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7. — L’arrestation.

Mc 14.43-52. — Parall. Mt 26.47-56 ; Lc 22.47-53 ; Jn 18.2-11.

Et comme il parlait encore, Judas Iscariote, l’un des douze, vint, et avec lui une grande foule, armée d’épées et de bâtons, envoyée par les grands prêtres, et les scribes, et les anciens.
Et, adhuc eo loquente, venit Judas Iscariotes unus de duodecim, et cum eo turba multa cum gladiis et lignis, a summis sacerdotibus, et scribis, et senioribus.
Καὶ εύθὺς έτι αύτου̃ λαλου̃ντος παραγίνεται (ό) 'Iούδας εί̃ς τω̃ν δώδεκα, καὶ μετ’ αύτου̃ όχλος μετὰ μαχαιρω̃ν καὶ ξύλων παρὰ τω̃ν άρχιερέων καὶ τω̃ν γραμματέων καὶ τω̃ν πρεσϐυτέρων.

14.43. — Adhuc eo loquente. Les trois synoptiques commencent par cette formule leur récit de l’arrestation du Sauveur. — Venit Judas Iscariotes. Depuis sa sortie du cénacle, cf. Jn 13.30, le traître n’était pas resté inactif. Il était allé immédiatement auprès de ses nouveaux maîtres, auxquels il s’était si honteusement vendu, et il en avait obtenu la nombreuse escorte avec laquelle nous le voyons en ce moment pénétrer dans le jardin de Gethsémani. — Unus de duodecim. La leçon du grec, εί̃ς ω̃ν τω̃ν δώδεκα, « quum esset unus de duodecim », fait mieux ressortir encore le caractère ignominieux de la trahison de Judas. Cf. V. 10. — A summis sacerdotibus… C’est-à-dire « de la part » du grand Conseil. Saint Marc nomme ici très distinctement les trois classes qui composaient le Sanhédrin.

Or celui qui le trahissait leur avait donné ce signal, en disant : « Celui que je baiserai, c’est lui ; saisissez-le, et emmenez-le avec précaution ».
Dederat autem traditor ejus signum eis, dicens : Quemcumque osculatus fuero, ipse est, tenete eum, et ducite caute.
δεδώκει δὲ ό παραδιδοὺς αύτὸν σύσσημον αύτοι̃ς λέγων 'Oν ὰν φιλήσω αύτός έστιν· κρατήσατε αύτὸν καὶ άπάγετε άσφαλω̃ς.

14.44. — Dederat. Dans le grec nous trouvons un plus-que-parfait sans augment, δεδώκει. Cf. Mc 15.7,10. Voyez Winer[533]. Les classiques prennent parfois aussi cette liberté. — Le substantif σύσσημον, que la Vulgate traduit par signum, ne se rencontre que dans ce passage du Nouveau Testament. Judas ne prévoyait point que Jésus se présenterait de lui-même a ses ennemis : de là ce signe conventionnel, destiné à empêcher toute méprise. — Ducite caute ; saint Marc a seul noté cette pressante recommandation du traître. Judas, on le voit, prend toutes les précautions nécessaires pour exécuter son contrat honteux. Connaissant par expérience la puissance de Jésus, craignant aussi quelque résistance de la part des disciples, il fait appel à toute l’attention et à toute l’énergie de sa bande sinistre.

Étant donc arrivé, il s’approcha aussitôt de Jésus, et dit : « Maître, je vous salue ». Et il le baisa.
Et cum venisset, statim accedens ad eum, ait : Ave Rabbi : et osculatus est eum.
καὶ έλθὼν εύθὺς προσελθὼν αύτω̣̃ λέγει ʻPαϐϐί, καὶ κατεφίλησεν αύτόν·

14.45. — Statim accedens ad turn. Dès qu’il aperçoit Jésus, il va droit à lui (εύθέως), et, d’après le texte grec, lui dit deux fois de suite avec une affectation hypocrite : ʻPαϐϐί, ʻPαϐϐί. Cependant, plusieurs témoins anciens ont χαι̃ρε, ʻPαϐϐί, comme la Vulgate et comme saint Matthieu. — Osculatus est eum. Cet infâme baiser, par lequel Judas espérait en vain tromper son Maître, a inspiré à divers peintres, notamment à Duccio, à Giordano, de nos jours à H. Flandrin et à Ary Scheffer, de beaux tableaux, dans lesquels ils se sont complu à faire contraster la physionomie si douce, si aimante et si divine de Jésus avec les traits vulgaires, cruels et sataniques de Judas. Le verbe grec κατεφίλησεν est très expressif. Cf. Mt 26.49 et le commentaire ; Lc 7.36,45 ; 15.20 ; Ac 20.37.

Alors ils mirent les mains sur Jésus, et le saisirent.Un de ceux qui étaient présents, tirant son épée, frappa le serviteur du grand prêtre, et lui coupa l’oreille.
At illi manus injecerunt in eum, et tenuerunt eum.Unus autem quidam de circumstantibus educens gladium, percussit servum summi sacerdotis, et amputavit illi auriculam.
οί δὲ έπέϐαλαν τὰς χει̃ρας αύτω̣̃ καὶ έκράτησαν αύτόν. εί̃ς δέ τις τω̃ν παρεστηκότων σπασάμενος τὴν μάχαιραν έπαισεν τὸν δου̃λον του̃ άρχιερέως καὶ άφει̃λεν αύτου̃ τὸ ώτάριον.

