Alors quelques-uns des scribes et des pharisiens prirent la parole et Lui dirent : Maître, nous voulons voir un signe de Vous.
Tunc responderunt ei quidam de scribis et pharisæis, dicentes : Magister, volumus a te signum videre.
Τότε άπεκρίθησαν τινες τω̃ν γραμματέων καὶ Φαρισαίων λέγοντες Διδάσκαλε θέλομεν άπὸ σου̃ σημει̃ον ίδει̃ν
12.38. — Tunc responderunt. Les Pharisiens confondus gardent, après cette argumentation vigoureuse, un silence significatif. Quelques-uns d’entre eux qui n’avaient point pris part à l’accusation de leurs collègues contre Jésus, cf. Lc 11.15 et 16, essaient pourtant de détourner la conversation de ce sujet brûlant et humiliant pour toute la secte. Prenant donc la parole, cf. Mt 11.25, et s’adressant au Sauveur avec des marques extérieures de respect, ils lui disent : Magister (c’est-à-dire Rabbi), volumus a te signum videre. Un signe ! ce mot est important et prend dans la circonstance présente un sens particulier. Un signe, c’est une chose destinée à en prouver une autre ; c’est, pour les Pharisiens, un prodige d’une nature spéciale, et vraiment décisif, qui montrera que Jésus est le Messie. Suivant eux, les miracles antérieurs de Notre-Seigneur n’étaient donc pas des signes : il fallait, pour les convaincre de son caractère messianique, qu’il consentit à produire sur leur requête quelque révolution soudaine dans le firmament, cf. Lc 11.16, une éclipse, par exemple, un orage sous un ciel serein, un météore, etc. À cette condition, ils croiraient en lui. Comme s’il ne leur eût pas été possible, observe justement saint Jérôme, d’attaquer même un miracle de ce genre ! Du reste, l’évangéliste saint Luc nous apprend expressément que c’était un piège qu’ils tendaient ainsi au Sauveur, « tentantes, signum de cœlo quærebant ab eo ». Jésus, qui lit au fond de leurs cœurs leurs plus secrètes pensées, châtiera comme ils le méritent ces tentateurs audacieux.
Il leur répondit : Cette génération méchante et adultère demande un signe, et il ne lui sera doné d'autre signe que le signe du prophète Jonas.
Qui respondens ait illis : Generatio mala et adultera signum quærit : et signum non dabitur ei, nisi signum Jonæ prophetæ.
ό δὲ άποκριθεὶς εί̃πεν αύτοι̃ς Γενεὰ πονηρὰ καὶ μοιχαλὶς σημει̃ον έπιζητει̃ καὶ σημει̃ον ού δοθήσεται αύτη̣̃ εί μὴ τὸ σημει̃ον 'Iωνα̃ του̃ προφήτου
12.39. — Generatio mala et adultera. Elle est adultéré dans le sens théocratique ; μοιχαλίδα, ώς άφισταμένους άπὸ του̃ Θεου̃, καὶ δαίμοσι κολλωμένους, Théophylacle. Les relations de Jéhova avec le peuple juif sont fréquemment comparées à un mariage dans les divers écrits de l’Ancien Testament, cf. Jr 3.20, etc. : la nation, quand elle oublie son Dieu, ressemble donc à une épouse infidèle. — Signum quærit, comme si les signes ne lui étaient pas chaque jour prodigués ! Cette seule demande était une violente injure. Le texte grec emploie le verbe composé έπιζητει̃, qui est plus énergique. — Signum non dabitur ei ; du moins elle n’aura pas celui qu’elle réclame avec insolence. Mais Jésus, dans son immense bonté, continuera de lui donner les signes quotidiens de ses miracles ; puis, dans un prochain avenir, il lui accordera le signe exceptionnel qu’il prédit actuellement sous le nom de signum Jonæ prophetæ. Que voulait-il désigner par ces mots ? Serait-ce, comme le prétendent de nombreux rationalistes, « sa prédication et tout l’ensemble de son apparition » qui eurent, nous assure-t-on, la plus grande analogie avec la prédication et la conduite de Jonas à Ninive ? Mais en quoi cela a-t-il été un signe ? On serait heureux, par cette échappatoire, d’annuler la grande prophétie de Jésus relative à sa résurrection ; voilà le vrai motif qui a fait attribuer à ses paroles une signification si vague. Toutefois le livre de Jonas d’une part, de l’autre l’explication de Jésus-Christ lui-même au ℣. 40, sont trop clairs et trop précis pour qu’il soit possible de se méprendre, à moins de le faire sciemment, volontairement. Le signe de Jonas, c’est la préservation mystérieuse de ce prophète, à laquelle correspond la Résurrection miraculeuse de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Le commentaire du divin Maître ne permettra pas le moindre doute à ce sujet ; cf. Mt 16.4.
