C'est pourquoi Je vous dis : Ne vous inquiétez pas, pour votre vie, de ce que vous mangerez ; ni pour votre corps, de ce dont vous serez vêtus. La vie n'est-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement ?
Ideo dico vobis, ne solliciti sitis animæ vestræ quid manducetis, neque corpori vestro quid induamini. Nonne anima plus est quam esca, et corpus plus quam vestimentum ?
Διὰ του̃το λέγω ύμι̃ν, μὴ μεριμνα̃τε τη̣̃ ψυχη̣̃ ύμω̃ν, τί φάγητε καὶ τί πίητε, μηδὲ τω̣̃ σώματι ύμω̃ν, τί ένδύσησθε· ούχὶ ή ψυχὴ πλει̃όν έστιν τη̃ς τροφη̃ς καὶ τὸ σω̃μα του̃ ένδύματος;
6.25. — Ideo dico vobis. Après avoir déraciné l’avarice, Jésus-Christ empêche de craindre démesurément la pauvreté. — Tout ce passage est admirable ; c’est assurément l’un des plus beaux, des plus consolants de l’Évangile. Le prédicateur y trouve la matière de développpments aussi riches qu’utiles ; mais la parole de Jésus est ici tellement claire et populaire qu’il suffit à l’exégète de quelques lignes pour l’expliquer. — « Ideo », parce qu’il est impossible de servir à la fois Dieu et Mammon ; ou bien, pour employer les expressions de Théophylacte, διά του̃το, οί̃ον, διὰ τὸ άπὸ Θεου̃ έκϐάλλεσθαι ύπὸ τω̃ν χρημάτων. — Ne solliciti sitis. Le grec, μὴ μεριμνα̃τε, est plus énergique, et la rédaction de saint Luc l’est davantage encore : μὴ μετεωρίζεσθε, « ne anxie cogitetis, ne cum cura, anxietate et ærumna solliciti sitis », Cornelius a Lap. Jésus-Christ n’exclut pas une prévoyance modérée, mais seulement l’agitation de l’esprit, une anxiété pleine de trouble, qui se défie de la Providence. Il faut travailler sans doute pour subvenir à ses besoins, « Aide-toi ! » Mais, comme le dit saint Jean Chrysostôme, oύ ταύτόν εστι μέριμνα καὶ έργασία ; arrière donc toute inquiétude excessive qui serait une injure envers la bonté de Dieu. « Labor exercendus est, sollicitudo tollenda », saint Augustin, in h.l. En effet, « le ciel t’aidera ! » — Animæ vestræ : datif de la cause ; de même dans le grec, τὴ ψυχη̣̃ pour περὶ τὴν ψυχήν. La ψύχη opposée au σω̃μα représente l’« anima vitalis » ou le principe de vie dans l’homme et non pas l’âme proprement dite ; c’est l’équivalent du נפש hébreu. — Quid manducetis ; le grec ajoute καὶ τί πίητε, « el quid bibatis ». — Bien que ces mots, rapprochés de « anima », semblent d’abord former une singulière association, tout étonnement disparaît si l’on rend à ce substantif, comme nous venons de le faire, sa vraie signification. La conservation de notre vie dépendant du boire et du manger, et la vie s’identifiant avec le principe vital, les Hébreux avaient inventé la locution bizarre « manger pour son âme[447] ». — Quid induamini. Après les vivres, les vêtements : les deux grandes nécessités de l’homme et, par suite, ses deux sources principales d’inquiétude. « Corpus » est au datif pour le même motif que « anima ». — Selon sa coutume, Jésus complète son instruction en ajoutant les motifs qui l’établissent. Premier motif : Nonne anima… La conclusion est sous-entendue, mais on la supplée sans peine : Si la vie est plus précieuse que la nourriture, si le corps a plus de valeur qu’un vêlement, l’auteur de notre vie, le créateur de notre corps, ne saura-t-il pas nous donner tout ce qui est nécessaire pour les soutenir ? ό τὸ πλει̃ον δοὺς ήμὶν, καὶ τὸ έλαττον δώσει[448].
Regardez les oiseaux du ciel : ils ne sèment ni ne moissonnent, et ils n'amassent pas dans des greniers ; et votre Père céleste les nourrit. N'êtes-vous pas beaucoup plus qu'eux ?
Respicite volatilia cæli, quoniam non serunt, neque metunt, neque congregant in horrea : et Pater vester cælestis pascit illa. Nonne vos magis pluris estis illis ?