14.46. et 47. — Ces versets racontent le fait même de l’arrestation du Sauveur et une tentative isolée de l’un des disciples pour délivrer Jésus. — Manus injecerunt in eum. Cette formule indique des procédés violents, qui étaient d’ailleurs parfaitement dans les mœurs des hommes qu’on avait donnés pour séides à Judas. On comprend qu’en voyant ces mains brutales saisir le corps sacré de son Maître bien-aimé, saint Pierre, car c’est lui qui est désigné par les mois unus quidam de circumstantibus (cf. Jn 18.10), n’ait pu réprimer un mouvement d’indignation, et qu’au risque de tout perdre en voulant tout sauver, il ait blessé d’un coup d’épée le serviteur du grand-prêtre (τὸν δου̃λον avec l’article), qui accompagnait Judas.

Jésus, prenant la parole, leur dit : « Vous êtes venus, comme contre un voleur, armés d’épées et de bâtons, pour me prendre.Tous les jours j’étais au milieu de vous, enseignant dans le temple, et vous ne m’avez point arrêté ; mais c’est pour que les Écritures soient accomplies ».
Et respondens Jesus, ait illis : Tamquam ad latronem existis cum gladiis et lignis comprehendere me ?quotidie eram apud vos in templo docens, et non me tenuistis. Sed ut impleantur Scripturæ.
καὶ άποκριθεὶς ό 'Iησου̃ς εί̃πεν αύτοι̃ς ̔Ως έπὶ λη̣στὴν έξήλθατε μετὰ μαχαιρω̃ν καὶ ξύλων συλλαϐει̃ν με· καθ’ ήμέραν ήμην πρὸς ύμα̃ς έν τω̣̃ ίερω̣̃ διδάσκων, καὶ ούκ έκρατήσατέ με· άλλ’ ίνα πληρωθω̃σιν αί γραφαί.

14.48. et 49. — Jesus ait illis, c’est-à-dire à la troupe de ses adversaires. Saint Marc ne mentionne pas le reproche adressé par Jésus à son trop ardent défenseur. Cf. Mt 26.52-54. — Tanquam ad latronem… Le divin Maître relève avec force le caractère odieux de son arrestation : on est venu le surprendre comme un voleur, à la faveur des ténèbres de la nuit ! Il relève aussi l’inconséquence qui se manifeste dans la conduite des Sanhédristes : Quotidie eram apud vos… Mais il se soumet à tout, parce que c’est Dieu qui a permis ces choses, annoncées depuis longtemps dans les Livres sacrés : Sed ut impleantur Scripturæ ! Cette dernière phrase est elliptique. Il est aisé de la compléter en ajoutant : « Hoc factum est ». Cf. Mt 26.56.

Alors ses disciples, l’abandonnant, s’enfuirent tous.
Tunc discipuli ejus relinquentes eum, omnes fugerunt.
καὶ άφέντες αύτὸν έφυγον πάντες.

14.50. — Discipuli ejus… La prophétie de Jésus relativement à Judas s’est accomplie ; celle qu’il faisait quelques instants après touchant ses onze autres disciples se réalise également. Ils prennent la fuite dès qu’ils voient que leur Maître renonce à résister. Omnes est emphatique. Tous, même saint Pierre, même saint Jacques et saint Jean !

Cependant un jeune homme le suivait, couvert seulement d’un drap, et ils le saisirent.Mais lui, rejetant le drap, s’enfuit nu de leurs mains.
Adolescens autem quidam sequebatur eum amictus sindone super nudo : et tenuerunt eum.At ille rejecta sindone, nudus profugit ab eis.
Καὶ νεανίσκος τις συνηκολούθει αύτω̣̃ περιϐεϐλημένος σινδόνα έπὶ γυμνου̃, καὶ κρατου̃σιν αύτόν· ό δὲ καταλιπὼν τὴν σινδόνα γυμνὸς έφυγεν.