Car de même que Jonas fut trois jours et trois nuits dans le ventre d'un grand poisson, ainsi le Fils de l'homme sera trois jours et trois nuits dans le coeur de la terre.
Sicut enim fuit Jonas in ventre ceti tribus diebus, et tribus noctibus, sic erit Filius hominis in corde terræ tribus diebus et tribus noctibus.
ώσπερ γὰρ η̃ν 'Iωνα̃ς έν τη̣̃ κοιλία̣ του̃ κήτους τρει̃ς ήμέρας καὶ τρει̃ς νύκτας ούτως έσται ό υίὸς του̃ άνθρώπου έν τη̣̃ καρδία̣ τη̃ς γη̃ς τρει̃ς ήμέρας καὶ τρει̃ς νύκτας
12.40. — Sicut fuit Jonas in ventre ceti ; cf. Jon 2.1 et ss. L’histoire de l’Ancien Testament ne présente pas d’exemple plus frappant d’une conservation toute providentielle, alors que la mort devait nécessairement arriver d’après les lois ordinaires de la nature. Jésus-Christ nous révèle maintenant le dessein principal que Dieu s’était proposé en accomplissant un tel prodige. Le séjour de Jonas dans l’estomac au poisson devait être, d’après le plan divin, le type et la figure de la résurrection du Messie, sic erit Filius hominis… Jonas, dans le cantique d’action de grâces qu’il chanta après sa merveilleuse délivrance, s’était représenté comme perdu « in corde maris », Jon 2.4 ; le Sauveur fait une allusion évidente à ce trait de l’ancienne prophétie, lorsqu’il parle de son propre séjour in corde terræ. Qu’entendail-il par cette expression ? Sa sépulture, suivant plusieurs auteurs ; les limbes, selon plusieurs autres (Tertullien, saint Irénée, etc.) ; peut-être aussi ces deux choses à la fois. Les Pharisiens avaient demandé un signe du ciel, Jésus-Christ leur en promet un qui sortira du cœur de la terre. — Tribus diebus et tribus noctibus. Ces chiffres seraient inexacts d’après notre manière ordinaire de compter ; mais ils sont d’une exactitude parfaite si on les apprécie d’après le langage numérique alors usité chez les Juifs, langage auquel Notre-Seigneur Jésus-Christ dût naturellement se conformer dans la circonstance présente. Toutes les fois qu’on employait des locutions de ce genre, on se donnait de très grandes libertés, suivant ce principe : « Dies et nox constituunt tempus et pars temporis est sicut totum », Schabb., 12, 1. Le Sauveur fut enseveli le vendredi soir et il ressuscita le dimanche de grand matin ; il ne demeura donc réellement dans le tombeau que deux nuits entières, un jour entier et des parties peu considérables de deux autres jours. Les Hébreux, moins stricts que nous en pareil cas, comptaient un jour commencé comme un νυχθήμερον complet : la soirée du vendredi, le samedi et les premières heures du dimanche équivalaient pour eux à « trois jours et trois nuits ». Cf. Lighfoot, Hor. Talm., h.l. Ce point n’offre pas la moindre difficulté. — Tel sera le signe de Jésus. La parole qui l’annonçait fut sans doute obscure pour l’auditoire ; mais les événements se chargeront de la dévoiler. Qui ne reconnaît aujourd’hui que la Résurrection de Notre-Seigneur Jésus-Christ est son signe, son miracle par excellence, la preuve la plus forte de sa mission et de sa divinité ?
