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B. Le grand discours messianique.

« Posuit supra, Mt 4.23, Evangelista quasi brevem titulum doctrinae Christi, nunc ponit ipsam doctrinam et effectum ejus, scilicet admirationem populorum, Mt 7.28[238] ». — Le royaume des cieux, dont le Sauveur a commencé de prêcher la venue, nous apparaît ici dans ses principes, son essence, ses vertus intimes et ses principaux développements ; Jésus lui-même va se montrer à nous sous les traits du vrai Roi messianique, du vrai Législateur de la Nouvelle Alliance. Les rois terrestres, après quelque grande crise ou quelque changement important dans l’état qu’ils gouvernent, publient une charte, une constitution neuve ou transformée : or, le célèbre discours dont nous abordons en ce moment l’étude, est réellement, comme on l’a maintes fois appelé, la « magna charta » du royaume de Dieu, tel que Notre-Seigneur Jésus-Christ voulait le fonder. Ne contient-il pas, selon la parole de saint Augustin, un admirable précis de toute la doctrine chrétienne et l’abrégé de l’Évangile ? À cette place que saint Matthieu lui a justement attribuée (voir les notes), saluons-le comme « un portail sublime qui introduit les lecteurs de l’Évangile dans le temple de l’activité du divin Maître[239] »

a. Préambule, v, 1-2.

Nous étudierons, à l’occasion de ces deux versets, différentes questions exégétiques que soulève la simple lecture de l’« Oratio montana », et dont la solution jettera tout à la fois du jour et de l’intérêt sur les détails de ce célèbre discours.

Or Jésus, voyant les foules, monta sur une montagne, et, lorsqu'Il Se fut assis, Ses disciples s'approchèrent de Lui.

Videns autem Jesus turbas, ascendit in montem, et cum sedisset, accesserunt ad eum discipuli ejus,

'Iδὼν δὲ τοὺς όχλους άνέβη είς τὸ όρος καὶ καθίσαντος αύτου̃ προση̃λθον αύτω̣̃ οί μαθηταὶ αύτου̃·

