Puis Il monta dans une barque, et Ses disciples Le suivirent.
Et ascendente eo in naviculam, secuti sunt eum discipuli ejus :
Καὶ έμβάντι αύτω̣̃ είς τὸ πλοι̃ον ήκολούθησαν αύτω̣̃ οί μαθηταὶ αύτου̃
8.23. — Et ascendente eo… Le fait grandiose qui va suivre, unique en son genre dans la vie de Jésus, est raconté par les trois synoptiques. Saint Marc, qui semble lui avoir donné sa place historique, le raconte à la suite des paraboles relatives au royaume de Dieu, prononcées par Jésus durant le cours de la seconde mission galiléenne. (Voir l’Harmonie évangélique). — Après le dialogue instructif auquel nous avons assisté, Jésus s’embarque dans la nacelle qui avait été préparée sur son ordre ; τὸ πλοι̃ον, avec l’article, « in illam navem quæ ad iter comparata esset », Fritzsche ; cf. ℣. 18. Ses disciples les plus intimes, ceux qui l’accompagnaient habituellement, montent avec lui dans la barque. Le second interlocuteur du Christ était-il parmi eux ? Le récit sacré demeure muet sur ce point ; on aime à croire qu’il se montra docile à l’appel divin et qu’il brisa, pour suivre Jésus, le dernier lien qui rattachait au monde.
Et voici qu'il s'éleva sur la mer une si grande tempête, que la barque était couverte par les flots ; et Lui, Il dormait.
et ecce motus magnus factus est in mari, ita ut navicula operiretur fluctibus : ipse vero dormiebat.
καὶ ίδού, σεισμὸς μέγας έγένετο έν τη̣̃ θαλάσση̣ ώστε τὸ πλοι̃ον καλύπτεσθαι ύπὸ τω̃ν κυμάτων αύτὸς δὲ έκάθευδεν
8.24. — Et ecce motus magnus. Description très belle dans sa simplicité et rapide comme l’orage qui éclata sur le lac. « Motus magnus », en grec σεισμὸς μέγας, cf. סער גדול, Jn 1.4. Σεισμὸς est un terme technique pour désigner les tremblements de terre ; mais on l’emploie souvent aussi dans la Bible et dans les ouvrages classiques pour représenter toute sorte d’agitations violentes sur terre et sur mer. Au départ rien ne faisait pressentir l’orage ; mais on sait que toutes les mers intérieures, entourées de montagnes, sont sujettes à des coups de vent très soudains qui y déterminent des ouragans terribles. Cela est particulièrement vrai du lac de Tibériade, comme nous l’apprennent les voyageurs anciens et modernes ; cf. Robinson, Palæstina, iii, 571 ; K. Ritter, Erdkunde, xv, 308. Outre la raison commune que nous venons d’énoncer, il y a encore le motif particulier de la situation extraordinaire de cette mer : les vents’s’engouffrent avec furie dans la profonde cavité qui la contient et semblent parfois vouloir tout renverser. Il n’est donc pas nécessaire d’admettre que cette tempête fut surnaturelle dans son principe (« non est facta tempestas ex intemperie aeris, sed ex divina ordinatione provenit », saint Thomas d’Aquin ; cf. Glossa ord., Jansenius, Sylveira) ; il suffit de dire qu’elle fut providentielle. — Ita ut navicula operiretur… ; Mc 4.37, est encore plus explicite : « Fluctus mittebat in navim, ita ut impleretur navis » ; on courut donc bientôt un danger réel d’être englouti sous les eaux. Cf. Lc 8.23. — Cependant, que devenait Jésus ? Contraste étonnant ! Ipse vero dormiebat. Fatigué des travaux du jour qui avaient été nombreux et pénibles, cf. Mc 4.1-35, il s’était couché au fond de l’embarcation et dormait paisiblement. Mais il se proposait aussi de donner par là une utile leçon à ses disciples : « Ideo dormit ut det timendi occasionem et validiorem ipsis præsentium sensum efficiat. Nam si vigilante illo id factum esset, vel non timuissent, vel non rogassent, vel non pulassent posse illum id efficere », saint Jean Cnrysostôme, Hom. xxvm in Matth.
Ses disciples s'approchèrent de Lui, et L'éveillèrent, en disant : Seigneur, sauvez-nous, nous périssons.
Et accesserunt ad eum discipuli ejus, et suscitaverunt eum, dicentes : Domine, salva nos : perimus.
καὶ προσελθόντες οί μαθηταὶ αύτου̃ ήγειραν αύτὸν λέγοντες Κύριε σω̃σον ήμα̃ς, άπολλύμεθα
8.25. — Suscitaverunt eum. Il fallait que le danger fût bien grand pour qu’ils en vinssent à cette extrémité, eux qui étaient si respectueux et si attentifs pour leur Maître ! — Salva nos, perimus. La grandeur du péril ressort aussi de la forme rapide, entrecoupée, de leur prière. Encore un instant et il sera trop tard ; donc, vite, au secours ! L’ouragan devait être bien terrible pour épouvanter à ce point même des pêcheurs accoutumés aux tempêtes, du lac.
Et Jésus leur dit : Pourquoi êtes-vous effrayés, hommes de peu de foi ? Alors Se levant, Il commanda aux vents et à la mer, et il se fit un grand calme.
Et dicit eis Jesus : Quid timidi estis, modicæ fidei ? Tunc surgens imperavit ventis, et mari, et facta est tranquillitas magna.
