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b. La correction fraternelle.
Mt 18.15-20.

Ce passage et le suivant, jusqu’à la fin du chapitre, ne se trouvent que dans le premier Évangile.

Si ton frère a péché contre toi, va, et reprends-le entre toi et lui seul. S'il t'écoute, tu auras gagné ton frère.

Si autem peccaverit in te frater tuus, vade, et corripe eum inter te, et ipsum solum : si te audierit, lucratus eris fratrem tuum.

'Eὰν δὲ άμαρτήση̣ είς σὲ ό άδελφός σου ύπαγε καὶ έλεγξον αύτὸν μεταξὺ σου̃ καὶ αύτου̃ μόνου έάν σου άκούση̣ έκέρδησας τὸν άδελφόν σου·

18.15.Si autem. La particule δὲ introduit un autre sujet. La suite de l’Instruction roulera toujours sur nos devoirs à l’égard du prochain, mais le point de vue n’est plus le même. Précédemment, le divin Maître a indiqué la nature des rapports que l’on devait avoir avec les enfants et les faibles, en particulier les précautions à prendre pour ne pas les scandaliser, pour ne point les offenser ; il prescrit maintenant les règles à suivre dans le cas où l’on aurait été soi-même lésé, offensé gravement par autrui. Ces règles peuvent se résumer dans les deux mots suivants : grands ménagements pour les personnes, grande sévérité pour les fautes. Il y a, dit Jésus, trois démarches à faire, suivant les circonstances diverses qui peuvent se présenter, c’est-à-dire suivant que la contrition du coupable sera plus ou moins prompte, plus ou moins facile à exciter. La première démarche est décrite au ℣. 15. — Vade. L’offensé ne doit pas attendre que l’agresseur vienne lui présenter des excuses ; il fera lui-même charitablement les premières avances, n’oubliant pas qu’il s’agit d’un frère, frater tuus, quoique d’un frère qui a mal agi. — Corripe eum, en grec έλεγξον, convainc-le de sa faute, montre-lui qu’il a gravement péché. — Inter te et ipsum solum, sans témoins par conséquent : procédé plein de délicatesse et de douceur, qui devra toucher le cœur du coupable et ramener a résipiscence, s’il est encore accessible à la bonté. — Si te audierit, c’est-à-dire, « si se damnaverit, si persuasum habeat se peccasse », S. Jean Chrys., Hom. lx, et tout porte à croire qu’il reconnaîtra humblement sa faute. — Dans ce cas, lucratus eris fratrem tuum. Mais pour qui sera-t-il gagné ? Pour l’offensé lui-même selon les uns, l’union momentanément troublée devant reparaître alors dans toute son étendue ; plus probablement, selon les autres, pour Dieu et pour le royaume messianique, dont le mauvais frère s’était séparé par sa faute. Et quel bonheur de pouvoir gagner un pécheur dans ce sens !

Mais, s'il ne t'écoute pas, prends encore avec toi une ou deux personnes, afin que toute l'affaire soit réglée par l'autorité de deux ou trois témoins.

Si autem te non audierit, adhibe tecum adhuc unum, vel duos, ut in ore duorum, vel trium testium stet omne verbum.

έὰν δὲ μὴ άκούση̣ παράλαβε μετὰ σου̃ έτι ένα ή δύο ίνα έπὶ στόματος δύο μαρτύρων ή τριω̃ν σταθη̣̃ πα̃ν ρ́η̃μα·