5.1. — Videns… turbas ; les foules qui ont été mentionnées à la fin du chap. iv, ℣. 25, « et seculæ sunt eum turbæ mullæ ». Le discours sur la montagne se trouve rattaché par là-même au ministère général du Sauveur en Galilée, tel qu’il vient d’être décrit par saint Matthieu[240]. Cette circonstance nous fournit un point d’appui pour déterminer, au moins d’une manière approximative, l’époque vers laquelle il fut prononcé. Vraisemblablement, d’après le sentiment commun des exégètes, il remonte aux débuts du ministère public de Notre-Seigneur et à la première des trois missions dont nous avons parlé. En effet, 1° c’est la position que lui assignent très ouvertement le premier et le troisième des synoptiques[241] ; 2° il convenait qu’un des premiers actes du Messie fût de faire connaître la nature et les lois de son royaume, de même que le premier acte de Jéhova, après la délivrance des Hébreux, avait été de proclamer la législation théocratique qui devait désormais les régir. La réunion de foules nombreuses autour de Jésus suppose néanmoins qu’un certain temps s’était écoulé depuis qu’il avait commencé son rôle de missionnaire. Nous ne croyons pas nous tromper beaucoup en attribuant pour date au Discours sur la montagne la fin de l’année 781 U. C., ou les premiers mois de 782. — Ascendit in montem. Après la question de temps, se présente la question de lieu. Cette fois, l’écrivain sacré est un peu plus explicite : il nous dit que Jésus prononça son grand discours sur une montagne, et c’est précisément de là que dérive la dénomination très ancienne de « Oratio montana ». Il serait assurément agréable à notre piété de connaître d’une manière exacte la localité où retentit la voix de notre divin Législateur. Or, une tradition capable de satisfaire les exigences de la plus rigoureuse critique existe depuis longtemps sur ce point. De même qu’on nous a montré au sud, dans la Judée, la montagne de la Quarantaine, témoin de la tentation du Sauveur, de même on nous fait voir au nord, dans la Galilée, la « montagne des Béatitudes », qui servit pour ainsi dire de chaire à Jésus en ce jour solennel. Elle se nomme en arabe « Kouroûn-Hattin », les cornes d’Hattin. Elle est située à mi-chemin entre le Thabor et Capharnaüm, à peu près en face de Tibériade et seulement à trois heures du lac de Gennésareth. Sa position s’accorde fort bien avec l’ensemble du récit évangélique, car elle est facilement abordable de toutes parts et se trouve justemem dans la région où prêchait alors Notre-Seigneur. De plus, elle mérite seule, entre toutes les hauteurs qui l’avoisinent à l’ouest du lac, le nom de montagne par excellence, qu’elle porte dans le texte grec, τὸ όρος, tant elle se distingue des autres par sa forme particulière et par son élévation plus considérable. Supposons à l’exlrémité orientale du plateau de Galilée, une grande plaine ondulée, interrompue tout-à-coup par une longue arête ; supposons encore, au bout de cette arête, une colline carrée, en forme de selle, terminée de deux côtés par des pointes ou cornes aigues : nous avons le Kouroûn-Hattin. Vue de l’ouest, cette hauteur ne dépasse guère que de trente à quarante pieds le plateau qui lui sert de base ; mais, au nord-est, elle s’élève à 400 pieds environ au-dessus de, la petite plaine ou est bâti le village d’Hattin, par conséquent beaucoup au-dessus du niveau du lac : chaque corne a en outre à peu près trente pieds de haut. Il existe entre ces deux pointes singulières une belle plate-forme, capable de contenir un nombreux auditoire et du haut de laquelle on jouit d’une magnifique perspective ; cf. Stanley, Sinai and Palestine, p. 368. — Les cornes d’Hattin n’ont pas toujours retenti de bruits aussi doux, aussi pacinques que la voix du Sauveur. C’est à leurs pieds que Saladin battit les croisés, fit prisonnier le roi Guy de Jérusalern et s’empara de la vraie croix qu’avait apportée l’évêque de Bethléem (1187) ; c’est encore à leurs pieds, mais plus a l’ouest, que Bonaparte, à la tête de 3000 Français, triomphait de 25000 Turcs. — D’après saint Jérôme, c’est au sommet du Thabor qu’aurait été prononcé le sermon sur la montagne. — Et quum sedisset, accesserunt…, détails pittoresques qui rendent cette scène toute vivante pour nous. — Discipuli ejus. Ce nom, dont il ne faut pas trop restreindre ici la signification, représente le cercle plus ou moins considérable d’amis que Jésus s’était alors attachés, et parmi lesquels furent choisis les douze apôtres. Ils se groupent auprès de l’orateur ; la foule se masse derrière eux quand elle voit que le Maître va parler.

Et, ouvrant Sa bouche, Il les enseignait, en disant :

et aperiens os suum docebat eos dicens :

