Après les obligations, viennent les droits. Mais, comme nous l’avons dit, Jésus-Christ se borne à mentionner le principal, le droit de pétition ou de supplique.
Demandez, et l'on vous donnera ; cherchez, et vous trouverez ; frappez, et l'on vous ouvrira.
Petite, et dabitur vobis : quærite, et invenietis : pulsate, et aperietur vobis.
Αίτει̃τε καὶ δοθήσεται ύμι̃ν ζητει̃τε καὶ εύρήσετε κρούετε καὶ άνοιγήσεται ύμι̃ν·
7.7. — Notre-Seigneur avait déjà parlé de la prière, Mt 6.5-13. Il y revient pour l’envisager sous une nouvelle face. Depuis le moment où il enseignait le « Notre-Père » à ses auditeurs, il leur a prescrit des obligations si importantes, si difficiles, qu’il croit devoir les encourager en leur indiquant un moyen tout à fait infaillible de succès. « Dedit suam doctrinam, quæ est completa et perfecta, hic docet qualiter possit impleri », saint Thomas. — Petite, quærite, pulsate. « Verbis αίτει̃ν, ζητει̃ν, κρου̃ειν, idem denotatur, scii, studium precandi » ; Rosenmüller. Il y a là une gradation ascendante facile à reconnaître ; de même dans les trois idées corrélatives, dabitur vobis, invenietis, aperietur vobis. C’est une triple assurance, de plus en plus forte, de l’efficacilé de la prière. Tandis que les sujets des rois de ce monde sont exposés à voir souvent leurs demandes rejetées, même quand elles sont très légitimes, les sujets du Roi-Messie sont sûrs que leurs requêtes seront toujours favorablement accueillies. S’il arrive parfois qu’elles ne sont pas exaucées, c’est notre faute, soit que nous ayons mal prié, Jc 4.3, soit que nous ayons demande des choses qui nous eussent été nuisibles, 1Jn 5.14, et, dans ce cas, selon la pensée de saint Augustin, « Deus misericorditer non audit », ou bien il nous accorde d’autres grâces plus avantageuses.
Car quiconque demande, reçoit, et qui cherche, trouve, et l'on ouvrira à celui qui frappe.
Omnis enim qui petit, accipit : et qui quærit, invenit : et pulsanti aperietur.
πα̃ς γὰρ ό αίτω̃ν λαμβάνει καὶ ό ζητω̃ν εύρίσκει καὶ τω̣̃ κρούοντι άνοιγήσεται
7.8. — Omnis enim… C’est la répétition de la même pensée ; mais une répétition qui ajoute une très grande force à la promesse de Jésus. « Omnis » c’est-à-dire « Quisquis ». « Igitur, conclut saint Jean Chrysostôme, ne absistas donec acceperis, ne recedas donec inveneris, ne studium remittas donec aperiatur janua. Si enim hoc animo accesseris, dixerisque : Nisi recipiam non abeo, prorsus accipies ». Dieu nous confère ainsi une sorte d’« omnipotentia supplex ».
Quel est parmi vous l'homme qui, si son fils lui demande du pain, lui présentera une pierre ?
Ou s'il lui demande un poisson, lui présentera-t-il un serpent ?
Aut quis est ex vobis homo, quem si petierit filius suus panem, numquid lapidem porriget ei ?
aut si piscem petierit, numquid serpentem porriget ei ?
ή τίς έστιν έξ ύμω̃ν άνθρωπος ὸν έὰν αίτήση̣ ό υίὸς αύτου̃ άρτον μὴ λίθον έπιδώσει αύτω̣̃;
καὶ έὰν ίχθὺν αίτήση̣, μὴ όφιν έπιδώσει αύτω̣̃
7.9-10. — Aut quis est ex vobis… « Suppliciter emereri potest », dit quelque part saint Augustin. Le Sauveur exprime cette idée au moyen d’une image empruntée à la vie de famille, qu’il propose avec une grâce charmante. Un enfant demande du pain à son père : celui-ci lui donnera-t-il méchamment pour le tromper une de ces pierres polies et arrondies qui ressemblent aux gâteaux de l’Orient ? Le petit enfant demande encore un poisson pour manger avec son pain, « car du pain c’est bien sec » (Ratisbonne, Comédie enfantine) ; son père lui donnera-t-il plus méchamment encore ce que le peuple nomme une anguille de buisson, un de ces serpents qui abondent en Palestine ? Assurément non. Notons que Jésus s’adresse surtout à des Galiléens des environs du lac, dont la nourriture consistait principalement en pain et en poisson. — « Quis est… quem si » est une tournure hébraïque pour « si quis est… quem si ».
Si donc, méchants comme vous l'êtes, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus votre Père qui est dans les Cieux donnera-t-Il ce qui est bon à ceux qui le Lui demandent !
Si ergo vos, cum sitis mali, nostis bona data dare filiis vestris : quanto magis Pater vester, qui in cælis est, dabit bona petentibus se ?