18.16. — Seconde démarche. — Si te non audierit. Mais il est, possible aussi que le coupable refuse de se repentir et de réparer offense qu’il a faite. Jésus-Christ trace, pour cette hypothèse, une nouvelle ligne de conduite qui sera comme un jugement en seconde instance. — Adhibe tecum… unum vel duos. L’amour repoussé redouble ses efforts, mais, ne pouvant agir seul, il appelle des auxiliaires à son secours, comme fait le bon médecin qui voit qu’il lui est impossible de lutter seul contre une maladie obstinée. La seconde démarche consiste donc dans un nouvel avertissement donné par la personne lésée. Mais cette fois elle se présente avec un ou deux frères qu’elle s’est associés pour donner plus d’autorité à sa parole. « Ut facilius persuadeatur ei qui deliquit, se peccasse, quum id non solum judicet offensus (nam in causa propria valde prompte decipiturhomo), sed etiam id affirment duo vel tres alii », (Sylveira, in h. l. — Ut in ore duorum veltrium… Ces paroles, empruntées littéralement à la Loi mosaïque, Dt 19, 15, font allusion au nombre de témoins requis dans toute affaire litigieuse : Jésus les cite pour appuyer et pour légaliser en quelque sorte sa seconde recommandation. « In ore », en hébreu על־פי, langage figuré pour signifier « sermone et testimonio ». — Stet omne verbum. « Verbum », comme דבר dans le texte primitif de la Loi, désigne une affaire juridique. « Stet », σταθη̣̃, signifie : être décidé. « Idem exigunt juridici Hebraici a peccante in fratrem. Hieros. Ioma, fol. 44, 3, et Babyl. Ioma, fol. 87, 1, Samuel dicit : Quicumque peccat in fratrem suum, necesse habet ut ei dicat : In te peccavi. Si audiat, bene. Si non, adducat alios et placet eum coram iis, etc. Ast altiori charitate exigit hic Salvator, ab eo scilicet in quem peccatur ». Lightfoot, Hor. hebr. in Matth. h. l.

S'il ne les écoute pas, dis-le à l'Eglise ; et s'il n'écoute pas l'Eglise, qu'il soit pour toi comme un païen et un publicain.

Quod si non audierit eos : dic ecclesiæ. Si autem ecclesiam non audierit, sit tibi sicut ethnicus et publicanus.

έὰν δὲ παρακούση̣ αύτω̃ν είπὲ τη̣̃ έκκλησία̣· έὰν δὲ καὶ τη̃ς έκκλησίας παρακούση̣ έστω σοι ώσπερ ό έθνικὸς καὶ ό τελώνης

18.17. — Troisième démarche ou jugement en troisième instance. Si le coupable fait encore le récalcitrant, alors il n’y a plus de ménagements à garder ; il faut proclamer hautement sa faute. — Die Ecclesiæ. On se demande comment il a pu venir à la pensée de quelques exégètes, de Théophylacte et de Fritzsche par exemple, que Jésus voulait parler ici de l’Église juive, de la synagogue. À quel titre en effet serait-il question d’elle en ce passage ? Non, c’est l’Église chrétienne, cf. xvi, 18, l’assemblée des fidèles représentée par ses chefs, qui est chargée par le Sauveur de juger le procès en dernier ressort. Pour le chrétien, il n’y a pas d’autorité supérieure à celle-là ; c’est donc à elle qu’il porte, pour qu’elle les tranche au nom de Dieu, toutes les questions difficiles qui peuvent surgir entre lui et ses frères. Si cette recommandation de Jésus eût toujours été suivie dans la pratique, jamais un chrétien n’aurait conduit un autre chrétien devant les tribunaux civils. On y fut fidèle durant un certain temps ; mais déjà S. Paul se plaignait avec force des abus étranges qui se manifestaient sous ce rapport, cf. 1Co 6, 1 et ss. C’est ici néanmoins qu’on trouve l’origine des tribunaux ecclésiastiques, dont il reste encore quelques vestiges dans nos officialités diocésaines. — Si ecclesiam non audierit, et il est bien à craindre qu’il n’en soit ainsi, après les deux marques antérieures d’endurcissement données par le pécheur. Mais comment traiter un opiniâtre qui ne s’est laissé loucher ni par les avis bienveillants de la charité, ni par les remontrances de l’autorité ? Il n’y a plus qu’une chose à faire à son égard, l’expulser du sein de l’Église, le retrancher impitoyablement de la société des Saints : c’est ce qu’exprime la locution til tibi sicut ethnicus… Le langage de Jésus est ici coloré de Judaïsme ; Notre-Seigneur parle d’après les idées et la manière d’agir de ses concitoyens. Pour eux, nous l’avons vu, cf. ix, 11 et l’explication, les païens et les publicains étaient de vrais excommuniés, avec lesquels on devait demeurer άκοινώνητος ; les païens à cause de l’idolâtrie à laquelle ils se livraient, les publicains, fussent-ils Israélites, à cause de leurs concussions. Les écrits rabbiniques sont formels à ce sqjet · « Prohibitum est Judæo solum esse cum Ethnico, itinerari cum Ethnico », Maimon.— « Socius (Judæus) qui evadit publicanus pellendus est societate », Hieros. Demai, f. 23, 1. Par ces deux expressions typiques, empruntées aux mœurs des Juifs, le Sauveur transmet donc à son Église le droit d’excommunication à l’égard de ses membres devenus indignes : ce point est tout à fait évident, malgré les réclamations des protestants en sens contraire. Toute société, du reste, n’est-elle pas armée du droit d’exclusion ?

