Alors Jésus, regardant autour de lui, dit à ses disciples : « Qu’il est difficile à ceux qui ont des richesses d’entrer dans le royaume de Dieu ! ».
Et circumspiciens Jesus, ait discipulis suis : Quam difficile qui pecunias habent, in regnum Dei introibunt !
Καὶ περιϐλεψάμενος ό 'Iησου̃ς λέγει τοι̃ς μαθηται̃ς αύτου̃ Πω̃ς δυσκόλως οί τὰ χρήματα έχοντες είς τὴν βασιλείαν του̃ θεου̃ είσελεύσονται
10.23. — Circumspiciens Jesus. Trait spécial à saint Marc. Jésus agit comme s’il voulait étudier l’impression produite sur les Apôtres par ce fâcheux départ. Mais il est plus exact de dire qu’il se proposait, par ce geste solennel, d’ajouter à l’effet des paroles qu’il allait prononcer. — Quant difficile… Le triste exemple du jeune homme riche ne démontrait que trop parfaitement la vérité de cette grave sentence. « Non toutefois, dit fort bien Théophylacte, que les richesses soient mauvaises en elles-mêmes ; ce sont ceux qui les possèdent qui sont mauvais ! » — Pecunias. Le mot grec χρήματα serait mieux traduit par « divitias ». De même au verset suivant. — Par regnum Dei, il faut entendre ici le ciel, où le royaume messianique atteindra sa bienheureuse et glorieuse consommation.
Les disciples étaient stupéfaits de ces paroles. Mais Jésus, reprenant, leur dit : « Mes petits enfants, qu’il est difficile à ceux qui se confient dans les richesses d’entrer dans le royaume de Dieu !
Discipuli autem obstupescebant in verbis ejus. At Jesus rursus respondens ait illis : Filioli, quam difficile est, confidentes in pecuniis, in regnum Dei introire !
οί δὲ μαθηταὶ έθαμϐου̃ντο έπὶ τοι̃ς λόγοις αύτου̃ ό δὲ 'Iησου̃ς πάλιν άποκριθεὶς λέγει αύτοι̃ς Τέκνα πω̃ς δύσκολόν έστιν τοὺς πεποιθότας έπὶ τοι̃ς χρήμασιν, είς τὴν βασιλείαν του̃ θεου̃ είσελθει̃ν·
10.24. — Discipuli obstupescebant. 'Eθαμϐου̃ντο, « attoniti stupore percellebantur : unum de verbis significantioribus quibus Marcus interdum utitur[437] ». Il y avait de quoi être vivement frappé : Jésus ne paraissait-il pas exclure formellement du ciel toute une catégorie d’hommes, à cause de leur position sociale ? — Jésus… respondens. C’est à ce sentiment des Douze que le Maître répond. Modifiant sa parole pour l’adoucir et en mieux marquer le véritable sens, il ne dit plus : « Qui pecunias habent », il dit : Confidentes in pecuniis, désignant ainsi non pas les riches en tant qu’ils sont riches, mais les riches en tant qu’ils mettent leur fin dans leurs richesses. Il faut noter aussi l’appellation de tendresse Filioli, τεκνία (nous lisons ainsi d’après plusieurs manuscrits), par laquelle le Sauveur essaie de calmer l’effroi qu’il venait de causer à ses amis. — Tous les détails contenus dans ce verset appartiennent en propre à saint Marc.
Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille, qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu ».
Facilius est camelum per foramen acus transire, quam divitem intrare in regnum Dei.
εύκοπώτερόν έστιν κάμηλον διὰ τη̃ς τρυμαλια̃ς τη̃ς ρ́αφίδος είσελθει̃ν ή πλούσιον είς τὴν βασιλείαν του̃ θεου̃ είσελθει̃ν
10.25. — Facilius est camelum… Sur ce proverbe oriental, voyez l’Évangile selon saint Matthieu, Mt 19.24. Nous prenons la figure à la lettre, sans vouloir des interprétations plus ou moins ingénieuses, mais certainement fausses, auxquelles on a recouru sous prétexte de la rendre plus acceptable. Elle exprime une impossibilité réelle. — Jésus venait d’adoucir sa pensée : il la renforce maintenant à l’aide d’une image vigoureuse. Il est si peu de riches en effet qui ne mettent pas leur confiance dans leurs richesses ! C’est donc à bon droit que le Seigneur semble désespérer de jamais rencontrer dans les hommes favorisés des biens de ce monde l’héroïsme moral que réclame le détachement chrétien. — « L’œil d’une aiguille, dit un proverbe persan, est assez large pour deux amis : le monde entier est trop étroit pour deux ennemis ». C’est une image analogue pour exprimer une idée toute différente.
20.26. — Qui magis admirabantur, περισσω̃ς έξεπλήσσοντο. On conçoit sans peine ce surcroît d’étonnement et de frayeur après les dernières paroles de Jésus. — Dicentes ad semetipsos, πρὸς έαυτούς, les uns aux autres. — Et quis… Sur l’emploi de la conjonction καὶ en tête d’une phrase interrogative, voyez Winer[438]. « Mais alors, mais dans ce cas, qui pourra bien être sauvé ? »
Jésus, les regardant, dit : « Cela est impossible aux hommes, mais non pas à Dieu ; car tout est possible à Dieu ».
Et intuens illos Jesus, ait : Apud homines impossibile est, sed non apud Deum : omnia enim possibilia sunt apud Deum.
