Ressources Catholiques Missel Romain
Quatrième exemple, ℣℣. 33-37.

Vous avez encore appris qu'il a été dit aux anciens : Tu ne te parjureras pas, mais tu t'acquitteras envers le Seigneur de tes serments.

Iterum audistis quia dictum est antiquis : Non perjurabis : reddes autem Domino juramenta tua.

Πάλιν ήκούσατε ότι έρρέθη τοι̃ς άρχαίοις Ούκ έπιορκήσεις άποδώσεις δὲ τω̣̃ κυρίω̣ τοὺς όρκους σου

5.33.Iterum, aussi, également. Ici encore, Jésus revient aux institutions théocratiques pour les perfectionner et pour condamner les méprises de la tradition à leur égard. Remontant la série des préceptes du décalogue, il passe de la seconde table à la première, et s’arrête au second commandement qu’il interprète à son tour suivant l’esprit messianique. Les anciens ont maintes fois cherché le motif qui a pu déterminer Notre-Seigneur à revenir brusquement du sixième précepte au second. Peine inutile ; « nec enim ordinem in dicendo servare voluit, sed res dicere ut occurrebant », dit fort bien Maldonat. — Les premiers mots de la citalion, non perjurabis, se trouvent dans l’Exode[344], et au Lévitique[345] ; les suivants, reddes autem…, n’existent nulle part dans le Pentateuque d’une manière textuelle, mais on les rencontre quant au sens en plusieurs endroits[346]. C’est donc une citation libre et collective, mais très exacte. L’expression « reddere juramenta », άποδίδωναι τοὺς όρκους, a été calquée sur l’hébreu שרם נררים ; elle désigne l’acquittement fidèle de tout ce qui a été promis sous le serment. La tradition pharisaïque avait produit d’étranges abus relativement à ce précepte. On en était venu à faire reposer toute la force du serment sur les mots τω̣̃ κύρίω̣, « par Jéhova », et à prétendre que la plupart des formules qui ne contenaient pas expressément le nom divin n’obligeaient pas en conscience. « Si quis jurat per cœlum, per terram, per solem, non est juramentum[347] ». C’était une raison pour les avoir sans cesse à la bouche et pour les mélanger aux moindres affirmations. Bien plus, même à propos des serments reconnus par tous comme obligatoires, il s’était introduit des principes trés relâchés au moyen desquels il était aisé de se soustraire à l’accomplissement des promesses les plus solennelles[348].

Mais Moi Je vous dis de ne pas jurer du tout : ni par le Ciel, parce que c'est le trône de Dieu ;
ni par la terre, parce qu'elle est l'escabeau de Ses pieds ; ni par Jérusalem, parce que c'est la ville du grand Roi.
Tu ne jureras pas non plus par ta tête, parce que tu ne peux rendre un seul de tes cheveux blanc ou noir.

Ego autem dico vobis, non jurare omnino, neque per cælum, quia thronus Dei est :
neque per terram, quia scabellum est pedum ejus : neque per Jerosolymam, quia civitas est magni regis :
neque per caput tuum juraveris, quia non potes unum capillum album facere, aut nigrum.

έγὼ δὲ λέγω ύμι̃ν μὴ όμόσαι όλως· μήτε έν τω̣̃ ούρανω̣̃ ότι θρόνος έστὶν του̃ θεου̃
μήτε έν τη̣̃ γη̣̃ ότι ύποπόδιόν έστιν τω̃ν ποδω̃ν αύτου̃ μήτε είς ̔Iεροσόλυμα ότι πόλις έστὶν του̃ μεγάλου βασιλέως
μήτε έν τη̣̃ κεφαλη̣̃ σου όμόση̣ς ότι ού δύνασαι μίαν τρίχα λευκὴν ή μέλαιναν ποιη̃σαι