εί ου̃ν ύμει̃ς πονηροὶ όντες οίδατε δόματα άγαθὰ διδόναι τοι̃ς τέκνοις ύμω̃ν πόσω̣ μα̃λλον ό πατὴρ ύμω̃ν ό έν τοι̃ς ούρανοι̃ς δώσει άγαθὰ τοι̃ς αίτου̃σιν αύτόν
7.11. — Si ergo : ces mots annoncent la conclusion de l’argument « ad hominem » que fait ici Jésus. — Vos quum sitis mali. Nous sommes tous foncièrement méchants depuis le péché originel ; nous le paraissons davantage encore πρὸς άντιδιαστολήν τη̃ς άγαθότητος του̃ Θεου̃, Euthymius : aussi saint Jean Chrysostôme peut-il ajouter que cette assertion de Jésus-Christ n’est pas le moins du monde une calomnie à l’égard de la nature humaine, ταυ̃τα δὲ έλεγεν ού διαϐάλλων τὴν άνθρωπίνην φύσιν, ούδὲ κακίζων τὸ γένος. — Bona data, des dons utiles ; antithèse avec « mali ». Quelque mauvaise que soit devenue notre nature le sentiment paternel y demeure. — Quanto magis Pater vester… Le divin Maître affectionne les raisonnements « a fortiori », les conclusions « a minori ad majus», qui produisent toujours beaucoup d’effet, spécialement sur les auditoires populaires.
Ainsi, tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le vous-mêmes pour eux ; car c'est là la loi et les prophètes.
Omnia ergo quæcumque vultis ut faciant vobis homines, et vos facite illis. Hæc est enim lex, et prophetæ.
Πάντα ου̃ν όσα ὰν θέλητε ίνα ποιω̃σιν ύμι̃ν οί άνθρωποι ούτως καὶ ύμει̃ς ποιει̃τε αύτοι̃ς· ού̃τος γάρ έστιν ό νόμος καὶ οί προφη̃ται
7.12. — Ce verset, plus encore que le sixième, semble rompre l’enchaînement des pensées. De nombreux auteurs croient qu’il a perdu sa place naturelle et le rattachent au ℣. 5. D’autres, à la suite de saint Jean Chrysostôme, lui laissent le rang qu’il occupe actuellement et essaient d’établir une transition de la manière suivante : « Ergo ut bona quæ orando petatis a Deo Patre impetretis, vos quoque bona quæ proximi a vobis petunt, illis Iribuite », Cornel. a Lap. ; de même Tholuck. La particule ergo, qui ouvre le ℣. 12, nous paraît avoir une signification plus générale. Remarquons en effet que Jésus approche de la fin de son discours : la loi royale « omnia quæcumque vultis… » en forme en quelque sorte le corps. Avant de passer à ses exhortations finales et à sa péroraison, le divin Orateur l’a donc énoncée comme le résumé et comme le terme de tout ce qu’il avait dit jusqu’alors. Aussi n’est-ce pas seulement avec le ℣. 11 qu’il faut la relier, mais avec le discours pris dans son entier. — Omnia quæcumque vultis… : c’est le troisième grand principe de moralité contenu dans le Sermon sur la Montagne ; véritable « regula aurea », comme on l’a depuis longtemps et justement dénommée, qui, en faisant de l’amour qu’on a pour soi-même la norme de celui qu’on doit porter aux autres, établirait entre les hommes l’union la plus parfaite, si elle était constamment pratiquée. Du reste ce n’est pas un principe exclusivement chrétien, mais plutôt une loi naturelle dont on rencontre déjà la formule dans l’Ancien Testament et même chez les auteurs profanes. « Quod ab alio oderis fleri tibi, lisons-nous au livre de To-bie, iv, 16, vide ne tu aliquando alteri feceris ». « Intellige quæ sunt proximi tui ex teipso », dit aussi l’Ecclésiastique, Ec 31.18. ̏A πάσχοντες ύφ’ έτέρων όργίζεσθε, ταυ̃τα τοι̃ς άλλοις μὴ ποιει̃τε, Isocrate, Orat. iii. Comment faut-il traiter les autres ? demandait-on à Aristote. Il répondit : ̔Ως ὰν εύξαίμεθα αύτοὺς ήμι̃ν προσφέρεσθαι, Diog. Laert. v, 1, 21. Ausone, Ephem., se prescrivait la même règle de conduite :
Ne faciam cuiquam quæ tempore eodem
Nolim facta mihi.
Hæc est enim… ; c’est à dire tel est le sommaire de tout ce qu’enseigne l’Ancien Testament, dont la Loi et les Prophètes formaient la partie principale. Voir la note de Mt 5.17. Sommaire incomparable ! En effet cette ligne renferme « in nuce » tous les divins préceptes. — Nous trouvons dans le Talmud, traité Schabbath, F. 31, 1, un trait plein d’intérêt qui a ici sa place toute marquée. Il s’agit « de gentili quodam qui venit ad Schammai eique dixit : Fac me proselytum ea conditione ut totam legem doceas me, dum in uno pede sto. Abegit eum (Shammai) decempeda quam in manu habebat. Venit ad Hillelem, isque proselytum ipsum fecit eique dixit : Quod exosum tibi est, alteri ne facias. Hæc tota lex est ; cetera sunt explicatio ejus. Abi perfectus ».