έμϐλέψας δὲ αύτοι̃ς ό 'Iησου̃ς λέγει Παρὰ άνθρώποις άδύνατον άλλ’ ού παρὰ τω̣̃ θεω̣̃· πάντα γὰρ δυνατὰ έστίν παρὰ τω̣̃ θεω̣̃
10.27. — Et intuens illos. Dans le grec, έμϐλέψας, comme au V. 21. C’est le troisième regard de Jésus mentionné dans l’intervalle de quelques lignes. Quelle vie et quel pittoresque dans ce second Évangile ! — Apud homines… Le Sauveur, au moyen de cette distinction, explique de quel genre d’impossibilité il a voulu parler. Saint Marc présente l’antithèse avec plus de force que les deux autres synoptiques. — Omnia enim possibilia. « Quod non ita intelligendum est quasi cupidi et superbi in regnum cœlorum sint intraturi cum cupiditate et superbia ; sed possibile est Deo ut a cupiditate et superbia ad caritatem et humilitatem convertantur ». Théophylacte. Avec l’appoint des divins secours, tout devient possible à l’homme de bonne volonté.
Alors Pierre se mit à lui dire : « Nous, voici que nous avons tout quitté, et que nous vous avons suivi ».
Et cœpit ei Petrus dicere : Ecce nos dimisimus omnia, et secuti sumus te.
καὶ ήρξατο ό Πέτρος λέγειν αύτω̣̃ 'Iδού, ήμει̃ς άφήκαμεν πάντα καὶ ήκολουθήσαμέν σοι
10.28. — Ecce nos reliquimus omnia, s’écrie tout à coup saint Pierre. Nous du moins, dit-il avec emphase, nous ne sommes pas « confidentes in divitiis ». La preuve, c’est que nous avons tout laissé pour vous suivre. En réalité, les Apôtres, sur un mot de Jésus, avaient renoncé à tout, et s’étaient mis généreusement à sa suite. Deux points sur lesquels ils avaient fait complètement le contraire du pauvre jeune homme dont il était question naguère.
Jésus répondit : « En vérité, je vous le dis, personne ne quittera sa maison, ou ses frères, ou ses soeurs, ou son père, ou sa mère, ou ses enfants, ou ses champs, pour moi et pour l’Évangile,
Respondens Jesus, ait : Amen dico vobis : Nemo est qui reliquerit domum, aut fratres, aut sorores, aut patrem, aut matrem, aut filios, aut agros propter me et propter Evangelium,
άποκριθεὶς δὲ ό 'Iησου̃ς εί̃πεν Άμὴν λέγω ύμι̃ν ούδείς έστιν ὸς άφη̃κεν οίκίαν ή άδελφοὺς ή άδελφὰς ή πατέρα ή μητέρα ή γυναι̃κα, ή τέκνα ή άγροὺς ένεκεν έμου̃ καὶ του̃ εύαγγελίου
10.29. — Respondens Jesus. Le bon Maître n’oublie pas les sacrifices qui ont été faits pour lui, et il saura dédommager leurs auteurs par de magnifiques récompenses. Le V. 29 donne la liste des principaux objets qu’un chrétien peut abandonner pour l’amour de Jésus et de son Évangile ; le V. 30 celle des récompenses qui leur seront distribuées soit en ce monde, soit en l’autre, par la main du Dieu rémunérateur. Dans la Recepta grecque, après μητέρα (matrem), on lit ή γυναι̃κα, « vel uxorem », de même que dans la rédaction de saint Matthieu. Les manuscrits B, D, Δ, Sinaït., etc., omettent ces mots comme la Vulgate. — Et propter Evangelium est un trait propre à notre Évangéliste. Notons en passant, à propos de l’expression εύαγγελίου, que saint Matthieu et saint Marc sont seuls à l’employer, celui-là quatre fois[439], celui-ci beaucoup plus souvent[440].
qu’il ne reçoive cent fois autant, maintenant, en ce temps présent, des maisons, des frères, des soeurs, des mères, des enfants et des champs, avec des persécutions, et, dans le siècle futur, la vie éternelle.
qui non accipiat centies tantum, nunc in tempore hoc : domos, et fratres, et sorores, et matres, et filios, et agros, cum persecutionibus, et in sæculo futuro vitam æternam.
έὰν μὴ λάϐη̣ έκατονταπλασίονα νυ̃ν έν τω̣̃ καιρω̣̃ τούτω̣ οίκίας καὶ άδελφοὺς καὶ άδελφὰς καὶ μητέρας καὶ τέκνα καὶ άγροὺς μετὰ διωγμω̃ν καὶ έν τω̣̃ αίω̃νι τω̣̃ έρχομένω̣ ζωὴν αίώνιον
10.30. — Centies tantum, έκατονταπλασίονα. Chiffre rond, pour désigner à la façon orientale l’étendue et la richesse de la rétribution promise par Notre-Seigneur. — Nunc, in tempore hoc. Même dès cette vie. Ces mots sont emphatiques et propres à saint Marc. On ne trouve également que dans son récit la répétition de la nomenclature domos et fratres, etc. Cette nomenclature subit pourtant dans le V. 30 de légères modifications. Par exemple, le substantif γυναι̃χας, « uxores », a été omis pour une raison de convenance facile à comprendre. « Patres » est de même supprimé, on ignore pourquoi. Matres est au pluriel, et justement ; car si la nature ne nous donne qu’une mère, la charité chrétienne nous en fournit un grand nombre. — Un saint abbé, dont Cassien nous a conservé les paroles, admirait l’accomplissement de toutes ces promesses du Sauveur. « Quod ita esse, disait-il à ses religieux, etiam vestris experimentis probare potuistis, qui singulis patribus matribusque ac domibus derelictis, quamlibet mundi partem fueritis ingressi, patres, matres, fratresque innumeros, domos quoque et agros, servosque fidelissimos absque ullo sollicitudinis labore conquiritis, qui vos ut proprios dominos submisse suscipiunt, amplectuntur, fovent, venerantur officiis[441] ». Et cette réalisation, n’a pas seulement lieu dans les communautés religieuses, mais partout où le vrai Christianisme est mis en pratique. Ainsi donc, Jésus annonce qu’il dédommagera même dès ce monde, par toutes sortes de grâces et de consolations, des privations embrassées en son honneur. — Cum persecutionibus. « Saint Marc ajoute une chose remarquable, qui n’a point été exprimée par les autres Évangélistes. C’est qu’ils recevront le centuple avec des persécutions. Est-ce donc que les persécutions font partie des promesses de Jésus-Christ, et des récompenses qu’il promet à ses serviteurs ? Oui sans doute. Les persécutions, les peines, les travaux sont la joie et le partage des chrétiens ; c’est le gage assuré de leur bonheur futur. Jésus-Christ partage ses amis comme il s’est partagé lui-même… Et ceux qui ont l’avantage d’être à lui n’ont garde de se plaindre de leur sort ; ils l’estiment infiniment plus que si on leur offrait tous les plaisirs du monde… Il n’appartient qu’aux vrais chrétiens de souffrir volontiers les maux temporels dans l’espérance des biens éternels. Christianorum est pati mala temporalia, et bona sperare sempiterna, dit saint Augustin ». D. Calmet. Les écrits du Nouveau Testament sont remplis de cette idée[442]. — Et in sæculo futuro, par opposition à « nunc in tempore hoc ». Ces locutions sont mises en corrélation, de même que les mots équivalents des Rabbins, עולם הדח, ce siècle-ci, et עולם הבא, le siècle à venir.