14.51. et 52. — Voici un petit épisode des plus intéressants et propre au second Évangile. Indépendamment de l’intérêt que saint Marc porte d’une manière générale à tout ce qui est pittoresque, dramatique, il est aisé de découvrir, d’après le contexte, le motif spécial qui lui a fait insérer ce curieux détail dans sa narration. Luc de Bruges, et nos autres exégètes catholiques à sa suite, l’ont fort bien indiqué : « Narrat hanc de adolescente historiam Marcus, ut doceat quanti periculi fuerit ea nocte Christum sequi, quamque ingens fuerit hostium Christi furor, quanta licentia et sævitia, quam immanis violentia, tumultuose absque pudore et modestia grassantium, qui adolescentulum miserum ac seminudum, e lecto ad strepitum accurrentem, incognitum sibi, eo solo quod Jesu favere videretur, ita comprehenderent, ut vix eorum manus nudus effugerit[534] ». — Adolescens quidam. Quel était ce jeune homme ? se demandent tout d’abord les exégètes. Et, n’ayant là-dessus aucune donnée certaine, ils donnent un libre cours à leur imagination. D’après Ewaid, ce mystérieux νεανίσκος ne serait autre que Saul, le futur saint Paul. Plusieurs auteurs anglais contemporains, en particulier M. Plumptre, veulent que ce soit Lazare, l’ami de Jésus et le ressuscité de Béthanie. D’autres commentateurs opinent en faveur de quelque esclave attaché à la garde et à la culture du domaine de Gethsémani. Tel est le sentiment de M. Schegg et du P. Patrizi. « Ipsa res, écrit ce dernier, dubitare vetat, quin iste adolescens unus fuerit e custodis seu villici familia, qui, strepitu expergefactus, e strato quum prosiluisset, ita ut erat una sindone obvolutus, illuc festinato accurrerit[535] ».Théophylacte croit que c’était le fils du propriétaire du cénacle : mais il lui fait faire un bien long chemin et en un costume étrange ! Quelques Pères ont nommé divers Apôtres, par exemple, saint Jean[536], ou saint Jacques-le-Mineur[537]. Mais, dit justement le P. Patrizi, l. c., « qui putant eum (adolescentem) fuisse unum aliquem e duodecim discipulis, non animadvertunt hos omnes ea nocte cum Christo cœnasse unaque cum ipso in hortum venisse, uno dempto Juda, qui tamen et ipse tunc illuc advenerat ; quare nemo eorum potuit esse amictus sindone super nudo ». D’après une opinion qui réunit aujourd’hui un assez grand nombre d’adhérents, notre jeune homme serait saint Marc en personne. En effet, nous dit-on, 1° il est seul à raconter ce trait ; 2° il résidait à Jérusalem (voyez la Préface, § I, 1) ; 3° les détails qu’il fournit sont tellement circonstanciés qu’ils ne peuvent guères venir que d’un témoin oculaire ; 4° l’Évangéliste saint Jean se met plusieurs fois indirectement en scène, d’une manière tout-à-fait analogue à celle-ci. Nous trouvons ces raisons plus spécieuses que convaincantes. Tout ce qu’on peut affirmer de certain, c’est que cet « adolescens » demeurait dans le voisinage de Gethsémani. Peut-être était-il disciple de Jésus dans le sens large de cette expression : de là son intérêt pour le divin prisonnier. Mais peut-être aussi était-ce simplement la curiosité qui servit de mobile à une démarche d’où faillirent découler pour lui des conséquences si fâcheuses. — Sequebatur. Plusieurs manuscrits importants emploient le verbe composé συνηκολούθει, au lieu de ήκολούθει. — Amicius sindone. Le mot « sindon », σινδών, désignait chez les anciens une grande pièce d’étoffe de lin ou de coton, qui servait tantôt de vêtement de dessous, tantôt de vêtement de dessus[538]. Ici, il représente évidemment, d’après le V. 52, une sorte de couverture de nuit dans laquelle le jeune homme s’était enveloppé avant de sortir pour reconnaître la cause du bruit qui l’avait réveillé. — Super nudo, scil. « corpore ». Il n’avait donc pas d’autre vêtement. — Tenuerunt eum. Le grec ajoute : οί νεανίσκοι, « adolescentes ». C’est l’équivalent du נערים hébreu, qui désigne parfois des soldats. Voir 2S 11,14 ; comp. Ac 5.10. — At ille rejecta sindone… Se dégageant lestement, le héros de cette aventure lâcha son « sindon », qu’il laissa entre les mains des sbires ; puis, nudus profugit, la pudeur le cédant à l’effroi.

8. — Jésus devant le Sanhédrin.

Mc 14.53-65. — Parall. Mt 26.57-68 ; Lc 22.54-65 ; Jn 18.19-23.

Ils emmenèrent Jésus chez le grand prêtre, où s’assemblèrent tous les prêtres, les scribes et les anciens.
Et adduxerunt Jesum ad summum sacerdotem : et convenerunt omnes sacerdotes, et scribæ, et seniores.
Καὶ άπήγαγον τὸν 'Iησου̃ν πρὸς τὸν άρχιερέα, καὶ συνέρχονται πάντες οί άρχιερει̃ς καὶ οί πρεσϐύτεροι καὶ οί γραμματει̃ς.

14.53. — Et adduxerunt Jesum. « Narraverat Evangelista superius quomodo Dominus a ministris sacerdotum fuerat captus ; nunc narrare incipit quomodo in domo principis sacerdotum morti adjudicatus fuit ». Gloss. — Ad summum sacerdotem. Saint Luc dit avec plus de précision : « Eum duxerunt ad domum principis sacerdolum ». Le prince des prêtres était alors Caïphe. — Et convenerunt. Dans le grec, συνέρχονται, au présent, « conveniunt ». Après ce verbe, on lit le pronom αύτω̣̃, qui peut se rapporter soit au grand-prêtre (« conveniunt apud eum »), soit à Jésus (« conveniunt cum eo », en même temps que lui). Mais comme il manque dans certains manuscrits (D, L, Δ, Sinait.), il est probablement apocryphe. Nous avons indiqué dans notre Évangile selon saint Matthieu, Mt 26-57, le motif pour lequel le Sanhédrin (sacerdotes, et scribæ, et seniores) se réunit alors chez Caïphe et non pas au Gazzith, qui était le local ordinaire des assemblées officielles. — La première partie d’une des récentes prophéties de Jésus est maintenant accomplie : « Ecce ascendimus Jerosolymam, et Filius hominis tradetur principibus sacerdotum et scribis et senioribus ». Mc 10.33.

Pierre le suivit de loin, jusque dans la cour du grand prêtre, et il s’assit auprès du feu avec les serviteurs, et il se chauffait.
Petrus autem a longe secutus est eum usque intro in atrium summi sacerdotis : et sedebat cum ministris ad ignem, et calefaciebat se.
καὶ ό Πέτρος άπὸ μακρόθεν ήκολούθησεν αύτω̣̃ έως έσω είς τὴν αύλὴν του̃ άρχιερέως, καὶ η̃ν συνκαθήμενος μετὰ τω̃ν ύπηρετω̃ν καὶ θερμαινόμενος πρὸς τὸ φω̃ς.

