliminaires, annonçant des dangers plus terribles.

Car on verra se soulever nation contre nation et royaume contre royaume, et il y aura des tremblements de terre en divers lieux, et des famines. Ce sera là le commencement des douleurs.
Exsurget enim gens contra gentem, et regnum super regnum, et erunt terræmotus per loca, et fames. Initium dolorum hæc.
έγερθήσεται γὰρ έθνος έπὶ έθνος καὶ βασιλεία έπὶ βασιλείαν καὶ έσονται σεισμοὶ κατὰ τόπους καὶ έσονται λιμοὶ καὶ ταραχαί· άρχαὶ ώδίνων ταυ̃τα

13.8.Exurget gens… Troisième signe : les peuples, les empires, soulevés les uns contre les autres, et occupés à s’entre-détruire. « Quum videris regna se invicem turbantia, disaient de même les Rabbins, tunc exspectes vestigia Messiæ[495] ». — Terræ motus per loca. Quatrième signe, d’effroyables tremblements de terre, arrivant en divers lieux. — Et fames. Cinquième signe. Le texte grec en ajouté un sixième, καὶ ταραχαί (et des troubles, des révolutions), mentionné seulement par saint Marc, si tant est que ces deux mots soient authentiques, car ils sont omis par des manuscrits qui font autorité (B, D, L, Sinait.). Le grec répète le verbe έσονται avant λιμοὶ, ce qui est d’un bel effet : « et erunt terræ motus…, et erunt fames ». — Initium dolorum hæc. Que sera donc la douleur elle-même, si les malheurs signalés jusqu’ici n’en sont que le prélude ? Ces maux préalables, d’après la traduction littérale du mot grec ώδίνων, seront à la catastrophe finale ce que sont les souffrances qui précèdent l’enfantement à celles qui l’accompagnent. Jésus ne pouvait pas choisir une comparaison plus énergique. Du reste, les prophètes avaient souvent employé la même image.

Pour vous, prenez garde à vous-mêmes ; car on vous livrera aux tribunaux et vous serez battus dans les synagogues, et vous comparaîtrez devant les gouverneurs et devant les rois à cause de moi, pour me rendre témoignage devant eux.
Videte autem vosmetipsos. Tradent enim vos in consiliis, et in synagogis vapulabitis, et ante præsides et reges stabitis propter me, in testimonium illis.
βλέπετε δὲ ύμει̃ς έαυτούς· παραδώσουσιν γὰρ ύμα̃ς είς συνέδρια καὶ είς συναγωγὰς δαρήσεσθε καὶ έπὶ ήγεμόνων καὶ βασιλέων σταθήσεσθε ένεκεν έμου̃ είς μαρτύριον αύτοι̃ς

13.9.Videte vosmetipsos. Trait propre à saint Marc. Cet ύμει̃ς έαυτούς est emphatique : Prenez garde à vous, pour ne point chanceler dans la foi, car la chair est faible, et elle aura beaucoup à endurer ! — Tradent enim vos… Voici maintenant le tableau des épreuves qui attendent les chrétiens aux deux époques indiquées. « Tradent » ; on les livrera comme des criminels à toute sorte de tribunaux : tribunaux juifs et ecclésiastiques, in conciliis (συνέδρια, les Sanhédrins de divers degrés. Voyez l’Évangile selon saint Matthieu p. 112 et suiv.) et in synagogis ; tribunaux civils et païens, ante præsides et reges. Saint Matthieu ne mentionne pas ici tous ces détails ; mais il les avait rapportés ailleurs, dans l’Instruction pastorale de Jésus à ses disciples, Mt 10.17,18. — Les verbes vapulabitis, stabitis sont dramatiques. — In testimonium illis : non pas είς κατηγοριάν καὶ έλεγχον αύτω̃ν, comme le veut Euthymius, mais plutôt « ad attestandum illis nomen meum », d’après le V. suivant. Par tous ces mauvais traitements supportés avec courage, vous prouverez la divinité de mon œuvre. La persécution contribuera ainsi à la propagation de l’Évangile.

Il faut auparavant que l’Évangile soit prêché à toutes les nations.
Et in omnes gentes primum oportet prædicari Evangelium.
καὶ είς πάντα τὰ έθνη δει̃ πρω̃τον κηρυχθη̃ναι τὸ εύαγγέλιον

13.10.Et in omnes gentes… Autre passage spécial à saint Marc. Les mots είς πάντα τὰ έθνη sont mis en avant d’une manière emphatique. — Primum : c’est-à-dire avant la « fin » dont il a été question au V. 7. Et en effet, « avant la destruction du temple, saint Paul seul avait porté l’Évagile dans une grande partie de l’empire romain. Les autres Apôtres avaient travaillé à proportion. L’Apôtre saint Pierre adresse sa première Épître aux fidèles du Pont, de la Galatie, de la Cappadoce, de l’Asie, de la Bithynie. Saint Paul écrit aux Romains que la réputation de leur foi est répandue par tout le monde[496] ». Et depuis, quels immenses progrès n’a pas faits l’Évangile !