5.34-36. — Notre-Seigneur attaque de front et renverse du même coup ces abus sacrilèges. 1° Il interdit le serment à ses disciples dans les circonstances ordinaires, que le nom de Dieu y soit ou n’y soit pas interposé. — Non jurare omnino, ὸλως. Cet adverbe, évidemment, ne doit pas être pris dans un sens absolu, comme si le serment était tout à fait aboli sous la Loi nouvelle. Ce que Jésus veut empêcher, ce sont les serments multipliés et prêtés à tout propos. Jurer, c’est prendre Dieu à témoin ; mais on profanerait son nom et sa véracité, si on en appelait à eux sous le prétexte le plus léger, tandis qu’on les honore lorsqu’il y a quelque grave raison de les invoquer. Il ne faut donc pas urger, comme l’ont fait plusieurs sectes hérétiques, la prescription du Sauveur. Sans entrer dans le détail des cas où le serment est licite, elle se borne à dire : « En général, je vous défends de jurer ». Si elle devait être prise à la lettre, comment expliquerait-on et la conduite de saint Paul qui autorise le serment soit par son enseignement[349], soit par son propre exemple[350], et la conduite de Jésus lui-même qui l’a prêté devant le Sanhédrin[351], et la conduite de l’Église qui l’exige en diverses occasions solennelles ? Telle a toujours été du reste l’interprétation des Pères et des Docteurs. — 2° Tout en continuant de proscrire le serment d’une manière générale, Notre-Seigneur Jésus-Christ montre la validité de certaines formules alors très usitées, mais que l’on croyait sans valeur. — Neque per cœlume, etc. À moins de raisons graves, il ne faut donc jurer, ni par Jéhova, ni par les créatures ; car toute la création appartenant au Seigneur, un serment qui s’appuie sur quelqu’un des êtres qui la composent implique finalement un appel au Créateur souverain. — Au lieu de « jurare per » le grec porte « jurare in » (όμόσαι έν) bien qu’il soit plus conforme l’usage classique de construire le verbe όμνύω avec l’accusatif[352], ou avec le génitif précédé de κατὰ[353]. C’est une imitation de l’hébreu נשבע ב. Voici quelques échantillons de ce genre de serment, extraits des livres rabbiniques. « Per cœlum, res ita se habet[354] » ; « per cœlum, in memoriam revocasti mihi…[355] », etc. — Quia thronus. À chaque formule qu’il allègue, Jésus ajoute le motif qui la rend identique à l’invocation du nom de Jéhova. Jurer par Dieu ou par des objets qui ont avec lui les relations les plus intimes, qui sont ses représentants visibles, n’est-ce pas une seule et même chose ? Les expressions figurées « trône de Dieu, escabeau de ses pieds » sont des réminiscences bibliques dont l’intelligence est facile [356]. — Jérusalem est appelée civitas magni regis parce que le Seigneur, qui y avait pour ainsi dire fixé sa résidence en la choisissant pour être la capitale du gouvernement théocratique[357], était le Roi par excellence ou le Roi des rois[358]. — Neque per caput tuum juraveris. Les Romains le faisaient aussi bien que les Juifs : « Per caput hoc juro[359] » ; « Jura mihi per vitam capitis tui[360] » ; mais à l’avenir on devra cesser de tenir ce langage. — Quia non potes… Dieu seul est assez puissant pour changer d’une manière indélébile la couleur de nos cheveux ; jurer par notre tête, c’est donc pareillement jurer par Lui, puisque nous n’avons pas le moindre pouvoir sur elle.

Mais que votre langage soit : Oui, oui ; Non, non ; car ce qu'on y ajoute vient du mal.

Sit autem sermo vester, est, est : non, non : quod autem his abundantius est, a malo est.

έστω δὲ ό λόγος ύμω̃ν ναὶ ναί οὺ ού· τὸ δὲ περισσὸν τούτων έκ του̃ πονηρου̃ έστιν

5.37. — Après l’exemple de ce qu’on ne doit pas faire, vient celui du langage qu’on devra tenir désormais. Sit autem sermo vester… « Je trouve cet endroit un des plus touchants de la doctrine chrétienne ; parce que le Fils de Dieu y rétablit la plus aimable de toutes les vertus, qui est la sincérité[361] ». — Est, est ; non, non ; cf. Jc 5.42 ; c’est le לא לא ,הן חן des Rabbins. Tel est donc le serment des chrétiens : le disciple de Jésus doit exprimer la simple vérité sous la forme la plus simple possible. Avoir un oui sur les lèvres quand on a oui dans le cœur, dire non quand on pense non ; voilà l’idéal qu’il est, certes, bien facile d’atteindre et dont la réalisation universelle supprimerait à l’instant tous les serments. En effet, si, dans un monde de péché et de mensonge, le serment est parfois nécessaire pour donner des garanties aux relations sociales, dans le royaume des cieux qui est un monde de sainteté et de vérité il devient tout-à-fait inutile, une assertion sincère devant suffire. « Evangelica veritas non recipit juramentum, quum omnis sermo fidelis pro jurejurando sit », saint Jérôme. — Quod autem his abundantius est ; ce qui va au-delà de « est, est, non non ». — A malo est, en grec έκ του̃ πονηρου̃. Le genre de « malo » et de πονηρου̃ est incertain. Peu importe, du reste ; au masculin ces mots désigneront le démon, έκ του̃ διαβόλου[362] ; au neutre, ils figureront le mal considéré dans son essence ; c’est le même sens dans les deux cas. Tout ce qui dépasse la simple affirmation ou la simple négation provient donc de la dureté des cœurs, de la malice, de l’esprit de fourberie, du démon. N’est-ce pas une raison plus que suffisante pour éviter totalement le serment dans nos rapports habituels avec nos frères, et pour ne l’employer qu’avec circonspection quand il sera une nécessité pour nous ? Remarquons bien que Jésus-Christ ne dit pas « malum est », mais « a malo », car le serment est en soi une chose sainte, qui honore Dieu en proclamant sa véracité infinie et sa science universelle.

...suite