14.54. — Petrus autem… Note destinée à préparer le récit d’événements ultérieurs. Cf. VV. 66-72. — Sequebatur a longe. « Timor enim retrahit, sed caritas trahit », dit délicatement saint Jérôme : voilà pourquoi saint Pierre, après avoir repris un peu de sang-froid à la suite des incidents de Gethsémani, d’une part se mit à suivre son Maître, mais, d’autre part, ne le suivit que de loin, l’affection et la crainte tirant chacune de leur côté. — Usque intro in atrium. « Intro » est une petite particularité de saint Marc. — Sedebat cum ministris ad ignem… Il y a une légère interversion des mots dans le texte grec : καὶ η̃ν συνκαθήμενος μετὰ τω̃ν ύπηρετω̃ν, καὶ θερμαινόμενος πρὸς τὸ φω̃ς, il était assis avec les serviteurs et se chauffait auprès du feu. Φω̃ς désigne plus habituellement la lumière ; mais, par extension, ce substantif désigne aussi parfois le feu (« quatenus lucet et collustrat[539] »). Cf. Lc 22.56 ; 1Ma 12.29 ; 2Ma 1.32 ; Xenophon[540].

Cependant les princes des prêtres et tout le conseil cherchaient un témoignage contre Jésus pour le faire mourir ; et ils n’en trouvaient point.
Summi vero sacerdotes et omne concilium quærebant adversus Jesum testimonium ut eum morti traderent : nec inveniebant.
Οί δὲ άρχιερει̃ς καὶ όλον τὸ συνέδριον έζήτουν κατὰ του̃ 'Iησου̃ μαρτυρίαν είς τὸ θανατω̃σαι αύτόν, καὶ ούχ ηύρισκον·

14.55. — Summi vero sacerdotes… Après cette courte digression, l’Évangéliste nous ramène à la scène principale, qui se passait dans l’intérieur du palais. — Quærebant adversus Jesum testimonium… La phrase exprime une recherche anxieuse et pressante. À toute force, les Sanhédristes voulaient un témoignage qui leur permît de décréter la mort de leur ennemi avec une apparence de justice. Une base de condamnation était en effet nécessaire ; autrement, quel prétexte allégueraient-ils à Pilate pour obtenir de lui l’exécution de la sentence ? comment se justifieraient-ils devant le peuple, pour qui Jésus était encore un favori ?

Car beaucoup rendaient de faux témoignages contre lui ; mais les témoignages ne s’accordaient pas.
Multi enim testimonium falsum dicebant adversus eum : et convenientia testimonia non erant.
πολλοὶ γὰρ έψευδομαρτύρουν κατ’ αύτου̃, καὶ ίσαι αί μαρτυρίαι ούκ η̃σαν.

14.56. — Multi enim testimonium falsum… Ce verset explique les derniers mots (« nec inveniebant ») du précédent. Ce n’étaient donc pas les témoignages qui manquaient contre Jésus : à défaut de vrais, on en forgeait de faux, et en grand nombre. Il fallait bien que les divins oracles s’accomplissent : « Insurrexerunt in me testes iniqui », Ps 26.12 ; mais, comme l’ajoutait le poète sacré, « mentita est iniquitas sibi ». De là cette réflexion de l’Évangéliste : Convenientia (dans le grec, ίσαι, « eadem, similia ») testimonia non erant. Les témoignages étaient par là-même invalidés, et des juges, même peu scrupuleux, ne pouvaient en tirer parti.

Quelques-uns, se levant, portèrent un faux témoignage contre lui, en disant :« Nous l’avons entendu dire : “ Je détruirai ce temple, fait de main d’homme, et en trois jours j’en bâtirai un autre, qui ne sera pas fait de main d’homme ” ».Mais leur témoignage ne concordait pas.
Et quidam surgentes, falsum testimonium ferebant adversus eum, dicentes :Quoniam nos audivimus eum dicentem : Ego dissolvam templum hoc manu factum, et per triduum aliud non manu factum ædificabo.Et non erat conveniens testimonium illorum.
καί τινες άναστάντες έψευδομαρτύρουν κατ’ αύτου̃ λέγοντες ότι 'Ημει̃ς ήκούσαμεν αύτου̃ λέγοντος ότι 'Eγὼ καταλύσω τὸν ναὸν του̃τον τὸν χειροποίητον καὶ διὰ τριω̃ν ήμερω̃ν άλλον άχειροποίητον οίκοδομήσω. καὶ ούδὲ ούτως ίση η̃ν ή μαρτυρία αύτω̃ν.

14.57-59. — Et quidam surgentes… Saint Marc relève ici l’une, peut-être la principale, des accusations mensongères lancées contre Notre-Seigneur. Au lieu au vague « quidam », nous lisons dans saint Matthieu, « duo falsi testes » : deux témoins seulement, juste le nombre requis, par la loi. — Nos audivimus, s’écrient ces malheureux avec emphase ; nous l’avons entendu de nos propres oreilles : circonstance qui accroît la force de leur témoignage, et que saint Marc a seul exposée. L’antithèse templum hoc manu factum et aliud non manu factum est une autre particularité de son récit. Cette déposition était capitale. « On sait combien le peuple juif était jaloux de la gloire du Temple. Pour avoir annoncé prophétiquement que Dieu réduirait un jour le Temple au même état que Silo et qu’il en ferait un désert, Jérémie (Jr 26.6,19) avait failli être lapidé par les prêtres et par le peuple ; et s’il échappa à une mort certaine, il le dût à l’intervention de puissants seigneurs attachés à la cour. L’accusation formulée contre Jésus par les deux témoins était donc de la plus haute gravité[541] ». Mais, ajoute notre Évangéliste (et lui seul encore a noté ce trait), et non erat conveniens testimonium illorum ; plus énergiquement, d’après le grec, « et nequidem sic (καὶ ούδὲ ούτως) erat conveniens… » Les deux témoins, comme cela s’est toujours pratiqué, avaient comparu l’un après l’autre devant le tribunal ; le second, sans s’en douter, avait donc contredit sur quelque point important le rapport du premier. L’accusation tombait par conséquent d’elle-même.