Mais beaucoup des premiers seront les derniers, et beaucoup des derniers les premiers ».
Multi autem erunt primi novissimi, et novissimi primi.
πολλοὶ δὲ έσονται πρω̃τοι έσχατοι καὶ οί έσχατοι πρω̃τοι
10.31. — Multi autem… Dans l’Évangile selon saint Matthieu, Mt 19.30–20.16 (voyez le commentaire), ce gnome énigmatique sert tout à la fois d’ouverture et de finale à une parabole qui le développe et l’explique. C’est un « caveant consules » adressé aux Apôtres et à tous les chrétiens. Même après les plus saints commencements, même après avoir donné des preuves du plus généreux dévouement à la cause du Christ, on peut s’arrêter en chemin, comme le jeune homme de notre Évangile, comme Judas ; tandis que les Madeleine et les Saul gagnent les premières couronnes et les premiers trônes du paradis.
Or ils étaient en chemin pour monter à Jérusalem ; et Jésus marchait devant eux, et ils étaient troublés, et ils le suivaient avec crainte. Et prenant de nouveau les douze à part, il se mit à leur dire ce qui devait lui arriver :
Erant autem in via ascendentes Jerosolymam : et præcedebat illos Jesus, et stupebant : et sequentes timebant. Et assumens iterum duodecim, cœpit illis dicere quæ essent ei eventura.
̔Hσαν δὲ έν τη̣̃ όδω̣̃ άναϐαίνοντες είς ̔Iεροσόλυμα καὶ η̃ν προάγων αύτοὺς ό 'Iησου̃ς καὶ έθαμϐου̃ντο καὶ άκολουθου̃ντες έφοϐου̃ντο καὶ παραλαϐὼν πάλιν τοὺς δώδεκα ήρξατο αύτοι̃ς λέγειν τὰ μέλλοντα αύτω̣̃ συμϐαίνειν
10.32. — Erant autem in via. Plus haut, V. 17, l’Évangéliste nous montrait Notre-Seigneur se dirigeant vers la route, « in viam » ; maintenant, Jésus et les siens sont « in via ». Quelle parfaite exactitude dans les détails les plus minutieux ! — Ascendentes Jerosolymam. Voyez, sur cette expression, l’Évangile selon saint Matthieu, Mt 20.17. — Les mots suivants, et præcedebat illos…, et stupebant, sont vraiment dramatiques. Nous devons à saint Marc ce magnifique tableau. À l’avant-scène on aperçoit le divin Maître, qui marche le premier, à quelque distance des siens. Il sait qu’il se dirige vers le Calvaire ; mais c’est pour cela même qu’il se hâte avec une sainte impatience, « faisant voir, dit justement Théophylacte, qu’il va au-devant de sa Passion, et qu’il ne redoute pas d’endurer la mort pour notre salut ». Ce trait est donc un commentaire plastique de la parole : « Baptismo habeo baptizari, et quomodo coarctor usquedum perficiatur ! » Lc 12.50. Derrière ce glorieux capitaine, qui choisit vaillamment le poste d’honneur, nous voyons la troupe timide de ses soldats. « Stupebant », έθαμϐου̃ντο : ils étaient stupéfaits de son courage. En effet, ils ne l’ignoraient pas d’après les scènes dont ils avaient été naguère témoins dans la capitale juive[443], aller à Jérusalem dans les circonstances présentes, c’était s’offrir librement à toute sorte de dangers. Aussi est-il ajouté que sequentes timebant. Ils redoutaient pour lui et pour eux-mêmes les conséquences d’une pareille démarche. De là une sorte d’hésitation bien naturelle. Néanmoins, ils suivaient leur divin Maître : ce n’est qu’à Gethsémani que leur courage devait entièrement faiblir pour un temps. D’après la variante des manuscrits B, C, L, Γ, Sin., οί δὲ άκολουθου̃ντες έφοϐου̃ντο (au lieu de καὶ άκολουθου̃ντες…), il semblerait que les disciples qui accompagnaient Jésus formassent en ce moment, comme deux groupes distincts, l’un plus courageux, le suivant de plus près, l’autre tout à fait à l’arrière, à moitié décidé à l’abandonner. Mais cette leçon n’est pas assez autorisée pour que nous la préférions à celle de la Recepta. — Assumens iterum duodecim. Le Sauveur s’arrête tout à coup pour rallier la troupe intimidée de ses Apôtres. Les groupant autour de lui, « il se mit à leur prédire ce qui devait lui arriver ». C’était pour la troisième fois qu’il entrait devant eux dans ces tristes détails. La première prédiction de ce genre avait eu lieu après la Confession de saint Pierre, Mc 8.31 ; la seconde, après la Transfiguration, Mc 9.30-32.