έμβλέψατε είς τὰ πετεινὰ του̃ ούρανου̃ ότι ού σπείρουσιν ούδὲ θερίζουσιν ούδὲ συνάγουσιν είς άποθήκας καὶ ό πατὴρ ύμω̃ν ό ούράνιος τρέφει αύτά· ούχ ύμει̃ς μα̃λλον διαφέρετε αύτω̃ν;
6.26. — Second motif de confiance sans bornes en la Providence de Dieu : le soin amoureux qu’elle prend des êtres dénués de raison. — Respicite : un simple regard jeté sur la nature est capable de consoler et de rassurer les malheureux. — Volatilia cœli : la Bible aime à ajouter à leur nom ce génitif qui détermine le domaine de leur gracieuse existence[449]. — Quoniam neque serunt, neque… Ce sont les trois grandes et pénibles opérations par lesquelles l’homme s’assure les aliments nécessaires à la vie. Les oiseaux ne s’en inquiètent guère, vivant joyeusement au jour le jour. — Et pourtant, Pater vester cœlestis pascit illa ! « Et » a le sens de « et tamen » ; « vester » est emphatique, ainsi que « vos » un peu plus bas. Votre père et non le leur ! S’il nourrit si bien des étrangers insignifiants, comment ne traitera-t-il pas les fils de la famille ? Voir en plusieurs endroits de la Bible[450], des traits touchants de la bonté divine à l’égard de la « gens pennata ». On trouve dans le Talmud une pensée analogue : « Vidistine unquam bruta aut volatilia, quibus esset aliqua officina ? et tamen illa nutriuntur absque anxietate », Kidduschin. — Nonne vos magis pluris… Pléonasme étonnant, qui fortifie l’idée. « Omnia subjecisti sub pedibus ejus… volucres cœli et pisces maris », dit le Psalmiste[451].
Qui de vous, en se tourmentant, peut ajouter une coudée à sa taille ?
Quis autem vestrum cogitans potest adjicere ad staturam suam cubitum unum ?
τίς δὲ έξ ύμω̃ν μεριμνω̃ν δύναται προσθει̃ναι έπὶ τὴν ήλικίαν αύτου̃ πη̃χυν ένα;
6.27. — Troisième motif d’éviter toute sollicitude : cela ne servirait absolument de rien. — Cogitans ; réfléchissant et réfléchissant encore, à la façon des hommes de génie qui sont à la recherche de quelque découverte importante. Le grec μεριμνω̃ν suppose des réflexions pénibles, fatigantes. — Ad staturam suam. ήλικία du texte grec peut désigner tout ensemble la longueur de la vie ou la longueur du corps humain, c’est-à-dire l’âge ou la taille. Plusieurs commentateurs ont adopté le second sens à la suite de la Vulgate, pensant que le Sauveur avait voulu représenter ici l’impossibilité où sont les hommes d’ajouter quoi que ce soit à leur taille. Mais ils n’ont pas observé qu’il y aurait quelque chose de contradictoire dans l’expression employée par Jésus ; une coudée surajoutée à une taille quelconque serait en effet une mesure considérable, tandis que Notre-Seigneur veut évidemment parler d’une petite dimension. Il est donc préférable de prendre ήλικία dans l’acception plus ordinaire de « ætas », cf. Jn 4.23. On obtient ainsi un sens très naturel et très logique : Qui de vous, même après de longues méditations, est capable d’agrandir sa vie d’une coudée ? Métaphore pour signifier « d’une minute ». Au Ps 38.6, la longueur de la vie est mise en rapport avec le palme ; le poëte grec Mimnerme parle aussi d’une coudée de temps. — Cubitum ; la coudée était l’une des principales mesures de longueur des Hébreux. Elle équivalait à l’avant-bras d’une personne de taille moyenne, depuis l’extrémité du doigt médium jusqu’au coude ; de là son nom. — La conclusion du raisonnement est omise, comme au ℣. 25.
Et au sujet du vêtement, pourquoi vous inquiéter ? Considérez comment croissent les lis des champs : ils ne travaillent ni ne filent.
Cependant Je vous dis que Salomon lui-même dans toute sa gloire n'a pas été vêtu comme l'un d'eux.
Mais si Dieu revêt ainsi l'herbe des champs, qui existe aujourd'hui, et qui demain sera jetée dans le four, combien plus vous-mêmes, hommes de peu de foi !