Alors le grand prêtre, se levant au milieu de l’assemblée, interrogea Jésus, en disant : « Tu ne réponds rien à ce que ces hommes déposent contre toi ? ».
Et exsurgens summus sacerdos in medium, interrogavit Jesum, dicens : Non respondes quidquam ad ea quæ tibi objiciuntur ab his ?
καὶ άναστὰς ό άρχιερεὺς είς μέσον έπηρώτησεν τὸν 'Iησου̃ν λέγων Ούκ άποκρίνη̣ ούδέν; τί ού̃τοί σου καταμαρτυρου̃σιν ;

14.60. — Et pourtant Caïphe ne veut pas qu’elle tombe tout à fait. De là cette démarche, inouïe de la part d’un juge suprême, que nous lui voyons faire actuellement. — Exurgens… in medium. Construction elliptique, pour « exurgens et veniens in medium ». Le grand-prêtre se lève, quitte sa place, et s’avance jusqu’auprès de l’accusé, qui se tenait debout au milieu de la salle. La seconde partie de ce trait si graphique est propre à saint Marc. — Non respondes quidquam… « Quanto Jesus tacebat ad indignos responsione sua falsos testes, et sacerdotes impios, tanto magis pontifex, furore superatus, eum ad respondendum provocat, ut ex qualibet occasione sermonis, locum inveniat accusandi ». V. Bède. L’interrogatoire des témoins n’a fourni aucun résultat : mais, en répondant à leurs dépositions, quelque fausses qu’elles fussent, Jésus se compromettra peut-être. C’est pour cela que Caïphe le presse de parler.

Mais Jésus se taisait, et il ne répondit rien. Le grand prêtre l’interrogea de nouveau, et lui dit : « Es-tu le Christ, le Fils du Dieu béni ? ».
Ille autem tacebat, et nihil respondit. Rursum summus sacerdos interrogabat eum, et dixit ei : Tu es Christus Filius Dei benedicti ?
ό δὲ έσιώπα καὶ ούκ άπεκρίνατο ούδέν. πάλιν ό άρχιερεὺς έπηρώτα αύτὸν καὶ λέγει αύτω̣̃ Σὺ εί̃ ό Χριστὸς ό Υίὸς του̃ Εύλογητου̃ ;

14.61. — Ille autem tacebat et nihil respondit. C’est là une des répétitions emphatiques et pittoresques qui sont à l’ordre au jour dans le second Évangile. Cf. Préface, § VII. Le silence du Sauveur a inspiré à saint Jérôme une belle réflexion : « Le Christ qui se tait, dit-il, absout Adam qui s’excuse ». Cf. Gn 3.10 et ss. Qu’importe du reste aux bourreaux, dit quelque part Tacite, la défense de leur victime ? — Rursum summus sacerdos interrogabat. La première question ayant été rendue vaine par le silence inattendu de l’accusé, Caïphe lui en adressa brusquement une autre : Tu es Christus Filius Dei ? Cette fois, la demande était posée sur un terrain brûlant, et le souverain-prêtre, comme nous le voyons par le récit de saint Matthieu, Mt 26.63, avait pris ses précautions pour qu’elle ne demeurât pas sans réponse ; il l’avait introduite en effet par une formule solennelle qui devait forcer Jésus de prendre la parole : « Adjuro te per Deum vivum, ut dicas nobis… » L’épithète benedicti est propre à saint Marc. Le substantif Dei manque dans le texte grec, où on lit simplement : ό Υίὸς του̃ Εύλογητου̃, le fils du Béni par excellence. Les Rabbins emploient de la même manière l’expression הברוך.

Jésus lui répondit : « Je le suis ; et vous verrez le Fils de l’homme assis à la droite de la puissance de Dieu, et venant sur les nuées du ciel ».
Jesus autem dixit illi : Ego sum : et videbitis Filium hominis sedentem a dextris virtutis Dei, et venientem cum nubibus cæli.
ό δὲ 'Iησου̃ς εί̃πεν 'Eγώ είμι, καὶ όψεσθε τὸν Υίὸν του̃ άνθρώπου έκ δεξιω̃ν καθήμενον τη̃ς δυνάμεως καὶ έρχόμενον μετὰ τω̃ν νεφελω̃ν του̃ ούρανου̃.

14.62. — Ego sum, répond clairement Jésus. Oui, je suis le Messie, le Fils de Dieu. Autrefois, il avait accepté la parole enflammée de saint Pierre : « Tu es le Christ fils du Dieu vivant », Mt 16.46 ; naguère encore, Mc 11.9,10, il agréait comme un hommage légitime les Hosanna du peuple : mais ici il y a quelque chose de plus. C’est lui-même qui proclame bien haut, devant l’autorité suprême des Juifs en fait de religion, en réponse à une question officielle, son caractère messianique et sa divine filiation. Écoutons-le, adorons-le ! — Et videbitis Filium hominis… Le Sauveur complète et confirme son έγώ είμι de tout à l’heure. L’avenir, dit-il à ses juges, vous montrera que j’ai parlé selon la vérité. Maintenant, je vous apparais sous un extérieur humilié, comme Fils de l’homme ; mais un jour vous me verrez trôner comme Fils de Dieu à la droite de mon Père. Ainsi donc, Jésus ne revendique pas seulement la dignité messianique : il promet d’en exercer les fonctions. Voyez l’explication détaillée de ces paroles dans l’Évangile selon saint Matthieu, Mt 26.59.