Et lorsqu’on vous emmènera pour vous livrer, ne pensez pas d’avance à ce que vous direz ; mais dites ce qui vous sera inspiré à l’heure même, car ce n’est pas vous qui parlerez, mais l’Esprit-Saint.
Et cum duxerint vos tradentes, nolite præcogitare quid loquamini : sed quod datum vobis fuerit in illa hora, id loquimini : non enim vos estis loquentes, sed Spiritus Sanctus.
όταν δὲ άγαγωσιν ύμα̃ς παραδιδόντες μὴ προμεριμνα̃τε τί λαλήσητε μηδὲ μελετα̃τε· άλλ’ ὸ έὰν δοθη̣̃ ύμι̃ν έν έκείνη̣ τη̣̃ ώρα̣ του̃το λαλει̃τε· ού γάρ έστε ύμει̃ς οί λαλου̃ντες άλλὰ τὸ πνευ̃μα τὸ άγιον

13.11. — Nouvelle pensée propre à saint Marc. Les autres Synoptiques la placent ailleurs, cf. Mt 10.19 ; Lc 12.11 ; 22.14 ; preuve que Jésus l’exprima plusieurs fois en différentes circonstances. Elle contient en effet une grande consolation pour le disciple persécuté, la promesse d’une assistance toute spéciale de l’Esprit-Saint. — Après loquamini, on lit dans la Recepta μηδὲ μελετα̃τε, expression très classique chez les Grecs pour désigner la préparation laborieuse d’un discours. — Datum est synonyme de « inspiratum ». — In illa hora, c’est-à-dire quand vous serez arrivés devant vos juges. — Le présent estis est pittoresque : Jésus suppose par anticipation que la situation qu’il vient de décrire est déjà réalisée, et il contemple ses disciples improvisant de sublimes apologies sous la dictée de l’Esprit-Saint. Quel encouragement pour eux dans cette promesse !

Alors le frère livrera son frère à la mort, et le père son fils ; les enfants s’élèveront contre leurs parents, et les feront mourir.
Tradet autem frater fratrem in mortem, et pater filium : et consurgent filii in parentes, et morte afficient eos.
παραδώσει δὲ άδελφὸς άδελφὸν είς θάνατον καὶ πατὴρ τέκνον καὶ έπαναστήσονται τέκνα έπὶ γονει̃ς καὶ θανατώσουσιν αύτούς·

13.12. — Ce passage a été également omis par saint Matthieu. — Tradet autem frater… Le Sauveur prédit maintenant aux siens une peine plus cruelle encore que la précédente, les persécutions et la trahison de la part de leurs proches. Les liens les plus sacrés de la nature cesseront d’exister, ou plutôt ils seront une cause de plus grande haine, de poursuites plus acharnées.

Et vous serez haïs de tout le monde à cause de mon nom ; mais celui qui persévérera jusqu’à la fin sera sauvé.
Et eritis odio omnibus propter nomen meum. Qui autem sustinuerit in finem, hic salvus erit.
καὶ έσεσθε μισούμενοι ύπὸ πάντων διὰ τὸ όνομά μου ό δὲ ύπομείνας είς τέλος ού̃τος σωθήσεται

13.13.Eritis odio omnibus… Ces paroles résument le sort des chrétiens aux deux grandes époques de crise prophétisées par Jésus : ils seront de la part de tous ceux qui ne partageront par leur foi, amis et ennemis, l’objet d’une profonde inimitié. — Qui autem sustinuerit… Conclusion de ce premier tableau. De toutes parts, soit avant la ruine de Jérusalem, soit avant la fin du monde, il surgira pour les disciples du Christ des dangers redoutables, qui menaceront leur salut éternel. Que faire pour ne pas succomber ? Une seule chose, tenir ferme, persévérer jusqu’au bout. Le verbe grec ύπομένω, traduit ici par « sustinere », dans Mt 24.13, par « perseverare », est très expressif : il signifie littéralement « je reste dessous », et suppose qu’on demeure debout malgré toute sorte de difficultés provenant du dehors. On ne le rencontre que trois fois dans les Évangiles. — Hic est emphatique. Celui-là et pas un autre.

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