Lorsque vous jeûnez, ne prenez pas un air triste, comme les hypocrites ; car ils exténuent leur visage, pour faire voir aux hommes qu'ils jeûnent. En vérité, Je vous le dis, ils ont reçu leur récom pense.
Cum autem jejunatis, nolite fieri sicut hypocritæ, tristes. Exterminant enim facies suas, ut appareant hominibus jejunantes. Amen dico vobis, quia receperunt mercedem suam.
̏Oταν δὲ νηστεύητε μὴ γίνεσθε ώσπερ οί ύποκριταὶ σκυθρωποί άφανίζουσιν γὰρ τὰ πρόσωπα αύτω̃ν όπως φανω̃σιν τοι̃ς άνθρώποις νηστεύοντες· άμὴν λέγω ύμι̃ν ότι άπέχουσιν τὸν μισθὸν αύτω̃ν
6.16. — Jésus revient au grand principe qu’il a énoncé au commencement de ce chapitre, et il l’applique maintenant au jeûne, de même qu’il l’a appliqué à l’aumône et à la prière. Bien que l’exemple change, les formules ne varient pas, non plus que la méthode : l’attention n’en est que plus frappée. — Quum autem jejunatis. Quoique la loi mosaïque ne prescrivît par an qu’un seul jeûne[440], et que la tradition laissât une liberté presque entière aux Juifs en fait de mortifications corporelles, néanmoins, à l’époque de Notre-Seigneur Jésus-Christ, les pieux Israélites, ou ceux qui affectaient de passer pour tels, avaient coutume de jeûner fréquemment. C’est ainsi que la plupart des Pharisiens jeûnaient deux et même quatre fois par semaine. Chose excellente en soi, mais qui était malheureusement gâtée par l’ostentation et la vaine gloire. — Tristes, d’une tristesse affectée ; mornes et sombres comme des pénitents désolés. — Exterminant enim… Ce verbe est une relique de l’ancienne Itala ; il a chassé, sans doute à cause de son originalité, le « demoliuntur » que saint Jérôme avait mis à sa place. Du reste, il traduit fort bien le grec άφανίζουσι, qui signifie en premier lieu détruire, anéantir, cf. ℣. 19, puis, défigurer d’une manière quelconque. Qu’on se représente ces Pharisiens hypocrites, qui, après plusieurs jours d’un jeûne sévère, apparaissaient en public pâles, ou même tout noirs, dit le Talmud, amaigris, échevelés, la barbe longue et en désordre, le visage malpropre, car la toilette même la plus élémentaire n’était pas moins interdite que la nourriture durant les jours de pénitence[441], et l’on comprendra qu’on pouvait réellement lire leurs jeûnes sur leur physionomie. — Ut appareant… Jésus joue ironiquement sur les mois : « exterminant ut appareant ! » Saint Jean Chrysostôme signale parmi ses contemporains d’autres hypocrites qui allaient encore plus loin que les Pharisiens, car ils travaillaient à acquérir la réputation de grands jeûneurs tout en prenant de bons repas soigneusement dissimulés, tandis que les adversaires de Jésus prenaient au moins la peine de jeûner quoiqu’ils n’en retirassent aucun mérite.
Mais toi, lorsque tu jeûnes, parfume ta tête, et lave ton visage.
Mais toi, lorsque tu jeûnes, parfume ta tête, et lave ton visage.
Tu autem, cum jejunas, unge caput tuum, et faciem tuam lava,
Tu autem, cum jejunas, unge caput tuum, et faciem tuam lava,
σὺ δὲ νηστεύων άλειψαί σου τὴν κεφαλὴν καὶ τὸ πρόσωπόν σου νίψαι
σὺ δὲ νηστεύων άλειψαί σου τὴν κεφαλὴν καὶ τὸ πρόσωπόν σου νίψαι
6.17-18. — Vraie manière de pratiquer le jeûne. — Quum jejunas. Le chrétien en effet peut et même doit jeûner ; mais quand il exerce cet acte de mortification, il prend autant de soin pour le cacher aux regards des hommes, que d’autres en prennent pour le faire paraître. — Unge caput tuum : ces sortes d’onctions ont toujours été en Orient d’un fréquent usage, surtout lorsqu’on assiste à des repas somptueux[442]. — Faciem fuam lava, en signe de joie, comme l’on faisait an sortir d’un long deuil. Sous cette double métaphore, qui rappelle celles des ℣. 3 et 6, il est aisé de lire la pensée du Sauveur. Même quand vous jeûnez, veut-il dire, ayez au dehors l’air de personnes qui mènent leur train de vie accoutumée, ou même qui se disposent à prendre un bon repas. Sainte dissimulation opposée à une honteuse hypocrisie et autant récompensée que ce vice avait été puni. Votre Père vous le rendra !