Alors le grand prêtre, déchirant ses vêtements, dit : « Qu’avons-nous encore besoin de témoins ?Vous avez entendu le blasphème ; que vous en semble ? ». Tous le condamnèrent comme méritant la mort.
Summus autem sacerdos scindens vestimenta sua, ait : Quid adhuc desideramus testes ?Audistis blasphemiam : quid vobis videtur ? Qui omnes condemnaverunt eum esse reum mortis.
ό δὲ άρχιερεὺς διαρρήξας τοὺς χιτω̃νας αύτου̃ λέγει Τί έτι χρείαν έχομεν μαρτύρων; ήκούσατε τη̃ς βλασφημίας· τί ύμι̃ν φαίνεται; οί δὲ πάντες κατέκριναν αύτὸν ένοχον εί̃ναι θανάτου.

14.63. et 64. — Caïphe a atteint son but : il a réussi à faire parler l’accusé, et à le faire parler dans le sens désiré par toute l’assemblée. Désormais, il n’y a plus qu’à tirer parti d’un aveu aussi formel, et ce sera chose facile : mais le président sait faire les choses en acteur consommé. Une feinte colère lui avait fait quitter précédemment son fauteuil, V. 60 ; un zèle non moins hypocrite pour la gloire de Dieu le porte maintenant à déchirer ses vêtements en signe de deuil, comme s’il venait d’entendre le plus effroyable blasphème. Lorsque, quelques semaines plus tôt, il prononcait au sujet de Jésus cette parole célèbre : « Expedit vobis ut unus moriatur homo pro populo, et non tota gens pereat », Jn 11.50 (cf. le V. 54), il ne se doutait guère qu’il était prophète ; il ne se doutait pas davantage qu’il accomplissait une action prophétique quand il mettait en pièces le devant de sa tunique, et c’était pourtant là un frappant symbole, comme l’ont enseigné les Pères. « Déchire ton vêtement, ô Caïphe ! s’écrient MM. Lémann, résumant l’enseignement patristique, le jour ne se passera pas que le voile du Temple ne soit déchiré aussi, en signe, l’un et l’autre, que le sacerdoce d’Aaron et le sacrifice de la loi de Moïse sont abolis, pour faire place au sacerdoce éternel du Pontife de la Nouvelle Alliance[542] ». — Vestimenta sua, τοὺς χιτω̃νας : ce mot est justement au pluriel (cf. Matthieu, τὰ ίματία), car, d’après le précepte des Rabbins, ce n’était pas seulement le vêtement supérieur qu’on devait déchirer en pareil cas, mais tous les vêtements, la chemise seule exceptée. Les riches portaient habituellement plusieurs tuniques superposées. — Audistis blasphemiam. Au geste, Caïphe joint la parole pour accabler l’accusé. « À quoi bon un plus long interrogatoire ? Vous avez pu le constater par vous-mêmes, c’est un blasphème manifeste qu’il vient de prononcer ». — Qui omnes condemnaverunt… La seconde partie de la prophétie de Jésus à laquelle nous faisions allusion plus haut s’accomplissait tout aussi exactement que la première : « Et damnabunt eum morte », Mc 10.33. « Omnes », οί πάντες : tous les membres présents. Preuve que le Sanhédrin ne se trouvait pas alors au complet, car Nicodème et Joseph d’Arimathie n’auraient certainement pas voté la mort de Jésus. Peut-être n’avaient-ils pas été convoqués ; ou du moins ils n’assistaient pas à la séance.

Alors quelques-uns commencèrent à cracher sur lui, et à lui voiler le visage, et à le frapper à coups de poing, et à lui dire : « Prophétise ». Et les valets le meurtrissaient de soufflets.
Et cœperunt quidam conspuere eum, et velare faciem ejus, et colaphis eum cædere, et dicere ei : Prophetiza : et ministri alapis eum cædebant.
Καὶ ήρξαντό τινες έμπτύειν αύτω̣̃ καὶ περικαλύπτειν αύτου̃ τὸ πρόσωπον καὶ κολαφίζειν αύτὸν καὶ λέγειν αύτω̣̃ Προφήτευσον, καὶ οί ύπηρέται ρ́απίσμασιν αύτὸν έλαϐον.

14.65. — Et cœperunt quidam… Détails horribles, qui constituent au point de vue juridique une véritable énormité. Tandis que partout, sinon parfois chez les peuplades barbares, les condamnés à mort sont respectés, depuis leur sentence jusqu’à leur exécution, comme une chose sacrée, Jésus se vit, sous les yeux des Sanhédristes qui laissèrent faire, l’objet des traitements les plus indignes. La haine sauvage de la soldatesque chargée de garder Notre-Seigneur s’étale avec toute sa fureur dans la description vivante de saint Marc. Notons en particulier le trait velare faciem ejus, que saint Matthieu n’avait pas mentionné, et qui aide à mieux comprendre la suite de la scène : Prophetiza ! Devine qui t’a frappé ! À la fin du verset, au lieu de ρ́απίσμασιν αύτὸν έϐαλλον de la Recepta (alapis eum cædebant), on lit dans divers témoins anciens : ρ́απίσμασιν αύτὸν έλαϐον, et telle parait être la leçon authentique. Cette expression équivaudrait au latin « verberibus (ici, « alapis ») aliquem accipere ». — Admirons l’adorable patience de Jésus devant ces outrages sanglants. Son amour pour nous le soutenait.