Et de vestimento quid solliciti estis ? Considerate lilia agri quomodo crescunt : non laborant, neque nent.
Dico autem vobis, quoniam nec Salomon in omni gloria sua coopertus est sicut unum ex istis.
Si autem fœnum agri, quod hodie est, et cras in clibanum mittitur, Deus sic vestit, quanto magis vos modicæ fidei ?
καὶ περὶ ένδύματος τί μεριμνα̃τε; καταμάθετε τὰ κρίνα του̃ άγρου̃ πω̃ς αύξάνει· ού κοπια̣̃, ούδὲ νήθει·
λέγω δὲ ύμι̃ν ότι ούδὲ Σολομὼν έν πάση̣ τη̣̃ δόξη̣ αύτου̃ περιεβάλετο ώς ὲν τούτων
εί δὲ τὸν χόρτον του̃ άγρου̃ σήμερον όντα καὶ αύριον είς κλίβανον βαλλόμενον ό θεὸς ούτως άμφιέννυσιν ού πολλω̣̃ μα̃λλον ύμα̃ς, όλιγόπιστοι;
6.28-30. — Quatrième motif de confiance en Dieu : le soin qu’il prend des êtres inanimés. Ce motif diffère à peine du second ; seulement, tandis que le ℣. 26 parlait d’animaux et de nourriture, il s’agit ici de plantes et de vêtements. — Considerate, ou mieux καταμάθετε, apprenez, étudiez attentivement, pour bien voir la vérité de mes assertions. — Lilia agri. Les lis de la Palestine sont célèbres : on les y rencontre par milliers, couvrant de vastes étendues de terrain, et transformant parfois, grâce à leurs couleurs brillantes et variées, une contrée entière en un magnifique jardin. On signale comme l’un des plus beaux celui que Linné appelle « Fritillaria corona imperialis », le κρίνον βασίλικον de Dioscorides, iii, 116, haut de trois pieds, portant vers le sommet d’une tige élancée une splendide couronne de fleurs rouges ou jaunes que surmonte un panache de feuilles ; ou encore le « lis de Huleh » du Dr Thomson, dont les trois larges pétales veloutés se rejoignent par le sommet et qui est le mets favori des gazelles du Thabor[452],[453]. Du reste, le שושן (Schouschân) oriental, dont le nom importé par les Maures se retrouve jusqu’en Espagne, cet autre pays des lis (« Azucena »), englobait anciennement une catégorie considérable de plantes, par exemple les amaryllis et les tulipes, de sorte qu’il est impossible de déterminer au juste la fleur que Jésus-Christ a voulu désigner spécialement. — Non laborant, neque nent. Ils croissent d’eux-mêmes dans des champs incultes ; ils n’ont pas à tisser péniblement leur robe délicate, à en ajuster avec art les différentes parties : la Providence se charge de les vêtir, et avec quel amour ne le fait-elle pas ! — Dico autem vobis quoniam nec Salomon… ; non, pas même Salomon, cet idéal de la richesse pour les Juifs[454] ; bien plus, pas même Salomon in omni gloria sua, c’est-à-dire, couvert de ses vêtements les plus splendides dans les circonstances les plus solennelles[455] ! — Coopertus est sicut… « Quelle étoffe de soie, demande saint Jérôme, quelle pourpre royale, quel tissu parfaitement brodé pourrait être comparé aux fleurs ? Qu’y a-t-il de si frais que la rose ? Qu’y a-t-il de si blanc que le lis ? » Les ornements de Salomon venaient de la serre chaude de l’art, tandis que les lis croissent dans le paradis du Seigneur, dit un auteur allemand. — Si autem… C’est la conclusion de l’argument. — Fœnum agri, nom dédaigneux appliqué à dessein au lis pour montrer son peu de valeur devant Dieu. Malgré sa splendeur, cette plante n’est après tout qu’une herbe qui croit parmi les autres herbes dont elle partage aussi le sort. On sait que les Hébreux, ces botanistes tout à fait élémentaires, divisaient le règne végétal en deux familles seulement, les arbres (עץ) et les plantes herbacées (עשב). — Quod hodie est. Qu’y a-t-il de moins durable que la fleur d’un lis ? C’est un véritable éphémère. En Orient surtout, il suffit de quelques heures d’une chaleur brûlante pour dessécher complètement ces champs magnifiques dont nous parlions plus haut : ce qui était le matin un tapis délicieux de verdure n’est plus le soir qu’une affreuse litière. — Et cras in clibanum mittitur. Les choses se passent littéralement ainsi en Palestine et en Syrie. À défaut de bois, les Orientaux emploient en effet les herbes sèches et les tiges des fleurs pour chauffer leurs petits fours portatifs, sortes de marmites en terre cuite, plus larges à la base qu’au sommet, et excellentes pour la cuisson des aliments[456]. — Quanto magis vos ; vous, créés à l’image de Dieu, héritiers du royaume céleste. Jésus conclut « a minori ad majus » comme dans les trois raisonnements précédents. — Modicœ fidei. Le manque de confiance en la Providence divine provient en effet du défaut de foi. Les Rabbins adressaient fréquemment à leurs disciples un reproche semblable et dans les mêmes termes : « Quicumque habet panem in canistro suo et dicit : Quia edam cras, est מקטני אמנה, i.e. ex exigua fide præditis ». Sota. f. 48, 2, etc.