Les hommes de Ninive se lèveront au jour du jugement contre cette génération, et la condamneront, parce qu'ils ont fait pénitence à la prédication de Jonas ; et voici qu'il y a ici plus que Jonas.
Viri Ninivitæ surgent in judicio cum generatione ista, et condemnabunt eam : quia pœnitentiam egerunt in prædicatione Jonæ, et ecce plus quam Jonas hic.
άνδρες Νινευι̃ται άναστήσονται έν τη̣̃ κρίσει μετὰ τη̃ς γενεα̃ς ταύτης καὶ κατακρινου̃σιν αύτήν, ότι μετενόησαν είς τὸ κήρυγμα 'Iωνα̃ καὶ ίδού, πλει̃ον 'Iωνα̃ ώ̃δε
12.41. — Ce verset et le suivant contiennent une prophétie terrible pour Israël. — Viri Ninivitæ. Après avoir établi entre Jonas et lui-même la comparaison que nous venons de lire, Jésus passe à l’examen des résultats qu’ils ont obtenus l’un et l’autre. Quelle différence sous ce rapport entre le Prophète et le Messie ! À la voix de Jonas, c’est-à-dire sur la simple assertion d’un étranger, des païens corrompus avaient fait aussitôt pénitence : à la voix du Christ, confirmée par de nombreux et d’étonnants prodiges, la plupart des Juifs demeurèrent insensibles. Mais quelle honte pour ces derniers quand, au jour du jugement général, ils verront les Ninivites se lever contre eux, surgent, comme le faisaient les témoins devant les tribunaux, et les condamner par leurs exemples qui serviront de pièces d’accusation ! Par un seul trait, Jésus relève l’énorme abus de grâces qu’ils auront fait : Et ecce plus quam Jonas hic ! ώ̃δε, c’est-à-dire « in proximo ». Saint Jean Chrysostôme, Hom. xliii in Matth., établit ici un beau parallèle entre Jésus-Christ et Jonas : « Ille namque servus erat, ego Dominus ;… ille excidium prædicavit, ego regnum annuntiare veni. Illi quidem absque signo crediderunt, ego vero multa exhibui signa. Illi nihil aliud quam illa verba audierunt, ego vero nullam non adhibui philosophiæ speciem. Ille minister advenit, ego ipse dominator et omnium Dominus veni, non comminans, non rationem expetens, sed veniam afferens. Et illi quidein barbari, hi vero cum sexcentis prophetis versati sunt. De illo nullus prædixerat, de me omnes prædixerunt et opera verbis consona fuere… Et ille quidem extraneus erat et ignotus, ego secundum carnem iisdem progenitoribus ortus sum… »
La reine du Midi se lèvera au jour du jugement contre cette génération, et la condamnera ; car elle est venue des extrémités de la terre pour entendre la sagesse de Salomon ; et voici qu'il y a ici plus que Salomon.
Regina austri surget in judicio cum generatione ista, et condemnabit eam : quia venit a finibus terræ audire sapientiam Salomonis, et ecce plus quam Salomon hic.