καὶ άνοίξας τὸ στόμα αύτου̃ έδίδασκεν αύτοὺς λέγων

5.2. — Et aperiens os suum. La plupart des interprètes ont à bon droit trouvé de l’emphase dans cette expression : quoi de plus solennel, en effet, que le moment où le Verbe incarné se dispose à proclamer pour la première fois, d’une manière complète et suivie, les éternels principes du Nouveau Testament[242] ! Ce n’est donc pas un simple hébraïsme, comme le veulent quelques auteurs, mais une tournure graphique d’un caractère spécial, qui a été employée dans des cas semblables par d’autres écrivains soit sacrés[243], soit profanes[244]. — Docebat eos. Le pronom « eos » désigne directement les disciples mentionnés au ℣. 4, car c’est eux que Jésus avait plus spécialement en vue lorsqu’il prit la parole ; toutefois on ne peut sans erreur exclure le reste de la foule de l’auditoire que Notre-Seigneur se proposait d’instruire [245]. Le Christ « parle à ses disciples, auxquels s’adressent tout d’abord quelques-uns de ses enseignements ; mais il parle aussi au peuple, à tous les fidèles qui existeront jusqu’à la fin du monde. Il prononce actuellement sur la terre des paroles d’après lesquelles il jugera un jour tous les hommes lorsque aura lieu son second avènement[246] ». — Dicem. Avant de passer à l’interprétation du discours, nous avons encore à examiner quelques points généraux qui concernent 1° la difference des rédactions de saint Matthieu et de saint Luc ; 2° le caractère de l’« Oratio montana » ; 3° son plan et sa division. — 4° Le discours sur la montagne d’après saint Matthieu et d’après saint Luc. On sait que ces deux évangélistes nous ont seuls conservé cet important discours. Mais il existe entre leurs rédactions des différences considérables. Par exemple, celle de saint Luc est beaucoup plus courte ; elle ne contient que trente versets, tandis que le discours occupe trois grands chapitres et 107 versets dans le récit de saint Matthieu. Saint Luc omet en cet endroit, pour les rapporter ailleurs, de nombreuses paroles que le premier évangéliste place ici même sur les lèvres du Sauveur. À ces divergences de fond et de forme, viennent s’en ajouter d’autres qui regardent les circonstances préliminaires [247]. Prisés dans leur ensemble, elles ont donné naissance aux trois hypothèses qui suivent : 1. Les discours que nous lisons au ch. vi de saint Luc et dans les chap, v, vi, vii, de saint Matthieu sont complètement distincts l’un de l’autre : ils diffèrent quant au temps, quant au lieu, quant à l’auditoire, quant aux idées mêmes. Telle est l’opinion de saint Augustin et d’un petit nombre d’auteurs plus récents ; tels que Osiander, Hess, Storr, Gratz, etc. 2. Ce sont bien deux discours, mais ils ont été prononcés à très peu d’intervalle, l’un de l’autre. Le premier (saint Matthieu) est plus complet, parce que Jésus l’adressa seulement à ses disciples réunis autour de lui sur la cime de la montagne ; c’est un discours ésotérique. Le second (saint Luc) est plus court et supprime une grande quantité de détails, parce qu’il était destiné à la multitude qui attendait on bas de la colline, « in loco campestri », Lc 6.17 ; il est donc exotérique. M. J. P. Langen est l’auteur, et, si nous ne nous trompons pas, le seul partisan de cette opinion. 3. Les deux Synoptiques ne rapportent qu’un seul et même discours de Jésus-Christ : ce sont simplement leurs rédactions qui diffèrent. Cette hypothèse a toujours été la plus généralement adoptée ; nous nous déclarons à notre tour en sa faveur, parce qu’elle est de beaucoup la plus rationnelle et la plus conforme au texte des Évangiles. « Il n’est pas possible d’établir une distinction tranchée entre les deux relations comme si, dans la première, Jésus s’était renfermé dans son cercle intime, tandis que, d’après la seconde, il aurait parlé à la multitude. L’auditoire est le même et la seule différence entre les deux Évangiles, c’est que l’un nous donne le discours avec tous ses développements, au lieu que l’autre nous l’a conservé sous une forme plus brève et plus vive[248] ». Ajoutons que toutes les autres circonstances sont pareillement favorables à l’identité : nous avons même début, même corps du discours, même conclusion, même miracle aussitôt après[249]. Aussi n’y a-t-il guère que les amis de la concorde à outrance et de l’harmonie méticuleuse qui puissent transformer ces deux discours ce qui n’en a formé qu’un seul. Que si l’un des rédacteurs parle d’une montagne, l’autre d’un « locus campestris », l’un d’un orateur assis[250], tandis que l’autre fait tenir Jésus debout[251], pour les mettre d’accord il suffit de se rappeler l’axiome : « Distingue tempora et concordabit Scriptura ». Ainsi, Jésus était debout ayant de prendre la parole, pendant qu’il guérissait les malades qu’on lui avait amenés[252], et pendant que le peuple