Ne vous inquiétez donc pas, en disant : que mangerons-nous, ou que boirons-nous, ou de quoi nous couvrirons-nous ?
Nolite ergo solliciti esse, dicentes : Quid manducabimus, aut quid bibemus, aut quo operiemur ?
μὴ ου̃ν μεριμνήσητε λέγοντες, Τί φάγωμεν; ή, Τί πίωμεν; ή, Τί περιβαλώμεθα;
6.31. — Après cette argumentation dans laquelle il a donné tant de preuves de la Providence vraiment maternelle de Dieu à notre égard, Jésus-Christ revient à sa première recommandation : Nolite ergo solliciti esse. « Ergo », déduction emphatique qui signifie : N’est-il pas évident qu’il en doit être ainsi ?
Car ce sont les païens qui se préoccupent de toutes ces choses ; mais votre Père sait que vous avez besoin de tout cela.
hæc enim omnia gentes inquirunt. Scit enim Pater vester, quia his omnibus indigetis.
πάντα γὰρ ταυ̃τα τὰ έθνη έπιζητει̃· οί̃δεν γὰρ ό πατὴρ ύμω̃ν ό ούράνιος ότι χρή̣ζετε τούτων άπάντων
6.32. — La démonstration recommence sur une nouvelle base ; aux motifs allégués plus haut pour condamner toute agitation anxieuse de l’esprit relativement aux nécessités de la vie, le Sauveur en ajoute d’autres non moins puissants, afin d’extirper à jamais ce défaut du cœur de ses disciples. — Hæc enim omnia gentes… Une telle sollicitude est toute païenne et n’a rien de chrétien ; comment les disciples du Christ oseraient-ils s’y abandonner ? C’est la troisième fois que Jésus cite à ses auditeurs l’exemple des Gentils comme une chose à éviter absolument, cf. Mt 5.47 ; 6.7. Quel rapport en effet peut-il y avoir entre l’esprit du paganisme et celui du Christianisme ? Ne règne-t-il pas entre eux une complète opposition ? — La littérature classique abonde en passages qu’on pourrait apporter à l’appui de l’accusation lancée ici par Jésus contre les païens. « Ab uno disce omnes ».
Sed satis est orare Jovem quæ ponit et aufert ;
Det vitam, det opes : æquum mi animum ipse parabo.
--Hor. Ep. i, 18, 111-112.
Ne croyant pas à un Dieu personnel, bon et vivant, mais à une aveugle fatalité, ou bien à une divinité sans cœur, indifférente aux affaires des mortels, leur unique souci était de bien vivre dans le présent. — έπιζητει̃, inquirunt ; ces verbes composés marquent mieux l’exagération des recherches. — Scit enim Pater vester… Raison additionnelle tirée de la connaissance parfaite qu’a Dieu de nos moindres besoins. C’est un Père et un Père céleste, ajoute le texte grec, πατὴρ ύμω̃ν ό ουράνιος, c’est-à-dire un Père tout puissant. Or, quel père, connaissant les nécessités de ses enfants, ne viendra pas à leur secours quand il le pourra de toutes manières ?
Cherchez donc premièrement le royaume de Dieu et Sa justice, et toutes ces choses vous seront données par surcroît.
Quærite ergo primum regnum Dei, et justitiam ejus : et hæc omnia adjicientur vobis.