βασίλισσα νότου έγερθήσεται έν τη̣̃ κρίσει μετὰ τη̃ς γενεα̃ς ταύτης καὶ κατακρινει̃ αύτήν, ότι η̃λθεν έκ τω̃ν περάτων τη̃ς γη̃ς άκου̃σαι τὴν σοφίαν Σολομω̃ντος· καὶ ίδού, πλει̃ον Σολομω̃ντος ώ̃δε
12.42. — Autre exemple tiré de l’histoire juive, et non moins humiliant pour les contemporains incrédules du Sauveur. — Regina austri. Il s’agit évidemment ici de la reine de Saba, dont la visite à Salomon est racontée tout au long par l’Ancien Testament, 1R 10, par l’historien Josèphe, Ant. viii, 5, 5, et par les écrivains arabes. Notre-Seigneur indique vaguement, sans doute à la façon populaire de son temps, la contrée d’où elle était venue. Le royaume de Scheba, שבא, qu’elle gouvernait d’après les écrits canoniques, était probablement situé dans le Yémen actuel ou Arabie heureuse, par conséquent au sud-est de la Palestine. Josèphe et une ancienne tradition abyssinienne lui font habiter le pays de Seba, סבא, ou l’Éthiopie : mais il faut s’en tenir assurément aux indications de la Bible. — Cette reine, elle aussi (les Arabes la nomment Belkis et les Abyssins Maquéda), protestera par sa conduite contre l’incrédulité des Juifs. — Quia venit a finibus terræ. Hyperbole populaire pour dire : d’un pays lointain. — Audire sapientiam Salomonis : « Salomon, dit le texte sacré, répondit à toutes les questions qu’elle lui avait proposées ; il n’y eut pas une seule chose qui pût rester cachée au roi et sur laquelle il ne lui répondit. Alors la reine de Saba, voyant toute la sagesse de Salomon,… fut comme hors d’elle-même, Et elle dit au roi : Tout ce que j’ai entendu dire dans mon pays de vos discours et de votre sagesse est parfaitement vrai. Je ne pouvais ajouter foi à ce qu’on m’en racontait ; mais, étant venue moi-même, j’ai vu de mes propres yeux et j’ai expérimenté qu’on ne m’avait pas fait connaître la moitié de la vérité. Votre sagesse et vos œuvres dépassent de beaucoup votre réputation. Heureux vos serviteurs qui se trouvent constamment en votre présence et qui sont témoins de votre sagesse ! » 1R 10.3-8. — Et ecce plus quam Salomon hic. Salomon n’était qu’un sage, Jésus-Christ était la sagesse incréée. Et cependant les Juifs le rejetaient, tandis qu’une princesse païenne était venue de très loin pour voir si tout ce qu’on lui avait dit au sujet de Salomon était vrai !
Lorsque l'esprit impur est sorti d'un homme, il erre dans des lieux arides, cherchant du repos, et il n'en trouve point.
Cum autem immundus spiritus exierit ab homine, ambulat per loca arida, quærens requiem, et non invenit.
̏Oταν δὲ τὸ άκάθαρτον πνευ̃μα έξέλθη̣ άπὸ του̃ άνθρώπου διέρχεται δι' άνύδρων τόπων ζητου̃ν άνάπαυσιν καὶ ούχ εύρίσκει
12.43. — « Aggredimur locum non ob verba, sed ob universum nexum valde impeditum », Fritzsche. Il semble pourtant évident que la belle allégorie contenue dans les ℣℣. 43-45 retombe en plein sur les adversaires que Notre-Seigneur Jésus-Christ a pris à partie depuis le ℣. 25. « Sic eril et generationi huic pessimæ », dira-t-il en la concluant ; or, d’après les antécédents, cf. ℣. 39-41, la génération qu’il menace ainsi d’un sort effroyable, mais parfaitement mérité, est surtout composée des Pharisiens et des Scribes. Toutefois la masse incrédule des Juifs n’est pas exclue ; représentée par ses chefs, elle est également comprise sous l’appellation « generatio hæc », et la parabole que nous allons expliquer ne la concerne que trop dans le présent et dans l’avenir. « Tu es possédé de Béelzébub, avaient dit à Jésus les Maîtres en Israël. Il les a patiemment réfutés, gracieusement avertis, blâmés sévèrement. Arrivé à la conclusion de son discours, et voulant annoncer la destinée du peuple, il rétorque avec vigueur l’accusation qu’ils avaient lancée contre lui : cette génération mauvaise est le grand démoniaque pour lequel tout exorcisme préalable aura été complètement vain », Stier, l.c. — Quum immundus spiritus… L’allégorie était pleine d’actualité, puisque la scène émouvante à laquelle nous assistons avait commencé par l’expulsion d’un démon, ℣. 