Vous avez appris qu'il a été dit aux anciens : Tu ne commettras point d'adultère.
Mais Moi Je vous dis que quiconque aura regardé une femme pour la convoiter, a déjà commis l'adultère avec elle dans son coeur.
Audistis quia dictum est antiquis : Non mœchaberis.
Ego autem dico vobis : quia omnis qui viderit mulierem ad concupiscendum eam, jam mœchatus est eam in corde suo.
'Ηκούσατε ότι έρρέθη τοι̃ς άρχαίοις, Ού μοιχεύσεις
έγὼ δὲ λέγω ύμι̃ν ότι πα̃ς ό βλέπων γυναι̃κα πρὸς τὸ έπιθυμη̃σαι αύτη̃ς ήδη έμοίχευσεν αύτὴν έν τη̣̃ καρδία̣ αύτου̃
5.27-28. — Non mœchaberis. C’est le sixième précepte du décalogue[330]. La tradition pharisaïque, sur ce point comme au sujet du meurtre, s’en tenait à la stricte signification de la lettre et ne condamnait que l’adultère proprement dit. Mais Jésus rend au sixième commandement, de même qu’il l’a fait pour le cinquième, toute sa force primitive, toute l’extension que Dieu avait voulu lui attribuer dès le principe. — Ego autem dico vobis. « La répétition de ces mots donne à toute cette partie du discours une sorte de majesté imposante et douce. On sent l’avènement du grand législateur[331] ». — Les Pharisiens et les Scribes n’interdisaient que les actes extérieurs désignés par le verbe « mœchari » ; le Christ prohibe même les actes intérieurs, les pensées et les désirs mauvais, omnis qui vident… βλέπων serait mieux traduit par « aspexerit » ; car, dit Maldonat, « non significatur qui casu in mulieris vultum oculis incurrit, sed qui impudico in eam animo oculos injecit ». Il s’agit en effet d’un regard volontairement impudique, ainsi que l’exprime la suite du discours. — Ad concupiscendam : « ad » marque le but final du regard qui a lieu directement en vue du désir. « Qui bob fine et hoc animo attenderit ut eam concupiscat, quod jam non est titillari delectatione carnis, sed pleno consentire libidini[332] ». Le substantif « mulierem » désigne tout d’abord une femme mariée, puisque Jésus ne mentionne que l’adultère proprement dit au ℣. 28 ; mais il est évident que la pensée du Sauveur va plus loin, comme l’admettent tous les exégètes, et, qu’en parlant d’une espèce particulière d’impureté, il comprenait toutes les fautes honteuses. Les ℣℣. 29 et 30 l’indiquent très clairement par la généralité de leur tendance. — Jam, en même temps qu’a lieu le regard de convoitise. — In corde suo, car c’est le cœur, dira plus tard Jésus-Christ, qui est le centre de la vie morale : « De corde exeunt cogitationes malæ…, adulteria, fornicationes[333] ». Aussi, tandis que d’après l’interprétation des hommes l’acte coupable était seul puni de la mort temporelle, d’après celle de Jésus le désir même sera puni de la mort éternelle.
Si ton oeil droit te scandalise, arrache-le, et jette-le loin de toi ; car il vaut mieux pour toi qu'un de tes membres périsse, que si tout ton corps était jeté dans la géhenne.
Et si ta main droite te scandalise, coupe-la, et jette-la loin de toi ; car il vaut mieux pour toi qu'un de tes membres périsse, que si tout ton corps allait dans la géhenne.
Quod si oculus tuus dexter scandalizat te, erue eum, et projice abs te : expedit enim tibi ut pereat unum membrorum tuorum, quam totum corpus tuum mittatur in gehennam.
Et si dextra manus tua scandalizat te, abscide eam, et projice abs te : expedit enim tibi ut pereat unum membrorum tuorum, quam totum corpus tuum eat in gehennam.
εί δὲ ό όφθαλμός σου ό δεξιὸς σκανδαλίζει σε έξελε αύτὸν καὶ βάλε άπὸ σου̃· συμφέρει γάρ σοι ίνα άπόληται ὲν τω̃ν μελω̃ν σου καὶ μὴ όλον τὸ σω̃μά σου βληθη̣̃ είς γέενναν
καὶ εί ή δεξιά σου χεὶρ σκανδαλίζει σε έκκοψον αύτὴν καὶ βάλε άπὸ σου̃· συμφέρει γάρ σοι ίνα άπόληται ὲν τω̃ν μελω̃ν σου καὶ μὴ όλον τὸ σω̃μά σου βληθη̣̃ είς γέενναν
5.29-30. — Amplification et conséquences pratiques du ℣ précédent, à l’aide de deux images très expressives. L’idée est bien claire ; la voici dégagée de toute métaphore. Si quelque objet vous est une occasion d’impureté, éloignez-le promptement et violemment de vous, fût-il aussi nécessaire que votre œil et que votre main, la séparation dût-elle être aussi douloureuse pour vous que l’extraction d’un œil, l’amputation d’une main, injonction sévère, froidement imposée, mais qui en réalité tourne à notre avantage, puisqu’en détruisant une partie elle réussit à sauver le tout. La répétition de la même pensée, et dans les mêmes termes, produit un effet très frappant ; la phrase est rhythmée, cadencée, et chaque période retombe sur l’âme avec énergie, accentuant davantage les ordres du Sauveur. — Oculus tuus, manus tua ; deux membres des plus chers, des plus indispensables, qui symbolisent mieux que tous les autres une occasion prochaine à laquelle on ne renoncera qu’avec peine. Et comme, d’après une opinion populaire appuyée du reste sur l’expérience, l’œil droit est préférable à l’œil gauche, la main droite à la main gauche[334], c’est l’œil droit, dexter, c’est la main droite, dextra, que Jésus signale de préférence. — Scandalizat te, vous porte au péché, est un obstacle sérieux à la conservation de votre chasteté. — Erue eum… abscide eam et projice. Opérations violentes, qui exigent les plus rudes sacrifices ; mais un courage de héros n’est-il pas nécessaire pour extirper l’aiguillon de l’impureté ? Sénèque a écrit cette belle parole qui ressemble beaucoup à celle du divin Maître : « Projice quæcumque cor tuum laniant, quæ si aliter extrahi nequirent, cor ipsum cum illis evellendum erat[335] ». — Expedit enim tibi… Motif puissant d’agir, à l’occasion, de la manière indiquée par Jésus. De deux maux il faut choisir le moindre, il faut préférer un mal temporel à un mal éternel ; or, il est incomparablement plus doux de vivre ici-bas avec un seul oeil, une seule main, que d’être à tout jamais plongé dans les flammes de l’enfer, ce qui serait le plus grand des malheurs. Cicéron disait aussi : « In corpore si quid ejusmodi est quod reliquo corpori noceat, uri secarique patiemur, ut membrum aliquod potius quam lotum corpus intereat[336] ».