« Voici que nous montons à Jérusalem, et le Fils de l’homme sera livré aux princes des prêtres, et aux scribes, et aux anciens ; ils le condamneront à mort, et ils le livreront aux gentils ;et ils l’insulteront, et cracheront sur lui, et le flagelleront, et le feront mourir ; et il ressuscitera le troisième jour ».
Quia ecce ascendimus Jerosolymam, et Filius hominis tradetur principibus sacerdotum, et scribis, et senioribus, et damnabunt eum morte, et tradent eum gentibus :et illudent ei, et conspuent eum, et flagellabunt eum, et interficient eum : et tertia die resurget.
ότι 'Iδού, άναϐαίνομεν είς ̔Iεροσόλυμα καὶ ό υίὸς του̃ άνθρώπου παραδοθήσεται τοι̃ς άρχιερευ̃σιν καὶ τοι̃ς γραμματευ̃σιν καὶ κατακρινου̃σιν αύτὸν θανάτω̣ καὶ παραδώσουσιν αύτὸν τοι̃ς έθνεσιν καὶ έμπαίξουσιν αύτω̣̃ καὶ μαστιγώσουσιν αύτὸν καὶ έμπτύσουσιν αύτω̣̃ καὶ άποκτενου̃σιν αύτὸν, καὶ τη̣̃ τρίτη̣ ήμέρα̣ άναστήσεται
10.33. et 34. — Ecce ascendimus… Les termes de la prophétie diffèrent à peine de ceux que nous lisions dans saint Matthieu (voyez le commentaire de Mt 20.18,19). Seulement, notre Évangéliste mentionne d’une manière complète les Chambres du Sanhédrin, principibus sacerdotum, scribis, senioribus ; puis, dans l’énumération des humiliations que Jésus devait endurer avant sa mort, il signale un détail spécial, et conspuent eum. En revanche, saint Matthieu précisait mieux la nature du supplice final : « crucifigendum » au lieu du vague interficient eum. — Toute la Passion est dans ces quelques lignes.
Alors Jacques et Jean, fils de Zébédée, s’approchèrent de lui, en disant : « Maître, nous voulons que vous fassiez pour nous tout ce que nous demanderons ».
Et accedunt ad eum Jacobus et Joannes filii Zebedæi, dicentes : Magister, volumus ut quodcumque petierimus, facias nobis.
Καὶ προσπορεύονται αύτω̣̃ 'Iάκωϐος καὶ 'Iωάννης οί υίοὶ Ζεϐεδαίου λέγοντες Διδάσκαλε θέλομεν ίνα ὸ έὰν αίτήσωμέν ποιήση̣ς ήμι̃ν
10.35. — Et accedunt ad eum. Surprenant épisode, surtout après cette prédiction si claire de Jésus. Saint Marc, dans la description qu’il en fait, a plusieurs traits originaux. Tout d’abord, son entrée en scène diffère de celle du premier Évangile. Dans saint Matthieu, c’était Salomé qui se présentait à Jésus accompagnée de ses deux fils, et qui formulait elle-même leur étrange désir : ici, il n’est question que de Jacques et de Jean. C’est donc le récit de saint Matthieu qui est le plus complet. — Volumus. Demande bien audacieuse : il est vrai que le θέλομεν ίνα… du texte grec peut se traduire par le conditionnel : Nous voudrions ! — Quodcumque pelierimus facias. Les deux frères, n’osant pas sans doute formuler directement leur désir, essayent d’en obtenir l’accomplissement en se faisant tout d’abord octroyer cette sorte de blanc-seing universel.
Mais il leur dit : « Que voulez-vous que je fasse pour vous ? ».
At ille dixit eis : Quid vultis ut faciam vobis ?
ό δὲ εί̃πεν αύτοι̃ς Τί θέλετέ ποιήσαι με ύμι̃ν
10.36. — Quid vultis…? Jésus, bien qu’il pénétrât les secrets desseins de leur cœur, veut que leur demande soit proférée ouvertement. Ils recevront par là-même une humiliation salutaire, qui les préparera à mieux goûter la leçon qui viendra plus loin. — La construction de la phrase grecque est assez extraordinaire dans certains manuscrits : τί θέλετε με ποιήσω ύμι̃ν ; Griesbach et Lachmann adoptent cette leçon.
Et ils dirent : « Accordez-nous d’être assis, l’un à votre droite, et l’autre à votre gauche, dans votre gloire ».
Et dixerunt : Da nobis ut unus ad dexteram tuam, et alius ad sinistram tuam sedeamus in gloria tua.
οί δὲ εί̃πον αύτω̣̃ Δὸς ήμι̃ν ίνα εί̃ς έκ δεξιω̃ν σου καὶ εί̃ς έξ εύωνύμω̃ν σου καθίσωμεν έν τη̣̃ δόξη̣ σου
10.37. — Da nobis ut… sedeamus. Le Sauveur, d’après la rédaction de saint Matthieu, Mt 19.28, avait promis aux Apôtres, peu d’instants auparavant, qu’ils siègeraient un jour dans le ciel sur douze trônes glorieux. Ce fut sans doute cette image qui enflamma l’ambition des fils de Salomé, et qui leur suggéra la pensée de demander pour eux-mêmes les trônes situés immédiatement à gauche et à droite de celui que Jésus occuperait, c’est-à-dire les deux premières places. — In gloria tua. Dans saint Matthieu, « in regno tuo ». Ces deux expressions désignent l’époque à laquelle Notre-Seigneur, après avoir triomphé de ses ennemis, jouirait de sa puissance et de sa gloire, selon tous les préjugés du Judaïsme de ces temps.