22. La particule autem est explicative ; elle a pour but de relier le ℣. 23 à ceux qui précèdent, en montrant pourquoi les Juifs seront condamnés par les païens au jugement général. — Exierit est un euphémisme : c’est de force et bien malgré lui que le démon aura quitté le corps qu’il avait possédé jusque-là. Honteusement expulsé, ambulat per loca arida, en grec δι’άνύδρων τόπων, « per loca inaquosa ». Ces deux expressions désignent le désert où les Saints Livres, d’après un symbolisme facile à saisir, placent souvent l’habitation des démons ; cf. Is 18.21,22 ; 34.14 ; Tb 8.3 ; Bar 4.38 ; Ap 18.2. Quels séjours conviennent mieux aux esprits infernaux que ces régions désolées, affreuses, produites par le péché, et images vivantes de la déchéance de l’homme et des mauvais anges ? — Quærens requiem et non invenit. Embellissement poétique qui repose cependant sur une vérité incontestable. Chassé d’une habitation où il se plaisait, le démon court au désert pour y chercher du repos ; mais, pour cet être méchant et pervers, il ne saurait y avoir de repos qu’à la condition de tenter et de tourmenter les hommes, or les hommes ne sont pas au désert. Cf. Bossuet, Serm. pour le premier dim. de Carême.
Alors il dit : Je retournerai dans ma maison, d'où je suis sorti. Et, y revenant, il la trouve vide, balayée et ornée.
Tunc dicit : Revertar in domum meam, unde exivi. Et veniens invenit eam vacantem, scopis mundatam, et ornatam.
τότε λέγει έπιστρέψω Είς τὸν οί̃κόν μου όθεν έξη̃λθον· καὶ έλθὸν εύρίσκει σχολάζοντα σεσαρωμένον καὶ κεκοσμημένον
12.44. — Tunc dicit. Ce petit monologue, qui retentit au milieu du va-et-vient du démon, est d’un très bel effet dans la description. — Revertar in domum meam. Il appelle sa maison l’homme qu’il avait autrefois possédé, ℣. 43. Bien qu’il ait été chassé violemment, il ose encore prétendre qu’elle est sienne, et il pallie habilement sa défaite en ajoutant unde exivi, comme si c’eût été une sortie toute volontaire de sa part. — Et veniens. Aussitôt dit, aussitôt fait ; mais il ne procède d’abord qu’à une simple reconnaissance des lieux, avant de prendre ses mesures pour rentrer en possession de son ancien séjour. Le résultat de sa visite est décrit par trois expressions qui indiquent pour lui une situation des plus favorables. — Invenit eam vacantem, elle est vide, vide de grâces, de vertus, de Dieu ; l’accès en est donc très facile. — Scopis mundatam, σεσαρωμένον, c’est-à-dire bien balayée. — Ornatam, parfaitement meublée, remplie de tout ce qui rend une maison agréable à habiter. Évidemment, il ne faut pas vouloir urger ces divers traits, de manière à leur faire signifier que l’homme en question est dans l’état moral le plus resplendissant ; car alors Satan n’aurait pas de prise sur lui. « Describuntur ea omnia quæ alliciunt ad habitandum ibi. Similitudo est antropopathica : homini placet munditia domus », Crombez, Comm. in h.l.
Alors il va, et prend avec lui sept autres esprits plus méchants que lui, et entrant dans la maison, ils y habitent, et le dernier état de cet homme devient pire que le premier. C'est ce qui arrivera à cette génération très mauvaise.
Tunc vadit, et assumit septem alios spiritus secum nequiores se, et intrantes habitant ibi : et fiunt novissima hominis illius pejora prioribus. Sic erit et generationi huic pessimæ.