prenait place autour de lui ; il s’assit à la façon des docteurs juifs dès qu’il commença son exorde. Retiré d’abord sur l’une des cornes d’Hattin avec ses disciples, il descendit ensuite sur la plate-forme que nous avons décrite, pour s’adresser à la multitude qui s’y était réunie. Les autres différences s’harmonisent avec la même facilité, comme nous le verrons en expliquant saint Luc. — Mais ici surgit une nouvelle question accompagnée d’une nouvelle discussion. Puisque nous avons admis deux rédactions d’un même discours, il faut dire encore laquelle de ces rédactions reproduit le discours sous sa forme la plus authentique et la plus exacte. Cette fois, il n’y a place que pour deux sentiments : les uns attribuent au récit de saint Luc, les autres à celui de saint Matthieu la note de la plus grande originalité. Les premiers allèguent deux raisons qu’ils croient péremptoires : l’exactitude accoutumée de saint Luc, l’habitude qu’a saint Matthieu de grouper des choses qui n’ont en réalité qu’une connexion logique. Toutefois si ces raisons sont justes d’une manière générale, nous ne les croyons pas applicables au fait qui nous occupe. Saint Luc se pique d’exactitude, il est vrai ; mais il ne prétend pas être toujours complet, ce qui est très différent : or, il se trouve précisément que les passages omis par lui dans ce discours, ou bien n’intéressaient que fort peu les lecteurs d’origine païenne auxquels il s’adressait plus particuèrement, ou bien devaient apparaître en d’autres endroits de son Évangile, probablement parce que Notre-Seigneur Jésus-Christ répéta plusieurs fois, devant des auditoires divers, quelques-unes de ses leçons les plus importantes. D’un autre côté, il est faux de prétendre que saint Matthieu nous livre ici une « composition libre », un discours dont les différentes pièces appartiendraient sans doute au Sauveur, mais qui n’aurait jamais été prononcé par Lui tel que nous levons sous les yeux. L’« Oratio montana » du premier Évangile, quand on l’étudie à fond, produit complètement l’effet d’une œuvre originale, coulée dans un moule unique et d’un seul jet. De là cette suite régulière des pensées, cet ordre parfait, cette unité logique qu’on y observe. N’était-il pas juste qu’à cette époque de sa vie publique, Jésus, après avoir réuni de grandes foules autour de lui, après avoir vivement excité l’attente dans les cœurs, indiquât nettement ce qu’il voulait et quel était son but ? Ne fallait il point qu’après avoir parlé en termes énigmatiques du Royaume des cieux qu’il venait établir, il expliquât d’une manière bien claire et bien formelle ce qu’était son royaume ? Il l’a fait d’après saint Matthieu ; il ne l’aurait pas fait réellement d’après la rédaction de saint Luc. — 2° Caractère général du Discours sur la Montagne. Nous avons déjà déterminé ce caractère en affirmant que le Discours de Jésus sur la montagne est, pour ainsi dire, la grande charte de l’État messianique. Il est à l’Église chrétienne ce que la législation du Sinaï était à la théocratie de l’Ancien Testament : il équivaut donc à une promulgation solennelle de la Loi nouvelle. Mais ici un rapprochement, ou plutôt un contraste, s’établit de lui-même entre les deux code divins, considérés dans les circonstances extérieures au milieu desquelles ils furent donnés à la terre. C’est d’une part le désert brûlant, un affreux et gigantesque rocher tout couronné d’éclairs, une contrée d’épouvante ; c’est d’autre part un plateau gazonné d’où l’on domine une des plus gracieuses contrées du monde. Là-bas la parole divine retentit comme un tonnerre qui glace les cœurs ; ici elle est pleine de suavité. Là, les sujets reçoivent l’ordre de se tenir à l’écart[253] ; ici, ils s’approchent familièrement du Législateur qui est en même temps le Sauveur de l’humanité. On pourrait sans peine prolonger ce parallèle à la suite des Pères : nous résumerons tout en un seul mot si nous ajoutons que là c’est la Loi, tandis qu’ici c’est l’Évangile. — Le fond et la forme de ce discours sont d’une beauté incomparable : il contient la doctrine la plus sublime sous le style le plus attrayant. De plusieurs sentences particulières qui s’y rencontrent, on peut, ainsi que nous le verrons bientôt, rapprocher des textes analogues extraits des écrits rabbiniques ou même des auteurs païens ; mais l’ensemble est à tout jamais inimitable, parce que Dieu seul peut tenir un pareil langage. Aussi des esprits éminents en ont-ils fait l’objet de leurs perpétuelles et de leurs plus chères études ; combien d’entre eux, depuis saint Augustin au ive siècle jusqu’à Mgr Ginoulhiac, archevêque de Lyon, dans ces dernières années, ne se sont-ils pas complu à le commenter longuement[254] ? — Le dogme ne fait dans le sermon sur la montagne que de rapides apparitions ; il s’y montre toutefois