Mais Jésus leur répondit : « Vous ne savez pas ce que vous demandez. Pouvez-vous boire le calice que je dois boire, ou être baptisé du baptême dont je dois être baptisé ? ».
Jesus autem ait eis : Nescitis quid petatis : potestis bibere calicem, quem ego bibo, aut baptismo, quo ego baptizor, baptizari ?
ό δὲ 'Iησου̃ς εί̃πεν αύτοι̃ς Ούκ οίδατε τί αίτει̃σθε δύνασθε πιει̃ν τὸ ποτήριον ὸ έγὼ πίνω καί τὸ βάπτισμα ὸ έγὼ βαπτίζομαι βαπτισθη̃ναι
10.38. — Nescitis quid petatis. « C’est comme si Jésus leur disait : Vous parlez d’honneur, tandis que je vous entretiens de fatigues et de combats. Ce n’est pas maintenant le temps des récompenses, mais celui du sacrifice, des luttes et des périls[444] ». — Potestis… Un prince n’élève personne au rang de premier ministre sans s’être assuré de ses dispositions, sans exiger de lui un dévouement spécial, sans avoir mis ses forces et son courage à l’épreuve. De là cette question de Jésus. — Bibere calicem, baptismo baptizari : figures énergiques, pour désigner la Passion du Sauveur. La seconde est ici une particularité de saint Marc. Elles apparaissent du reste en plusieurs autres endroits dans les discours de Notre-Seigneur[445]. Elles ont l’une et l’autre leurs analogies dans l’Ancien Testament. Comparez Ps 57.2,3,16 ; 123.4, pour la métaphore du baptême, et, pour celle du calice, les passages cités dans l’Évangile selon saint Matthieu, Mt 20.22. — Quem ego bibo, quo ego baptizor. Le pronom « ego » est emphatique. L’emploi du temps présent, qui relève si bien la proximité, la certitude de la Passion, est propre à saint Marc.
Ils lui dirent : « Nous le pouvons ». Mais Jésus leur dit : « Vous boirez, en effet, le calice que je dois boire, et vous serez baptisés du baptême dont je dois être baptisé ;
At illi dixerunt ei : Possumus. Jesus autem ait eis : Calicem quidem, quem ego bibo, bibetis ; et baptismo, quo ego baptizor, baptizabimini :
οί δὲ εί̃πον αύτω̣̃ Δυνάμεθα ό δὲ 'Iησου̃ς εί̃πεν αύτοι̃ς Τὸ μὲν ποτήριον ὸ έγὼ πίνω πίεσθε καὶ τὸ βάπτισμα ὸ έγὼ βαπτίζομαι βαπτισθήσεσθε
10.39. — Possumus. Cette brève réponse, qui dut être prononcée avec un accent énergique, sortait directement du cœur des deux frères : La suite de leur vie prouve combien ils étaient sincères en la prononçant. — Calicem quidem… L’épreuve qu’ils se croient capables de soutenir, ils la soutiendront : ils goûteront l’amertume du calice de Jésus, ils auront part à son baptême de sang, en un mot, ils auront beaucoup à souffrir pour leur Maître. Cela leur est accordé.
mais, quant à être assis à ma droite ou à ma gauche, il ne m’appartient pas de vous le donner à vous, mais à ceux pour lesquels cela a été préparé ».
sedere autem ad dexteram meam, vel ad sinistram, non est meum dare vobis, sed quibus paratum est.
τὸ δὲ καθίσαι έκ δεξιω̃ν μου καὶ έξ εύωνύμων μου ούκ έστιν έμὸν δου̃ναι άλλ’ οί̃ς ήτοίμασται
10.40. — Sedere autem… Quant au reste, le Sauveur les renvoie à son divin Père, et à ses décrets éternels. — Le pronom vobis n’a pas d’équivalent dans le texte grec. De là cette traduction, qui est adoptée par plusieurs interprètes : « Non est meum dare nisi quibus paratum est[446] ». Le P. Patrizi propose l’interversion suivante, qui enlève tout semblant de difficulté : « Est meum dare, non vobis, sed quibus paratum est[447] ».
Et les dix autres, entendant cela, commencèrent à s’indigner contre Jacques et Jean.Mais Jésus, les appelant, leur dit : « Vous savez que ceux qui sont regardés comme les chefs des nations les dominent, et que leurs princes ont puissance sur elles.
Et audientes decem, cœperunt indignari de Jacobo et Joanne.Jesus autem vocans eos, ait illis : Scitis quia hi, qui videntur principari gentibus, dominantur eis : et principes eorum potestatem habent ipsorum.
Καὶ άκούσαντες οί δέκα ήρξαντο άγανακτει̃ν περὶ 'Iακώϐου καὶ 'Iωάννου ό δὲ 'Iησου̃ς προσκαλεσάμενος αύτοὺς λέγει αύτοι̃ς Οίδατε ότι οί δοκου̃ντες άρχειν τω̃ν έθνω̃ν κατακυριεύουσιν αύτω̃ν καὶ οί μεγάλοι αύτω̃ν κατεξουσιάζουσιν αύτω̃ν
10.41. et 42. — Cœperunt indignari. Saint Matthieu parait supposer que l’indignation des disciples éclata complètement, « indignati sunt » ; saint Marc dit avec une nuance qu’elle commençait seulement à se manifester, quand Jésus la réprima en réunissant les Douze autour de lui pour leur donner à tous une grave leçon. — Scitis quia… Voyez l’Évangile selon saint Matthieu, Mt 20.25. Nous n’avons à noter ici qu’une expression spéciale à notre Évangéliste, qui videntur principari gentibus. Pourquoi ce « videntur principari » (οί δοκου̃ντες άρχειν), au lieu de « principantur » (οί άρχοντες), qui serait beaucoup plus clair ? De nombreux auteurs pensent que δοκου̃ντες est destiné à exprimer quelque idée particulière ; mais il est assez difficile de dire laquelle. Il existe à ce sujet plusieurs interprétations : Ceux qui s’imaginent qu’ils gouvernent les nations ; Ceux qui s’arrogent le droit de gouverner… ; Ceux qui paraissent gouverner… (par opposition au gouvernement divin qui est le seul véritable) ; Ceux qui sont reconnus comme les gouvernements des nations[448] ; Ceux qui ont l’honneur de gouverner… Les partisans de cette dernière traduction s’appuient, entre autres raisons, sur l’analogie qui existe entre δοκει̃ν, les mots sanscrits « dac », briller, « dacas », gloire, et les mots latins « decet, decus, dignus », etc. Nous préférons, avec D. Calmet et d’autres commentateurs, regarder le verbe δοκει̃ν en cet endroit comme un pur pléonasme, dont on trouve d’assez fréquents exemples soit dans le Nouveau Testament[449], soit chez les auteurs profanes[450].