καὶ λέγει αύτοι̃ς Τί δειλοί έστε όλιγόπιστοι τότε έγερθεὶς έπετίμησεν τοι̃ς άνέμοις καὶ τη̣̃ θαλάσση̣ καὶ έγένετο γαλήνη μεγάλη
8.26. Et dicit eis… Modicæ fidei : cf. Mt 6.30. Comme s’ils pouvaient périr, Jésus étant avec eux ! Ούκ άπίστους εί̃πεν, observe très justement Theophylacte, άλλ’ όλιγοπίστους. Καθὸ μὲν γὰρ εί̃πον· Κύριε, σω̃σον ήμα̃ς, πίστιν ένδείκνυνται· τὸ δὲ άπολλύμεθα ού πίστεως. έκείνου γὰρ συμπλέ οντος ούκ έδει δεδιέναι. — Tunc. Citons encore Theophylacte : Πρω̃τον παύσας τὸν χειμω̃να τη̃ς ψυχη̃ς αύτω̃ν, τότε λύει καὶ τὸν τη̃ς θαλάσσης. Suivant saint Marc et saint Luc, Jésus ne blâme au contraire les disciples qu’après avoir apaisé l’orage. — Imperavit ; le verbe έπετίμησεν du texte grec peut se traduire aussi par « increpavit », car il indique souvent un ordre auquel s’ajoutent des menaces pour le fortifier. Ces ordres et ces menaces adressés à des créatures inanimées supposent quelque chose de plus qu’une simple personification oratoire de la mer et du vent. La nature, troublée par le péché, souvent livrée au pouvoir des esprits rebelles qui l’emploient de mille manières pour nous nuire, est devenue hostile à l’humanité déchue ; Jésus lui commande comme à une puissance ennemie. Comparez à ce passage le ℣. 9 du Psaume cv où il est dit que Jéhova « increpuit mare Rubrum », pour qu’elle ouvrît un chemin à son peuple. — Et facta est tranquillitas magna, tout à coup, sans transition ; circonstance qui relève la grandeur du prodige : car, après une tempête, la mer demeure longtemps agitée et ne reprend que peu à peu son calme accoutumé, tandis qu’ici le lac devint subitement lisse comme un miroir, « tranquillitas magnai ! »
Ces hommes furent dans l'admiration, et ils disaient : Quel est Celui-ci, à qui les vents et la mer obéissent ?
Porro homines mirati sunt, dicentes : Qualis est hic, quia venti et mare obediunt ei ?
οί δὲ άνθρωποι έθαύμασαν λέγοντες Ποταπός έστιν ού̃τος ότι καὶ οί άνεμοι καὶ ή θάλασσα ύπακούουσιν αύτω̣̃
8.27. — Homines mirati sunt. Ce verset décrit l’effet produit par le miracle sur ceux qui en furent témoins. Mais quels sont ces « hommes » dont parle l’évangéliste ? On a répondu de bien des manières à cette question. Pour Fritzsche ce seraient « homines, quotquot huius portenti nuntium acceperant », c’est-à-dire les auditeurs subséquents du prodige ; interprétation contredite par saint Matthieu lui-même, dont le récit suppose qu’il n’y eut aucun intervalle entre le fait et l’étonnement auquel il donna lieu. D’après saint Jean Chrysostôme, cette expression, malgré sa généralité, désignerait les apôtres eux-mêmes ; mais cela paraît assez difficile, car pourquoi ne porteraient-ils pas ici leur nom habituel de μαθηταί ? Cf. ℣℣. 23 et 25. Et puis, les disciples de Jésus, qui lui avaient vu opérer déjà tant de miracles, qui venaient même d’obtenir de sa bonté toute-puissante, ℣. 25, l’apaisement subit de la tempête, ne pouvaient guère témoigner une admiration aussi extraordinaire que celle dont nous lisons ici la description. Nous préférons donc croire que les hommes en question étaient ou bien des étrangers qui conduisaient la barque, ou bien des curieux qui avaient suivi Jésus à quelque distance sur d’autres bateaux, ainsi qu’on peut le conclure du récit de Mc 4.36. Is pouvaient sans doute avoir contemplé de leurs propres yeux à Capharnaüm quelqu’une des guérisons miraculeuses du Sauveur : mais le prodige auquel ils venaient d’assisler sur le lac avait un caractère plus grandiose, plus directement divin en quelque sorte ; car la Bible semble réserver à Dieu le pouvoir d’ébranler ou de calmer à son gré les flots des mers : « Qui conturbas profundum maris, sonum fluctuum ejus ». Ps 64.8. On comprend après cela l’exclamation qui s’échappa de leurs lèvres : Qualis est hic ! en grec ποταπός, qu’on peut traduire par « qualis et quantus ». — Quia annonce le motif pour lequel ils le proclament grand. — Mare et venti obediunt ei ; même la mer, même les vents, ces êtres fougueux que nulle main, si ce n’est celle de Dieu, n’a pu dompter, sont dociles à sa voix. — Les applications morales qu’on pouvait tirer de cet épisode étaient trop manifestes et trop frappantes pour être obligées par les moralistes et les exégètes. Les plus belles sont celles qui concernent l’âme humaine et surtout l’Église. « Navicula illa figuram Ecclesiæ præferebat, quod in mari, id est sæculo, fluctibus, id est persecutionibus et tentationibus, inquietatur. Domino per patientiam velut dormiente, donec orationibus soctorum in ultimis suscitatus, compescat sæculum, et tranquillitatem suis reddat », Tertull., de Bapt., xii. N’est-ce pas, aujourd’hui plus que jamais, l’image de l’Église de Jésus ? — Signalons parmi les œuvres d’art inspirées par ce miracle, outre de nombreuses fresques des catacombes, un tableau de Rembrandt et un riche oratorio de Gounod.