assez pour justifier cette parole acérée de Stier : « Messieurs les rationalistes qui aimez tant, qui écoutez si volontiers la morale de l’« Oratio montana », de grâce écoutez aussi le dogme qu’il vous enseigne[255] ». C’est donc la morale qui en constitue la plus grande partie ; et il devait en être ainsi, Jésus-Christ voulant dans la situation présente donner des règles pour la conduite pratique et point un recueil de doctrines, les principes généraux d’après lesquels un chrétien devrait se conduire plutôt que des canons dogmatiques ou une règle de foi. Le « Credo » aura son tour. Nous n’avons donc pas ici le Christianisme complet, mais seulement une de ses plus belles pages. Le Sauveur aura encore environ dix-huit mois pour compléter et développer son enseignement. — 3° Plan et division. Tout en parlant de plan à propos du Discours sur la montagne, nous admettons sans peine avec Rosenmüller « orationem banc non esse dispositam ad legem scholæ ». Autre chose est l’éloquence de l’Occident, autre chose l’éloquence de l’Orient : celle-ci se permet des allures plus libres, s’astreint moins à l’enchaînement rigoureux des pensées. Cette restriction faite, il est certain qu’il existe dans le Sermon sur la montagne un plan visible et bien logique. Les auteurs qui se sont appliqués à le découvrir ne le déterminent pas, il est vrai, tout à fait de la même manière, parce qu’ils ne prennent point la même idée pour base ; cependant ils sont d’accord sur les points les plus importants. M. J. P. Lange admet comme pensée fondamentale du discours la « justitia regni cœlestis », en tant qu’elle est opposée à la perfection de l’ancienne théocratie. De là deux grandes parties : la justice du royaume céleste en elle-même, Mt 5.3-16 ; la justice du royaume céleste envisagée dans ses rapports avec celle de l’Ancien Testament, Mt 5.21-7.6. Une troisième partie, Mt 7.7-27, qui est encore plus pratique que les deux autres, montre comment on doit éviter la fausse route de la perfection, pour suivre la bonne voie tracée par Jésus. D’un autre côté, Slier voit dans ce sermon du Christ une triple gradation qui correspond, dit-il, au progrès qui doit se manifester dans la vie des disciples de Jésus. Le Sauveur commence par gagner les cœurs au moyen de douces et saintes promesses, Mt 5.3-20 ; ensuite il expose la loi proprement dite avec ses prescriptions variées, telles qu’elles conviennent à des âmes qui sont déjà vraiment chrétiennes et qui ont cessé d’être néophytes, Mt 5.21-7.14. Enfin il y a les graves avertissements à l’adresse des pervers, Mt 7.15-27. La sanctification chrétienne nous est ainsi présentée tour à tour dans ses fondements, dans sa manifestation extérieure, dans sa persévérance finale. — Alii aliter. — Nous avons adopté de préférence le plan d’Oswald[256], qui nous semble exprimer le plus exactement le but du Sauveur, et qui permet de fixer et de retenir sans peine le véritable enchaînement des pensées. Le Discours sur la montagne contient, avons-nous dit, la législation du royaume de Dieu fondé par Jésus-Christ ; il est, en quelque sorte, le « Codex civilis » de l’empire messianique. Or, dans le code de chaque État,on trouve tout d’abord l’indication des conditions auxquelles on peut acquérir le droit de cité, des marques qui distinguent les citoyens des étrangers ; on y trouve ensuite des détails relatifs aux fonctionnaires de l’État, à leurs devoirs, à leurs privilèges, etc. Ces deux choses nous apparaissent précisément en tête de la rédaction de saint Matthieu. Les conditions requises pour devenir « civis Christianus » sont renfermées dans les Béatitudes, Mt 5.3-12 ; aussitôt après, Mt 5.13-16, nous apprenons ce que doivent être les officiers du royaume chrétien, c’est-à-dire les Apôtres et leurs successeurs, pour bien s’acquitter de leurs fonctions. Toutefois, avant l’apparition du Messie sur la terre, il existait déjà un royaume de Dieu parmi les hommes ; c’était la théocratie de l’Ancien Testament, qui avait pour but de préparer et de symboliser l’Église chrétienne. Il était donc naturel que Jésus, dans son discours, comparât ensemble ces deux royaumes, pour montrer les ressemblances qui les unissent et surtout les différences qui les séparent ; il le fait assez longuement, Mt 5.17-48. Le corps du discours traite encore plus au long des obligations et des droits des citoyens, Mt 6.1-7.23 ; nous y voyons l’énoncé des principales vertus que le Christ attend de chacun des membres de la société chrétienne et des principales prérogatives qu’il a daigné leur accorder. Le tout se termine par une péroraison pleine de gravité, où l’orateur insiste sur la nécessité pour tous ses sujets de se conduire désormais d’après les enseignements qu’il vient de leur adresser, Mt 7.24-27.

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