τότε πορεύεται καὶ παραλαμβάνει μεθ'' έαυτου̃ έπτὰ έτερα πνεύματα πονηρότερα έαυτου̃ καὶ είσελθόντα κατοικει̃ έκει̃· καὶ γίνεται τὰ έσχατα του̃ άνθρώπου έκείνου χείρονα τω̃ν πρώτων ούτως έσται καὶ τη̣̃ γενεα̣̃ ταύτη̣ τη̣̃ πονηρα̣̃
12.45. — Tunc vadit. Ayant trouvé l’habitation de son goût plus que jamais, il agit maintenant en vue de s’y installer définitivement. — Assumit septem alios… Sept est un nombre rond et mystique pour signifier plusieurs. Mais pourquoi songe-t-il à s’associer un cortège si considérable ? Sans doute, pour être plus sûr de pénétrer dans la maison, malgré toute la résistance qu’on pourrait apporter à sa nouvelle prise de possession ; et aussi, afin d’être à même de nuire davantage au malheureux dont il veut s’emparer à tout jamais. C’est pour cela qu’il choisit des alliés nequiores se. — L’opération réussit à souhait, intrantes habitant ibi : on dirait qu’ils ne rencontrent pas la moindre difficulté et qu’ils pénètrent sans coup férir. Le verbe compose du texte grec κατοικει̃, exprime très bien la solidité de ce nouvel établissement. Ils sont là lout à fait comme chez eux. — Le résultat de leur méchanceté combinée apparaît bientôt dans toute son horreur. Novissima représente l’état final, τὰ έσχατα, l’ahârith (אחרית) des Hébreux ; prioribus figure l’état antérieur qui correspondait à la première possession, ℣. 43 ; c’est le ראשית (Rêschith) hébreu. Jésus veut dire par là que le démon, après être rentré dans ce qu’il nomme sa maison, y produira des dégâts beaucoup plus affreux que ceux qu’il avait produits avant son expulsion momentanée. — Sic erit et generationi huic. C’est l’application de la parabole. « Quod homini accidit in corpore, id generationi isti fiet spiritualiter », Bengel. Ainsi que nous l’avons dit à propos du ℣. 43, on admet généralement que cette allégorie est relative à l’histoire des Juifs contemporains de Notre-Seigneur Jésus-Christ. L’antique démon de l’idolâtrie, qui avait amené sur leurs ancêtres des châtiments divins, avait été expulsé par les souffrances de la captivité, dont la nation était sortie meilleure et purifiée. De retour dans la Terre promise, ils devinrent pour un temps meilleurs qu’à toute autre période de leur histoire. Malheureusement, cet état prospère ne fut pas de longue durée ; car le démon, fâché d’avoir été chassé de son ancien palais, revint à la charge sous une autre forme, plus puissant et plus mauvais qu’auparavant. Grâce aux erreurs sadducéennes et à l’hypocrisie pharasaïque, il réussit à reconquérir son habitation première, et à y exercer une influence sept fois plus pernicieuse dont les effets, déjà visibles à l’époque de Jésus-Christ, apparurent davantage ehcore après son Ascension, jusqu’à ce que la ruine complète de la nation arrivât sous Vespasien et Titus. Cf. saint Jean Chrysostôme, Hom. xliii in Matth. — Quelques auteurs cependant élargissent beaucoup plus les limites de l’application ; saint Jérôme, par exemple, qui fait remonter jusqu’à l’institution de la théocratie juive au Sinaï la première expulsion du démon. Cf. Maldonat in h.l. D’autres les restreignent au contraire, de manière à n’y englober que les Pharisiens et les docteurs de la Loi. — Au moral, on peut trouver un accomplissement important de cette parabole prophétique dans l’histoire individuelle d’un grand nombre de chrétiens. Délivrés de bonne heure du démon par les sacrements, par une éducation religieuse, par une conversion passagère, ils ont peu à peu perdu les grâces qu’ils avaient reçues, et se sont ainsi préparés à une seconde invasion satanique beaucoup plus terrible que la première. Cf. 2Pi 2.20-22 ; He 1.4-6.