ζητει̃τε δὲ πρω̃τον τὴν βασιλείαν του̃ θεου̃ καὶ τὴν δικαιοσύνην αύτου̃ καὶ ταυ̃τα πάντα προστεθήσεται ύμι̃ν
6.33. — Jésus nous a indiqué les choses qu’il ne faut pas rechercher avec une trop grande anxiété ; passant du négatif au positif, il nous apprend maintenant quels sont les biens que nous devons surtout tâcher d’acquérir. — Quærite ergo… ; d’après le grec, « quærite autem » (δὲ). Ne courez pas après les biens terrestres, comme le font les païens, mais après les biens célestes, comme il convient à mes disciples. — Primum n’est pas synonyme de « tantum », attendu que le Sauveur, comme nous l’avons dit plus haut, n’a pas l’intention de proscrire absolument l’acquisition des biens de ce monde, de condamner toute espèce de sollicitude relativement aux nécessités matérielles. Jésus permet qu’on s’occupe du temporel, à la condition de le subordonner au spirituel, de même que l’on subordonne le secondaire au principal. « Primum » signifie donc « principalement, préférablement à toute autre chose ». — Regnum Dei, ce royaume dont il a été déjà si souvent question, royaume céleste fondé parle Christ au milieu d’un monde déchu qu’il est destiné à sauver, mais complètement séparé du monde et des intérêts mondains : tel doit être l’objet de notre sollicitude. — Nous devons chercher encore justitiam ejus (scil. « Dei », car le texte grec porte αύτου̃ et non αύτη̃ς), cette justice ou sainteté parfaite dont Jésus trace le tableau depuis l’exorde de son discours. — Et hæc omnia adjicientur… Si nous sommes fidèles à pratiquer cette recommandation de Jésus, alors, chose étonnante ! avec le royaume de Dieu, avec la justice de Dieu, nous trouverons aussi et très amplement la satisfaction de nos besoins terrestres. Nous avons négligé l’accessoire pour aller droit à l’essentiel ; Dieu nous dédommagera en nous faisant rencontrer l’accessoire en même temps que le principal. « Hæc omnia » désigne, comme au ℣. 32, le boire, le manger, les vêtements, etc. — Comparez Ps 33.14 : « Inquirentes Dominum non minuentur omni bono » ; xxxvi, 25, etc. Plusieurs Pères attribuent à Notre-Seigneur cette autre parole : αίτει̃τε τὰ μεγάλα, καὶ τὰ μικρὰ ύμι̃ν προστεθήσεται· καὶ αίτει̃τε τὰ έπουράνια καὶ τὰ έπίγεια προστεθήσεται ύμι̃ν[457].
Ne vous inquiétez donc pas du lendemain, car le lendemain aura soin de lui-même. À chaque jour suffit son mal.
Nolite ergo solliciti esse in crastinum. Crastinus enim dies sollicitus erit sibi ipsi : sufficit diei malitia sua.
μὴ ου̃ν μεριμνήσητε είς τὴν αύριον ή γὰρ αύριον μεριμνήσει τὰ έαυτη̃ς· άρκετὸν τη̣̃ ήμέρα̣ ή κακία αύτη̃ς
6.34. — Nolite ergo… Jésus répète ces mots pour la troisième fois, cf. ℣℣. 25 et 31, afin d’en faire pénétrer plus avant l’esprit dans l’âme de ses disciples. — In crastinum ; touchant l’avenir dont chaque lendemain fait partie. — Crastinus enim dies… « Loquitur de die, re inanimata, per prosopopœiam, quasi sollicitus esse posset[458] ». Chaque jour apporte à l’homme son contingent de peines et de soucis ; les anticiper, c’est les doubler : une telle conduite serait-elle raisonnable ? — Sufficit diei malitia sua ; sa malice, c’est-à-dire ses ennuis multiples. Il est vrai qu’à côté le chrétien trouve des secours suffisants pour les supporter patiemment, mais ces secours ne sont accordés qu’au fur et à mesure qu’ils sont nécessaires ; on n’en est pas muni dès la veille. Demain seulement on aura grâce d’état pour souffrir les maux de demain. Quelle différence entre cette philosophie messianique et l’insouciance païenne ! « Carpe diera, quam minime credulus postero », Horat. « Lætus in præsens animus quod ultra est oderit Curare », id. ; τὸ σήμερον μέλει μοι, τὸ δ’άυριον τίς οι̃δε ; Anac. La pensée suivante de Sénèque se rapprocherait davantage de celle du divin Maître : « Etiamsi futurum est malum, quid juvat dolori suo occurrere ? Satis cito dolebis quum venerit : interim tibi meliora propone[459] ».