Il n’en est pas de même parmi vous ; mais quiconque voudra devenir le plus grand, sera votre serviteur ;et quiconque voudra être le premier parmi vous, sera le serviteur de tous.
Non ita est autem in vobis, sed quicumque voluerit fieri major, erit vester minister :et quicumque voluerit in vobis primus esse, erit omnium servus.
ούχ ούτως δέ έσται έν ύμι̃ν άλλ’ ὸς έὰν θέλη̣ γενέσθαι μέγας έν ύμι̃ν έσται διάκονος ύμω̃ν καὶ ὸς ὰν θέλη̣ ύμω̃ν γενέσθαι πρω̃τος έσται πάντων δου̃λος·
10.43. et 44. — Non ita est in vobis. « Est », au temps présent, est emphatique (les manuscrits B, D, Sinait. etc. corroborent cette leçon de la Vulgate ; la Recepta emploie le futur έσται). La règle imposée par Jésus entrait donc immédiatement en vigueur pour les Douze, qui formaient un abrégé de l’Église chrétienne. — Après cette proposition générale, qui proscrit dans le royaume messianique l’ambition et l’abus du pouvoir, le Sauveur développe sa pensée au moyen de deux propositions particulières, qui correspondent à celles du V. 42. Il y a suivi un parallélisme parfait dans l’expression. Remarquez la gradation ascendante que forment les mots major et primus, minister et servus, vester et omnium, accouplés deux à deux. « I ergo tu, s’écrie saint Bernard méditant sur ces paroles de Jésus, et tibi usurpare aude aut dominans aposlatum, aut apostolicus dominatum. Plane ab alterutro prohiberis. Si utrumque habere vis, perdes, utrumque… Forma apostolica hæc est : dominatio interdicitur, indicitur ministratio[451] ».
Car le Fils de l’homme lui-même n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et pour donner sa vie comme la rançon d’un grand nombre ».
Nam et Filius hominis non venit ut ministraretur ei, sed ut ministraret, et daret animam suam redemptionem pro multis.
καὶ γὰρ ό υίὸς του̃ άνθρώπου ούκ η̃λθεν διακονηθη̃ναι άλλὰ διακονη̃σαι καὶ δου̃ναι τὴν ψυχὴν αύτου̃ λύτρον άντὶ πολλω̃ν
10.45. — Nam et Filius hominis… « Ut discipuli id facerent quod eos hortatus erat, Christus animos ipsis addidit, de se ea narrans unde exemplum sumerent ». Patrizi. Le Fils de l’homme qui, par sa nature, était si élevé au-dessus des autres hommes, a daigné se faire le serviteur de tous. Ainsi donc ses disciples ne doivent pas hésiter à l’imiter. — Animam suam redemptionem. L’homme déchu, esclave de Satan, « venumdatus sub peccato », n’avait rien pour se racheter : Jésus a donné sa vie en guise de rançon ! Telle est l’idée contenue dans la belle expression λύτρον du texte grec.
Ils vinrent ensuite à Jéricho ; et, comme il partait de Jéricho avec ses disciples et une foule considérable, le fils de Timée, Bartimée l’aveugle, était assis sur le bord du chemin, demandant l’aumône.
Et veniunt Jericho : et proficiscente eo de Jericho, et discipulis ejus, et plurima multitudine, filius Timæi Bartimæus cæcus, sedebat juxta viam mendicans.
Καὶ έρχονται είς 'Iεριχώ καὶ έκπορευομένου αύτου̃ άπὸ 'Iεριχὼ καὶ τω̃ν μαθητω̃ν αύτου̃ καὶ όχλου ίκανου̃ υίὸς Τιμαίου Βαρτιμαι̃ος ό τυφλὸς έκάθητο παρὰ τὴν όδόν προσαιτω̃ν
10.46. — Veniunt Jericho. Quittant la Pérée, Jésus et les siens franchirent le Jourdain, puis la plaine alors si fertile de Jéricho : après quelques heures de marche, ils arrivaient dans la ville du même nom[452]. C’était l’avant-dernière station de leur voyage. Jéricho était à cette époque, soit pour la richesse, soit pour la population, la seconde ville de Palestine. — Proficiscente eo… De même saint Matthieu ; au contraire, d’après saint Luc, « quum appropinquaret Jericho ». C’est une première contradiction apparente. Une seconde divergence consiste en ce que saint Matthieu mentionne expressément deux aveugles, tandis que saint Marc, conforme cette fois à saint Luc, n’en signale qu’un seul. Voir la solution de ces difficultés dans l’Évangile selon saint Matthieu, Mt 20.24. — Et plurima multitudine. Le triomphe de Jésus commence dès sa sortie de Jéricho ; mais c’est à Jérusalem qu’aura lieu l’ovation principale. — Filius Timæi Bartimæus. Seul, notre Évangéliste a conservé le nom de cet aveugle ; peut-être, ainsi qu’on l’a conjecturé, parce que Bartimée eut plus tard des relations avec la chrétienté romaine, pour laquelle était écrit le second Évangile. « Filius Timæi » est la traduction de « Bartimæus », et Bartimée est un de ces noms patronymiques, alors très fréquents chez les Juifs, dont le Nouveau Testament contient plus d’un exemple : Barjona, Barthélemi, Barnabé. Son orthographe hébraïque était בר־טמאי (ou, d’après la version syriaque, בר־פוימי), Bar-Timaï. Il se compose d’un mot araméen, Bar, qui signifie fils, et d’un nom grec, Τιμαίος, que Platon a rendu célèbre : c’est là une combinaison assez étrange. — Juxta viam mendicans. Προσαιτω̃ν est bien traduit par « mendicans ». La préposition πρὸς, ajoutée au verbe αίτέω, désigne l’habitude de demander (« in petendo versor »), par conséquent la mendicité. À l’approche de la Pâque juive, les chemins qui conduisaient à Jérusalem étaient couverts d’indigents qui demandaient l’aumône aux pèlerins.