9. — Le triple reniement de saint Pierre.

Mc 14.66-72. — Parall. Mt 26.69-75 ; Lc 22.55-62 ; Jn 18.15-18 ; 18.25-27.

Tandis que Pierre était en bas dans la cour, une des servantes du grand prêtre survint ;
Et cum esset Petrus in atrio deorsum, venit una ex ancillis summi sacerdotis :
Καὶ όντος του̃ Πέτρου κάτω έν τη̣̃ αύλη̣̃ έρχεται μία τω̃ν παιδισκω̃ν του̃ άρχιερέως,

14.66. — Cum esset Petrus… L’Évangéliste revient maintenant sur ses pas (cf. V. 54), pour signaler une autre tragédie lugubre, qui se passait à peu près en même temps que la précédente, et qui réalisait aussi une prophétie antérieure de Jésus. Cf. V. 30. — In atrio deorsum. Saint Matthieu dit : « Foris in atrio ». Mais les deux descriptions sont exactes. « Atrium enim et foris erat, si ad interiorem ædium partem spectes, et deorsum, si ad superiorem, ad quam per scalas adscensus patebat[543] ». Jésus était « intus et sursum » ; saint Pierre « foris et deorsum ». — Venit una ex ancillis… Sur la vraie manière de compter les trois reniements de saint Pierre, voyez l’Évangile selon saint Matthieu, Mt 26.69.

et ayant vu Pierre qui se chauffait, elle le regarda, et dit : « Toi aussi, tu étais avec Jésus de Nazareth ».
et cum vidisset Petrum calefacientem se, aspiciens illum, ait : Et tu cum Jesu Nazareno eras.
καὶ ίδου̃σα τὸν Πέτρον θερμαινόμενον έμϐλέψασα αύτω̣̃ λέγει Καὶ σὺ μετὰ του̃ Ναζαρηνου̃ η̃σθα του̃ 'Iησου̃.

14.67. — Cum vidisset Petrum… aspiciens illum. La servante aperçut d’abord saint Pierre qui se chauffait auprès du feu ; puis, frappée dès ce simple coup d’œil de son visage morne, de sa contenance grave, qui contrastaient avec l’attitude des valets et des soldats, elle se mit à le contempler attentivement. Saint Marc distingue très bien ces deux regard distincts, l’un rapide et à demi inconscient, ίδου̃σα, l’autre attentif et prolongé, έμϐλέψασα.

Mais il le nia, en disant : « Je ne sais pas et je ne comprends pas ce que tu dis ». Et il sortit dehors, devant la cour, et le coq chanta.
At ille negavit, dicens : Neque scio, neque novi quid dicas. Et exiit foras ante atrium, et gallus cantavit.
ό δὲ ήρνήσατο λέγων Ούτε οί̃δα ούτε έπίσταμαι σὺ τί λέγεις. καὶ έξη̃λθεν έξω είς τὸ προαύλιον· ‹καὶ άλέκτωρ έφώνησεν›

14.68. — At ille negavit. Ce second regard, et la question qui le suivit suffirent pour troubler le timide Pierre, au point de lui arracher un premier reniement. — Neque scio, neque novi. Comme sa négation est accentuée ! (Elle est spéciale à saint Marc sous cette forme). Cependant elle n’est encore qu’indirecte : l’Αpôtre ne renie pas formellement son Maître, il affecte seulement de ne pas comprendre de quoi ni de qui il est question. — Quid dicas ; dans le grec, τί σù λέγεις, « quid, tu dicis », avec emphase sur le pronom σù. — Et gallus cantavit. Trait propre à saint Marc.

La servante, l’ayant vu de nouveau, se mit à dire à ceux qui étaient présents : « Celui-ci est un d’entre eux ».
Rursus autem cum vidisset illum ancilla, cœpit dicere circumstantibus : Quia hic ex illis est.
καὶ ή παιδίσκη ίδου̃σα αύτὸν ήρξατο πάλιν λέγειν τοι̃ς παρεστω̃σιν ότι Ού̃τος έξ αύτω̃ν έστιν.

14.69. — Cum vidisset illum ancilla. Dans le grec, ή παιδίσκη avec l’article, la servante. Néanmoins, cette manière de parler n’indique pas nécessairement que ce fût la même femme qu’au V. 66. Elle désigne la servante, quelle qu’elle fût, auprès de laquelle saint Pierre se trouva quand il se fût écarté du foyer. En effet, nous savons, d’après saint Matthieu et saint Jean, qu’il s’agit d’une « alia ancilla ». — Hic ex illis est. « Ex illis » est dédaigneux. Il fait partie de leur bande ! C’est-à-dire, c’est un des disciples de Jésus.

Mais il le nia de nouveau. Et peu après, ceux qui étaient présents dirent encore à Pierre : « Certainement tu es un d’entre eux, car tu es aussi Galiléen ».
At ille iterum negavit. Et post pusillum rursus qui astabant, dicebant Petro : Vere ex illis es : nam et Galilæus es.
ό δὲ πάλιν ήρνει̃το. καὶ μετὰ μικρὸν πάλιν οί παρεστω̃τες έλεγον τω̣̃ Πέτρω̣ Άληθω̃ς έξ αύτω̃ν εί̃· καὶ γὰρ Γαλιλαι̃ος εί̃. ‹καὶ ή λαλιά σου όμοιάζει›.