En vérité, Je vous le dis, tout ce que vous lierez sur la terre sera lié aussi dans le Ciel, et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié aussi dans le Ciel.

Amen dico vobis, quæcumque alligaveritis super terram, erunt ligata et in cælo : et quæcumque solveritis super terram, erunt soluta et in cælo.

Άμὴν λέγω ύμι̃ν· όσα έὰν δήσητε έπὶ τη̃ς γη̃ς έσται δεδεμένα έν τω̣̃ ούρανω̣̃ καὶ όσα έὰν λύσητε έπὶ τη̃ς γη̃ς έσται λελυμένα έν τω̣̃ ούρανω̣̃

18.18. — Quelle que soit la sentence que l’Église croira devoir prononcer, Dieu promet de la ratifier du haut des cieux : telle est la liaison de ce verset avec le précédent. Le pronom ύμι̃ν est en effet manifestement parallèle à έκκλησία̣ du ℣. 17 ; de sorte que nous entendons ici la confirmation anticipée des décrets judiciaires portés par l’Église de Jésus. Ce qu’elle jugera par l’intermédiaire de ses chefs n’aura pas la valeur d’une décision humaine : comme elle est un tribunal vraiment divin, ses arrêts auront la sanction du ciel. C’est donc le blanc-seing de Dieu qu’elle reçoit en ce moment. Nous renvoyons, pour les détails et spécialement pour le sens des verbes lier, et délier, à l’explication que nous avons donnée plus haut, xvi, 18, de la parole identique adressée par Jésus à S. Pierre. Les pouvoirs conférés directement aux Apôtres, indirectement à leurs successeurs, sont sans réserve : ils embrassent le for intérieur aussi bien que le for extérieur ; voilà pourquoi on les applique aussi en théologie au tribunal de la Pénitence. Nous avons montré cependant qu’ils ne sont pas prépondérants, comme ceux du prince des Apôtres. S. Pierre aura le droit de paître les brebis et les pasteurs : ses collègues n’auront d’autorité que sur, les brebis seulement. — Voici une réflexion de S. Jean Chysostôme qui montre bien l’unité de tout ce passage et la manière dont le ℣. 18 se rattache aux prescriptions de Jésus relatives à la correction fraternelle. « Vides quomodo hunc (fratrem peccantem) duplici necessitate vinxerit Christus, et præsenti pœna, et futuro supplicio ? Haec porro cora-minatus est, ne isthæc accidant, sed metuens et minas et ejectionem ab Ecclesia, et periculum ex vinculo partum, nec non illud in cœlis vinculum, moderatior sit quum hæc sciat… Idcirco et primum et secundum et tertium constituit judicium, neque stalim illum præscindit, ut si primo non obediat, secundo cedat ; sin illud respuerit, tertium timeat ; si hujus nullam rationem habeat, ex futuro judicio torreatur, sive ex Dei sententia et ultione ».

Je vous dis encore que si deux d'entre vous s'accordent sur la terre, quelque chose qu'ils demandent, ils l'obtiendront de Mon Père qui est dans les Cieux.

Iterum dico vobis, quia si duo ex vobis consenserint super terram, de omni re quamcumque petierint, fiet illis a Patre meo, qui in cælis est.