Ayant appris que c’était Jésus de Nazareth, il se mit à crier et à dire : « Jésus, Fils de David, ayez pitié de moi ».
Qui cum audisset quia Jesus Nazarenus est, cœpit clamare, et dicere : Jesu fili David, miserere mei.
καὶ άκούσας ότι 'Iησου̃ς ό Ναζωραι̃ος έστιν ήρξατο κράζειν καὶ λέγειν ό ύιὸς Δαϐὶδ 'Iησου̃ έλέησόν με
10.47. — Fili David. Nous avons vu en maint endroit que telle était la dénomination habituelle et populaire du Messie. Bartimée croyait donc depuis quelque temps déjà que Jésus était le Christ. Sa foi sera bientôt récompensée. — Miserere mei. Ce « Kyrie eleison » du pauvre aveugle de Jéricho était un nouvel hommage adressé à Notre-Seigneur, auquel il reconnaissait le pouvoir d’accomplir des miracles. C’est d’ailleurs, dans les écrits inspirés[453] comme chez les auteurs profanes[454], le cri bien naturel de tous les malheureux.
Et beaucoup le menaçaient pour qu’il se tût ; mais il criait bien plus fort : « Fils de David, ayez pitié de moi ».Alors Jésus, s’arrêtant, ordonna qu’on l’appelât. Et ils appelèrent l’aveugle, en lui disant : « Aie bon courage ; lève-toi, il t’appelle ».Ayant jeté son manteau, il vint en sautant vers Jésus.
Et comminabantur ei multi ut taceret. At ille multo magis clamabat : Fili David, miserere mei.Et stans Jesus præcepit illum vocari. Et vocant cæcum, dicentes ei : Animæquior esto : surge, vocat te.Qui projecto vestimento suo exiliens, venit ad eum.
καὶ έπετίμων αύτω̣̃ πολλοὶ ίνα σιωπήση̣· ό δὲ πολλω̣̃ μα̃λλον έκραζεν Υίὲ Δαϐίδ, έλέησόν με καὶ στὰς ό 'Iησου̃ς εί̃πεν αύτόν Φωνηθη̃ναι· καὶ φωνου̃σιν τὸν τυφλὸν λέγοντες αύτω̣̃ Θάρσει έγειραι, φωνει̃ σε ό δὲ άποϐαλὼν τὸ ίμάτιον αύτου̃ άναστὰς η̃λθεν πρὸς τὸν 'Iησου̃ν
10.48-50. — Les synoptiques ont tous fort bien décrit le petit drame auquel donna lieu ce miracle de Jésus. Après les scènes des VV. 46 et 47, en voici de nouvelles, entre lesquelles il existe un contraste frappant : la conduite de la foule, d’abord si peu compâtissante, comminabantur ei… ; la conduite de l’aveugle, ille multo magis clamabat : il ne se laisse pas intimider ; la conduite de Jésus, Stans… præcepit illum vacari : c’est toujours le « bon Maître », qu’on n’implore jamais en vain. — Tous les détails qui suivent, jusqu’à la fin du V. 50, appartiennent en propre à saint Marc. Ce ne sont pas les moins intéressants. Le premier, vocant cæcum dicentes… est d’une grande vérité psychologique. Quand la foule s’aperçut que Jésus témoignait un commencement de bienveillance pour Bartimée, elle se mit aussitôt, « regis ad exemplar », à manifester une sympathie qu’elle était bien loin d’éprouver quelques instants auparavant. Ceux qui rebutaient rudement l’aveugle, le pressent maintenant d’accourir : Θάρσει (« confide », animæquior esto), έγειρε, φωνει̃ σε ! Remarquez la rapidité du langage. — Les traits suivants sont d’un pittoresque achevé. Projecto vestimento. L’infirme ne se fait pas appeler deux fois ; mais, son large manteau oriental gênant ses mouvements, il commence par le jeter loin de lui[455] ; puis il se précipite tout joyeux du côté de Jésus : exiliens. La Vulgate a suivi la leçon des manuscrits B, L, D, Δ, Sinait., άναπηδήσας. Le texte imprimé porte άναστάς.
Et Jésus, prenant la parole, lui dit : « Que veux-tu que je te fasse ? ». L’aveugle lui répondit : « Rabboni, que je voie ».
Et respondens Jesus dixit illi : Quid tibi vis faciam ? Cæcus autem dixit ei : Rabboni, ut videam.