14.70. — Iterum negavit. L’imparfait ήρνει̃το du texte original indique une dénégation prolongée. — Après Galilæus es, on lit dans le texte grec : καὶ ή λαλιά σου όμοιάζει, « et lingua tua similis est (scil. linguæ Galilæorum) » ; et, en réalité, nous avons vu dans le premier Évangile (Mt 26.73 et le commentaire) que les habitants de la Galilée trahissaient leur origine par leur prononciation vicieuse. Cependant ces mots, qui manquent dans les meilleurs témoins, sont regardés à bon droit comme un glossème.

Il se mit alors à faire des imprécations, et à dire avec serment : « Je ne connais pas cet homme dont vous parlez ».
Ille autem cœpit anathematizare et jurare : Quia nescio hominem istum, quem dicitis.
ό δὲ ήρξατο άναθεματίζειν καὶ όμνύναι ότι Ούκ οί̃δα τὸν άνθρωπον του̃τον ὸν λέγετε.

14.71. — Ce dernier reniement est le plus triste et le plus grave des trois. Pierre, pour rendre ses protestations plus énergiques, leur associa des anathèmes et des serments ; en outre, cette fois, il affirme très directement qu’il ne connaissait pas Jésus, ce Jésus à qui il disait naguère : « Tu es Christus, filius Dei vivi ». Il l’appelle hommem istum, prenant soin d’ajouter : quem dicitis, comme s’il n’eût jamais entendu parler de Jésus avant que les servantes et les valets de Caïphe le lui nommassent. Ces derniers mots sont une particularité de saint Marc.

Et aussitôt le coq chanta de nouveau. Et Pierre se souvint de la parole que Jésus lui avait dite : « Avant que le coq chante deux fois, tu me renieras trois fois ». Et il se mit à pleurer.
Et statim gallus iterum cantavit. Et recordatus est Petrus verbi quod dixerat ei Jesus : Priusquam gallus cantet bis, ter me negabis. Et cœpit flere.
καὶ εύθὺς έκ δευτέρου άλέκτωρ έφώνησεν. καὶ άνεμνήσθη ό Πέτρος τὸ ρ́η̃μα ώς εί̃πεν αύτω̣̃ ό 'Iησου̃ς ότι Πρὶν άλέκτορα δὶς φωνη̃σαι τρίς με άπαρνήση̣· καὶ έπιϐαλὼν έκλαιεν.

14.72. — Statim gallus… L’adverbe « statim » est omis par la Recepta ; mais on le trouve dans les meilleurs manuscrits. — Iterum est propre à saint Marc, qui seul, nous l’avons vu, V. 30, avait mentionné deux chants successifs du coq dans la prédiction de Jésus. — Le premier chant avait probablement passé inaperçu, mais le second produisit une réaction dans le cœur de saint Pierre : recordatus est, les pajoles de son Maître lui revinrent subitement à la pensée, et alors, reconnaissant toute l’étendue de sa faute, έπιϐαλὼν έκλαιε, comme dit le texte grec. Quel est le sens exact de cette locution ? L’amphibologie du verbe έπιϐάλλω est cause qu’elle a reçu peut-être plus de vingt interprétations différentes, parmi lesquelles il est assez difficile de choisir. La traduction de la Vulgate, cœpit flere, est également celle de plusieurs versions anciennes, telles que la Peschito syriaque, l’arménienne, la gothique, etc ; elle est adoptée par Suidas, Euthymius, etc., et l’on cite, à son appui, divers passages soit sacrés, soit profanes, où tel parait être le sens de έπιϐάλλω ; par exemple, Diogenes Laërtius, vi, 2, 4, έπίϐαλε τερετίζειν, « cantillare cœpit » ; 2Ma 12.38, τη̃ς δὲ έϐδόμαδος έπιϐαλλούσης, Vulg. « cum septima dies superveniret ». De là sans doute la leçon καὶ ήρξατο κλαίειν du manuscrit D. Théophylacte conserve au participe έπίϐάλων sa signification habituelle, et traduit comme s’il y avait : έπίϐάλων τò ίμάτιον τη̣̃ κεφαλη̣̃ έκλαιε, ayant jeté son manteau sur sa tête, il pleura. D’autres donnent à la phrase le sens de « addens flebat », c’est-à-dire « repetitis vicibus flevit ». D’autres sous-entendent τòν νου̃ν après έπίϐάλων : l’Évangéliste voudrait dire alors que saint Pierre « ayant fait attention » (à sa faute, ou bien au chant du coq) se mit à pleurer. D’assez nombreux auteurs modernes traduisent έπίϐάλων par « étant aussitôt sorti » (se proripiens, celeriter abiens). Les passages parallèles de saint Matthieu (Mt 26.75) et de saint Luc (Lc 22.62) ; « egressus foras flevit amare », favorisent cette interprétation. Voir Bretschneider[544]. — On a de remarquables compositions du Poussin, de Valentin, de Stella, sur les différentes scènes du reniement de saint Pierre. Carlo Dolci a immortalisé à sa manière les larmes du prince des Apôtres dans son tableau connu sous le nom de « saint Pierre pleurant ».

10. — Jésus jugé et condamné par Pilate.

Mc 15.1-15.

Saint Marc abrège ici d’une manière notable. Il ne dit rien de la mort de Judas, rien de la femme de Pilate, rien d’Hérode, etc. Il va droit au tragique dénouement, auquel la conduite du Sanhédrin nous a déjà préparés.

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