Πάλιν λέγω ύμι̃ν ότι έὰν δύο ύμω̃ν συμφωνήσωσιν έπὶ τη̃ς γη̃ς περὶ παντὸς πράγματος ού̃ έὰν αίτήσωνται γενήσεται αύτοι̃ς παρὰ του̃ πατρός μου του̃ έν ούρανοι̃ς

18.19. — Établissons d’abord l’enchaînement des pensées qui paraît au premier regard assez difficile a saisir, et qui a été fixé très différemment par les commentateurs. « Omnis superior sermo, dit S. Jérôme, ad concordiam nos provocaverat ; igitur et præmium pollicetur ». D’après le saint Docteur, la promesse actuelle de Jésus-Christ aurait donc pour but d’exposer les avantages incomparables de la charité qui a été recommandée dans toute cette première moitié du chapitre. Mais on peut reprocher à cette liaison d’être trop vague. Suivant d’autres exégètes, Jésus continuerait d’effrayer, par un contraste, les pécheurs revêches qui pourraient être tentés de ne pas se soumettre à l’Église : non-seule-ment ils seraient retranchés de son sein, mais, par suite même de l’excommunication, ils cesseraient d’avoir part à de précieuses faveurs, développées dans les ℣℣. 19 et 20. Nous préférons voir ici, avec Bengel, la confirmation des pouvoirs qui viennent d’être conférés, ℣. 18, aux Apôtres et à l’Église. Non content de ratifier les jugements portés par ceux qu’il a faits dépositaires de sa puissance, Dieu agréera tous leurs désirs, exaucera toutes leurs prières, à cause de l’union étroite qui existe entre eux et lui. L’identité de volonté qui existe entre Dieu et l’Église est donc exprimée de nouveau sous une autre forme. Jésus semble indiquer lui-même que telle est le véritable lien des pensées, puisqu’il commence par dire qu’il va répéter la même idée : iterum dico vobis. Il est vrai que πάλιν n’est pas sûrement authentique. Quoi qu’il en soit, nous avons ici une admirable promesse, remplie d’encouragements sublimes. — Si duo ex vobis ; deux personnes seulement, aussi peu qu’il en faut pour former une sociélé, la société la plus petite possible. Il est vrai que ces personnes sont supposées chrétiennes, « duo ex vobis ». À ces deux chrétiens on demande une chose très simple, l’accord, consenserint, la symphonie, pour employer la gracieuse expression du texte grec, συμφωνήσωσιν. Qu’y a-t-il de plus facile que l’harmonie entre deux personnes, si elles ont intérêt à s’entendre ? — En échange de cette chose si simple, on leur promet la faveur la plus précieuse ; de omni re quamcumque petierint… C’est un nouveau blanc-seing. Quel que soit l’objet de leur demande, pourvu bien entendu qu’il rentre dans le plan divin, elles l’obtiendront sûrement : Jésus lui-même s’en fait garant.

Car là où deux ou trois sont assemblés en Mon nom, Je suis au milieu d'eux.

Ubi enim sunt duo vel tres congregati in nomine meo, ibi sum in medio eorum.

ού̃ γάρ είσιν δύο ή τρει̃ς συνηγμένοι είς τὸ έμὸν όνομα έκει̃ είμι έν μέσω̣ αύτω̃ν

18.20. — C’est la même promesse réitérée, expliquée. — Ubi enim duo vel tres : ici encore, une société à peine ébauchée. Et puis, peu importent le temps et le lieu ; une chose seulement est requise : Congregati in nomine meo, ou mieux « in nomen meum », είς τὸ έμὸν όνομα. Dès que le nom de Jésus, ses intérêts, sa gloire, sont le but de la réunion, on a droit à l’avantage promis et cet avantage est immense : ibi sum in medio eorum. Mais qu’y a-t-il d’étonnant à cela ? Deux ou trois chrétiens réunis au nom de Jésus-Christ ne représentent-ils pas l’Église tout entière ? et Jésus peut-il être séparé de cette Église dont il est le chef ? Les Rabbins disaient aussi que « duo si assident mensæ et colloquia habent de lege, שנינה (le symbole de la présence divine) quiescit super eos », Pirke Aboth, 3, 2. — Il existe sur les ℣℣. 19 et 20 de belles applications morales des Saints-Pères : elles concernent tantôt les avantages de la concorde et de la charité fraternelle, tantôt les conditions de la bonne prière. On les trouvera réunies dans la « Catena » de S. Thomas.

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