καὶ άποκριθεὶς λὲγει αύτω̣̃ ό 'Iησου̃ς Τί θέλεις ποιήσω σοι ό δὲ τυφλὸς εί̃πεν αύτω̣̃ ʻPαϐϐονί ίνα άναϐλέψω
10.51. — Quid tibi vis faciam ? Question bien surprenante en apparence. « Numquid qui lumen reddere poterat, quid vellet cæcus ignorabat ? Ad hoc ergo requirit, ut petatur ; id hoc requirit, ut cor ad orationem excitetur ». V. Bède. — Rabboni. Tandis que les deux autres Évangélistes traduisent ce titre par Κύριε (Domine), saint Marc le cite en hébreu, tel qu’il fut prononcé. Cf. Jn 20.16. « Rabboni » est un augmentatif de Rabbi, Voyez l’Évangile selon saint Matthieu, Mt 23.7.
Jésus lui dit : « Va, ta foi t’a sauvé ». Et aussitôt il vit, et il suivait Jésus sur le chemin.
Jesus autem ait illi : Vade, fides tua te salvum fecit. Et confestim vidit, et sequebatur eum in via.
ό δὲ 'Iησου̃ς εί̃πεν αύτω̣̃ 'Yπαγε ή πίστις σου σέσωκέν σε καὶ εύθὲως άνέϐλεψεν καὶ ήκολούθει τω̣̃ 'Iησου̃ έν τη̣̃ όδω̣̃
10.52. — Jesus autem ait… Saint Matthieu, sans mentionner les paroles du Sauveur, raconte que la guérison fut opérée par l’imposition de ses mains divines. — Confestim vidit. Avec quel amour et quelle reconnaissance le miraculé ne dût-il pas diriger son premier regard sur Jésus ! Mais il fit plus encore ; s’associant à la foule qui entourait Notre-Seigneur, il suivit son bienfaiteur jusqu’à Jérusalem. L’Évangile de Nicodème, ch. vi, nous le montre quelques jours plus tard, prenant courageusement la défense de Jésus au prétoire. « Et un autre Juif s’avança et dit : J’étais aveugle de naissance ; j’entendais parler et je ne voyais personne. Et Jésus ayant passé, je m’adressai à lui en criant à haute voix : Fils de David, prends pitié de moi ! Et il eut pitié de moi, et il posa sa main sur mes yeux, et aussitôt je recouvrai la vue[456] ».
[427] Voyez l’Évangile selon saint Matthieu, Mt 19.3.
[428] Saint Augustin d’Hippone, Contra Faustum, lib. XIX, c. xxvi.
[429] Cf. Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, xv, 7, 16.
[430] Voyez à ce sujet l’intéressante dissertation de Danz, Uxor maritum repudians, apud. Johann Gerhard Meuschen, Novum Testamentum ex Talmude et antiquitatibus hebraeorum illustratum, pp. 680 et ss.
[431] Sénèque (Lucius Annaeus Seneca), de Beneficiis, iii, 16. Cf. Martial (Marcus Valerius Martialis), vi, 7.
[432] Saint Jérôme de Stridon, Epistola xxx.
[433] Cf. saint Augustin d’Hippone, contr. Maxim., iii, 23 ; saint Ambroise de Milan, De fide ad Gratianum, ii, 1.
[434] Pierre Auguste Théophile Dehaut, l’Évangile expliqué, défendu, 5e édit. t. III, p. 419.
[435] Cf. Sg 17.5 ; Mt 16.3 ; Plin. Hist. Nat. ii, 6.
[436] Hésychius traduit έστυγεν par κατεπλάγη. Cf. Es 47.19 ; Ez 27.35 ; 28.19 ; Da 2.11, dans la version des LXX.
[437] Francesco Saverio Patrizi, s.j., In Marcum commentarium, p. 136. Cf. I, 12, 13.
[438] Georg Benedikt Winer, Grammatik des neutestamentlichen Sprachidioms, p. 387.
[439] Mt 4.23 ; 9.35 ; 24.14 ; 26.13.
[440] Mc 1.1,14,15 ; 8.35 ; 10.29 ; 13.10 ; 14.9 ; 16.15.
[441] Jean Cassien, Collationes xxiv, c. 26
[442] Cf. Mt 5.11 ; Rm 5.3 ; 2Co 12.10 ; Ph 1.29 ; 2Th 1.4 ; 2Ti 3.11,12 ; He 12.6 ; Jc 1.2,4 ; 1P 1.6, etc.
[443] Cf. Jn 7.11 et ss. ; 8.59 ; 9.1 et ss.
[444] Saint Jean Chrysostome, Homilia in Matth., lxvi.
[445] Cf. Mc 14.36 ; Lc 12.50 ; Jn 18.11, etc.
[446] Sur le sens de ces paroles, voyez l’Évangile selon saint Matthieu, Mt 20.23.
[447] Francesco Saverio Patrizi, s.j., In Marcum commentarium, p. 148.
[448] Voyez Georg Benedikt Winer, Grammatik des neutestamentlichen Sprachidioms, p. 540.
[449] Voir en particulier 1Co 11.16 ; Mt 3.8 ; Lc 12.24.
[450] Cf. Johann Georg Rosenmüller, Scholia in Novum Testamentum, h. l.
[451] Saint Bernard de Clervaux, De consideratione, lib. II, c. vi, n. 10 et 11.
[452] Voyez le Bibel-Atlas de R. Riess. pl. IV ; Victor Ancessi, Atlas Géographique Et Archéologique Pour L'étude De L'ancien Et Du Nouveau Testament, pl. xvi.
[453] Cf. les Psaumes, passim ; Jb 29.821 ; Es 33.2 ; Ec 34.1,14 ; Tb 8.10 ; Jdt 7.20.
[454] Cf. Homère, Odysée, v, 44 et ss.; Virgile (Publius Vergilius Maro), Æneid, xii, 930 et ss., etc.
[455] Cf. Homère, Iliade, ii, 183
[456] Pierre Gustave Brunet, Les Évangiles apocryphes, 2e éd., p. 240.